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EXPOSITION DES ARTS DÉCORATIFS PARIS 1925 BATIMENTS JARDINS M. ROUX-SPITZ ÉDITIONS ALBERT LEVY PARIS

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EXPOSITION DES ARTS DÉCORATIFS PARIS 1925 BATIMENTS ET JARDINS CENT PLANCHES EN HÉLIOGRAVURE AVEC UNE INTRODUCTION ET DES NOTICES PAR M. ROUX-SPITZ Architecte D.P.L.G. Grand prix de Rome Rédacteur en chef de L'Architecte ÉDITIONS ALBERT LÉVY LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS PARIS, 2, RUE DE L'ÉCHELLE

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L'ARCHITECTURE MODERNE ET L'EXPOSITION DES ARTS DÉCORATIFS ET INDUSTRIELS Exposition des Arts Décoratifs et Industriels — titre étrange, inexact et trop étroit. Il reflète encore les erreurs de la période anti-architecturale d’art décoratif moderne dont nous sortons, période des faux décorateurs et des faux prophètes qui confondirent la rénovation de tout notre art avec le renouvellement des formules décoratives, enjoliveurs sentimentaux dont l’urbanisme se limitait à orner de corbeilles de fleurs nos becs de gaz, à décorer nos écoles de frises au pochoir. N’apercevant pas le grand caractère et la beauté de notre civilisation de science, ils voulurent la dissimuler. Fort heureusement, l’Exposition s’est dégagée de ces petitesesses, aussi n’est-ce pas le problème des «Arts Décoratifs» qu’elle pose devant l’opinion publique, mais bien celui, plus vaste, de l’«Architecture». De la solution de ce problème dépend l’évolution de tous les arts, qu’ils soient qualifiés de purs, décoratifs, ou industriels. L’Exposition n’avait certes pas visé si haut par son programme, ne cherchant qu’à rénover nos arts appliqués et à rapprocher les artistes des industriels. Mais les architectes ont essayé de renouveler l’architecture, les uns d’impression, les autres d’intention et quelques autres réellement. En présentant l’architecture à l’Exposition, nous voudrions négliger certaines constructions confiées à de purs ornemanistes-décorateurs. Ignorants de la technique, ils se crurent libérés de toute entrave par les nouvelles découvertes. Ils prirent le béton armé pour un matériau miraculeux qui devait résoudre toutes les incohérences. Leurs œuvres irritantes nous ramènent à tous les errements du staff de 1900, leur art manque de moralité. La grande période d’art qui s’annonce ne sera pas ouverte par les dessinateurs d’ornements, quelque raffinés qu’ils puissent être, mais bien par toute une génération de constructeurs : architectes, ingénieurs. C’est à eux de

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L'EXPOSITION DES ARTS DÉCORATIFS commencer; avant d'étudier le contenu, il faut créer le contenant et tant que nous n'aurons pas la maison-type correspondant à nos moyens et besoins, les décorateurs s'useront en modes successives et contradictoires. I LE RETARD Il est surprenant que, seule au milieu de toutes les branches de notre activité intellectuelle et artistique, notre architecture se soit refusée longtemps à toute évolution. Il semblerait pourtant que, plus que tout autre, elle dût être poussée par les découvertes scientifiques dont elle ne pouvait logiquement se passer. On pourrait l'excuser en soulignant la difficulté que rencontre le constructeur à réaliser ses visions. Si une page musicale ou une théorie peut s'établir en quelques heures, et un meuble en quelques mois, un bâtiment ne peut surgir qu'après des années d'incubation et sa construction décidée exige encore une longue exécution. Les occasions sont rares et la situation s'aggrave de la manie de faire servir nos vieux bâtiments à des fins inattendues, d'où mauvais musées, hôtels de ville ne répondant pas aux nécessités de leurs services, lycées obscurs, hôpitaux à allure de couvents, etc. Le xixe siècle s'est d'ailleurs complu dans l'étude du passé. On restaura, on copia les œuvres de l'Antiquité, de la Renaissance et on se crut original en pastichant les styles orientaux. Par l'éducation donnée aux jeunes architectes, on les formait loin du «tas», sans préparation scientifique et avec fort peu d'instruction générale. Ils restaient toute leur vie aquarellistes amateurs ou ornemanistes, ponceurs de motifs qu'ils réajustaient sans en comprendre la raison d'être, ni le sens primitif. Ils avaient perdu l'intelligence des éléments premiers de l'architecture : volumes, plans, surfaces, pleins, vides et ne voyaient plus dans les chefs-d'œuvre du passé que les éléments architectoniques secondaires, les motifs décoratifs des façades, les arabesques des plans. Ils travaillaient sur des programmes désuets, dont les données incomplètes ignoraient toujours les plus récentes découvertes. Professeurs et élèves se plaisaient à la composition de faciles lieux communs. On allait même jusqu'à étudier les plans comme des motifs décoratifs en eux-mêmes, sans vérité ni caractère, mais d'une richesse toujours intensifiée par l'exagération d'une dominante théorique emportant toute la composition

