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4e Année. — Numéro 20
1er Décembre 1926
BEAUX-ARTS
REVUE D’INFORMATION • ARTISTIQUE •
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L’EXPOSITION MÉRYON AU SALON D’AUTOMNE
Pour la première fois, à Paris, le grand public a pu admirer au Salon d’Automne un ensemble important des œuvres de Charles Méryon (1).
Tous les amoureux du vieux Paris, tous les fervents de l’eau-forte se réjouissent de cet hommage rendu au plus grand des aquafortistes français du xixe siècle, à celui qui, selon le mot de Victor Hugo, nous a laissé mieux que des tableaux, des visions du Paris d’autrefois.
Fils du médecin anglais Charles-Lewis Méryon et d’une artiste de l’Opéra, Mlle Chaspoux, Charles Méryon naquit à Paris le 21 novembre 1821. Sa jeunesse studieuse s’écoula à l’Institut Savary, où il fit de fortes études scientifiques. Un voyage à Marseille lui ayant donné la vocation d’être marin, il entra en 1837 à l’Ecole Navale de Brest. Après les voyages d’études traditionnels, Méryon, qui avait profité d’un séjour à Toulon pour prendre quelques leçons d’aquarelle du peintre Cordouan, embarquait sur « Le Rhin » en 1842. Cette croisière dura quatre années, pendant lesquelles il fit force croquis en découvrant successivement la Nouvelle-Zélande, l’Oceanie, la Nouvelle-Calédonie. Il adorait son métier de marin, mais, d’une santé délicate, il en supportait mal les fatigues. A son retour en France, poussé par son goût pour le dessin, il essaya de se faire attacher au service des plans de la Marine, ce qui lui aurait permis de ne pas abandonner sa carrière. Ses démarches n’ayant pas réussi et ne voulant pas reprendre la mer, il démissionna.
Le geste était fort hasardeux pour un jeune homme de vingt-sept ans, sans ressources et ne sachant presque rien de son nouveau métier. Son premier maître Phelippes, ancien élève de David, lui fit exécuter de nombreuses copies d’après l’an-tique, mais ne sut pas modérer sa trop vive ardeur. Dans son impatience d’aborder la grande peinture, Méryon voulut, en effet, en 1848, peindre un tableau d’histoire représentant l’assassinat du capitaine Dufrène à la Nouvelle-Zélande en 1772. Mal préparé pour cette tâche il n’en sortit jamais ; découragé, il renonça à la peinture et décida de se faire graveur.
CHARLES MÉRYON. L’Eglise Saint-Etienne-du-Mont.
Sa rencontre avec Eugène Bléry le sauva. Artiste consciencieux et modeste, sans grande originalité, Bléry cependant connaissait à fond son métier de graveur. Il l’apprit à Méryon, fut pour lui un maître
(1) Voir l’excellent catalogue de M. Loys Delteil, dans le tome II du Peintre Graveur illustré.
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excellent et sut discipliner par de sages conseils ce tempérament plein de fougue.
Les premières eaux-fortes, de Méryon, des copies d'après Salvador Rosa ou d'après des Hollandais, surtout d'après Zeeman, comme le pavillon de Mademoiselle, dont la planche appartient à la Chalcographie du Louvre, ou la suite de marines, surprennent déjà par la vigueur et la netteté du trait. On a peine à croire, en les voyant, à l'œuvre d'un débutant.
En moins de deux ans, en effet, il s'était entièrement assimilé son métier de graveur, et la suite des eaux-fortes sur Paris le classe parmi les maîtres. Cette série comprend douze eaux-fortes principales. La première, le Petit Pont, parut en 1850 et c'est un chef-d'œuvre. D'un dessin ferme, presque rigide dans sa simplicité, d'un coloris vibrant où les noirs opaques opposent leur masse à des blancs gris, cette planche rend admirablement la poésie de ce coin du vieux Paris avec son quai poudroyant au soleil auprès de la masse sombre des maisons et des tours de Notre-Dame.
Cette poésie, cette évocation pourrait-on dire, de l'âme même de la vieille cité, nous allons les retrouver dans d'autres gravures de la même suite : la Tour de l'Horloge, Saint-Etienne-du-Mont, la Tourelle de la rue de la Tixeranderie, le Pont-Neuf, la Pompe Notre-Dame, la Rue des Mauvais-Garçons, le Chevet de Notre-Dame et surtout la magnifique planche de la Morgue. Cette dernière est peut-être la plus belle de toutes. D'un fouillis de vieilles maisons assez banales, Méryon a su faire un tableau d'un grand caractère. Tout est réel dans cette scène, depuis la foule des badauds se pressant pour mieux voir le noyé, jusqu'aux pierres des maisons qui semblent s'animer sous le soleil éclatant d'un jour d'été.
