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"BYBLIS" MIROIR DES ARTS DU LIVRE ET DE L'ESTAMPE ÉTÉ MCM XXIV --- ÉDITIONS ALBERT MORANCÉ

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"BYBLIS" MIROIR DES ARTS DU LIVRE ET DE L'ESTAMPE - Pierre Gusman, Directeur-Fondateur - P.-J. Angoulvent, Secrétaire de la Rédaction - Albert Morancé, Administrateur SOMMAIRE DU N° X : ÉTÉ 1924 - Mathurin Méheut, décorateur de livres, par M. Valotaire, p. . . . 45 - Albert Varadi, graveur transylvain, par Loys Delteil, p. . . . . . . . 49 - Les « Figures de Modes » de Watteau, par Emile Dacier, p. . . . . 53 - Colas Breugnon de Gabriel Belot, par Romain Rolland, p. . . . . . 59 - La Société des « Amis des Livres », par P. Magnus, p. . . . . . . . 64 - Un caractère d'inspiration latine : l'Augustal de Louis Perrin, par Marius Audin, p. . . . . . . . . . . . . 69 - Échos et Propos de Saison : - La Gravure, p. . . . . . . . . . . . . 73 - Le Beau Livre, p. . . . . . . . . . . . 77 HORS-TEXTE - Le Dernier Schlittage, camailieu original de Mathurin Méheut, tiré par Jourde, p. . . . . . . . . . . . . 47 - Portrait de P. G., pointe-sèche originale d'Albert Varadi, tirée par Porcabeuf, p. . . . . . . . . . . . . 51 - Six « Figures de Modes » de Watteau. Phototypie D. Jacomet & C° (planche double), p. . . . . . . . . . . . 55 - Spécimen du Colas Breugnon de Romain Rolland, illustré par Gabriel Belot. Tirage exécuté par Ch. Eyménié, p. . . . . . . . . . . . . . . . . 63 - Le Vagabond, eau-forte originale de Steinlen illustrant un menu de la Société des Amis des Livres. Tirage de Vernant, p. . . . . . . . . . . . . 67 - Page composée en caractères Augustaux de Louis Perrin, p. . . . . . 71 - La Femme et le Vieillard, eau-forte originale de Gérard Cochet, lauréat de la Fondation américaine pour la Pensée et l'Art Français (1924). Tirage de Vernant, p. . . . . . . . . . . . . 75 - Planche spéciale à l'édition de luxe. - Répertoire de l'œuvre gravé de Mathurin Méheut, p. . . . . . . . . 80 - Répertoire de l'œuvre gravé d'Albert Varadi, p. . . . . . . . . . . . 80 ÉDITIONS ALBERT MORANCÉ LA MAISON DES MAITRES-GRAVEURS CONTEMPORAINS A PARIS, 30 ET 32, RUE DE FLEURUS (6°) Téléphone : Fleurus oo-68. — Chèques postaux : 143-5r, Paris. — R. C. Seine 109-33o

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MATHURIN MÉHEUT DÉCORATEUR DE LIVRES MATHURIN MÉHEUT est à mettre au premier rang des vrais graveurs sur bois de l'heure présente, et il m'est d'autant plus agréable de dire ici tout le mérite de son œuvre, toute l'estime due à son talent. Depuis l'abandon du bois « en teinte », depuis le retour aux vieilles traditions de la taille en « fac-similé » sous l'intelligente impulsion de Lepère, la gravure sur bois a connu, avec les faveurs d'une mode d'ailleurs justifiée pour l'illustration du livre, l'engouement des artistes soucieux de trouver un débouché normal pour leur production, et désireux aussi, non seulement de vivre avec leur temps, mais encore de marcher à l'avant-garde des novateurs. Sous l'outil de quelques-uns, le bois gravé par l'auteur même de la composition, le bois original proprement dit, s'est adapté à un dessin savamment étudié pour garder, dans la simplification voulue et forcée des masses de blancs et de noirs, toute sa lisibilité, tout son caractère, toute son harmonie. Il est devenu le mode d'illustration certainement le plus adéquat à la typographie du livre. Mais en regard de cette forte et saine production, quelles erreurs n'ont pas été commises ! ou quelles fautes ! ou même quelles méprisables impostures ! La simplification apparente du dessin gravé a servi de prétexte à masquer toute les ignorances de dessin et de technique, toutes les pauvretés d'idées, tous les manques de métier. Et comme il est naturel, on a fait de toutes ces misères autant d'articles de foi destinés à impressionner le public et à lui donner le change. Ces audacieux abus dont l'ère est heureusement à son déclin, ont risqué certainement, sous l'abondance de leur masse, de discréditer le bois gravé près des éditeurs et près du public. C'a donc été une vraie joie pour ---

