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"BYBLIS" MIROIR DES ARTS DU LIVRE ET DE L'ESTAMPE --- HIVER MCM XXIV --- ÉDITIONS ALBERT MORANCÉ

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"BYBLIS" MIROIR DES ARTS DU LIVRE ET DE L'ESTAMPE - Pierre Gusman, Directeur-Fondateur - P.-J. Angoulvent, Secrétaire de la Rédaction - Albert Morancé, Administrateur --- SOMMAIRE DU N° XII : HIVER 1924 - Maximilien Vox, graveur et illustrateur, par Louis Artus, p. . . . 111 - Coubine, graveur tchèque, par Maurice Raynal, p. . . . . . . . . . 115 - Daumier : le lithographe, par Raymond Escholier, p. . . . . . . . 118 - Daniel Vierge, par Robert Rey, p. . . . . . . . . . . . . . . . . 123 - L'œuvre gravée de Léonard Gaultier (xvi^e-xvii^e siècle), par M^me J. Duportal, p. . . . . . . . . . . . . . . . . 129 - Quelques beaux livres de l'année, par Robert Burnand, p. . . . . . 135 - Échos et propos de saison : - La gravure, p. . . . . . . . . . . . . . . . . 141 - Le beau livre, p. . . . . . . . . . . . . . . . 144 --- HORS-TEXTE - « O Mort, vieux capitaine, il est temps, levons l'ancre... ». Bois original de Maximilien Vox, tiré par Jourde, p. . . . . . . . . . . . . . . . . 111 - Composition de Maximilien Vox pour Malbrough s'en va-t-en guerre, gravée par L. Bertault pour Bernard Grasset, p. . . . . . . . . . . . . . . . . 113 - Berger. Burin original de Coubine, tiré par Porcabeuf, p. . . . . . . 115 - Gazan (1^er état). Lithographie de Daumier reproduite en phototypie, par D. Jacomet et C^e (Collection Frapier), p. . . . . . . . . . . . . . . . . 119 - O Paméla ! J'éprouve pour vous l'amour le plus brillant (1^er état). Lithographie de Daumier reproduite en phototypie par D. Jacomet et C^e (Collection Frapier), p. . . . . . . . . . . . . . . . . 123 - La Tour Saint-Jacques. Bois original de Daniel Vierge, tiré par Jourde, p. . . . . . . . . . . . . . . . . 127 - La Leçon d'anatomie. Frontispice au burin des Œuvres d'André Du Laurens. Gravé par Léonard Gaultier (1628). Phototypie D. Jacomet et C^e, p. . . . . . . . . . . . . . . . . 131 - Spécimens de quelques beaux livres de l'année édités par La Connaissance, René Kieffer, Léon Pichon, p. 135-139 --- ÉDITIONS ALBERT MORANCÉ LA MAISON DES MAITRES-GRAVEURS CONTEMPORAINS A PARIS, 30 ET 32, RUE DE FLEURUS (6^e) Téléphone : Fleurus oo-68. — Chèques postaux : 143-51, Paris. — R. C. Seine 109-33o

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Composition de M. Vox, gravée sur bois par L. Bertault. Extraite de Malbrough s'en va-t-en guerre, par Louis Artus. Édité par « Le Jardin de Candide » chez B. Grasset, éditeur.

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MAXIMILIEN VOX GRAVEUR ET ILLUSTRATEUR Impossible de louer la sincérité de Maximilien Vox, son ardeur vers ce qui est beau et bon qui l'apparente aux plus vieux maîtres, impossible de pénétrer dans les profondeurs de son art, si l'on ignore sa lignée composée d'hommes austères, liés aux seuls problèmes métaphysiques, pratiquant jusqu'à l'ascétisme la morale qu'héréditairement ils enseignaient. — Maximilien Vox (Samuel Monod) diffère de ses ancêtres par les formes où il cherche, et par les chemins où il approche, l'idéal et la vérité. — Un tel artiste si bien dressé par les prêtres familiaux à se contraindre durement, — et c'est une règle du bon métier, — trahira certainement son éducation particulière, et c'est une condition de l'œuvre originale dans l'école. — Les bibliophiles ont, dès longtemps, remarqué des bois précieux signés de Vox, insérés dans Lucien Leuwen, les Sonnets du XVIIIe siècle, Micromegras, Faintises, Souvenirs du jardin détruit de Boylesve ; le public l'a rencontré aux expositions des Salons d'Automne et des Tuileries, de la Société de la Gravure sur bois originale. Il s'assura définitivement l'estime avant le renom, — quelle sagesse ! — par la publication d'un Jardin de Candide qui voulait être périodique, à cent exemplaires, dont neuf numéros sur douze sont déjà l'objet des recherches difficiles des amateurs. — Chacun de ces cahiers vaut par le choix judicieux des textes souvent peu connus : l'Hérodote de Paul-Louis Courrier, l'Almanach des Iles Fortunées (1 et 2), Dialogue de Sylla et d'Eucrate de Montesquieu, ---

