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4e Année. — Numéro 19
BEAUX-ARTS
REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE •
POUR LA PROTECTION DES PAYSAGES
La France ne possède pas seulement tous les trésors de l'Art : monuments d'architecture noble ou gracieuse, palais, églises, cathédrales, châteaux, tous de style individuel et de variété infinie ; villes non encore « américanisées » et gardant leur caractère propre, et sur toutes lesquelles rayonne l'incomparable Paris ; musées que seuls ceux de l'Italie dépassent en chefs-d'œuvre, mais dont l'ensemble forme un tout plus complet; ciel amène où les hommes comme les choses respirent la joie et la douceur de vivre...
Les Paysages de France, où se rencontrent l'harmonie sereine des plaines, l'apreté grandiose des montagnes, la splendeur sauvage de la Mer, constituent le digne cadre de ce tableau où la Nature a collaboré avec la main savante des hommes...
Les étrangers connaissent bien cela, eux pour qui la France est devenue, non seulement l'hôtellerie où la vie est facile, agréable et peu dispendieuse, mais l'Eden où ils peuvent se promener ravis, avec des sensations toujours nouvelles.
Or, ces Paysages de France, qui sont une de nos plus rares richesses nationales, sont menacés par les bouleversements de l'après-guerre, par l'industrialisation croissante, par la spéculation, le « monnayage » de tout ce qui peut être exploité. Et, quand l'étranger, complice de cette lente mais sûre dégradation, ne trouvera plus chez nous que des cités analogues à Detroit, Milwaukee, Chicago ou Cincinnati, quand il aura emporté nos plus précieuses œuvres d'art, quand nous aurons laissé déshonorer nos plus beaux sites, qui n'ont pas le grandiose des Canons du Colorado ou les curiosités uniques du Parc de Yellowstone, il se détournera de notre sol moyen avec mépris, et portera ailleurs ses recherches touristiques. C'est tout ce que nous aurons gagné à nous obstiner contre le génie de notre race.
Voilà le cri d'alarme qui valait d'être poussé dans une revue soucieuse de nos Paysages historiques, comme d'une part intégrante de notre patrimoine d'art, qui se magnifie surtout dans l'Ile-de-France.
Elle se fait donc l'écho de l'imposante manifestation du 9 octobre à Saint-Germain, devant l'incomparable point de vue de cette terrasse tant vantée, unique au monde, et qu'attriste et souille déjà le profil vulgaire de hautes cheminées, de toits d'usines, de stèles d'une nécropole banale, en attendant les « cages à lapins » que la crise du logement va disséminer sur le territoire du Pecq agrandi...
Cent cinquante hommes politiques, journalistes, artistes, notabilités de toutes sortes s'étaient réunis dans l'hospitalité fastueuse du « Pavillon Henri IV », pour protester contre ce crime de lèse-art et de lèse-patrie, et contre l'impuissance des lois qui laisse désarmé en face des plus audacieuses tentatives qui jetteraient bas toute l'œuvre de Louis XIV, de Colbert et de Le Nôtre.
M. Louis Forest, « animateur » de cette réunion, M. Defert, « Grand-Maître » des Paysages de France, M. Henri Bertrand, maire de Saint-Germain, ont dénoncé le péril. Un noble et généreux Américain, ami de la première heure, M. Prince, s'est associé au sentiment général, déclarant « qu'il n'y avait qu'une France ornement du Monde, et qu'à coups de dollars, on n'en pourrait faire une autre ».
Et M. Maringer, président de section au Conseil d'État, s'est levé pour dire que la loi qui manquait serait faite ou plutôt que celle qui était inopérante serait refaite, que les paysages pourraient être efficacement « classés » comme des monuments ou des objets d'art, et qu'il travaillerait de tout son pouvoir à faire aboutir ces mesures protectrices. Un industriel de haute valeur, M. Mercier, constructeur de la plus belle usine électrique de l'univers, celle de Gennevilliers, a déclaré qu'il partageait toutes ces idées, parfaitement conciliables avec les nécessités économiques, et qu'on
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trouvait bien assez de platitudes mornes pour y installer des industries et leurs cités ouvrières, sans en affliger des points de vue de pure beauté.
C'est dire l'enthousiasme dans lequel se termina cette assemblée brillante, et quel espoir illumina le soleil se couchant sur le splendide panorama.
Et déjà l'on nous annonce que la municipalité de Saint-Germain a préparé un plan, facilement et rapidement exécutable, peu coûteux, du reste, de plantations d'arbres formant rideau, échelonnés sur divers plans, et qui dissimuleraient toutes les laideurs actuelles, conservant à la Terrasse de Saint-Germain les perspectives établies par le Grand Roi sur l'horizon somptueux de l'Ile-de-France.
Voilà des prémisses de réalisation qui sont dignes d'être encouragées et qui certainement en amèneront d'autres.
L. de la Tourrasse.
NOUVELLES
A la Bibliothèque nationale. — La Bibliothèque nationale prépare pour le mois de février 1927 une importante exposition de manuscrits, livres, reliures, médailles, dessins et estampes qui sera consacrée au siècle de Louis XIV. Cette manifestation aura lieu dans le cadre somptueux de la célèbre galerie que le cardinal Mazarin fit construire par Mansart pour y abriter ses collections artistiques et qu'on est présentement en train de restaurer grâce aux généreux concours apportés par quelques amis de la Bibliothèque.