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ceux qui depuis de longues années connaissaient le talent de Méheut, qui ont enregistré les victoires successives dues à son labeur tenace au service d'un tempérament généreux — que de le voir un jour chargé par l'éditeur Mornay, de l'illustration en bois de deux tons du roman breton de Le Braz, Le Gardien du Feu. Et l'attente impatiente de ce beau livre paru en 1923, n'a déçu personne. — Est-il nécessaire de rappeler que Mathurin Méheut, breton d'origine, né à Lamballe, ayant passé de longues années dans cette âpre Bretagne à laquelle il reste toujours fidèle, était préparé mieux que quiconque à situer l'histoire tragique de Goulven Denès, gardien du phare de Gorlebella, face à la pointe du Raz, dans le cadre vrai d'un pays et d'un milieu dont le caractère intime avait été par lui profondément pénétré depuis longtemps déjà ? — Tout jeune, Méheut s'était fait connaître par son œuvre — jamais achevée d'ailleurs et toujours poursuivie — d'analyse décorative de la nature. Frappé des possibilités d'utilisation par les décorateurs d'éléments empruntés à la faune et à la flore, Méheut entreprit d'analyser ces éléments avec un œil d'artiste, mais guidé par la préoccupation de la vérité scientifique. Labeur formidable dont les articles parus et illustrés de centaines de dessins, dont les ouvrages de fonds édités avec soin et qui sont à la base de toute bibliothèque d'art décoratif, ne donneraient qu'une faible idée, si l'on ne savait les exigences de l'artiste vis-à-vis de lui-même, si l'on ne connaissait ses scrupules et sa passion de vérité, si l'on n'avait vu dans ses cartons les masses de croquis et de documents recueillis avec une inlassable opiniâtreté. Il faut à Mathurin Méheut un tempérament exceptionnellement robuste, pour avoir pu résister au surmenage redoutable, dans une vie, tout juste à la maturité — remplie d'études continues, de séjours dans les laboratoires, et de voyages lointains parfois (la guerre, en 1914, a trouvé Méheut au Japon, après un séjour aux Indes et à Ceylan). — L'illustration d'un livre a consisté, surtout jusqu'ici, à figurer les personnages imaginés par l'auteur, évoluant dans telles ou telles circonstances avec la stature, la physionomie, les gestes supposés par ---

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Mathurin Méheut. — Le pêcheur. --- H, H, H --- MATHURIN MÉHEUT. — Le pêcheur.

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l'artiste suivant les indications du texte. En réalité, l’illustration devient une sorte de traduction imagée du récit que l’artiste impose à la vision du lecteur, telle que, personnellement, il la conçoit. Et ce n’est pas d’ailleurs, très souvent, sans être une cause de trouble ou de gêne dans l’esprit de celui qui, ayant lu une première fois le livre, sans illustrations, se trouve face à face avec des personnages qu’il imaginait très différents. — La décoration d’un livre est toute autre. Elle tend, si l’on veut bien étendre ce mot de « décor » au delà de la présentation matérielle de l’ouvrage, à fixer le cadre dans lequel se meuvent les personnages, le « décor » de l’action décrite par le texte, à permettre au lecteur d’évoquer l’image qui correspond exactement au désir de son imagination, à laisser en un mot à chacun, dans la limite des précisions nécessaires, la liberté de conceptions personnelles, charme d’une lecture intelligente. C’est dans cet esprit que Méheut a « décoré » le Gardien du Feu ; c’est dans cet esprit encore qu’il prépare la décoration de La Brière d’Alphonse de Châteaubriant, qui doit paraître prochainement (bois à trois tons.) — « Si j’ai vu Aoustin d’une certaine façon, nous disait-il, ce n’est pas une raison pour que le lecteur soit obligé de le voir comme moi. Ce que je dois lui montrer c’est la vie des gens du pays, l’aspect même des paysages où se déroule la trame du livre, le marais, les chaumières basses, les canaux que j’ai vus, moi, que j’ai été voir sur place pour ceux qui n’ont pas pu voir, essayant de dégager pour plus de compréhension l’âme même des choses et des gens ; c’est la tâche de l’artiste. » — Il y a là, à vrai dire, dans cette conception très personnelle, très originale, toute une révélation de ce que peut devenir la « décoration » du livre, faisant place à l’« illustration ». — Ce serait de la part de Méheut, une victoire de plus, d’avoir mis à jour cette vérité nouvelle. M. Valotaire.