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4e Année. — Numéro 16
1er-15 Septembre 1926
BEAUX-ARTS
REVUE D’INFORMATION • ARTISTIQUE •
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LES PEINTURES DÉCORATIVES DE CHASSÉRIAU
A L’ANCIENNE COUR DES COMPTES
Les Tentatives de Restauration.
Quelle triste destinée que celle des fresques de Chassériau de la Cour des Comptes! Conçues dans
Au lendemain de l’incendie allumé par la Commune, on s’aperçut que les fresques de Chassériau qui décoraienl l’escalier d’honneur de la Cour des Comptes avaient été en partie épargnées par les flammes.
L’Escalier d’honneur de l’ancien palais de la Cour des Comptes.
D’après un cliché du Monde Illustré.
l’enthousiasme et dans la joie, exécutées dans l’heureux emportement d’un grand artiste alors dans toute la force de son génie, leur rapide destruction constitue une lamentable histoire, où la fatalité paraît jouer un rôle implacable.
Peintes à l’huile sur un enduit de ciment, elles adhéraient presque toutes fortement encore au mur et n’avaient été que très partiellement boursouflées par la chaleur. Sur l’initiative de M. F. Chassériau, ancien conseiller d’État et frère du peintre, on prit
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THÉODORE CHASSÉRIAU, par lui-même, à l'âge de seize ans.
(Collection Arthur Chassériau, Paris.)
alors la précaution de les protéger contre la pluie et le soleil par des toiles; même des ouvriers du Louvre furent appelés à coller du papier sur quelques-unes de ces peintures. Ainsi pouvaient-elles attendre la décision que l'on ne manquerait pas de prendre sur la destination de ces ruines. Reconstruirait-on le palais de la Cour des Comptes à la place qu'il occupait et utiliserait-on pour cette reconstruction une partie des murs de l'ancien édifice, entre autres les murs du grand escalier qui, de toute évidence, avaient peu souffert du feu puisque les fresques de Chassériau n'avaient pas été trop gravement endommagées? Il semble bien que dans les premières années qui suivirent ces incendies stupides, la grande majorité de l'opinion publique fut en faveur de la reconstruction aussi bien de la Cour des Comptes que du palais des Tuileries. Avec le temps, avec les difficultés financières qu'engendrent les guerres et les complications économiques qui en sont la conséquence, une certaine indifférence gagna peu à peu les esprits. Aucun des édifices incendiés par la Commune ne fut reconstruit dans ses anciens murs.
C'est donc dans l'indécision sur le sort de ces ruines que s'écoulèrent les premières années qui suivirent le désastre.
En 1877, Marius Vachon jeta dans le journal La France (n° du 30 mars) un premier cri d'alarme au sujet des fresques de Chassériau. De son article, nous citerons ce passage : « ... Le vent a enlevé ou déchiré la plupart des toiles. Il n'en reste plus que des lambeaux qui, au moindre souffle, promènent sur les malheureuses peintures toute la poussière dont ils sont chargés, la pluie tombe sur tous les panneaux, et le soleil peut les ronger à loisir... Chaque jour enlève un lambeau de ces peintures, dont le coloris si puissant s'est conservé dans toute sa vigueur, malgré les intempéries. En demandant à M. le Directeur des Beaux-Arts de prendre aussitôt que possible des mesures pour conserver un souvenir de l'œuvre de Chassériau au Conseil d'État, nous sommes assurés d'être l'interprète de tous ceux qui s'intéressent à l'art dans notre pays. » En même temps, une demande était faite très judicieusement de commander au moins une copie de ces fresques.
Dès ce moment la question était posée devant l'opinion, et directeurs, sous-secrétaires d'État, ministres même durent s'occuper de cette affaire. Il sembla bientôt que l'article que nous venons de citer avait produit un heureux effet. Deux ans plus tard, dans le même journal (6 février 1879), Marius Vachon annonçait, que grâce à son insistance, la
Panneau de la Paix, détail.
