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"BYBLIS" MIROIR DES ARTS DU LIVRE ET DE L'ESTAMPE AUTOMNE MCM XXIV --- ÉDITIONS ALBERT MORANCÉ
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"BYBLIS" MIROIR DES ARTS DU LIVRE ET DE L'ESTAMPE AUTOMNE MCM XXIV --- ÉDITIONS ALBERT MORANCÉ
"BYBLIS" MIROIR DES ARTS DU LIVRE ET DE L'ESTAMPE - Pierre Gusman, Directeur-Fondateur - P.-J. Angoulvent, Secrétaire de la Rédaction - Albert Morancé, Administrateur SOMMAIRE DU N° XI : AUTOMNE 1924 - Frank Brangwyn et quelques aspects de son art, par P.-J. Angoulvent, p...
"BYBLIS" MIROIR DES ARTS DU LIVRE ET DE L'ESTAMPE AUTOMNE MCM XXIV --- ÉDITIONS ALBERT MORANCÉ

FRANK BRANGWYN ET QUELQUES ASPECTS DE SON ART Frank Brangwyn est trop connu de tous les amateurs d'art comme une des plus étonnantes figures contemporaines d'aquafortistes pour que nous songions à rappeler une fois de plus sa vie et son œuvre. Nous nous bornerons, sur ces points, à renvoyer les lecteurs qui désireraient se renseigner plus complètement aux nombreuses monographies parues ou en cours de parution (1). Ce qui, par contre, nous paraît utile ici, c'est de résumer rapidement les caractères dominants du génial artiste, et d'essayer d'analyser les causes de son renom mondial. Brangwyn est avant tout un artiste littéraire qui ne se borne pas à chercher dans un sujet le prétexte à graver une planche, mais qui pense à l'occasion de la scène qu'il représente. Un objet quelconque peint par lui est enveloppé d'une atmosphère d'idées, et provoque non seulement la sensation de la réalité tangible, mais encore un sentiment d'au delà qui stimule les facultés cérébrales et invite à la réflexion. A ce point de vue, Brangwyn pourrait être un des champions de l'art moderne en tant que celui-ci se réclame de directives intellectuelles. Mais il faut bien reconnaître que peu d'œuvres modernes donnent une réelle impression de stimulants de l'intelligence. Par un recours systématique à des conventions trop nombreuses, beaucoup d'artistes de notre temps en sont arrivés à ne plus produire que des (1) Principales références : - Magazine of art, vol. 1903-4, page 119; - Léonce Bénédite, Frank Brangwyn, Londres, 1905; - W. Shaw Sparrow, Prints and drawings by Frank Brangwyn with some other phases of his art, Londres, John Lane, 1910. - Frank Newbolt, Frank Brangwyn, with catalogue of etchings, 1912; - Roger-Marx, L'Œuvre gravée de M. Frank Brangwyn (Gazette des Beaux-Arts, janvier 1912); - Jeanne Doin, M. Frank Brangwyn, illustrateur des Villes tentaculaires d'Emile Verhaeren (Gazette des Beaux-Arts, mai 1920); - Brangwyn : Ses Œuvres. — 2 vol. 63 × 45 de chacun 50 planches dont 6 originales. Préfaces de Steinlein, Verhaeren et Anatole France. Paris, d'Alignan, Londres, P. Turpin, 1924. ---
rébus ou des formules algébriques. Brangwyn, au contraire, sans recourir à des stylisations outrancières et difficilement intelligibles, sait idéaliser le milieu où se meut son sujet et provoquer ainsi la méditation sur son sens philosophique. Bien que littéraire, l'art de Brangwyn se rattache malaisément à une école définie. On a comparé le maître anglo-flamand à Victor Hugo, que rappellent sa science de l'antithèse et l'ampleur épique des sujets qu'il traite. Mais on a peine à reconnaître des attaches romantiques dans sa façon objective et réaliste d'exprimer des sujets accessibles à toutes les sensibilités comme à la sienne. Les ascendants littéraires de Brangwyn apparaissent moins lointains. Son ami de jeunesse, qui connut avec lui les durs débuts de la bohème montmartroise, le regretté Steinlein, a très justement signalé que ses œuvres font invinciblement penser à Baudelaire. L'étrange propension du poète des Fleurs du Mal à « ne voir qu'infini par