Hélas, ces admirables vues de Paris, exécutées de 1850 à 1854, passèrent presque inaperçues. Dans sa trop grande modestie, Méryon se contentait de les déposer chez quelques marchands où seuls pouvaient les voir de rares amateurs. Une vie de privations, la souffrance de ne pas se sentir appréciée à sa valeur, les efforts épuisants de son travail eurent au reste bientôt raison de cet être maladif. Ses amis durent en 1858 le faire entrer à l'asile de Charenton. Quelques mois de soins et de calme rétablissent sa santé, mail il retrouva sa liberté trop tôt. De nouvelles années de privations, d'inquiétudes et de soucis, de travail aussi, pendant lesquelles il exécuta le Collège Henri IV, la Tourelle de la rue de l'Ecole de Médecine et d'autres planches moins importantes, ruinèrent définitivement sa santé. Il dut être enfermé à nouveau à Charenton en 1866 ; il y mourut deux ans après.
Dans l'histoire de l'eau-forte, Méryon doit être placé au tout premier rang. A l'époque où il grava ses rues de Paris, de nombreux peintres maniaient la pointe. Pour beaucoup, c'était un délassement. Ils se servaient de l'eau-forte pour noter leurs sensations, leurs fantaisies, et ils se contentaient le plus souvent d'essais. Avec Méryon cette conception change du tout au tout. Ce ne sont plus des croquis, mais bien des tableaux vigoureux et complets qui semblent s'animer sous l'inspiration du poète qu'il fut. Reprenant la tradition classique, il dessine d'une pointe vigoureuse et ferme. Mais cette fermeté du trait, qui est une des caractéristiques de son œuvre, cette netteté des lignes qui donnent à ses
CHARLES MÉRYON. La'Morgue.
caux-fortes l'aspect solide et bien équilibré d'un burin n'ont jamais entravé la liberté de son dessin. Sous son aspect sage et méthodique, son art est le plus original qui soit. Peintre savoureux, il a rendu comme pas un l'aspect des vieilles pierres et la lumière si fine de Paris. Son art, enfin, nous séduit par son honnêteté et son dédain de tout artifice. Lui qui attachait tant d'importance au tirage de ses épreuves a pris soin de nous dire que « ses meilleures épreuves, celles qu'il faut consulter pour bien juger une gravure, sont celles imprimées régulièrement, c'est-à-dire le mieux essuyées possible ; les tailles restant pleines, le travail est alors bien apparent ». Et c'est peut-être cette grande franchise qui accroît encore la beauté de ses eaux-
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fortes, de même que la netteté, la vérité du trait mettent en valeur la poésie et la grande originalité de son œuvre (1).
P.-A. Lemoisne
NOUVELLES
Nomination. — Notre distingué collaborateur, M. Jean Verrier, archiviste-paléographe, vient d'être nommé inspecteur des Monuments historiques.
Légion d'honneur. — Parmi les récentes nominations au grade de chevalier, nous relevons celles de M. Feuardent, expert en monnaies et médailles, de M. Claude Chéreau, artiste peintre, et de M. Maire, président du Salon d'Automne de Lyon.
Au Louvre. — On a inauguré le 16 novembre, au Musée du Louvre, une plaque commémorative aux morts de la guerre, appartenant au personnel administratif, au personnel scientifique et au personnel des gardiens.
Nouvelles galeries de peintures. — D'importants travaux viennent d'être entamés dans le bâtiment de la Colonnade. La salle centrale du premier étage, dite Salle du Trocadéro et consacrée en grande partie à l'exposition des bronzes de la Renaissance, est dès maintenant fermée au public et les vitrines qu'elle contenait ont été réparties dans les salles voisines, les tapisseries ont été roulées. Les services d'architecture, conformément au plan proposé par M. Camille Lefèvre, vont s'employer à jeter un plafond en travers de cette salle qui était à double étage. On constituera ainsi, au second étage de la Colonnade, de nouvelles salles faisant suite à celles de la collection Thomy Thiéry qui se prolongeront jusqu'à l'angle S-E du bâtiment et serviront au développement des galeries de peintures françaises du xixe siècle.
Inauguration de Monuments. — Le 7 novembre, à Vacherauville, près Verdun, a été inauguré, en mémoire des chasseurs du commandant Driant, un monument dû au sculpteur Corio.
— Le monument, élevé au président Alvear et comptant parmi les plus belles œuvres du maître Bourdelle, a été inauguré le 16 octobre à Buenos-Ayres.
En mémoire de Fromentin. — A l'occasion de l'anniversaire de la mort du peintre et écrivain Eugène Fromentin, la municipalité rochelaise et l'Académie des belles-lettres de La Rochelle ont déposé des palmes sur sa tombe. Des discours ont été prononcés. Une conférence sur la jeunesse et l'œuvre de Fromentin a été faite par Me Pierre Blanchon, avocat.