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BATIMENTS ET JARDINS dans une brillante explosion. Croyant composer des plans, on faisait de la rhétorique sur «image de plan». Immense gaspillage de talent, absence d'invention, éducation ne visant en somme qu'au développement frénétique de toutes les habiletés. Nos architectes, ainsi formés, vivaient de routines et d'usages, cherchant toujours tant en construction qu'en composition un «précédent». Une curieuse timidité devant les matériaux nouveaux, qu'ils ne savaient que masquer, les mettait fatalement à la remorque de l'ingénieur. Outre cette résistance à l'évolution, née de l'éducation même, il y eut la volonté de «ne pas voir». Hostilité sourde et tenace qui s'efforça de nier toute tentative d'intelligente recherche. Résultat: la grande clientèle et les puissantes organisations se passèrent peu à peu du concours reconnu inutile de l'architecte et confièrent aux ingénieurs tous les travaux, dont les programmes devenaient de plus en plus scientifiques. Les architectes tendaient donc à vivre en dehors de notre activité économique et de toute notre vie intellectuelle contemporaine. II LES EFFORTS Sous la pression violente des événements, des découvertes et des idées nouvelles de notre élite intellectuelle, fatalement des mouvements de réaction devaient se produire; d'abord isolés ou contradictoires, ils ont pris récemment une unité et une force réelles, annonciatrices de la réforme inévitable. Viollet-le-Duc avait déjà proclamé que la base fondamentale de l'architecture était la construction avec toutes ses exigences, il avait pressenti l'évolution fatale de notre art sous l'influence des nouveaux matériaux, mais en France ses principes furent vite étouffés entre les faux classiques et les néo-gothiques. C'est à l'étranger qu'ils trouvèrent un écho et furent l'origine d'architectures que nous voyons se développer. L'Ecole rationaliste s'efforça par la suite de construire avec santé et loyauté, et de satisfaire aux nouvelles exigences de nos programmes. «Exprimer la structure». «Tout élément décoratif doit correspondre à un besoin». «Joindre le beau à l'utile». A l'Exposition, de très intéressantes réalisations de cette Ecole nous résument vingt années d'efforts, mais elle nous révèle aussi qu'à cette génération, qui livra un dur combat, il a manqué quelques précieux éléments. Formés à nos divers enseignements, qui souffraient tous

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L'EXPOSITION DES ARTS DECORATIFS du même mal, elle n'a pas réellement construit sur les bases scientifiques nécessaires, elle a travaillé en partie avec son instinct éclairé, elle a réalisé dans l'esprit nouveau avec conviction, mais souvent sans oser s'élever jusqu'aux résultats bruts des ultimes déductions. Ces précurseurs, auxquels nous devrons toutes les possibilités qui vont s'ouvrir devant nous, eurent encore, pour la plupart, le goût envahissant du détail et de l'ornement qu'ils renouvellèrent plus peut-être qu'ils ne créèrent des ensembles. Enfin, les grandes inventions et les hardiesses de la construction moderne n'était pas encore suffisamment mises au point, ils durent ménager certaines habitudes contractées par notre œil au contact des œuvres du passé, conçues suivant la technique et les conditions de leur temps. Certains architectes de cette école rationaliste réalisèrent de remarquables compositions de plan : des hôpitaux déduits logiquement des lois nouvelles de l'hygiène et de la médecine, des abattoirs organisés en véritables usines ; des grands plans de cités modernes ; des écoles et des lycées clairs et gais, des piscines et quelques-uns même, évoluant à la fin de leur carrière, réalisèrent des œuvres qui s'attaquent avec succès au grand problème actuel de l'architecture. III L'AVENIR Après toutes ces recherches, dont l'Exposition nous montre les raccourcis, que pourra bien être l'architecture de demain ? Nous croyons l'apercevoir. Sur ses bases, nous prétendons du moins avoir quelques certitudes. Précisons tout d'abord un point sur lequel on risque de s'égarer. Quand on analyse les bases sur lesquelles cette architecture se formera : éléments techniques de constructions qui rénoveront ses ossatures, besoins moraux, psychologiques et matériels fort complexes des programmes contemporains et à venir qui détermineront ses compositions, on ne s'occupe que de son « matériel »; mais, si l'ingénieur — en admettant qu'il soit compositeur, ce qui est rare — atteint à l'organisation raisonnée de tous ses éléments, l'architecte s'élève plus haut. De ces matériaux bruts et de ces obligations de tout ordre, il fait une œuvre plaisante ou émouvante, calme, reposante ou dramatique. Il spiritualise la bâtisse par les rythmes qu'il lui impose, et par l'ordre humain qu'il y met. Il classe les éléments et leur commande, ainsi qu'au calcul lui-même, car il choisit parmi les données et les solutions.

