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CHANA ORLOFF LES ÉDITIONS G. CRÈS & Cie PAR LÉON WERTH

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Première initiation à la sculpture : un musée de province, hautes murailles, jour de caveau. L’enfant que j’étais n’avait encore ni l’amour ni l’horreur du musée. Aussi bien c’était la première fois et je ne savais point encore si le spectacle du musée tenait du temple ou de la fête foraine. Je savais seulement qu’il y avait quelque chose à voir et les plus petits des enfants s’arrêtent parfois de pleurer, quand on leur dit : « regarde... » et qu’on leur montre n’importe quoi. Du musée de sculpture où l’on me conduisit, je n’ai gardé qu’un souvenir, un seul. Mais ce souvenir, aujourd’hui encore, est net et vigoureux. Un groupe, un groupe immense, dont les personnages étaient aussi grands que les géants de la foire, représentait Caïn et sa famille. Quelquefois, par l’effet d’une superposition, d’un imbriquement ou d’un mélange d’images postérieures, je serais tenté de croire que le groupe représentait Adam et Ève. Mais ce n’est que l’erreur d’une science qui confond tout. C’est Caïn qui est au catalogue. Je ne connaissais point encore le vice de l’ennui, j’en eus ce jour-là le pressentiment. Aujourd’hui encore, quand je m’ennuie, je pense invinciblement à cet Adam-Caïn. Aujourd’hui encore je me sens écrasé par cette masse de caoutchouc gris. Le miracle était que ce caoutchouc fût en marbre. Je comprenais bien que si Adam- — 1 —