Au Musée de l'Opéra. — Continuant la série de ses intéressantes expositions, le conservateur du musée et de la bibliothèque de l'Opéra, M. Ch. Bouvet vient d'organiser une quatrième exposition temporaire consacrée aux Dons récents faits au musée, à la bibliothèque et aux archives de l'Opéra.
Inaugurations de monuments. — Le 21 octobre a été inauguré dans le jardin du Luxembourg un monument élevé en mémoire du compositeur Jules Massenet. L'œuvre due à la collaboration du sculpteur Verlet et de l'architecte Tournaire représente une Manon devant une stèle surmontée du buste du musicien.
— A Dax, le 20 septembre, on inaugurerait un monument en mémoire du poète Emile Despax, mort pour la France pendant la guerre, œuvre du sculpteur Robert Wierick.
— Le 6 novembre, en présence du Président de la République, on a procédé à l'inauguration d'un monument aux morts de la préfecture de police dû au ciseau du sculpteur Allar qui a représenté la Ville de Paris sous la figure d'une femme en capote de soldat, casque en tête, tenant de la main droite un fusil et de la gauche protégeant un enfant.
— On a inauguré le 15 novembre, à Bruxelles sur la place du Trône une statue équestre de Léopold II, œuvre du sculpteur Thomas Vincotte.
Le Miroir d'eau de Raoul Larche. — Le sculpteur Raoul Larche, en mourant prématurément laissait un ensemble important destiné à former un miroir d'eau qui devait être édifié sur la place du Carrousel. Les circonstances n'ayant pas permis la réalisation de ce projet, on vient de décider que l'œuvre serait placée aux Champs-Elysées, auprès du Grand-Palais. Les travaux sont déjà commencés.
Le Prix Carnegie. — Le peintre K.-X. Roussel vient d'obtenir le prix Carnegie qui se monte à 1.000 dollars. On sait que le prix Carnegie est décerné, en Amérique, par un jury composé de quatre membres : deux Américains, un Français et un Anglais.
Bourses de voyage. — L'Institut américain des architectes a créé une bourse de voyages de 1.500 dollars destinée à permettre, chaque année, à un jeune architecte français d'étudier sur place l'architecture et la construction américaines. Le séjour aux Etats-Unis aura une durée minimum de cinq mois ; il comportera des voyages dans les principales villes et des stages chez des architectes.
Un don à la cathédrale de Chartres. — Un américain, M. Arthur Sachs, vient de faire don à la Caisse des Monuments historiques d'une somme de 155.000 francs destinée à la restauration de la chapelle Saint-Piat et à diverses autres réparations.
Une exposition à bord. — Dans un but de propagande en faveur de l'art français, M. Dal Piaz, président de la Compagnie transatlantique, a eu l'intéressante idée, que M. Jean Charpentier l'a aidé à réaliser, d'installer cet automne à bord du paquebot «Paris», de la ligne Le Havre-New-York, une exposition de peinture française. Le thème adopté était le paysage; cinquante-cinq toiles choisies avec discernement, où se rencontraient les noms des maîtres d'hier et de ceux d'aujourd'hui, s'offraient ainsi aux yeux des passagers américains comme une magnifique préface à leur voyage en terre française.
D'autres manifestations du même genre seront organisées ultérieurement.
La Collection Cognacq à New-York. — Au profit des orphelins de la guerre, M. Ernest Cognacq qui, au cours de ces derniers mois, avait permis au public parisien de contempler les pièces de sa collection composée principalement de chefs-d'œuvre de l'art français du XVIIIe siècle, a consenti, pour quelques mois, à se priver d'une partie de cette collection pour New-York où elle se trouve exposée actuellement.
Une exposition de miniaturistes à Bruxelles. — On annonce que du 4 au 31 décembre se tiendra à Bruxelles, sous le haut patronage de S. M. la reine des Belges, une exposition internationale de la miniature moderne.
Au Musée historique de Moscou. — Une évocation de l'ancienne Russie entreprise par la direction du musée vient d'être réalisée par le groupement de peintures, de sculptures et de meubles les plus propres à caractériser les différentes époques. Une collection importante d'icones notamment, dont quelques-unes furent
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témoin d'événements mémorables de la vie russe, a été réunie.
NÉCROLOGIE
Le 18 octobre est mort à Paris le peintre Hippolyte Bertheaux. Né en 1843, il avait été l'élève de Flandrin, de Galland et de Baudry. Sociétaire de la Société nationale depuis 1904, il s'était fait remarquer par des portraits et des tableaux d'histoire d'une facture toute classique. Il exécuta pour le musée de Nantes une série de peintures décoratives et un plafond pour le Sénat.
Parmi les décès récents nous relevons celui de Lucien Marcheix qui avait pendant longtemps rempli avec distinction les fonctions de conservateur du musée et de la bibliothèque de l'Ecole des Beaux-Arts.
ENSEIGNEMENT
ECOLE DU LOUVRE
Les cours pour l'année scolaire 1926-27 commencèrent le 3 décembre. L'inscription des élèves et des auditeurs aura lieu du 2 au 25 novembre au secrétariat de l'Ecole du Louvre (direction des Musées nationaux, Palais du Louvre, pavillon Mollien, place du Carousel). En plus du droit de carte habituel de 10 francs, le décret du 23 mai 1926 prévoit, pour chaque auditeur ou élève, une taxe d'Etat de 100 francs.
