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"BYBLIS" MIROIR DES ARTS DU LIVRE ET DE L'ESTAMPE AUTOMNE-HIVER MCMXXII PARIS Numéro 4 1ère Année
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"BYBLIS" MIROIR DES ARTS DU LIVRE ET DE L'ESTAMPE AUTOMNE-HIVER MCMXXII PARIS Numéro 4 1ère Année
"BYBLIS" MIROIR DES ARTS DU LIVRE ET DE L'ESTAMPE — Pierre Gusman, Directeur-Fondateur. — P.-J. Angoulvent, Secrétaire de la Rédaction. — Albert Morancé, Administrateur. = SOMMAIRE DU N° IV DE "BYBLIS": AUTOMNE-HIVER 1922 = — Auguste Brouet, aquafortiste, par J. Guiffrey, Conservateur au musée du Louvre. . . . . . . . . . . . 141 — Paul Baudier, graveur sur bois original, par Clément-Janin . . . 145 — Histoire d'une planche de Meryon (Fonds de la Chalcographie du Louvre), par P. Gusman . . . . 149 — Les Frontispices in-folio de l'imprimerie royale du Louvre, par P. Magnus . . . . . . . . . . . . 155 — Les Beaux Livres de l'année 1922 par Robert Burnand . . . . . . 162 — Une pseudo-gravure en taille-douce, par P.M. . . . . . . . . . . 178 — Joseph Gillé, fondeur du Roi, et Joseph-Gaspard Gillé, membre de l'Athénée des Arts, par P. Gusman . . . . . . . . . . . . 181 — Échos et propos de Saison: Le Collectionnisme, par P.G.; La Cote du Livre d'art, par M. Escoffier; La Cote des Estampes; Articles sur la Gravure; Sociétés, Expositions, etc. *188 — Tables de la première année de "Byblis". . . . . . . . . . . . 195 HORS-TEXTE — Rouen, eau-forte d'Auguste Brouet, tirée par Delâtre. . . 142-143 — Vieilles Maisons à Pont-en-Royan, bois original de Paul Baudier, tiré en deux tons par Jourde. . . 146-147 — Vue du Louvre, d'après Zeeman, et le Petit Pont, face et revers du cuivre de Ch. Meryon (Fonds de la Chalcographie du Louvre), deux planches tirées par Vernant. 150-151 — Frontispice de l'« Horace » de 1642, gravure de Mellan, d'après Poussin, reproduite en phototypie par D. Jacomet. . . . . . . . . . . 156-158 — Les Beaux Livres de l'année 1922: Spécimens des éditions Pichon, Mor-nay, « les Muses françaises », Kieffer, « la Connaissance », Blanchetière, Albert Morancé, Boivin, Boutitie, Crès. . . . . . . . . . . . 162-177 — Fragment, en trois états, d'une gravure sur bois imitant la taille-douce, par Adolphe Gusman, imprimé par Jourde. . . . . . . . . . . 178-179 — Spécimens de la typographie de Gillé père et Gillé fils, deux hors-texte, tirés par Frazier-Soye. . . . 182-183 — Répertoire de l'Œuvre gravé de A. Coussens. . . . . . . . . . . 191-192 — Spécimen du caractère «Romain El-zévirdemi-gras», présenté par Peignot, imprimé par Frazier-Soye. . 194-195 ÉDITIONS ALBERT MORANCÉ LA MAISON DES MAITRES-GRAVEURS CONTEMPORAINS A PARIS, 30 ET 32, RUE DE FLEURUS (6°). Téléphone : Fleurus oo-68. Chèques postaux : 143-51, Paris.