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le Comte [pacha] de Bonneval (2 vol.), des Poésies de Sarrazin, de Bertin, autant que par la qualité des gravures. Un numéro sans texte contient six admirables Figures pour Shakespeare. — Tout y est fait de la main de l'artiste qui, retiré près de Grasse, dans une petite Thébaïde laborieuse, poursuivait son effort avec le concours de sa jeune femme, excellent graveur elle aussi sous le nom de Marie Ariel, tous deux formant des projets où l'ambition avait moins de part que les soucis les plus nobles du cœur et de la raison. — Mais il fallut renoncer à cette paix, et peut-être que c'est tant mieux. Maintenant Vox dirige un important service chez un des plus fameux éditeurs de Paris, sa collaboration est partout recherchée ; il ne consent à rien gâter par une hâte à laquelle il se refuse ; il repousse tant d’« occasions », tant d’« affaires » propres à séduire d'autres qui n'eussent pas conservé comme le plus beau luxe, le droit, — impayable ! — de choisir. — Il faut le découvrir surtout dans ses commentaires des maîtres qu'il a élus, des ouvrages dont sa pensée parfois vagabonde s'est nourrie ; dans les Cent Frontispices : La Bruyère et Molière, Wilde et Casanova, Dostoiewsky, Boccace, Vigny, Benjamin Constant, Annunzio, etc. — Mais je ne préfère rien à deux gravures dont l'une, d'après le sonnet de Desbarreaux : Un homme assis devant sa table nue ; derrière lui un grand crucifix déploie ses bras ; de sa hauteur divine s'abat, nous semble-t-il, une grâce toudroyante. « Grand Dieu, tes jugements sont remplis d'équité ! » — De l'autre, une version jumelle paraît dans cette revue. Ce bois magnifique illustre un des plus nostalgiques poèmes de Baudelaire : « O Mort, vieux capitaine, il est temps, levons l'ancre... » — Des voiles vers la ligne d'un horizon que signent les ailes blanches des oiseaux migrateurs ; une maison petite et basse qu'il convient de quitter ; un phare, une jetée que des mâts dépassent. Sur ce fond, la Mort, en capitaine de navire, mystérieuse et ricanant, non point hideuse, n'encourage pas même d'un geste une solliciteuse. C'est au contraire la ---

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femme aux chairs voluptueuses dont les fards ont conservé, exagéré la blancheur, les seins lourds, le col empâté bientôt, c'est elle appuyant sa main qui tient l'éventail au bras du macabre marin, et la joue sur son épaule, c'est elle qui coule vers lui des regards pâmés ; nous entendons les mots de sa gorge roucoulante à ce nouvel amant ; elle veut quitter le pays des plaisirs connus et décevants : « Ce pays nous ennuie, ô Mort ! » Et dans le désir du suprême voyage, de ses promesses hasardeuses, elle va vers l'embarquement, méprisant le bonheur vulgaire, qui l'a rassasiée... C'est l'inexprimable d'un rêve qu'évoque ici le trait hardiment intaillé, digne du canif et du poirier des anciens graveurs. — Parfois la curiosité porte Vox, et sa sympathie, vers de moindres ouvrages ; son enthousiasme et son amitié le poussent à prodiguer les richesses de son talent. C'est ainsi qu'il présente aujourd'hui un Malbrough où sa verve et sa profonde intelligence ont ajouté au texte d'incroyables mérites. Dans ce livre dédié « au Peuple de France héroïque et doux », et sous les auspices, ici pacifiques, du casque et du laurier, l'artiste (admirablement compris et secondé par le bon graveur Lucien Bertault $^{(1)}$ ) a passé comme un fil d'or dans la tapisserie où vivent ingénument et chantent avant de mourir les héros des légendes, et répété dans chaque groupe, à chaque page, l'effigie des plus magnifiques tenants de l'héroïsme national. — Tout pénétré de connaissances rares, Maximilien Vox délè les possibilités les plus diverses de l'esprit, avec une si directe attaque à notre sensibilité que nous pouvons, à travers ses planches, deviner son fin visage. — L'expression d'un artiste déplace les miroirs habituels de l'âme. On se souvient de la Duse, inoubliable actrice, quand ses doigts palpaient, scrutaient et caressaient, retenaient avarement une lettre d'Armand Duval. Quelle défiguration de la bouche et des yeux eussent exprimé ${ }^{(1)}$ Qui songerait que ces planches au trait si délié sont l'œuvre d'un nouveau venu à l'édition? Ce début est plein de promesses. ---