Une exposition Claude Gellée. — Il vient de s'ouvrir, à la galerie Guiot, une exposition consacrée à l'œuvre gravé de Claude Gellée. Ce sera, sans doute, la première fois que les quarante-quatre eaux-fortes que compte l'œuvre du grand paysagiste se trouveront réunies et qu'on aura ainsi l'occasion d'étudier aussi commodément cet aspect de son talent. Le catalogue, qui a été établi au sujet de cette manifestation, est précédé d'une intéressante préface de notre collaborateur, M. André Blum.
Cette exposition contribuera, nous l'espérons, à sauver de la ruine la maison natale de l'artiste à Chamagne qu'un comité se propose de restaurer.
Droits de douane. — Un « antiquaire » persan voyageait dernièrement sur le Majestic. Le paquebot toucha à Cherbourg. D'après les règlements en vigueur un paquebot chargé de marchandises et touchant à ce port doit payer des droits calculés sur le chiffre de son tonnage. Les droits, dans l'occasion, s'élevaient à 12.000 fr. et comme le paquebot ne renfermait pas d'autre chargement qu'un coffret contenant un manuscrit persan enluminé du xixe siècle, déclaré marchandise, et appartenant à notre antiquaire, il dut payer la totalité de cette somme !
Résultats de fouilles en Egypte. — Parmi les trésors recueillis par l'expédition américaine (Dr Reisner et commandant Wheler) dans la tombe de la reine Hétaphères, mère de Chéops (IVe dynastie) à Gizeh, on signale un beau bassin de cuivre avec aiguère, 3 coupes d'or, 25 vases d'albâtre de types en partie nouveaux, enfin et surtout une boîte à bijoux incrustée d'or, avec le cartouche de la reine, contenant 20 bracelets de cheville de dimensions graduées de manière à épouser les diamètres successifs de la jambe. Chaque bracelet est orné de 4 libellules stylisées en malachite, lapis et cornaline, séparés par des disques de cornaline rouge.
Découverte archéologique en Angleterre. — A l'angle S-E. de l'église All Hallows, à Barking by the Tower, a été découverte une petite crypte du xive siècle admirablement conservée (26 pieds de long sur 32 de large). Il y a six arcs, des murs de craie et quelques inscriptions.
Le Château de l'Oeuf à Naples. — Ce monument, qui renferme, on le sait, des œuvres artistiques d'un intérêt considérable, est bâti au bord de la mer sur un rocher dont la stabilité semble compromise. Aussi les autorités italiennes viennent-elles de prendre des mesures pour empêcher une catastrophe.
Films éducatifs. — L'Université de Yale (Etats-Unis) a demandé à une importante firme cinématographique une série de films instructifs et intéressants tirés de l'histoire des Etats-Unis pour être répandus et déroulés dans toutes les écoles américaines.
NÉCROLOGIE
On annonce la mort de Mme Cobden Sanderson, la veuve et la collaboratrice de l'éminent relieur d'art et imprimeur, et l'un des coryphées du groupe d'artistes dont William Morris était le centre. Elle fut aussi une suffragiste militante. Elle avait beaucoup d'amis à Paris où elle vint souvent.
Notons à ce propos la mise en vente de la fameuse « Maison Rouge » de Morris à Buxley-Heath, qui eut pour architecte Philip Webb et pour décorateurs Rossetti et Burne Jones.
(1) Cette notice a été insérée dans le Catalogue du Salon d'Automne en tête de la liste des œuvres exposées.
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Le 21 novembre est mort à Paris M. MALENGON, architecte en chef des Monuments historiques, qui fut en particulier chargé de la mise en état du château de Maisons, après son acquisition, en 1905.
ENSEIGNEMENT
Cours publics. — Parmi les cours publics, qui auront lieu pendant l'année scolaire 1926-27 et qui commenceront dès le mois de décembre, nous notons les suivants qui se rapportent à l'art et à l'histoire de l'art :
Collège de France. — M. Théodore Reinach : La Monnaie en Egypte depuis les origines jusqu'à la conquête arabe. — M. Cagnat : Fouilles, découvertes, publications récentes relatives à l'époque impériale. — M. Millet : Etude sur les manuscrits illustrés ; les Thèmes de la peinture religieuse dans l'Orient chrétien. — Dr Capitan : L'Art péruvien antique.
Sorbonne. — M. Basch : Les Problèmes fondamentaux de l'esthétique. — M. Focillon : Les Problèmes de la Peinture italienne à la fin du Moyen-Age. — M. Schneider : Des élèves de Michel-Ange aux premiers pénitens. — M. Pirro : La Musique française du XVe siècle.
ACADEMIES SOCIÉTÉS SAVANTES
Académie des Inscriptions et Belles-Lettres
Séance du 22 octobre.
M. le président prononce l'éloge funèbre de M. Edouard Naville, membre associé, récemment décélé, et retrace la vie et les travaux de ce savant dans le domaine de l'égyptologie et de l'assyriologie.
