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"BYBLIS" MIROIR DES ARTS DU LIVRE ET DE L'ESTAMPE PRINTEMPS MCMXXIII PARIS Numéro 5 2ème Année
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"BYBLIS" MIROIR DES ARTS DU LIVRE ET DE L'ESTAMPE PRINTEMPS MCMXXIII PARIS Numéro 5 2ème Année
"BYBLIS" MIROIR DES ARTS DU LIVRE ET DE L'ESTAMPE - Pierre Gusman, Directeur-Fondateur. - P.-J. Angoulvent, Secrétaire de la Rédaction. - Albert Morancé, Administrateur. --- SOMMAIRE DU N° V DE « BYBLIS » : PRINTEMPS 1923 - Maurice Achener, peintre-graveur alsacien, par Clément-Janin... 1 - Amédée Wetter, peintre-graveur bourbonnais, par Gaston Varenne... 6 - Les Eaux-fortes de Daubigny (Fonds de la Chalcographie du Louvre), par Loys Delteil... 9 - La Trappe d'Igny, illustrée par Bouroux, par Intérim, p... 12 - La Bible historiée d'Antoine Verard, par Seymour de Ricci, p... 15 - Un premier état inédit du « Salon du Louvre », de Gabriel de Saint-Aubin, par Emile Dacier... 17 - Le Dessin sur verre ou Cristallographie, par P.G... 22 - Une renaissance typographique, le Caractère l’« Astrée », par P. Magnus... 25 - Échos et propos de Saison : Le Concours des « Amis de Byblis »; La Leçon du « Prix Comar », par Loys Delteil; Gravures sur bois polonaises du xviie et du xixe siècles, par Stanislaw-Piotr Koczorowski... 28 --- HORS-TEXTE - Le Quai d'Issy, eau-forte originale de Willaume (frontispice spécialement réservé à l'édition de luxe), tirée par Vernant et Dolé. - Ferme genevoise, eau-forte originale de M. Achener, tirée par Porcabeuf, p... 2-3 - Au Bord de l'eau, bois original en camaïeu, par Amédée Wetter, tiré par Jourde, p... 6-7 - Les Vendanges, eau-forte originale de Daubigny, tirée par Vernant et Dolé, p... 10-11 - Le Val d'Igny, bois original de Bouroux, p... 12-13 - Adam et Eve, reproduction d'après la Bible historiée, d'Antoine Verard, tirée par Frazier-Soye, p... 16-17 - Le « Salon du Louvre », par Gabriel de Saint-Aubin, phototypie de Jacomet, p... 18-19 - La Chaumière, par P. Gusman, deux épreuves : 1° Cristallotypie tirée par Jacomet ; 2° Cristallographie, épreuve bromure, réservée à l'édition de luxe, p... 22-23 - Le Caractère l’« Astrée », présenté par Girard et Cie, p... 26-27 - Le Cimetière, bois original en camaïeu, par Jean Lombart, lauréat du « prix Comar », tiré par Jourde, p... 28-29 - Le Caractère « Grasset », présenté par Peignot et Cie, p... 30-31 - Répertoire de l'Œuvre grave de M. Achener, p... 30-31 --- ÉDITIONS ALBERT MORANCÉ LA MAISON DES MAITRES-GRAVEURS CONTEMPORAINS A PARIS, 30 ET 32, RUE DE FLEURUS (6°). Téléphone : Fleurus oo-68. Chèques postaux : 143-51, Paris.
"BYBLIS"
"BYBLIS" MIROIR DES ARTS DU LIVRE ET DE L'ESTAMPE Pierre Gusman étant Directeur-Fondateur P.-J. Angoulvent, Secrétaire de la Rédaction Albert Morancé, Administrateur a été tiré à 100 exemplaires, vélin d'Arches, numérotés et à 600 exemplaires, vélin Lafuma sur les presses de Frazier-Soye. DEUXIÈME ANNÉE M CM XXIII --- ÉDITIONS ALBERT MORANCÉ "LA MAISON DES MAITRES GRAVEURS CONTEMPORAINS" 3o et 32, rue de Fleurus PARIS (VIe)
"BYBLIS" MIROIR DES ARTS DU LIVRE ET DE L'ESTAMPE PRINTEMPS MCMXXIII --- PARIS Numéro 5 2ème Année
MAURICE ACHENER PEINTRE-GRAVEUR ALSACIEN L'art de M. Maurice Achener pourrait être le confluent de deux éducations nettement opposées, l'une analytique, l'autre synthétique, si la seconde ne l'avait emporté sans conteste sur la première. — M. Maurice Achener est né en Alsace, à Mulhouse, le 17 septembre 1881. Il atteignait l’adolescence à cette heure trouble qui avoisinait 1900, heure où l’Allemagne faisait de grands et infructueux efforts pour nous attirer à elle, tout en cherchant à nous convaincre de sa supériorité. On se rappelle les démarches, auprès de nos artistes les plus notoires, de l’impératrice Frédéric, mère de Guillaume II, et du faste de la participation allemande à l’Exposition Universelle. On conçoit qu’il y ait eu alors un peu de désarroi dans les cœurs alsaciens les plus fidèles. La France ne finirait-elle pas par renoncer à son irrédentisme? Ne valait-il pas mieux adapter sa vie aux moeurs du pays auquel on pouvait se croire pour toujours enchaîné, au lieu de tourner les yeux, sans espoir, vers cette ligne bleue des Vosges, au delà de laquelle était le paradis perdu? — Certains le crurent, qu’il serait injuste de blâmer. M. Maurice Achener ne le crut pas. Mais, tout jeune, sur les conseils d’un ami de sa famille, le peintre Schneider, qui avait étudié à Munich et ne s’en était pas mal trouvé, il alla, lui aussi, à Munich. Il était alors, depuis deux ans, élève à l’École des Arts décoratifs de Strasbourg, dont l’enseignement était des plus médiocres (1). Cet enseignement, le peintre Schneider en corrigeait les faiblesses par ses avis autorisés. — Ceci se passait en 1900. À Munich, M. Achener entra dans l’atelier --- 1. M. Achener père était ingénieur à Mulhouse et avait inventé une machine à imprimer en couleurs les étoffes. C’était un Alsacien d’un réel mérite. C’est après sa mort, en 1897, que son fils Maurice vint à Strasbourg, espérant développer, à l’École des Arts décoratifs, des dispositions pour le dessin qui s’étaient manifestées dès l’âge de 15 ans, et que son père avait encouragées. --- — I —