Cl. Braun
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direction des Beaux-Arts allait faire enlever immédiatement les peintures de Chassériau, si on renonçait, ce qui paraissait déjà probable, à reconstruire la Cour des Comptes et qu'on les transporterait au Louvre. Il ajoutait cette phrase, qui nous parait aujourd'hui d'une si amère ironie : «...Dans quelques jours on sera fixé sur ce point... En tout état de cause on n'a donc plus d'inquiétude sur l'œuvre de Théodore Chassériau... »
« Dans quelques jours on sera fixé sur ce point. » Il fallut attendre vingt ans ! Qui dira les innombrables projets de reconstruction de ce palais, mis à jour, présentés, discutés et rejetés faute de crédits ou de décision ? Jusqu'à la fin, le sort des fresques fut lié à celui de l'édifice. Il ne fallait les enlever que si on renonçait à la reconstruction ; on n'y renonça — et encore non sans luttes, sans après discussions, sans disputes presque — qu'à la veille de l'Exposition de 1900, lorsque le terrain fut cédé à une compagnie de chemins de fer pour y établir une gare terminus.
Cl. Braun
La Paix protectrice des Arts et des Travaux de la Terre : Groupe des mères. Peinture transportée sur toile. (Musée du Louvre.)
Dans ce long intervalle cependant bien des tentatives furent faites pour essayer de sauver l'œuvre de Chassériau. Sous le ministère Gambetta, le premier soin de M. Antonin Proust, ministre des Beaux-Arts, fut de nommer une commission que présidait M. Logerot, sous-secrétaire d'Etat, qui, le 12 janvier 1883, alla visiter les ruines de la Cour des Comptes pour juger de l'état des peintures de Chas-
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sériau et décida de faire enlever, comme essai, par les soins de la maison Kiewert, une tête de cheval encapuchonnée — fragment du groupe des Captifs — qui fut admirablement transportée sur toile et remise à la direction des Beaux-Arts. En 1893, par les soins du baron Arthur Chassériau, M. Mercier, habile restaurateur de tableaux, est chargé de net-
aucune réserve pour les peintures de Chassériau qui devenaient ainsi la propriété de la Compagnie. Un entrepreneur fut chargé de débarrasser les lieux des ruines désormais inutilisables et rien encore ne fut stipulé au sujet de la décoration du grand escalier. La vente aux enchères de ces fresques fut annoncée, un catalogue imprimé et distribué. Allait-on assister
Cl. Braun
toyer les peintures de la Cour des Comptes qui furent alors photographiées par la maison Braun et Cie. Elles étaient encore en très bon état. A ce moment l'opinion s'émeut, les articles consacrés aux peintures se multiplient, des brochures sont publiées. Ary Renan commence alors dans la Chronique des Arts et dans la Gazette des Beaux-Arts une longue campagne qui devait aboutir à sauver tout au moins une petite partie de ces peintures.
L'acte de cession du terrain par l'Etat à la Compagnie de chemin de fer Paris-Orléans n'avait fait impassiblement à la dispersion de ces peintures? Un groupe d'amateurs éclairés et d'éminents artistes se forma alors sur l'initiative de M. le baron Arthur Chassériau et de Ary Renan, dans lequel nous relevons les noms de Roger Marx, Léonce Bénédite, V. Chevillard, Raymond Koehlin, Henry Marcel, Arsène Alexandre, Gustave Dreyfus, Charles Ephrussi... qui constituèrent un fonds pour sauver l'œuvre de Chassériau. Le directeur de la Compagnie d'Orléans, arrêtant tout d'abord le projet de vente publique, voulut bien donner toutes les autorisations
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pour que les peintures pussent être enlevées, prenant à sa charge les réclamations de l'entrepreneur qui n'allèrent pas sans entraîner quelques retentissants procès, tous gagnés du reste par la Compagnie; mais il dut exiger que le travail fût exécuté dans le plus bref délai, dans l'espace de deux semaines, auxquelles on voulut bien ajouter une troisième.