M. Henri Terrasse fait une communication sur deux chaires à prêcher musulmanes du douzième siècle à Marrakech. Jusqu'ici, les plus belles étaient celles de l'Orient ; les deux dont il s'agit ont été révélées au cours d'une récente exploration archéologique des monuments élevés au xixe siècle dans leur capitale par les sultans almohades. Ce sont celle de la mosquée de la Kentarbuja, élevée en 1160 sur les ordres d'Abd-el-Houmin, et celle de la mosquée de Gatha, élevée vers 1160, sous Yakoub-el-Housour, vainqueur d'Alarcos. Ce sont deux chaires de vastes dimensions, dont la première, entièrement recouverte d'un somptueux décor de ménus panneaux de bois sculptés et de mosaïques d'ivoire et de bois précieux.
M. Michon fait une lecture sur quelques bustes antiques conservés à la bibliothèque Mazarine.
Séance du 29 octobre.
L'Académie décide, sur la proposition de M. Maurice Prou, d'allouer 3.050 fr. à l'Académie de Toulouse pour la continuation des fouilles de Saint-Bertrand-de-Comminges.
M. Lacau, directeur des Antiquités d'Egypte, indique les résultats obtenus en 1925-1926 sur les chantiers du gouvernement égyptien. A Sakkarah, M. Firth, assisté de MM. Guibail et Gunn, a découvert, dans les dépendances de la pyramide à degrés de la troisième dynastie, un nouveau type de colonne ; des momies de chevaux ont été, d'autre part, exhumées, et ce sont les premières qu'on ait rencontrées ; M. Jéguiér a déblayé une pyramide de terre de la sixième dynastie qui contient d'importants textes religieux ; à Karnak, M. Chenier a trouvé des statues colossales et d'une grande importance artistique du roi hérétique Akhenaten ; enfin, à Gizel, M. Barège a, pour la première fois, trouvé le grand sphinx du sable qui le recouvrait jusqu'au cou.
Académie des Beaux-Arts
Séance du 16 octobre.
En réponse à l'invitation qui lui a été adressée, l'Académie décide de se faire représenter par le statuaire Sicard au deuxième centenaire de l'Académie de Marseille.
La nouvelle Académie d'Athènes vient de faire paraître une publication : Practica, dont elle a envoyé un exemplaire à l'Académie des Beaux-Arts. Celle-ci a pris la résolution de lui adresser à l'avenir ses propres publications.
Séance du 30 octobre.
M. Moreau-Nélaton donne lecture d'une notice sur la vie et les travaux de son prédécesseur, M. Homolle.
M. Dagnan-Bouveret annonce à la Compagnie une donation de 40.000 francs pour la fondation d'un prix de peinture qui portera le nom de son ami Gustave Courtois.
Le sculpteur Miguel Blay y Fabrega, correspondant de l'Institut et directeur de l'Académie d'Espagne à Rome, assistait à la séance.
L'ÉGLISE SAINT-LÉON À PARIS
L'Eglise Saint-Léon, qui a été livrée au culte l'été dernier place Duplex, est un édifice encore incomplet dont l'aspect extérieur est un peu décevant. Un portail provisoire précède sur la place la nef principale qui seule est achevée, le transept et le choeur sont également réservés pour d'autres campagnes. Mais, telle quelle se présente à nous, la nef flanquée de ses deux bas-côtés est un édifice fort intéressant et qui mérite d'être signalé. Son auteur, M. Emile Brunet est un des plus éminents représentants du service des Monuments historiques ; chargé d'importants travaux de reconstruction, tels que ceux de la cathédrale de Soissons et de la collégiale de Saint-Quentin, il a néanmoins comme ses maîtres, marqué une pré-dilection caractéristique pour les formes modernes de l'architecture et de la décoration lorsqu'il a été appelé à faire œuvre personnelle ; la nouvelle église de Coulommiers qu'il a naguère édifiée est un des types les plus réussis de l'art religieux moderne.
Sa préoccupation essentielle ici a été de faire
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simple et peu coûteux. De grandes fermes en ciment armé de 30 mètres de portée constituent l'ossature principale de l'édi'ice. Mais, contrairement au parti adopté par M. de Laudot, le ciment, «matériau» pauvre d'aspect, est partout ici habillé, enrobé dans des maçonneries de briques qui s'apparent, dans une tonalité jaune éclint et orange avec quelques points d'or, aux parements des murailles composés également de briques avec une alternance de dessins en damier, ainsi qu'aux voûtes de remplissage, composées de briques creuses apparentes.
Les fûts de colonne de section prismatique ont été revêtus de mosaïque de grès cérame ; la pierre, par raison d'économie, a été ménagée autant que possible et apparaît seulement aux chapiteaux couronnant ces piliers, ceux-ci ne servant guère, du reste, qu'à faire transition entre divers plans plus qu'à jouer un rôle de support effectif. La sculpture, très simple et robuste, où l'élément naturel est discrètement évoqué, a été confiée au bon sculpteur Pierre Séguin.
