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"BYBLIS" MIROIR DES ARTS DU LIVRE ET DE L'ESTAMPE ÉTÉ MCMXXII --- PARIS Numéro 3 1ère Année

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"BYBLIS" MIROIR DES ARTS DU LIVRE ET DE L'ESTAMPE - Pierre Gusman, Directeur-Fondateur. - P.-J. Angoulvent, Secrétaire de la Rédaction. - Albert Morancé, Administrateur. --- SOMMAIRE DU N° III DE « BYBLIS » : ÉTÉ 1922 - Armand Coussens, peintre-graveur provençal, par Clément Janin, p. 95 - Jean-Baptiste Vettiner, graveur sur bois original bordelais, par Clément-Janin, p. 99 - L’Œuvre gravée de Ferdinand Gaillard (Fonds de la Chalcographie du Louvre), par Loys Delteil, p. 103 - Les Conquêtes de l’Empereur de la Chine, par Paul Pelliot, de l’Institut, p. 107 - Le Livre illustré du XVᵉ Siècle, par Seymour de Ricci, p. 111 - Une publication d’Art: «Le Nouvel Imagier», par P.G., p. 114 - La Gravure en taille d’épargne sur métal, par Pierre Gusman, p. 118 - Le Caractère typographique de John Baskerville, par P. Magnus, p. 125 - Échos et propos de Saison: La Fondation américaine pour la Pensée et l’Art français, par P.G.; La Cote du Livre d’art, par E. Escoffier; Cote des Estampes, par L.D.; Divers, p. 129 --- HORS-TEXTE - Amateurs d’Estampes, pointe-sèche originale de Coussens, p. 96-97 - La Rhüne, bois original de Vettiner, tiré à la presse à bras par Jourde, p. 100-101 - La Joconde, planche inachevée de F. Gaillard, d’après Léonard, tirée par Vernant, p. 104-105 - Les «Conquêtes de l’Empereur de la Chine», 2 hors-texte, ensemble et détail, phototypie Jacomet, p. 108-109 - Le Christ dans sa Gloire, phototypie Jacomet, d’après la gravure de Baccio Baldini, p. 112-113 - Le Nouvel Imagier, bois original de P.G., extrait de la publication, p. 116-117 - L’Annonciation, planche originale du XVᵉ siècle, conservée au musée du Louvre, tirée par Frazier-Soye, p. 120-121 - Spécimen des Caractères «Baskerville», présenté par Berger-Levrault, p. 126-127 - Pietà, bois original de Constant le Breton, tiré par Frazier-Soye, p. 130-131 - Le Caractère «Della Robbia», présenté par Peignot et Cʳᵉ, p. 132-133 - Répertoire de la Gravure contemporaine: L’Œuvre d’Amédée Féau, p. 135 --- ÉDITIONS ALBERT MORANCÉ La Maison des Maîtres-Graiveurs Contemporains A Paris, 30 et 32, rue de Fleurus (6ᵉ). Téléphone: Fleurus 00-68. Chèques postaux: 143-51, Paris.

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ARMAND COUSSENS PEINTRE-GRAVEUR PROVENÇAL n livre de Francis Jammes, Le Poète et l'Inspiration, décoré de deux vernis mous et de bois par Armand Coussens! Voilà une nouveauté. Elle a rappelé l’artiste au souvenir des amateurs et l’a fait connaître des bibliophiles. Car ce petit livre, édité chez Gomès, rue Régale, à Nîmes, est un heureux départ, point parfait assurément, mais plein de promesses : bonnes proportions, décor sobre et nerveux, recherche de typographie en harmonie avec le texte, titre d’une noble ampleur. Attendons la suite avec confiance et félicitons artiste et éditeur de leur action décentralisatrice. L’auteur, lui, n’est plus à féliciter; il fait son œuvre loin de nos foules bruyantes, dans un recueillement propice. — M. A. Coussens est, comme Francis Jammes, un enraciné. Provençal il est, provençal il demeure. Né à Saint-Ambroix (Gard) le 4 décembre 1881, il n’a quitté son département que pour un séjour de sept années à Paris, de 1900 à 1907. Pourquoi cette fugue? Parce que son maître de dessin à Nîmes, Alexis Lahaye, voulait l’engager dans la voie du prix de Rome. Mais l’élève était indocile. Il préféra le Luxembourg, avec ses impressionnistes, à l’école de la rue Bonaparte avec ses antiques. Il passa son temps à peindre sur les quais, à faire des croquis, à courir les expositions, où il pouvait voir des Monet, des Pissarro, des Sisley, des Jongkind, des Degas, ses idoles ! Il vivait maigrement du produit de quelques dessins, péniblement vendus. Était-ce vivre ? Un beau matin, il se répondit non. Il se dit aussi que la vie qu’il menait était ridicule, insuffisante et gâcheuse d’énergie. Il envisagea, à partir de ce moment, le retour au berceau, ou ailleurs, quelque part loin de Paris, où il pourrait travailler en paix. Une place de professeur de dessin se trouva ---