On fit toute diligence; mais que de difficultés les bonnes volontés qui s'offraient, à tous les concours qui ne demandaient qu'à s'employer, on parvint à détacher les fresques des murs où elles avaient été exécutées à peine cinquante ans avant. En grande hâte, après avoir été recouvertes de plusieurs couches de fort papier, pour éviter tout effritement, elles furent découpées en plus de cent rectangles d'environ un mètre sur soixante centimètres et enle-
restaient à vaincre! Il fallut trouver un restaurateur de tableaux présentant les plus sérieuses garanties d'habileté et assez indépendant de la direction des Beaux-Arts pour ne pas craindre de mécontenter, en acceptant ce travail, certains architectes, influents rue de Valois, qui n'avaient pas vu sans dépit prendre une décision qui supprimait tout espoir de reconstruction de la Cour des Comptes. Il fallut, en décembre, dans le brouillard ou sous la pluie, par un froid très vif, poursuivre un travail délicat en raison de la dureté de l'enduit de ciment qui recouvrait les murs; on dut parfois arracher des fragments de pierre ou de brique; enfin, grâce à toutes vées. On les transporta dans un magasin au sous-sol du Louvre et on put les croire sauvées.
Le comité Ary Renan, qui disposait encore de quelques ressources, entreprit de faire fixer sur toile la plus importante et la mieux conservée des compositions de Chassériau: le beau panneau de la Paix, qui avait été scié en quinze morceaux. On peut aujourd'hui le voir au Louvre, non loin de la salle Thomy-Thiery, admirer la belle ordonnance de la composition, l'heureuse harmonie des figures, la grande beauté d'une coloration très douce, mais non sans mélancolie, car c'est, avec une très gracieuse figure d'Océanide en grisaille qui en est actuelle-
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ment voisine, tout ce qui subsistera à très peu de chose près, des peintures de Chassériau de la Cour des Comptes; encore faut-il s'inquiéter de l'extrême but paraissait donc atteint; ses ressources étant épuisées, il se dispersa, après avoir fait don à l'État de ces peintures qu'il avait si opportunément sauvées.
L'Ordre pourvoyant aux frais de la Guerre. Fragment.
Cl. Braun
fragilité de cette peinture, exécutée sur un enduit trop résistant, et qui, constamment, se détache de la toile. Le comité constitué pour sauver les fresques de Chassériau avait bien rempli sa tâche. Les fresques paraissaient en sûreté, et quelques éléments avaient été très heureusement transportés sur la toile. Son Pourquoi alors le bel exemple qu'il avait donné ne fût-il pas suivi? Les années passèrent sans que le travail de restauration fut repris; les fonds manquant, une inexplicable indifférence se manifestait à leur sujet. Plusieurs fois on transporta ces nobles vestiges, peut-être sans soins suffisants.
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jusqu'au jour où, menacés par l'inondation de 1910, on dut les déménager en grande hâte. Quelques fragments déjà avaient été brisés, puis abandonnés; caccé et généreuse par M. le baron Arthur Chassériau qui mit la plus grande persévérance à aider au sauvetage des précieuses peintures de son oncle, elle entre-
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la précipitation de cette dernière opération entraîna la perte de plusieurs autres.
Enfin la Société des Amis du Louvre prit en main cette affaire, et toujours aidée de la façon la plus effi- prit de faire fixer sur la toile les huit morceaux qui reconstituaient le panneau de l'Ordre et de la Force.