Les vitraux des baies trilobées des grandes cha-
pelles latérales ont été exécutées par le verrier Louis Barillet, sous la direction de l'architecte et ne comportent guère que des tracés géométriques. Un Saint Jean et un Saint Paul très stylisés apparaissent seuls dans la lancette d'axe des baies proches des autels qui terminent le collatéral.
Un maître-autel provisoire a été exécuté par le sculpteur Croix-Marie.
L'ensemble de cette décoration d'un goût sobre et discret, la construction d'un rationalisme très sûr donnent à cette grande salle claire une netteté et une élégance très caractéristique du talent de leur auteur.
Paul Vitry.
MONUMENTS HISTORIQUES
Seine-et-Oise. — Le lycée Hoche à Versailles est installé dans de vastes bâtiments du XVIIIe siècle que les anciens plans de la ville désignaient tantôt sous le nom de couvent des chanoinesses Augustines, des Ursulines, des Congrégantines. Il eût mieux valu lui conserver le nom qu'on lui donnait primitivement et qui rappelait à qui l'on devait sa fondation : le couvent de la Reine, car c'est Marie Leczinska qui peu de temps avant sa mort entreprit cette construction dont la chapelle principalement offre le plus grand intérêt pour l'histoire de l'architecture et de la décoration dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle et qu'on vient pour cette raison de classer parmi les monuments historiques.
La reine de France, peu après la mort de son père Stanislas en 1766 et bien qu'elle fut elle-même très malade, résolut de donner suite à un projet qu'elle avait formé de longue date, de doter la ville de Versailles d'une maison d'éducation pour les jeunes filles pauvres. Elle s'adressa, à cet effet, à l'architecte de son père, qui avait succédé à Nancy
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Chapelle du lycée de Versailles,
d'après un projet de Mique.
(Collection Grosseuvre)
à Héré, Richard Mique, dont c'est une des œuvres les plus importantes avant ses travaux du Hameau de Trianon et du château de Saint-Cloud. Marie Leczinska, d'ailleurs, n'eût pas le temps de voir terminée une construction à laquelle elle tenait tant et c'est Madame Adélaïde qui empêcha qu'on l'abandonnât avant même qu'elle fût entreprise et qui donna son approbation au projet qui fut finalement adopté et qui était le troisième établi par l'architecte.
La chapelle qui est contemporaine, ainsi que l'a rappelé la préface de M. Hautecœur (1), de
Chapelle du lycée de Versailles.
Relevé de M. Gabriel Ruprich-Robert.
(1) Les renseignements, dont est tirée la présente note, sont extraits de l'excellente monographie publiée récemment par M. A. Hachette sur le Couvent de la Reine, avec préface de M. Hautecœur. (Paris, Laurens, 1923, in-8°).
l'église Sainte-Geneviève de Soufflot, de l'église Saint-Philippe du Roule de Chalgrin, de la Madeleine de Contant d'Ivry nous montre l'évolution du style aux environs de 1770, époque à laquelle les artistes font de plus en plus appel à leurs souvenirs de l'antiquité, sans que leurs constructions perdent encore la saveur de la première moitié du siècle.
Mique, qui dans ses premiers projets avait conservé le plan basilical, a finalement pris le parti
Intérieur de la chapelle du lycée au Versailles.
de la croix grecque et a recouvert son édifice de coupole à caissons dont le tracé savant indique la science de l'artiste. La façade extrêmement simple a été faite à l'imitation de la petite église romaine de Sainte-Marie l'Egyptienne que Palladio avait décrite longuement dans ses ouvrages.
Pour la décoration intérieure, qui fort heureusement nous est parvenue presque intacte, Mique fit appel pour la sculpture non pas à Bocciardi comme on le croyait, celui-ci fut seulement chargé de régler les comptes, mais à Joseph Deschamps qui devait laisser au Petit Trianon de charmants souvenirs et qui orna la chapelle de la Reine d'une série de bas-reliefs de la vie de la Vierge d'un art certainement conventionnel, mais d'un ciseau délicat et gracieux. Quant aux peintures de la coupole et de ses pendentifs, elles sont l'œuvre de Briard, puis de Lagrenée qui termina les travaux et à qui on semble pouvoir attribuer les quatres Pères de l'église qui ornent les pendentifs.
Jean VERRIER
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BULLETIN DES MUSÉES
L'AMOUR ET PSYCHÉ DE PICOT
au musée du Louvre
Un des plus généreux donateurs du Louvre, M. Jacques Zoubalov, vient de faire cadeau à notre musée d'une œuvre qui complètera les salles du premier Empire et de la Restauration. Picot avait trente ans, lorsqu'en 1817 il peignit à Rome cette œuvre aimable. Il avait obtenu un deuxième prix
est offert de sa Psyché et de lui dire, en outre, que, quoique je l'admire infiniment, il n'entre pas dans mes arrangements d'en faire l'acquisition.