Les professeurs d'archéologie étudieront cette année : M. Janse : l'Epoque romaine en Germanie ; M. Boreux : l'Art de la première époque thébaine ; M. Dussaud : la Civilisation phénicienne ; M. E. Michon : les Antiques de Versailles sous Louis XIV ; M. Merlin : la Cérémonique attique aux viie et viie siècles.
Les professeurs d'histoire de l'art ont choisi comme sujet de leur enseignement : M. P. Vitry : la Sculpture française au temps de Saint-Louis ; M. J. Verrier : la Décoration intérieure et le Mobilier au xviiie siècle ; M. L. Hautecœur : la Peinture italienne du Quattrocento ; M. G. Brière : l'Art français sous Louis XIII ; et M. Robert Rey : les Néo-Impressionnistes et le Synthétisme.
Enfin, deux chaires nouvelles ont été récemment instituées par le Parlement et le ministre de l'instruction publique et des Beaux-Arts. L'une d'elles est la première chaire qui, en Europe, soit consacrée aux Arts de l'Asie. Son titulaire, M. Georges Salles, étudiera, cette année : l'Art en Chine. La seconde chaire vient consacrer, dans l'Ecole même où s'enseignent les grandes traditions artistiques, le mouvement créé par l'Exposition récente des Arts décoratifs modernes. Le titulaire, M. Jean Bourguignon, traitera, en 1927-28, de l'Art Empire. Cette année, son suppléant, M. Guillaume Janneau, commencera, le 7 décembre, un cours consacré à l'Architecture intérieure française et la décoration de 1900 à 1925.
L'ouverture des cours de l'année 1926-27 aura lieu le 3 décembre, sous la présidence de M. Paul Léon, directeur des Beaux-Arts.
ACADÉMIES SOCIÉTÉS SAVANTES
Académie des Inscriptions et Belles-Lettres
Séance du 1er octobre.
M. Franz Cumont signale, parmi les antiquités rapportées de Suse par M. de Mecquenem et conservées au Louvre, deux anses d'amphores portant chacune une estampille grecque où se lisent les noms de deux marchands de Rhodes bien connus, Aristeidas et Phitaïnos. Ces amphores ont probablement servi à transporter du vin grec jusqu'en Susiane.
M. Salomon Reinach commente une communication de M. le comte Bégouen sur les découvertes faites en Moravie par le Dr Absolon et en Autriche par le Dr Bayer.
Séance du 8 octobre.
M. Salomon Reinach communique une lettre dans laquelle M. le comte Bégouen relate les découvertes faites récemment dans une galerie de la grotte de Montespan, découvertes que nous avons signalées précédemment.
M. Fougère communique une note de M. Roussel, directeur de l'Ecole française d'Athènes, annonçant la découverte par M. Joly, membre de l'Ecole, dans la cour de Mallia (Crète) d'une table à offrandes et à libations (kernos) d'un type inconnu jusqu'à ce jour.
M. Charles Virolleaud, directeur des Antiquités en Syrie et au Liban, expose les résultats apportés par les fouilles de la dernière année. Il signale notamment qu'à Byblos ont été découvertes de nombreuses statuettes en bronze représentant des soldats armés du poignard ou de la lance.
Les fouilles entreprises dans les nécropoles archaïques de Phénicie ont mis au jour de nombreux vases ; à Amrit (Marathus) on a trouvé quatre cents fragments de statuettes représentant pour la plupart Melkart-Héraclès, le bras levé, couvert de sa peau de lion.
M. Virolleaud présente encore des photographies de vingt-cinq bas-reliefs en basalte, trouvés jadis par le baron Oppenheim à Tell-Helef, dans le Haut-Khabour, provenant d'une résidence construite au xme siècle avant Jésus-Christ, par le roi Kapara à l'imitation des palais hittites de Karkémisch et de Tendjir. Il signale enfin que dans la nécropole de Sidon a été trouvée une très belle statuette de Vénus, haute de 65 centimètres.
Séance du 15 octobre.
M. Salomon Reinach fait hommage, de la part de l'auteur, de l'Album de documents sur la typographie et la gravure en France aux xve et xvie siècles réunis par A. Claudin, de M. Seymour de Ricci.
M. Loth fait une communication sur les idoles néolithiques : un des traits communs de ces idoles c'est l'absence de bouche, alors que les sourcils, les yeux, le nez et les seins sont figurés. Le docteur Morlet et son collaborateur E. Fradin ont fait à Glozel, à cet égard, une importante découverte : neuf idoles et cinq vases en forme de tête de mort, présentant le masque néolithique.
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M. Morlet explique l'absence de bouche par cette hypothèse que les néolithiques devaient considérer la mort comme le grand silence, et par conséquent la suppression de la parole comme la caractéristique de la mort.
Séance publique annuelle de l'Institut
La séance publique annuelle des cinq académies a eu lieu le 25 octobre. Selon la tradition un délégué de chacune d'elles a fait une lecture. M. Adolphe Boschot, représentant l'Académie des Beaux-Arts, avait intitulé la sienne : Un quart d'heure avec Mozart.
Société de l'histoire de l'Art français
Séance du 5 novembre.
Grâce à la gravure de Marot et surtout à un précieux dessin d'Israël Silvestre, appartenant au Musée du Louvre, M. Marcel Aubert reconstitue le chœur de Notre-Dame de Paris, tel qu'il existait encore au XVIIe siècle, avant les modifications radicales que firent subir Mansart et Robert de Cotte à cette partie de la cathédrale.