toutes les fenêtres » se retrouve en effet dans beaucoup d'œuvres de Brangwyn : le plus banal spectacle, décrit par lui, s'enveloppe d'un tissu de vertige, ou soulève le voile d'un inconnu hallucinant. Ce sont surtout ses paysages qui procurent cette impression. Qu'on se rappelle, par exemple, des pièces comme la Boucherie à Anvers, le Pont de Barnard Castle, les Vieilles Maisons de Gand, la Démolition du Hannibal, Pauvres hères, ou la Construction de la Bourse $^{(1)}$ . Toutes se présentent, comme l'écrivait M. Roger-Marx, « avec le prestige surnaturel de l'apparition » $^{(2)}$ . On évoque sans peine, devant elles, la profession de foi baudelairienne > La nature est un temple où de vivants piliers > Laisse parfois sortir de confuses paroles ; > L'homme y passe à travers des forêts de symboles > Qui l'observent avec des regards familiers... ${ }^{(3)}$ Mais, malgré ses affinités imaginatives avec Baudelaire, Brangwyn reste un esprit bien différent de celui du poète damné : tout le côté ${ }^{(1)}$ Nous rappelons que le camaïeu original Pauvres hères constituait le frontispice spécial à l'édition de luxe de Byblis pour l'année 1924. ${ }^{(2)}$ Gazette des Beaux-Arts, janvier 1912. ${ }^{(3)}$ Les Fleurs du Mal : Correspondances. ---
FRANK BRANGWYN. — Joueurs d'orgue.
maladif et aboulique de cette âme anxieuse fait place chez lui à une volonté tenace et froide, à un amour profond de l'effort. — Brangwyn s'est fait le peintre de l'effort humain sous la forme où il s'exerce avec la plus suggestive plénitude, celle du travail manuel; son œuvre constitue une véritable épopée laborieuse, exaltant la beauté plastique et morale du travail physique. Il montre en pleine action les terrassiers, les bûcherons, les puddlers, les bateliers, les hâleurs, les teinturiers, les débourreurs de peau, les cordonniers, les laveurs de bouteilles, les moissonneurs, les fèvres. Et toujours on sent derrière le geste de l'homme toute sa portée philosophique et sociale. — Car Brangwyn est surtout un artiste social : il a su évoluer au rythme accéléré de la civilisation moderne, et, délaisissant les thèmes consacrés, il a voulu exprimer son époque. — Comme Verhaeren, il s'est senti saisir et entraîner par la fièvre des villes modernes « …… où se démènent Avec leurs pleurs, leurs ruts et leurs blasphèmes, A grande houle, les foules…. » (1). — Comme lui, il considère avec une admiration anxieuse la force tumultueuse et formidable des foules aveugles, également prêtes, suivant l'impulsion du moment, à bondir « soit vers la gloire ou vers le crime ». Comme lui, il chante la mystérieuse beauté du machinisme qui a rénové la vie dans ses plus infimes détails : « … c'est une usine : et la matière intense Et rouge roule et vibre, en des caveaux Où se forgent d'ahan les miracles nouveaux Qui absorbent la nuit, le temps et la distance… » (1). — Comme lui aussi, il pleure les peines, les souffrances et les iniquités inséparables des agglomérations humaines, et du rapprochement d'innombrables inégalités natives… — Aussi ne s'étonne-t-on pas que la collaboration de deux pareils artistes ait donné naissance à une admirable édition des Villes tentaculaires parue en 1920 sous la firme de René Helleu (2). (1) Les visages de la vie. (2) Paris, un volume petit in-4° de 180 pages avec 1 lithographie et 50 bois originaux. C'est à la courtoise obligeance de M. René Helleu que nous devons de publier ici l'un des plus beaux de ces bois. ---


Byblis est une revue consacrée aux arts du livre et de l'estampe, publiée par les Éditions Albert Morancé. Ce numéro, datant de l'automne 1924, contient une étude sur Frank Brangwyn et son art, ainsi que des articles sur la gravure, le beau livre et le fonds de la Chalcographie du Louvre.