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vacante à Nîmes, il concourut et l'obtint. L'arbre était replanté dans son sol d'origine et allait donner toute sa floraison. — M. Coussens ne commença la gravure qu'en 1912. En 1914, le maître imprimeur Vernant lui acheta une planche pour une société d'amateurs. Premier succès, bientôt suivi d'autres. En 1919, le Luxembourg acquit un tableau et huit gravures, en même temps que deux aquarelles de Mme Jeanne Coussens, artiste elle-même comme son mari, et élève, comme lui, de ce bon peintre Alexis Lahaye. Ce sont des disciples qui font honneur au maître, lequel ne craignait pas d'apprendre aux autres ce qu'il comprenait et sentait si bien. Chose rare, si l'on en croit Desboutin qui écrivait : « Les professeurs se gardent bien d'enseigner ce qu'ils croient savoir, pour qu'on ne les égale pas. » — Quel est le genre de M. Coussens ? Il n'en a pas. Il peint, dessine et grave tout : des paysages, des Bohémiens, des cours de fermes avec leurs chariots, leurs ustensiles, leurs poules et leur fumier, des bateaux, des églises, des marchés, des paysans, des vagabonds, des intérieurs, des animaux, de purs paysages, des bateleurs, des baigneuses, des têtes de femmes, des vues de villes, etc. Cette variété de goûts qui touche à tous les sujets montre que M. Coussens aime le pittoresque. — En se référant aux Amateurs d'Estampes, présentés ici en hors-texte, on comprendra que l'artiste ait renoncé à l'École des Beaux-Arts et au prix de Rome ! Étant un œil et une main — un cerveau aussi — il ne peut résister au désir de rendre ce qu'il voit et le séduit. Allez donc enfermer une telle nature dans le compartiment étroit d'une règle ! M. Coussens ne méprise pas les maîtres, mais son avis est que chaque artiste doit choisir les siens. Lui, après les impressionnistes, il a élu Daumier, dont la planche que nous donnons évoque le souvenir, Puvis de Chavannes, Callot, Ostade, Lorrain, et, cela va sans dire, Rembrandt. Singulier mélange, pensez-vous ! Réfléchissez : tous ces maîtres vont du pittoresque au caractère, ce qui est précisément la tendance de notre artiste. Quand un homme élit des modèles qui paraissent opposés, comme Callot et Puvis, c'est qu'il a en lui les deux aspirations que ces modèles représentent. Car le pittoresque n'exclut ni l'équilibre de la ---

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composition, ni même le style. Et un artiste, digne de ce nom, doit pouvoir aller de l’un à l’autre, au fil de l’heure et de son inspiration. Un groupe d’arbres, Les Pins, de M. Coussens, est assez imprégné de style pour donner raison à cette théorie. — Mais, en lui, c’est le pittoresque qui l’emporte! Son procédé de gravure en couleurs — car il est expressément un graveur en couleurs — est d’ailleurs le plus expéditif qui soit, et se prête davantage à la notation preste du caractère qu’à la poursuite laborieuse du style. Comme il est un artiste qui vibre, il lui fallut un procédé qui ne se refroidit pas sous ses doigts. Il essaya le trait, mais n’en tira rien à son gré. Sa planche était maigre et sèche. Devait-il renoncer à la gravure pour se consacrer au dessin? Quelque chose lui disait : « Cherche encore ! » Il chercha et trouva le vernis mou, qui avait si bien réussi à Steinlen, autre peintre du caractère et du pittoresque. Il l’employa et fut sauvé. Le vernis mou procure, en effet, aussi bien une délinéation fine qu’un trait large et gras. La trace du crayon offre, en outre, l’avantage de faire chanter un aplat de noir ou de gris avec plus de force et de plénitude que le grain de résine, support habituel de la couleur. Si, à la morsure, on constate quelques faiblesses, la pointe sèche les relève avec cette sonorité et ce velours qui lui sont propres. Et puis, chose précieuse, le vernis mou dispense l’artiste de la complication du grain. M. Coussens n’a qu’un goût modéré pour la cuisine de l’eau-forte, qui séduit tant d’autres; il veut un matériel simple, qui lui permette de s’exprimer directement, aussi directement qu’il est possible, quand on fait intervenir le vernis, l’acide et le réchaud. Autre bénéfice : le vernis mou, c’est encore le crayon, puisqu’il suffit de dessiner avec un crayon sur un papier grainé, appliqué, du côté de son grain; sur une plaque de métal préalablement recouverte d’un vernis au suif. Ce moyen lui procure, ici des matités, là des écrasements d’encre, qui sont l’imprévu du tirage, et dont le graveur subit le charme sans chercher à se l’expliquer. — M. Coussens a déjà gravé près d’une centaine de pièces, et la Chalcographie du Louvre en a acheté seize, hommage aussi rare que ---