M. Louis Hautecœur a retrouvé parmi les dessins conservés au Louvre un plan qu'il identifie avec le projet de Pierre Lescot pour ce palais (1549). Ce projet, beaucoup moins vaste qu'on ne l'a dit, ne visait pas la réunion du Louvre et des Tuileries, mais se bornait à la décoration et à l'élargissement des quatre ailes du vieux château de Charles V, dont les fondations auraient en partie été utilisées.
Le Commandant Messal, dans un tableau retrouvé par lui chez un marchand de Lyon, croit reconnaître l'original d'une des compositions de Watteau gravées sous le titre des Amusements champestres.
L'ATELIER DE FANTIN-LATOUR
Fantin-Latour habitait depuis avant 1870 une modeste maison de la rue des Beaux-Arts et c'est dans un petit atelier situé au fond de la cour qu'il travailla jusqu'à sa mort. Celui-ci, depuis lors, avait été entretenu avec un soin pieux par sa veuve qui vient de mourir elle-même. On sait que Made-
moiselle Dubourg que le peintre avait connue au Louvre en copiant les maîtres, était elle-même une artiste de talent. Des portraits, des tableaux de fleurs qui ne sont pas sans rapport avec l'art de Fantin en témoignent. Mais elle s'était effacée avec une discrétion admirable dans l'ombre de son mari et depuis sa mort entretenait autour de sa mémoire un véritable culte.
L'atelier, dont nous donnons ci-contre deux aspects photographiés récemment, était demeuré avec ses meubles si souvent reproduits dans les tableaux de Fantin : le grand canapé de velours rouge, le fauteuil aux bras d'acajou poli, un petit bureau, quelques meubles de style ; aux murs des esquisses, des copies de maîtres anciens, quelques plâtres patinés par le temps, la fumée du poêle et des pipes ; au fond, comme sur un autel, le tableau de la famille Dubourg, un des chefs-d'œuvre de Fantin, représentant son beau-père et sa belle-mère avec leurs deux filles, sa femme et sa belle-sœur.
C'est cet ensemble, si intime et si touchant dans son atmosphère recueillie, si bien fait pour le travail et la songerie laborieuse, pour la causerie aussi, car Fantin était très accueillant, qui va se trouver fatalement dispersé et dont nous avons voulu conserver ici le souvenir, grâce à la complaisance de MM. Tempelaere, neveux et exécuteurs testamentaires de Madame Fantin-latour, qui mettent à réaliser ses volontés minutieusement arrêtées, le même soin attentif et réfléchi qu'elle avait apporté elle-même à en rédiger l'expression.
Le tableau de la famille Dubourg va venir au Louvre, où est sa vraie place, parmi les chefs-d'œuvre du portrait français. Un portrait de Madame Fantin sera donné au Musée de Grenoble qui a déjà recueilli un groupe d'œuvres du maître, dauphinois d'origine, et qui va recevoir encore
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de par les intentions libérales mûrement réfléchies de ses héritiers, quatre ou cinq toiles très précieuses : un petit panneau représentant un bouquet de fleurs dans un vase de faïence que Fantin offrit à Mademoiselle Dubourg comme cadeau de fiançailles, plusieurs esquisses et copies d'après Tintoret et Véronèse. Un portrait de Fantin jeune, est destiné au Musée de Lille en souvenir de Monsieur Tempelaere père, originaire du Nord, et qui était lié de longue date avec le peintre. Quant aux plâtres, qui garnissaient l'atelier, MM. Tempelaere les ont mis à la disposition du Directeur des Beaux-Arts et celui-ci leur a conseillé de les offrir à l'Ecole La Tour de Saint-Quentin, qui, singulièrement appauvrie par la guerre, se reconstitue avec ardeur.
P. V.
MONUMENTS HISTORIQUES
A propos du château de Courcelles
Tous les échos de la presse ont retenti de lamentations; il y a quelques semaines, au sujet de la démolition d'un château situé à Courcelles, aux environs du Mans, et les informations les plus fantaisistes reprises de feuille en feuille, jusqu'aux étrangères, nous ont appris que le château allait être transporté pierre par pierre en Amérique. Les Américains sont coutumiers de tours de force, mais encore faudrait-il que l'objet en valut la peine. Or les photographies publiées par le Figaro artistique, plus avisé, nous ont démontré que le château de Courcelles était une grande construction du xvie siècle à l'allure de caserne, non sans grandeur et sans caractère du reste, mais bâti en matériaux médiocres, sauf un pavillon central en pierre contenant un escalier, et une chapelle. Ce sont ces parties seules avec quelques plafonds à poutrelles qui ont fait l'objet de l'opération qui avait surexcité les esprits et qui sont en voie d'utilisation, non pas outre atlantique, mais aux environs de Paris au château des Mesnuls appartenant à M. Chrissovelleni, banquier roumain.
Certes l'opération est discutable et nous nous demandons même l'effet que pourront faire ces matériaux disparates rapportés sur une construction plus modeste d'allure. Mais qu'y faire ? Le domaine de Courcelles était morcelé, le magnifique jardin à la française n'était plus qu'un souvenir. La bâtisse seule demeurait, inhabitable, sauf pour des troupes d'occupation (on y avait abrité des services américains pendant la guerre) ; on s'émut sur place des ventes successives et du sort réservé au château. Une instance de classement fut prononcée par l'autorité préfectorale sur l'intervention de la Direction des Beaux-Arts. Mais elle dut être abandonnée lorsque l'on se fut rendu compte de l'impossibilité d'entretenir une construction intéressante certes, mais de second ordre, sans domaine et sans utilisation possible à une dizaine de lieues de toute grande ville. L'Etat ne peut toujours se substituer aux particuliers défaillants, et le meilleur moyen de sauver les châteaux de France, c'est de leur trouver des acquéreurs qui les respectent et les entretiennent... sur place.