« Je serais cependant bien aise de savoir qui est celui qui veut en faire l'acquisition et qui offre 7.500 fr. et M. Pascalis me fera plaisir de me le mander, s'il le sait, mais il est inutile, comme de raison, d'aller le demander à M. Picot.
Neuilly, ce samedi à cinq heures du soir, 2 Octobre 1819. »
Les négociations furent certainement reprises,
Picot. L'Amour et Psyché.
(Musée du Louvre)
de Rome en 1811 et un deuxième premier grand Prix en 1813. Ce tableau fut exposé au Salon de 1819. Le Duc d'Orléans, Louis-Philippe, désirait l'acquérir, mais il semble avoir d'abord hésité devant les exigences de l'auteur, comme paraîtrait le prouver une lettre jadis publiée dans les Nouvelles Archives de l'Art français (1872, I, 459).
« Je prie monsieur Pascalis de remercier M. Picot de ma part d'avoir attendu jusqu'à demain matin à huit heures pour accepter le prix qui lui
car Louis-Philippe acheta l'Amour et Psyché. Ce tableau demeura au Palais-Royal jusqu'en 1848 ; il échappa au sac de cette maison et fut remis comme bien du domaine privé à la famille d'Orléans qui l'aliéna plus tard. Une réplique exécutée par l'artiste était, à l'époque de Bellier de la Chavignerie, la propriété des La Rochefoucault d'Estissac.
Le sujet de L'Amour et Psyché, si fréquemment traité par l'école classique, appartient au cycle gra-
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cieux des mythologies dont Vien, Regnault. Vincent avaient donné des exemples. Picot était précisément l'élève de Vincent et l'on retrouve en ses figures le charme flexible qui se dégage des belles filles de Crotone, peintes par son maître. Sur un lit blanc et or, qu'aurait pu signer Jacob Desmaltier, auprès d'un lampadaire qui venait des recueils de Piranèse et que David avait dressé déjà près de la méridienne de Mme Récamier, Psyché est endormie et le sommeil dénoue ses membres fermes et gracieux. Le sang, à fleur de peau, qui échauffait les voluptés du xvième siècle, coule toujours sous cet épiderme poli comme un marbre de Canova. Les mâles colonnes doriques des drames davidiens ont fait place aux féminins chapiteaux ioniques. Entre ces colonnes, où sont suspendues l'inévitable lyre et les fleurs tressées chères aux lecteurs de l'Anthologie, on aperçoit des montagnes peintes à la manière de Bidault et une cascade qui rappelle tous les Tivolis de Hubert Robert. Décidément le xvième siècle se prolonge sous la Restauration, déguisé à l'antique.
Une clôture de marbre sombre entoure le lit de Psyché et fait ressortir la clarté de son corps. Sur ce fond l'Amour — qui n'est plus un enfant et n'est pas encore un homme — l'Amour — Chérubin dévêtu — s'enfuit loin de son amante, chassé par le jour qui dissipe nos rêves et détruit les illusions de nos cœurs. Ses formes restent noyées dans une pénombre et se modèlent par les contours. Pour donner de l'éclat à ce tableau, Picot, comme Guérin en certaines œuvres, a retourné à la gamme des rouges, rouge foncé du rideau, vermillon du manteau jeté sous le carquois, carmin de la couverture, rose des chairs.
Ce tableau fit la réputation de Picot. L'administration royale acheta au Salon de 1822 « Oreste après ses fureurs s'endormant dans les bras d'Electre » qui fut envoyé à Auxerre en 1872, au salon de 1824, Céphale et Procus, qui fut déposé à Amiens en 1864. Lorsque Charles X fit aménager par Percier et Fontaine le musée qui porte son nom, Picot fut chargé d'y peindre les plafonds qu'on y voit toujours : L'Etude et le Génie dévoilant l'Egypte à la Grèce, et Cybèle protégeant contre le Vésuve les villes de Stabie, Herculanum Pompéi et Retina.
Après 1830, la protection de Louis-Philippe ne manqua point à Picot : il reçut de nombreuses commandes pour Versailles, tableaux, comme La Prise de Calais, plafond, comme les Résultats de la Révolution de 1839, portraits réputés historiques comme ceux de Frédéric Barberousse, Guy de Lusignan, Beaudoin de Flandre et tant d'autres.
Les Musées Nationaux possédaient donc des œuvres de Picot, mais aucune ne valait son Amour et Psyché, qui garde tout le charme de la jeunesse, jeunesse de la légende, jeunesse des personnages, jeunesse de l'auteur.
Louis HAUTECOEUR
UNE TÊTE SYRIENNE
du deuxième millénaire avant notre ère
au Musée du Louvre
Les travaux archéologiques se poursuivent en Syrie avec une persévérance et une méthode qui font honneur au savant directeur du Service des Antiquités, M. Ch. Virolleaud, ainsi qu'au zèr e et à la compétence des archéologues qu'attire cette terre privilégiée.