"BYBLIS" MIROIR DES ARTS DU LIVRE ET DE L'ESTAMPE AUTOMNE-HIVER MCMXXII PARIS Numéro 4 1ère Année
AUGUSTE BROUET AQUAFORTISTE PARISIEN NE exposition récente a présenté, pour la première fois en France, l'œuvre d'un maître-graveur : Auguste Brouet. Certes, quelques initiés connaissaient et appréciaient avant le mois de mars dernier et depuis longtemps même son talent⁽¹⁾; mais il n'avait pas reçu encore du public parisien l'hommage d'admiration auquel il avait droit. — Auguste Brouet est un enfant de Paris, de Montmartre. Né le 10 octobre 1872, il passa ses premières années parmi les humbles, dont il devait plus tard représenter les types avec une si émouvante sincérité. Il travailla d'abord comme apprenti chez un imprimeur lithographe, puis chez un fabricant d'instruments de musique. Il étudiait, en même temps, de 13 à 15 ans, le dessin aux cours du soir chez Kignolet; aussi à 16 ans put-il entrer à l'École des Beaux-Arts dans l'atelier d'Élie Delaunay. Gustave Moreau, cet excellent maître, le remarqua peu de temps après, s'intéressa à lui et lui donna des conseils pendant plusieurs années. Dès 1888 il s'exerce à la gravure avec Delâtre, et de cette époque date sa première planche: Les Joueurs de dés, exécutée avec un clou sur une plaque de zinc légèrement mordue, qui étonne par certaines affinités avec des eaux-fortes de Rembrandt, bien qu'Auguste Brouet n'en ait alors jamais vues. — Longtemps la lutte sera rude pour le jeune artiste dénué de ressources. Il était né graveur, et cependant il dut dessiner, peindre à l'huile et à l'aquarelle pour assurer sa subsistance, exécuter des lithographies, des 1. Outre les Catalogues illustrés des Expositions A. Brouet à Paris, en mars 1922, et à Amsterdam en mai de la même année, avec préfaces de Gustave Geffroy, et les comptes rendus de ces expositions (Chronique des Arts et de la Curiosité, 15 avril 1922, p. 51, par Catroux; La Renaissance de l'Art français mars 1922, p. 3, par Arsène Alexandre, avec dix illustrations et un hors-texte, etc., et dans les journaux, hollandais: Handelsblag, Rotterdamscher Currant, Elzeviers Maanschrift, Die Telegrag Abendblag, etc.), nous signalerons l'excellent article de Marcel Valotaire: Auguste Brouet, painter-etcher, dans The Studio, 15 juin 1920, p. 134, avec six illustrations. ---
gravurès en noir et en couleur d'après les maîtres ou pour d'autres graveurs : il connut la longue hiérarchie des misères que l'artiste pauvre, le graveur surtout, doit remonter avant d'arriver à la vie paisible et à la notoriété. C'est l'histoire triste commune à tant de grands artistes! Auguste Brouet a toujours marqué une prédilection à représenter les pauvres gens, au milieu desquels il était né, qu'il connaissait bien et qu'il aimait; de tous ceux qui traînent leur vie misérable sur les trottoirs ou dans les étroites boutiques des quartiers populeux. Il sera le meilleur illustrateur de la rue grouillante du Paris de notre temps. Avec une compassion émue, il s'est arrêté dans la boutique ou devant l'échoppe de l'horloger, du tourneur, du tonnelier, de l'orfèvre, du luthier où il avait lui-même travaillé, du boucher, de la marchande de légumes, du graveur et du ciseleur, de l'antiquaire, de la marchande à la toilette, de la prêteuse sur gages. En errant sur la voie animée il notera au passage le marchand d'habits, relevant la tête et quétant un client aux façades des maisons, la porteuse de pains affairée, les vendeurs au panier criant leurs marchandises, le joueur d'orgue de Barbarie, le marchand de mouron, la quincaillerie ambulante, le raccommodeur de faïence et de porcelaine, les romanichels, l'aveugle, le départ pour le marché à la ferraille, le marchand de fleurs à la hotte de la rue des Abbesses. Ailleurs, dans des tableaux de genre, du genre le plus humble, il montre : le marché à la ferraille à Saint-Ouen, le marché au gui rue Lepic, le bric-à-brac du marché aux puces, le tri des chiffonniers, le camp des romanichels, le marché de la rue des Abbesses, des scènes de la zone, le rendez-vous des Chiffonniers, le campement des trois roulottes, etc. Certains coins de Paris ont été nettement fixés par lui : le Pont-Neuf, le pont Saint-Michel, un coin de la rue Lepic ${ }^{(1)}$ . N'est-ce pas les aspects les plus fugitifs, les plus imprévus de la grande ville qu'il a fixés ainsi pour toujours? Même il a fait de rares excursions en province, et quelques-unes de ses planches nous montrent du Creusot ${ }^{1}$ Parmi les très belles planches de cette suite il nous est particulièrement agréable de mentionner Une rue à Montmartre, commandée par la Direction des Beaux-Arts à Auguste Brouet. Cette planche vient d'être livrée à la Chalcographie du Louvre, où des épreuves sont maintenant en vente. ---
* Rouen Gravé par Auguste Bronck *