P. V.
CHAMONAT. Cour de l'ancien prieuré, côté Est.
CHAMONAT. Cour de l'ancien prieuré, côté Ouest
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Cl. Neurdein
MONTRICHARD. Maisons des xve et xviiie siècles
Puy-de-Dôme. — L'ancien prieuré de Chamonat, d'aucuns disent ancienne commanderie de Templiers, est un pittoresque ensemble de constructions qu'entoure une enceinte fortifiée. Une porte surmontée d'un machicoulis, des tours dont l'une contient une salle voutée d'ogives, une petite chapelle, à laquelle on accède par un escalier extérieur, les fenêtres à meneaux qui éclairent les divers bâtiments, les échauguettes contenant les escaliers des cheminées intérieures avec leurs maneteaux finement moulurés, tout porte la marque de l'architecture du xve siècle, époque à laquelle fut construit ce très curieux prieuré fortifié.
Appartenant à plusieurs propriétaires, déjà l'un d'entre eux avait vendu deux fenêtres moulurées quand le classement intervint qui permettra de conserver ce rare ensemble dont les photographies ci-contre donneront deux aspects intéressants.
Loir-et-Cher. — La petite ville de Montrichard a fort heureusement conservé quelques spécimens intéressants de ces pittoresques maisons à pans de bois qu'on éleva en si grand nombre au xve et au xviiie siècles en Blésois et en Vendômois. Deux d'entre elles étaient déjà classées ; une troisième, la plus curieuse peut-être, vient de faire l'objet d'une semblable mesure. C'est celle dite de l'Ave Maria, en raison de la scène de l'Annonciation, sculptée au poteau cormier qui soutient l'angle qu'elle forme à la rencontre de deux rues. En outre de cette sculpture, le rez-de-chaussée est orné de belles portes finement moulurées que semblent vouloir dévorer les monstres, les « angoulants », qui forment les extrémités. Au-dessus, les pans de bois dessinent des quatrefeuilles inscrit dans des losanges et sur les hauts pignons, perpendiculaires l'un à l'autre, les aisseliers courbes de la charpente forment de grands arcs en tiers-point.
Maine-et-Loire. — Les hautes murailles du château de Pouancé dominent de leurs tours démantelées le ruisseau et l'étang qui faisaient jadis sa défense naturelle à la limite de l'Anjou et de la Bretagne. Dès le xiie siècle, il formait une place importante en raison même de sa situation aux confins de ces deux provinces souvent dévastées par les guerres. Bertrand Duguesclin, puis son frère Olivier en furent propriétaires au xive siècle ; il passa ensuite aux mains de Jean II de Bretagne, le fidèle compagnon de Jeanne d'Arc, qui y résista victorieusement à deux sièges, l'un du duc de Bretagne, l'autre des Anglais de Somerset. Au xvie siècle il devint la propriété de Charles de Cossé, comte de Brissac, pour passer ensuite en héritage dans la famille du duc de Villeroy.
Bien qu'en partie ruinée, c'est encore, à l'heure actuelle, une puissante construction militaire qui rappelle le château d'Angers par l'ampleur de son enceinte défendue par onze tours rondes, carrées et hexagonales. Deux forts et une poterne où l'on voit encore la trace des herses qui les fermaient et des pont-levis qui en permettaient l'accès, s'ouvrent sous des arcs brisés. De la chapelle et des constructions intérieures, il ne reste que des pans de mur.
Ruines du château de Pouancé.
Ce sont ces restes imposants qui viennent d'être classés pour en interdire la destruction complète; ces solides murailles étant devenues une vaste carrière d'une exploitation facile pour les habitants d'alentour.
Jean Verrier.
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[81] 15 NOVEMBRE 1926 295
BULLETIN DES MUSÉES
MUSÉE DU LOUVRE
Peintures et dessins
Le Colin-Maillard de Fragonard
Nous avons déjà signalé ici l'acquisition récente du tableau de Fragonard représentant le Colin-Maillard. Dans un vieux parc orné de terrasses,
de Watteau et rarement il fut aussi bien inspiré que dans quelques œuvres de cette série comme les Piaisirs dans le Parc de la collection de Mme la Comtesse de Behague, la Fête de Saint-Cloud, de la Banque de France, et les compositions faites pour Madame du Barry qui maintenant sont à New-York après être demeurées si longtemps à
FRAGONARD. Le Jeu de Colin-Maillard
(Musée du Louvre).
Phot. Serv. phot. B.-A.
de degrés et de vases, des jeunes femmes fixent un bandeau sur les yeux d'un jeune homme ; d'autres groupes s'ébattent à droite parmi des massifs de fleurs.
Si riche que soit le Louvre en œuvres de ce maître, il ne possédait jusqu'ici aucun tableau représentant comme celui-ci, dans de beaux paysages, les jeux d'une élégante jeunesse. Les tableaux de ce genre ne sont du reste pas nombreux, Fragonard s'y montre le continuateur très personnel
Grasse. Cette acquisition, réalisée grâce à la bienveillante et généreuse intervention de M. David Weill, ajoute une note nouvelle, rare et précieuse aux galeries du Louvre où les amateurs de Fragonard pourront incessamment l'admirer.