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BATIMENTS ET JARDINS La connaissance de la mathématique et de la composition est pour l'architecte la condition nécessaire, la partie de son art que l'on peut et doit lui enseigner, mais ce n'est pas la condition suffisante. Au delà il y a l'imagination et le génie, qu'aucun enseignement ne peut donner et sans lesquels il n'y a pas d'architecture. Les éléments les plus certains sur lesquels se constituera l'architecture de demain et qui en détermineront le style, sont d'ordre scientifique, tels ceux qui déterminent toute notre civilisation en complète transformation. Notre technique n'a plus que fort peu de rapports avec celle du passé. En s'éloignant de là peu près et du tâtonnement, elle nous livre par la sûreté des calculs de résistance. L'art de construire, comme toutes les branches de notre activité intellectuelle, passe de l'empirisme au scientifique. Nos matériaux fournissent à l'architecte les moyens de créer, en les domptant et en les asservissant, de nouveaux systèmes de construction. La composition, livrée, tant en plan qu'en organisme intérieur, des entraves que créaient dans notre ancienne technique les problèmes des couvertures et des portées, des murs épais et encombrants, peut suivre toutes les volontés de l'imagination et les nécessités de la destination. Puis, notre vision s'est modifiée. Notre goût a évolué sous l'influence de la science. Le machinisme nous rend plus avides de simplicité et de solutions directes. Nous désirons l'œuvre dépouillée par l'étude, la recherche des moyens les plus simples et les plus économiques d'efforts. Nous ressentons la beauté pure de la «solution élégante» et repoussons toute décoration ou matière inutiles. Les réalisations de l'industrie moderne nous ont appris à poser clairement un problème et sur une même solution à additionner tous les perfectionnements qu'apportent les générations successives, la science nous oblige à reposer tous les problèmes, elle est à la base de toutes les organisations. Nous avons à réviser toutes les données des programmes de nos édifices et de nos habitations. Nous voulons que la ville moderne qui devient de plus en plus un chantier immense, actif et vibrant, soit tout d'abord une parfaite machine apportant à l'humanité les bienfaits du confort, de l'hygiène, lui donne lumière, espace et gaité par la franchise et la logique de son organisme. Elle ne sera qu'une seule œuvre d'art aux larges conceptions, une composition homogène dont un monument ne sera qu'un motif. Nous nous y passerons fort bien de décorations peintes et sculptées. Délivrées de la tyrannie ornementale, la peinture et la sculpture y retrouveront leur véritable place décorative, celle qu'elles occupaient dans la cité grecque à côté de la musique et de la littérature. Les œuvres architecturales d'une échelle follement agrandie, expression des grandes entreprises collectives, retiendront avant tout par la beauté