la vue extérieure des fours à gaz et, à l'intérieur, les convertisseurs; de Cannes, les raccommodeurs de filets; de Marseille, le marché au poisson; de Conflans, les mariniers; de Normandie, une tour, et une rue à Pont-de-l'Arche, des enfants lisant dans une rue à Rouen, etc. C'est à cette série qu'appartient la belle planche représentant une rue de Rouen longeant la Cathédrale qui accompagne ces lignes. — La vie du soir, dans les cafés-concerts, les music-halls et surtout dans les cirques, a exercé sur Auguste Brouet, comme sur tant de grands artistes contemporains, une vive attraction. Ses planches intitulées : le Grand Cirque, le Cirque Pinder, le Cirque ambulant, la Soirée des Acrobates à Saint-Cloud, les Fratellini, la Parade, Chanteuse de café-concert, Danseuse au miroir, les Pointes avant la danse, Petite Danseuse, les Deux Danseuses, Loge de Danseuse, etc., appartiennent à ce groupe, et quelques-unes comptent parmi ses meilleures œuvres. Lui aussi a senti le contraste entre la misère de ce monde d'amuseurs et le faux luxe de leurs oripeaux ; il en a été profondément ému. Cet état d'esprit a fait d'Auguste Brouet un illustrateur admirable du livre d'Edmond de Goncourt, Les frères Zemganno, pour lequel il a gravé à l'eau-forte quinze planches hors-texte et plus de cinquante vignettes. Rarement l'association d'un auteur et d'un illustrateur a produit un aussi heureux résultat. — Enfin, Auguste Brouet a traité quelques sujets de la grande guerre : le Ravitaillement, le Repos des G. V. C., l'Exode, la Halte des Réfugiés, les Poilus, la Relève, la Manille au cantonnement, le Départ des Émigrants gare du Nord, Boucherie militaire, et une douzaine d'autres planches où sont traitées quelques douloureuses ou pittoresques scènes vues par lui. — En effet, Auguste Brouet ne nous montre que ce qu'il a vu lui-même ; il raconte ce qu'il voit, comme il le voit, avec sympathie, et il découvre autour de lui des spectacles pleins d'intérêts que nul avant lui n'avait su comprendre ou exprimer ; mais il ne donne dans son œuvre aucune place à l'imagination. — Pour arriver à fixer si heureusement des scènes essentiellement ---
fugitives, il fallait que l'exécution suivît immédiatement l'impression reçue. Aussi Auguste Brouet s'est-il créé un métier très personnel : pour lui à peine quelques croquis sommaires et mnémotechniques sont nécessaires, mais point, ou bien rarement, de ces dessins minutieusement composés, arrangés et recopiés sur la planche : le plus souvent il dessine directement avec la pointe sur le cuivre. Ce procédé donne à ses gravures leur incomparable accent de sincérité, de mouvement et de vie, cette qualité d'exécution personnelle et unique, cette intensité d'expression incomparable. Lorsqu'une planche ne le satisfait pas complètement, plutôt que de la reprendre et de la retravailler, il la détruit. Ainsi assure-t-il lui-même la parfaite unité et la haute valeur d'art de son œuvre. — S'étant toujours tenu à l'écart des manifestations ostentatoires, il a travaillé beaucoup sans nulle préoccupation de publicité, parfois même sans un souci suffisant de ses œuvres. Telles de ses planches n'existeraient pas, d'autres seraient aujourd'hui perdues, s'il n'avait eu la chance d'avoir près de lui un ami exceptionnel qui sut lui simplifier les difficultés de l'existence, lui permettant de travailler avec plus de calme et de méthode, de vivre avec quiétude. À l'admiration que nous éprouvons pour l'excellent artiste doit se joindre un sentiment de reconnaissance pour l'ami de toujours, le compagnon fidèle des bons comme des mauvais jours, pour Frédéric Grégoire, qui sut rendre plus douce et plus heureuse la carrière longue et laborieuse d'Auguste Brouet, le graveur éminent des gagne-petit. JEAN GUIFFREY.
PAUL BAUDIER GRAVEUR SUR BOIS ORIGINAL PARISIEN B EPORTEZ-VOUS aux environs de 1890 et placez-vous, par la pensée, dans un atelier de graveur sur bois. — Le maître est devant sa fenêtre et travaille; autour de lui, deux ou trois élèves incisent le buis sous sa surveillance. On cause mollement. De temps à autre le patron regarde ce que font ses aides et leur donne un conseil. C'est l'atmosphère laborieuse de gens qui savent qu'ils n'ont pas de temps à perdre. Puis, aux moments de repos, on parle gravure, métier, belle coupe savante et propre. Il n'y a de graveurs que les graveurs d'interprétation; on en est resté à la définition de Diderot: la gravure est l'art de multiplier les chefs-d'œuvre, — ou les œuvres tout court. — Mais voici que la porte s'ouvre sous la poussée d'un camarade. Il se mêle à la conversation, avec une autre tournure d'esprit. Il est un émancipé et veut qu'une place soit faite à la gravure originale. Il loue Lepère, qui lui a donné sa volée. Il médit de tout ce que vantait le maître; il rit de la belle coupe pour la belle coupe, qui n'est qu'une habileté de la main, et encore! une habileté facilitée par des instruments perfectionnés que ne connaissaient pas les Papillon... — Sur ces propos téméraires, une dispute s'élève, mais, comme dans toutes les disputes, celle-ci terminée, chacun reste sur ses positions. Un des apprentis a donné raison, in petto, à l'émancipé, qui apportait la lumière, c'est-à-dire la liberté, là où il n'y avait que ténèbres, c'est-à-dire servilité. Et voilà une conquête de plus pour la gravure originale. — Ce petit tableau, inventé, est au fond l'histoire de tous les graveurs originaux ayant atteint aujourd'hui la quarantaine. Ils sont nés dans l'étouffement d'un métier qui agonisait faute d'inspiration et de senti- ---

Byblis est une revue trimestrielle consacrée aux arts du livre et de l'estampe. Chaque numéro présente des études sur des peintres-graveurs, des graveurs anciens, des livres d'art et des procédés de gravure. La revue met en avant des gravures et planches originales accompagnées de textes d'écrivains spécialistes.