Dons récents
Le Conseil du Musée, dans sa dernière séance, a accepté le legs que nous signalons d'autre part de Madame Fantin-Latour, du tableau bien connu de
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son mari représentant la Famille Dubourg. Cette magnifique toile viendra s'ajouter dans l'avenir à la réunion des principales œuvres de Fantin que le Musée du Louvre pourra présenter groupées : l'Ate- lier des Batignolles, le Coin de table, et l'Hom- mage à Delacroix.
D'autre part il a enregistré avec reconnaissance le don fait par M. Jacques Zoubaloff d'une toile importante de Picot, élève de David, représentant l'Amour quittant Psyché endormie qui viendra se joindre à l'ensemble des œuvres de la peinture française du Premier Empire.
MUSÉE DU LUXEMBOURG
Madame Séverine a fait don aux Musées natio- naux d'un portrait d'elle par le peintre anglais HAWKINS qui sera exposé provisoirement à l'annexe du Musée du Luxembourg.
Mater Dolorosa, école française IIe moitié du xve siècle (Musée Jacquemart-André, Paris)
MUSÉE JACQUEMART-ANDRÉ
La commission de l'Institut qui régît le musée Jacquemart-André a récemment décidé, sur la pro- position de M. de Nolhac, conservateur du Musée, l'acquisition d'un panneau du xve siècle provenant d'une collection privée de Belgique. On y voit, représentée sur fond or, la tête d'une Vierge de Pitié de trois quarts avec les mains jointes paraissant au bord du cadre.
Le tableau a suscité déjà parmi les amateurs et les critiques, avec une grande admiration chez cer- tains d'entre eux, des discussions dans le détail desquelles nous ne saurions entrer ici, quant à son attribution. Tandis que les uns y reconnaissent la main de Roger de la Pasture (ou van der Weyden) et même un travail de sa jeunesse, les autres sont portés à y voir une œuvre de l'école française. Nos lecteurs trouveront prochainement dans la Gazette des Beaux-Arts une étude de notre excellent collaborateur Edouard Michel, où nous croyons savoir que cette seconde thèse sera défendue.
UN NOUVEAU MUSÉE NATIONAL
La Donation Tuck
M. et Mme Edward Tuck, les personnalités améri- cinaines bien connues à Paris et qui résident du- rant l'été dans leur château de Vert-Mont, près de Rueil, avaient déjà enrichi le Musée de Malmaison de précieux souvenirs de l'époque Napoléonienne.
Par acte notarié signifié 4 novembre par M. Ray- mond Koechlin, président du Conseil des Musées Nationaux, assisté de MM. Henri Verne, direc- teur des Musées Nationaux, Jean Bourguignon, con- servateur de Malmaison, Guérin, secrétaire du Di- recteur des Beaux-Arts, et de Me Duplan, ils vien- nent, sous réserve d'usufruit leur vie durant, de donner à l'Etat français, représenté par la Direction des Musées Nationaux, le magnifique do- maine historique de Bois-Préau.
L'acte de donation spécifie que Bois-Préau devra faire partie intégrante de Malmaison, comme au temps de Napoléon, puisqu'il est établi, d'après les travaux du conservateur de ce musée, M. J. Bourguignon, que l'Impératrice Joséphine avait acquis Bois-Préau en 1810 et y avait installé une importante bibliothèque. C'est sous la Restauration, après la mort du Prince Eugène, que les deux domaines avaient été séparés.
Bois-Préau comprend un château du xviiie siècle, des dépendances et un parc de 18 hectares, planté d'arbres séculaires et agrémenté de deux pièces d'eau. Ce sera donc pour les Parisiens un but nouveau de promenade, et le château servira au développement des collections d'art et d'histoire de l'Epoque Napoléonienne, aujourd'hui trop à l'étroit à Malmaison. Du reste, à ce don inestimable, M. Tuck a ajouté un capital de 500.000 frs, remis dès maintenant à la Caisse des Musées Na- tionaux, pour être affecté aux travaux d'aménage- ment et d'entretien du nouveau musée, sous la direction du conservateur de Malmaison.
C'est par lettre du 14 octobre dernier, de Me Du- plan que M. Edouard Herriot, ministre de l'instruction publique et des Beaux-Arts, a connu les intentions des généreux donateurs, qu'il a immédiatement remerciés, au nom de l'Etat.
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BULLETIN DES MUSÉES
Il convient de rappeler que, depuis 25 ans, M. et Mme Tuck ont manifesté à la France une rare générosité. Ils ont entretenu, pendant toute la guerre, un hôpital militaire de 75 lits ; ils ont donné, en 1903, au département de Seine-et-Oise, l'hôpital Stell, à Rueil, hôpital modèle de 25 lits doté d'un capital de cinq millions constitué en rentes françaises ; puis une Ecole ménagère, dont s'occupe spécialement, ainsi que de l'hôpital, Mme Tuck, et où sont, grâce à elle, élevées 75 fillettes ; enfin, ils ont légué à la Ville de Paris, pour être placée après eux au Petit-Palais, leur collection de tapisseries, tableaux primitifs, porcelaines de Sèvres et de Chine et objets d'art, l'installation se trouvant assurée, à leurs frais, par le versement effectué dès 1921, à la Caisse municipale, d'un capital d'un million.
De pareilles libéralités font grandement honneur aux deux citoyens américains. Constamment fidèles à l'esprit d'entente séculaire qui ne cesse de régner entre leur pays d'origine et leur pays de prédilection, ils ont montré une générosité magnifique qui n'a d'égal que le goût dont témoigne leur collection.