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significatif. Il vient récemment de faire paraître un album de « Six Vues de Nîmes », eaux-fortes en noir, exception à son parti-pris de planches en couleurs. Mais cette exception prouve que M. Coussens n’est point un immobile, et que son sens du pittoresque le porte aussi bien vers les procédés, quand il croit y trouver une meilleure expression de sa pensée, que vers les spectacles de tous ordres de la nature. — Il ne renonce point pour cela à sa chère couleur, plus riche en ressources, et il la défend, contre certaines attaques, non sans vivacité. — « Je sais, m’écrivait-il, le dédain que certains professent pour la gravure en couleurs. Ce procédé, qui est évidemment le plus peintre de tous, est rendu responsable de l’abus qui en a été fait. Ces opinions ne m’ébranlent pas; je me rassure en regardant les horribles choses que l’on porte actuellement aux nues et je suis bien certain que la vérité n’est pas là. » — La gravure en couleurs, que l’on a surnommée par dérision « le tableau du pauvre », a perdu la vogue dont elle jouissait il y a vingt ans, parce que les mauvais graveurs, qui laissent à l’imprimeur le soin d’extraire quelque chose de leur nuageuse composition, ont voulu l’exploiter. Mais il suffirait d’un Raffaëlli, auquel s’apparente M. Coussens, et de M. Coussens lui-même, pour maintenir à ce procédé, si différent de la gravure en noir, mais si plein de charme et d’agrément, son droit de cité. On pourrait, s’il en était besoin, étayer ce droit de bien d’autres noms, à commencer par les Japonais et le xvme siècle, à continuer par MM. Henri Rivière, Luigini, Arthur Jacquin, Gatier, Labrouche, et tutti quanti. Mais à quoi bon? La gravure en couleurs existe, elle a ses partisans déterminés et nous devons nous garder de diminuer un patrimoine qui a de telles références, surtout quand un artiste comme M. Coussens lui apporte une si brillante contribution. CLÉMENT-JANIN.

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JEAN-BAPTISTE VETTINER GRAVEUR SUR BOIS ORIGINAL BORDELAIS L ne saurait faire doute que l'art de M. J.-B. Vettiner est tout de poésie agreste, d'équilibre et de clarté. Chez lui, point de ces confusions de lignes et de plans, qui peuvent être parfois l'indice d'une particulière originalité, dont les expressions ne sont pas dans le répertoire courant, mais qui sont le plus souvent l'indice de l'ignorance jointe à la prétention. M. Vettiner n'a point de ces troubles, pour cette raison qu'il est un classique et qu'il mûrit sa pensée avant de l'exprimer. Cela lui enlève-t-il la moindre parcelle d'émotion? Au contraire! Sa limpidité, qui est un des éléments de son charme, est aussi un des caractères de son émoi d'artiste. C'est un Latin, épris de lumière et de beauté; il vibre, mais son exaltation est rythmique; il parle, mais s'il ne dit pas tout ce qu'il sent,—car ce qui se passe dans les profondeurs du sentiment n'affleure qu'avec de grandes pertes,—du moins ce qu'il nous en parvient est-il de rare qualité. M. Vettiner est un bucolique. Ses « pères artistiques » sont Poussin, Claude Gelée, Corot, Puvis de Chavannes, et son esprit est frère de celui de M. René Ménard. Dans la littérature (les poètes sont les coadjuteurs de la nature pour stimuler les artistes), il descend du Cygne de Mantoue, du délicieux Racan, de Jean-Jacques, du Chateaubriand de l'Itinéraire, du Lamartine des Méditations, du Musset des Nuits, du Victor Hugo de la Tristesse d'Olympio, du Vigny des Destinées, c'est-à-dire de tous ceux qui évoquèrent d'un cœur frémissant et, à cette heure-là, ingénu, les grands spectacles du monde. Aujourd'hui, il vibre à l'unisson de M. Francis Jammes, qui est bien le poète le plus proche de la nature qui soit, une âme candide à la saint François d'Assise et à la Verlaine, avec moins d'humilité peut-être que le Poverello, mais aussi avec moins de perversité repentante que l'auteur de Parallèlement. ---