Les découvertes de Byblos, auxquelles M. Pierre Montet va consacrer une publication d'ensemble, comptent parmi les plus importantes de ces dernières années. L'exploration archéologique de l'in-
térieur du pays est moins avancée. Cependant, M. Franz Cumont publiera bientôt les trouvailles sorties du sol de Doura-Europos, à la fois co'onié macédonienne et colonie palmyréniennne. On y saisira le développement de cet art gréco oriental qui aboutit à l'art chrétien primitif.
Mais l'activité artistique des anciens Syriens s'est manifestée bien avant l'impulsion qu'ils ont reçue de la Grèce. Nous commençons à entrevoir un art syrien, antérieur à la domination hittite, fortement inspiré des traditions babyloniennes, mais qui
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acquiert, dès le début du deuxième millénaire avant notre ère, une véritable personnalité. Déjà, on peut lui attribuer quelques bronzes d'un très bon style, des cylindres gravés, souvent d'une grande finesse, qu'on désigne généralement sous le nom de syro-hittites, quelques sculptures en pierre, le plus souvent en basalte, d'un bel effet. Cet enrichissement de nos connaissances est dû principalement aux fouilles de Mishrifé, près de Homs (anc. Emèse) que M. Violleaud a confiées au comte du Mesnil du Buisson; elles ont, en effet, permis de grouper des pièces jusqu'ici éparse et de les date approximativement.
La forte installation de Mishri'é, avec son im, o-sant rempart constitué par une levée de terre d'environ 13 mètres de hauteur sur un carré d'un kilomètre de côté, avec sa céramique toute nouvelle, ses ruines de monuments bien établis, ses tombes profondes, remonte à la première moitié du deuxième millénaire avant notre ère et a continué à jeter son éclat pendant toute la seconde moitié de ce millénaire.
Le Louvre vient précisément d'acquéri une tête, malheureusement mutilée, qui offre tous les caractères de cet art syrien du deuxième millénaire et représente un dieu local. Elle provient des environs d'Alep. On remarquera l'expression de puissance que soulignent les fortes arcades sourcilières et les rides profondes qui entaillent le cou, les joues et jusqu'au menton. Les yeux sont profondément excavés pour être munis de pierres de couleur. Nous avons là, pris au naturel et rendu sans stylisation, le type de ces Amorhénens dont le proche Amos disait qu'ils étaient plus vigoureux que les chênes. Cet art syrien est nettement antérieur à l'art hittite du Nord de la Syrie, connu par les découvertes de Zendjiri et de Karkémish.
René Dussaud
RÉCENTS ENRICHISSEMENTS DU MUSÉE DE MALMAISON
Une collection de robes de l'Impératrice Joséphine
M. Jean Bourguignon, conservateur du Musée de Malmaison, a eu la bonne fortune de retrouver, dans une succession provenant de Mme Salvage de Faverolles, exécitrice testamentaire de la reine Hortense, une précieuse collection de robes lamées d'or et d'argent qui furent portées par l'impéra-tratrice Joséphine. Ce riche et curieux ensemble qui figurait à titre de prêt à l'Exposition de Malmaison a trappé l'attention d'un philanthrope argentin : M. Mariano de Unzué. A l'issue d'une visite à Malmaison M. de Unzué, dans un geste délicat et généreux, décida d'acquérir cette émouvante collection, pour en faire don au Musée.
Un tapis de la Savonnerie
Le 7 Octobre dernier, une généreuse Américaine, Mme Fahnestock Campbell versait à la caisse des Musées Nationaux la somme de 450.000 francs pour l'acquisition, en faveur du Musée National de Malmaison, d'un somptueux tapis de la Savonnerie au chiffre de Napoléon, et datant de l'époque impériale. Deux jours plus tard, ce tapis était installé à Malmaison, dans la salle des Tapisseries où de nombreux visiteurs sont déjà venus l'admirer.
Il est à fond crème, les quatre coins et le Médaillon central sont violets, la bordure bleu de France, les rinceaux verts, bleus, rouges. L'initiale, les couronnes, les abeilles, les étoiles, les foudres des écoincions sont d'or.
Quelle est l'origine de ce tapis ? A l'automne de 1809, Napoléon avait invité les rois feudataires à faire un séjour à Paris pour commémorer l'anniversaire du couronnement, et pour célébrer la paix de Vienne qui venait de fortifier la situation de la France en Europe.
Parmi ces visiteurs, figura le roi de Saxe, Frédéric-Auguste, qui s'était toujours montré un fidèle allié et qui fut pendant son séjour, comblé de soins et d'attentions par l'Empereur. Celui-ci se préoccupa en particulier des cadeaux destinés à son hôte. Nous sommes renseignés à cet égard par une lettre de Daru adressée à M. Duvivier,
Tête syrienne, pierre.
(Musée du Louvre)
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administrateur de la manufacture de la Savonnerie (1).
Paris, le 5 décembre 1809.