BIBLIOTHÈQUE DE SAINT-GERMAIN -EN-LAYE
L'office du Bienheureux Pierre de Luxembourg
Ce petit manuscrit, qui provient d'un don de M. Bonnardot à la Bibliothèque de Saint-Germain, se compose de 4 feuillets de vélin, de 19 centimètres de haut sur 14 de large, écrits recto-verso en lettres gothiques rouges et noires; l'ensemble forme 104 lignes. Il est orné de très belles « capitales » enluminées et dorées, et chaque page, sur la marge extérieure, est encadrée d'une guirlande de feuilles de lierre, également enluminée et dorée, d'une grâce, légèreté et fraîcheur exquises.
Il semble provenir d'un opuscule liturgique comme ceux dont l'Eglise se sert aux Votives des Saints, car, en 1600, la fête de Pierre de Luxembourg était inscrite parmi les fêtes dites « de précepte ». Il forme une sorte d'Office du Bienheureux, avec antiennes, hymnes et oraisons.
Ce saint personnage, né en 1369, de l'illustre Maison de Luxembourg, branche des comtes de Ligny-en-Barrois, mourut, en 1387, à l'âge de 18 ans, à Avignon, où l'avait appelé le pape Clément VII (Robert de Genève), qui l'avait élevé au Cardinalat et le tenait en particulière estime et amitié. Sa courte mais brillante existence avait été signalée par ses efforts constants pour faire cesser le Grand Schisme d'Occident qui, alors divisait l'Eglise.
Outre sa jolie forme artistique, l'intérêt principal de notre manuscrit réside dans les allusions fréquentes à ce schisme qui y sont contenues et les prières qui y sont insérées pour sa cessation : « Presta, quesumus, omnipotens Deus, per intercessionem hujus Petri gloriosi, scisma quod in tua viget Ecclesia feliciter terminari » ... ...Deus, cui soli competit errantibus viam docere veritatis, cunctos hujus Petri precibus sic ilustra scismaticos, ut, universis destructis erroribus, Clementem in terris vicarium consequuntur. »
Il fait allusion au Concile tenu simultanément à Avignon et à Rome, en 1394, pour amener la réconciliation des deux Egises par l'abdication projetée des deux Papes rivaux : « ...per prelatos orbis concio dotatos angeli preconio. »
D'après l'ensemble des textes précités, le Bienheureux Pierre de Luxembourg étant mort en 1387 : « noviter defunctus Avenione », et son culte ayant été, peu après, autorisé à cause de ses nombreux miracles : « ut in nomine tuo multa miracula aperta facere dignatus es », le Concile battant son plein et le Pape Clément VII étant mort en 1394, nous pouvons situer avec certitude la composition du manuscrit à cette même année, peu de temps avant le décès dudit Pape.
Il y a toute vraisemblance que l'auteur de la partie décorative appartienne à l'Ecole de champagne, peut-être même à la région parisienne.
Nous sommes heureux, en étudiant de près ce texte, qui passait à tort pour incomplet, d'avoir pu le rétablir intégralement. Le manuscrit sera
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prochainement publié avec un far-simile complet en photogravure, traduction, commentaire, notice biographique et toutes références sur le saint qui en est l'objet.
L. DE LA TOURRASSE.
MUSÉE DES TISSUS DE LYON
On sait l'importance capitale des collections réunies par la Chambre de Commerce de Lyon dans ce musée des Tissus unique en France et dans le monde entier. Mais ce ne sont pas seulement les documents rares et précieux, les pièces de valeur archéologique de l'Orient et de l'Occident qui font la valeur de celui-ci, les productions de l'industrie lyonnaise de la soie y sont à l'honneur, comme il convient. De nombreux ouvrages ont déjà été consacrés aux collections mettant peut-être surtout en relief les documents anciens. Le conservateur actuel, M. d'Hennezel, vient de publier, en s'appuyant sur les magnifiques échantillons de soieries du début du xvie siècle sur lesquels il a charge de veiller et sur les documents des archives municipales de Lyon, une monographie très étudiée et très complète, présentée excellemment en une jolie plaquette, l'histoire de Claude Dangon (1) qui, pendant le règne de Henri IV et sous l'impulsion royale, inventa le métier à la grande tire et perfectionna une industrie déjà prospère qu'il s'efforça, à travers succès et déboires, de rendre indépendante de l'Italie. Ce fut le réel précurseur de la fabrication des tissus façonnés qui établirent définitivement la réputation de Lyon aux xviiie et xviiiie siècles.