de Peter Halm, puis dans celui de Lofftz. Peter Halm était un excellent professeur qui n'obligeait pas ses élèves à l'imiter. Il lui enseigna le dessin et quand il constata que son jeune disciple en savait suffisamment, il le jeta, au figuré bien entendu, dans l'eau-forte. Un jour, à la veille des grandes vacances, il lui apporta un cuivre, de la dimension de celui de la Pièce aux Cent Florins, et lui dit : - « Si vous ne travaillez pas pendant deux mois, vous vous ennuierez. Prenez ce cuivre, et faites une eau-forte. - « Une eau-forte? mais je ne sais pas le premier mot du métier! - « Bah! Quand on sait dessiner, on sait graver. Et vous allez voir comme c'est facile. » - Il prend son couteau, fait sauter sur le bord de la plaque qu'il avait vernie, une petite écaille et met le cuivre à nu : - « Répandez de l'acide à cette place et il entamera le métal. C'est tout le principe de l'eau-forte. Au moyen d'une pointe, dessinez votre sujet du mieux que vous pourrez, et... vous me l'apporterez. Je le ferai mordre. » - Néanmoins, devant le peu de chaleur de l'élève en présence d'un si grand cuivre, il lui en apporta le lendemain un plus petit, et c'est lesté de ces deux plaques que Maurice Achener repartit pour Strasbourg, où il devait passer ses vacances. - Quand il revint, les deux cuivres dessinés, et qu'il demanda à Peter Halm de les faire mordre : - « Moi? Jamais de la vie! Un bon ouvrier termine lui-même son travail. Demandez quelques conseils à vos camarades et allez-y! » - Le jeune homme « y alla » et, par bonheur, ne rata pas ses morsures. Il fit rapidement de tels progrès que Peter Halm exposait ses eaux-fortes dans les salles de cours et lui procurait des amateurs. - Achener et Peter Halm demeurèrent en relations jusqu'en 1914, mais cette date, qui mobilisa le jeune graveur dans nos tranchées (1) et probablement Halm dans les tranchées adverses, rompit le contact. 1. M. Maurice Achener, né allemand du fait de l'annexion, avait obtenu, dès 1913, d'être réintégré dans la nationalité française. Il revint de Suisse, où il séjournait, à la mobilisation. ---

- Avec Halm, Achener avait passé deux ans; il en passa deux autres avec Lofftz, professeur de peinture. - Lofftz (est-il un descendant de Ludwig Lofftz, élève de Piloty, peintre de scènes tirées de l'histoire et de la Bible? je ne sais), Lofftz était un honnête artiste, académique sans froideur et même avec une certaine poésie. Il excellait dans le paysage. Il apprit, selon la formule munichoise, à pousser une étude aussi loin que possible et non pas une figure réduite, mais une figure grandeur nature. Cela exigeait un mois ou six semaines d'efforts. M. Achener a conservé de cette époque une étude de jeune garçon, vu à contre-jour, avec un coup de lumière, vif et mince, qui est une chose très faite, faite jusqu'à la minutie. C'est une méthode; elle a un grave défaut. Elle pousse au détail plus qu'à l'ensemble, elle sacrifie le caractère au morceau. Elle a l'avantage de convenir aux artistes sans tempérament, qui réussissent par l'application. - Cela convient moins au génie de notre race. Nous n'aimons pas à «moisir» sur une étude, parce que nous lui demandons autre chose que la vérité d'un ton local ou d'une barbe frisée; nous lui demandons de traduire le caractère. Et cela s'obtient, non par la patience, mais par l'observation et l'intelligence. «A Paris, on est plus intelligent qu'à Munich», conclut M. Achener, qui, ne retenant de l'enseignement muni-chois que ce qui concerne le métier, s'est spontanément, sans effort, comme l'on fait d'une chose que l'on retrouve au fond de soi-même, mis au pas de l'esprit de Paris, dans l'atelier de J.-P. Laurens, qu'il fréquenta en 1907 et 1908. - Maintenant, il marche alertement dans la voie qu'il s'est tracée. En concurrence avec l'eau-forte, il mène le bois et, parfois, la lithographie. Il a, cependant, assez peu de sympathie pour cette dernière. Comme son ainé Jeanniot, il lui préfère l'eau-forte et le bois «qui ne blaguent pas!» La lithographie permet trop à la mollesse du crayon de se livrer à des joliesses et des douceurs trompeuses. Le beau et souple dessinateur qu'il est affectionne les procédés qui n'autorisent pas les incursions dans le domaine de l'à peu près. — 3 —

Byblis est une revue trimestrielle consacrée aux arts du livre et de l'estampe. Chaque numéro présente des études sur des peintres-graveurs modernes et anciens, des livres d'art, des procédés de gravure et des caractères typographiques. La revue publie également des gravures et planches originales.