J'ai reçu, Monsieur, joint à votre lettre du 2 de ce mois, l'état des tapis actuellement disponibles dans les magasins de la manufacture que vous dirigez.
Comme il n'est pas possible, avec ce qui existe, de composer un présent de la valeur que Sa Majesté avait l'intention d'y mettre, Elle a ordonné que l'on ajoute seulement un tapis au présent de tapisseries de la Manufacture des Gobelins qu'Elle a ordonné d'envoyer chez Sa Majesté le Roi de Saxe.
jeste le Roi de Saxe, en même temps que les tapisseries de la Manufacture des Gobelins.
J'ai l'honneur de vous saluer. DARU.
C'est le tapis, dont il est question dans cette lettre, tapis commandé par Napoléon pour un de ses palais, qui fut donné au roi de Saxe le 5 décembre 1809, pour compléter un présent de tapisseries des Gobelins.
Depuis, cette pièce précieuse est restée en Saxe, et c'est à la suite de la révolution allemande qu'elle a pu revenir en France.
Il y a lieu d'ajouter que ce tapis est le seul que
Je vous prie, en conséquence, de disposer de suite, pour cet objet le premier tapis porté sur votre état, exécuté d'après le dessin d'une des parties latérales de celui de la Salle du Conseil d'Etat de 8 m. 23 sur 6 m. 27 montant à 32.934 francs, et de vous concerter avec M. Chanal (2) pour faire porter ce tapis chez Sa Ma-
rous connaissances jusqu'ici, avec les initiales de l'Empereur. Sous Louis XVIII, tous les tapis présentant des emblèmes na-coléoniens furent envoyés aux Gobelins pour y faire disparaitre lesdits emblèmes. Nous savons, par exemple, que le grand tapis de la Salle du Trône subit, non seulement la mutilation de LN, mais ensuite de tout le motif central, remplacé par les armes des Bourbons.
(1) Cette lettre a été publiée par M. Paul Marmottan, dans l'intéressante étude documentaire qu'il a consacrée à ce tapis dans la revue Napoléon (mai-juin 1926), à laquelle nous empruntons aussi le cliché ci-joint.
(2) M. Chanal, sous-inspecteur du Mobilier de la Couronne. C'est lui qui vérifiait les mémoires.
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CORRESPONDANCE DE L'ÉTRANGER
PAYS-BAS
Expositions récentes
Matthieu Wiegman a fait cet été une exposition collective de ses œuvres des dernières années. Pour la plupart ce sont des tableaux conçus dans le Midi de la France, à Bormes, Saint-Martin de Vésubie et Saint-Paul, d'autres à Paris.
Wiegman est né en 1883 ; son art est simple et robuste. Il construit ses compositions en masses solides, en formes simplifiées ; ses couleurs sont claires et fortes. Il connaît l'art français moderne et suit la leçon de Cézanne avec celle de van Gogh, mais il ne se rattache à aucun groupe. Il se montre hollandais dans le caractère intime de son art sincère, sans aucune trace d'embellissement de la vérité.
Peintre religieux catholique, il a reçu récemment la commande d'une décoration d'église à Amsterdam ; il ne cherche pas l'anecdote historique, mais l'expression de son émotion chrétienne et une synthèse du sentiment ; son œuvre reste surtout symbolique. Comme paysagiste, il cherche dans ses motifs à mettre en relief les plans du terrain ou la construction des bâtiments ; il fréquente les petites villes de montagne, les ports de mer et y cherche une base mathématique à ses composi-
tions. On retrouve dans ses natures mortes cette solidité mathématique qui était plus accentuée encore dans ses œuvres plus anciennes. Elles nous présentent surtout aujourd'hui des arrangements de formes et de couleurs, très réfléchis et harmonieux. Il cherche aussi plus de diversité de tons, de délicatesse et une plus grande netteté de dessin. Le petit tableau à la potiche blanche que nous reproduisons marque cette dernière étape..
**Pendant les fêtes de Pentecôte, l'A.J.C. (Association de la Jeunesse ouvrière) d'Amsterdam avait organisé, au Musée, une exposition de 88 tableaux et 56 aquarrelles, dessins et lithos de van Gogh. On propose celui-ci à la jeunesse socialiste comme exemple de force morale, d'idéaliste et de travailleur et, comme exemple du passage de la vie de l'ouvrier à la vie bourgeoise. Une petite monographie par M. W. de Gruyter, vendue à l'exposition souligne ces qualités dans l'homme et dans sa vie tragique.
Il va sans dire que cette exposition ne pouvait pas montrer une série d'œuvres d'une qualité si haute et constante que celle de la collection de Mme Kröller à la Haye, par exemple. 144 numéros provenaient de la collection de N.W. van Gogh, le fils de Theo. Ce sont les tableaux et dessins, que le peintre a donnés à son frère et ceux qu'on a trouvés après sa mort dans son atelier. On y rencontre d'abord le tableau qui marque l'apogée de sa période hollandaise, les Mangeurs de pommes.