MUSÉE DE TOURS
Le tableau, dont nous donnons la reproduction ci-contre, provient de l'abbaye de Beaumont-lès-Tours et était désigné traditionnellement comme un portrait de Madame de Vermandois qui fut abbesse de Beaumont et vécut de 1733 à 1772. Il y a lieu de se défier souvent de ces attributions traditionnelles, même lorsqu'elles ne sont pas, et c'est le cas ici, dictées par le souci de présenter les traits de quelque personnage illustre de l'histoire locale ou nationale. La comparaison avec les documents conservés dans quelque grande collection iconographique comme celle du Musée de Versailles est souvent révélatrice d'erreurs et source d'identifications nouvelles ; c'est ainsi que M. Gaston Brière a pu reconnaître dans la toile de Tours une réplique d'un portrait conservé au Musée de Versailles (Catalogue Soulié No 4326). Celui-ci représente, à n'en pas douter, Marie-Louise-Elisabeth d'Orléans, duchesse de Berry (1695-1719), fille de Philippe d'Orléans (le Régent), qui avait épousé à 15 ans le petit-fils de Louis XIV. Elle devint veuve à 19 ans et devait mourir à 24, après une existence assez orageuse qui, dit-on, a hâté sa fin. Elle est figurée à Versailles, comme à Tours, en habit de veuve. Or son mari était mort le 4 Mai 1714 et c'est sous ce même costume et sous les mêmes traits de jeune veuve assez aimable qu'elle paraît dans ce tableau de Louis de Silvestre qui représente Louis XIV recevant à Fontainebleau le prince électeur de Saxe. L'original signé de ce tableau historique est à Dresde, mais Versailles en possède une copie (catalogue Soulié No 4344). Le portrait de la jeune duchesse de Tours, comme celui de Versailles, a donc toutes chances d'être
de la main de Louis de Silvestre ou de son atelier. Comment cette toile est-elle passée en Touraine et quels rapports la jeune et brillante fille du Régent put-elle jamais avoir avec l'abbaye de Beaumont-lès-Tours ? ce serait aux érudits tourangeaux à nous le dire et nous leur livrons volontiers le problème dont les données initiales sont au moins certaines.
MUSEE LAPIDAIRE DE CARCASSONNE
Le musée lapidaire de Carcassonne, qui jusqu'à ce jour était installé dans la ville basse, va être prochainement transporté dans le château de la Cité. Une aile de celui-ci, qui servait de casernement depuis le Premier Empire, vient d'être aménagée en vue de sa nouvelle destination.
(1) Lyon, Rey impr., in-8°.
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BEAUX-ARTS
CORRESPONDANCE DE L'ÉTRANGER
ETATS-UNIS
Au musée de Cleveland
La Société des Amis du musée de Cleveland, créée depuis peu, vient d'acquérir pour le compte du musée, un très important tableau du Greco. Cette œuvre, qui représente la Sainte Famille, semble avoir été peinte entre 1594 et 1601 pour l'église paroissiale de Torrejon de Velasco, petit village situé près de Tolède. Elle vient s'ajouter au nombre déjà imposant de tableaux du même artiste qui sont passés aux Etats-Unis et que conservent les musées de Minneapolis, de Chicago, de Boston, de Worcester et de New-York ou qui font partie des collections particulières Frick, Have-meyer et Huntington de cette dernière ville et des collections Widener et Johnson de Philadelphie. On se souvient que l'an passé le Musée métropo-litair de New-York avait acquis un très remar-quable Portrait d'homme, du même maître qui re-produit vraisemblablement les traits de l'artiste.
La Sainte Famille, qui nous intéresse, occupait la place d'honneur lors de l'exposition qui fut organisée l'été dernier au musée de Cleveland en souvenir de son bientaiteur, le regretté J. H. Wade, qui lui laissa une magnifique collection sur laquelle nous reviendrons tout à l'heure, et il était piquant de remarquer le contraste que cette œuvre, exécutée au plus fort de la réaction catholique, faisait, par l'intensité de son expression et la chaleur de son coloris, avec la peinture froide et sereine de Nicolas Poussin dont les Nymphes et Satyres étaient appendus au mur opposé.
Dans le tableau du Greco, la Vierge tenant l'Enfant sur ses genoux, apparaît drapée dans les amples plis de la traditionnelle robe bleue. Derrière elle, en manteau écarlate, se penche sainte Anne qui observe son petit-fils, auquel saint Joseph, vêtu de jaune, présente une coupe de fruits. Le fond sombre est occupé par un ciel bleu d'acier que traversent des nuages aux colorations neutres ; une clarté mystérieuse et comme irréelle tombe sur la scène et produit un effet émouvant.
Ce sujet a été traité par Greco à plusieurs reprises. On connaît de lui, en effet, une Sainte Famille conservée à Bucarest et une autre au Prado qui semblent avoir été exécutées d'après les mêmes modèles, ceux-ci n'étant autre, au dire de Cossio, qui fait autorité en la matière, que la propre famille de l'artiste.
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En mémoire de son président J.H. Wade, le musée de Cleveland a récemment groupé en deux de ses galeries un choix des 2855 objets qu'au cours de ces dix dernières années, il reçut de sa générosité. Cette importante collection sera ultérieurement répartie dans les diverses séries du musée selon le désir du donateur et ne constituera pas un musée à part dans un musée, comme il arrive malheureusement trop souvent.
J.H. Wade, collectionneur éclectique, épris avant tout de la qualité des œuvres et peu curieux de leur origine et de leur époque, avait rassemblé un ensemble d'une extrême variété où se rencontrent des objets sculptés, peints, ciselés en tous les temps et dans tous les pays. Les artisans de la Grèce et de Rome y sont représentés comme les artistes de Cleveland.
En peinture, J.H. Wade avait acquis des tableaux de Rubens, de Van Dyck, de Romney et de Reynolds comme il avait collectionné ceux de Degas, d'Odilon Redon et de Mary Cassatt. Un torse de jeune homme, marbre grec du ive siècle, voisine avec l'Eté de Puvis de Chavannes et son dernier don au musée, une œuvre remarquable de Poussin, Nymphes et Satyres.
Des joyaux indiens, des verreries romaines, des miniatures françaises et italiennes et, en particulier, des brocards persans, qu'accompagnent des bibelots Louis XV et Louis XVI, donnent à cette ex-