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L'EXPOSITION DES ARTS DÉCORATIFS de leur masse. L'esprit, saisissant plus habituellement des ensembles, ne trouvera que peu d'importance aux détails des façades, mais comprendra la valeur d'un organisme complet. La fertilité d'une telle régénération par la technique et l'étude déjà se fait jour. A la suite de l'Ecole rationaliste a pris naissance et continue à se développer l'œuvre entièrement nouvelle de quelques constructeurs, esprits libres et curieux. Des ingénieurs ont résolu avec élégance les problèmes les plus osés. Ponts, silos, usines, hangars d'aviation, charpentes à grande portée ont un accent de lyrisme inattendu et non recherché. Des architectes réalisent des églises, des théâtres, des gratte-ciels dont les organismes nés du calcul et de la satisfaction des multiples exigences de la vie, nous révèlent de nouvelles harmonies. Ces nouveaux architectes, peu nombreux, synthétisent en eux l'artiste et le calculateur, ils mettent à la base de leur art les ressources infinies de la mathématique. A la fois hommes d'un goût sûr et praticiens, ils tendent à devenir de véritables maîtres de l'œuvre, joignant à l'amour de l'exécution celui, désintéressé, de l'étude. Ils se remettent en face des problèmes, comme le firent tous les créateurs des grandes architectures du passé. Dans toutes leurs œuvres, rien n'est inutile ou factice, tout est raisonné et calculé, les éléments et les détails sont ordonnés en vue d'une fin et d'un ensemble; la proportion est harmonieuse et l'échelle émouvante par la vérité des moyens employés. Ces œuvres ont la beauté de la parfaite machine où tout est net, absolu, épuré, étudié par l'intelligence humaine et dosé en vue d'un but précis et clairement lisible. Il s'en dégage un style de grand caractère, d'ailleurs commun à tous les objets créés par la science et parfaitement adaptés à nos besoins sans avoir subi dans leur création aucune recherche dite «artistique ou décorative», style de l'auto, de l'avion, du paquebot et des mille applications de l'électricité, du béton armé, des glaces et de toutes nos nouvelles matières. Un architecte, théoricien très ardent, et quelques autres animés des mêmes convictions, eurent le mérite de réunir, en des revues et des volumes, toutes les constatations faites par beaucoup de jeunes architectes. Il en est quelques-unes qui sont d'une rare clarté. Toutefois, parmi les premiers essais extrémistes tentés en vertu de ces idées (non exécutées d'ailleurs, architecture de maquettes) certains furent purement négatifs, dénotant chez leurs auteurs l'obsession de la bâtisse, allant jusqu'à l'oubli du sujet traité. Quelques fumistes s'y glissèrent, au risque de tout compromettre; se croyant constructeurs, ils montrèrent clairement leur impuissance à composer et leur faiblesse professionnelle. Quelques critiques d'art s'y trompèrent.

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BATIMENTS ET JARDINS L'architecte de demain pensant en mathématicien et en artiste imaginera d'instinct des formes véritables; s'il est un moment esclave des épures et des chiffres, et si ses premières œuvres sont par trop abstraites, il reprendra vite sa liberté et dominera la science sans jamais s'en séparer. Il concevra en silence et non point dans le chahut d'un atelier, il pensera avant de crayonner. Son art ne sera pas fait d'imprécision et d'ignorance prétentieuse, mais au contraire de netteté, de précision et d'affirmation. Il aura une culture générale et l'esprit curieux. Ses lois de composition ne seront dictées que par l'intelligence. Cette architecture de l'avenir, art de raison, traduction plastique de toutes les exigences rationnelles du corps et de l'esprit, rejoindra, guidée par le calcul et la mathématique, les harmonies de la nature, la géométrie captivante des minéraux et des végétaux, elle émanera de la constitution même de la matière qu'elle spiritualisera. Ce n'est donc pas d'un simple problème de remaniement linéaire ou ornemental, ni d'une recherche de moulures nouvelles, ni de la modernisation des détails d'une conception ancienne, ni même de la substitution d'une forme simple à une compliquée qu'il s'agit; mais bien de l'épanouissement de tout un nouvel art, de composer et d'émerveiller. --- Cette Exposition, par toutes ses faiblesses et ses qualités, marquera une période troublante de l'histoire de l'architecture. Elle restera l'expression vivace et imprévue du malaise que nous ressentons et de l'état actuel de notre vieille culture en pleine transformation. Elle offre plus d'intérêt peut-être par les œuvres qu'elle évoque, annonce et fait prévoir, que par celles qu'elle contient, elle nous fait désirer la venue prochaine d'une grande discipline et d'une réorganisation. Certains regretteront les brillantes époques passées, mais les esprits ouverts appelleront de leur foi la renaissance qui est proche, sans se laisser égarer par la décadence de la période bâtarde que nous traversons. Ce recueil ne contient pas que des chefs-d'œuvre, mais quelques-unes des œuvres qui expriment ces fructueux efforts et quelques-unes de celles qui indiquent l'avenir. MICHEL ROUX-SPITZ.