Il est inutile de raconter toutes les péripéties de l'opération confiée d'abord à un praticien habile,
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Frise des Vendangeurs, grisaille.
mais peu consciencieux, qui conserva longtemps ces peintures sans avancer beaucoup le travail, et dont les affaires un beau jour périclitèrent; dans tout ce désordre on eut quelque peine à récupérer, après bien des années perdues, les précieux fragments. Ils furent alors remis à un autre praticien tout à fait sérieux et qui mena à bien la tâche qui lui fut donnée. Quelle déception quand les deux belles figures reparurent! La peinture, brisée en un grand nombre de petits fragments, donnait l'impression d'une mosaïque, bien des parties manquaient, d'autres avaient été mal placées en sorte qu'il fut impossible de boucher les énormes vides. Pour rétablir le dessin primitif, il aurait fallu repeindre les fragments originaux. En toute conscience l'œuvre était irréparable et il paraît impossible de pouvoir jamais exposer publiquement cet essai de restauration. On ne servirait pas la mémoire de Chassériau en le montrant à d'autres qu'aux spécialistes.
On se demanda alors ce que valaient les fragments que l'on possédait encore. M. Chauffrey, qui doit être cité ici pour l'habileté, le zèle et le dévouement qu'il mit à accomplir le travail difficile et ingrat qui lui était confié, voulut bien s'employer à les découvrir, opération longue, délicate et minutieuse. L'examen, fait par M. Raymond Koechlin, le baron Arthur Chassériau et quelques conservateurs du Louvre, fut navrant. A peine pouvait-on retrouver quelques parties de figures, reconnaître quelques détails de terrain ou de plante; aucun ensemble n'existait plus; aucun ne pouvait être même en partie reconstitué. On décida néanmoins de faire fixer sur toile deux têtes ou plutôt fragments de tête et c'est à cela que se bornera le sauvetage de tous les fragments qui avaient été conservés. C'est avec une immense tristesse qu'il faut constater ce résultat.
Au moins avons-nous voulu, au moment où se dissipait tout espoir de revoir jamais les peintures de la Cour des Comptes de Chassériau, que fussent publiées à nouveau les reproductions si heureusement faites sur l'initiative et aux frais de M. Arthur Chassériau, avant l'enlèvement des peintures des murs du palais incendié. On voit que les fresques étaient alors d'une conservation très satisfaisante. C'est depuis lors qu'elles ont été réellement détruites, par suite de négligences et d'accidents infiniment regrettables... N'avions-nous pas de tristes raisons de dire, en commençant cette histoire lamentable, qu'une sorte de fatalité implacable avait poursuivi ces malheureuses peintures comme pour assurer, malgré tous les efforts contraires, leur destruction presque totale et rapide?
JEAN GUIFFREY
Cl. Braun
Frise des Vendangeurs, grisaille.
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Les Peintures de la Cour des Comptes dans l'œuvre de Chassériau.
Marius Vachon a raconté de quelle façon Chassériau où l'artiste s'était rendu avec son frère Frédéric, le maître de la maison demanda à celui-ci pourquoi son frère paraissait soucieux. Ayant appris que le peintre était déçu de ne point recevoir la commande d'une
Le Commerce rapproche les peuples, panneau de droite.
fut chargé, en 1844, de décorer l'escalier d'honneur de la Cour des Comptes.
Au cours d'une soirée chez Alexis de Tocqueville décoration murale dans un monument de Paris, Tocqueville répartit qu'il se faisait fort d'obtenir du comte Duchâtel, alors ministre de l'Intérieur, la
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commande souhaitée. Louis Vitet, ami intime de Duchâtel, venait, en effet, de poser sa candidature à l'Académie française dont Tocqueville était membre. « Mon cher ami, lui dit l'académicien, donnant pour donnant. Vous n'aurez ma voix que si Chassériau
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reçoit sa muraille. » Quelques jours après, l'artiste était chargé de décorer la partie haute de l'escalier de la Cour des Comptes et la somme de trente mille francs lui était allouée pour exécuter ce travail.
La commande ne concernait que les parois supérieures de l'escalier et Chassériau comprit vite l'intérêt qu'il y aurait à conserver à l'ensemble une unité parfaite de conception et de réalisation. Ne prenant conseil que de lui-même, il esquissa la décoration tout entière et prià Vitet de venir juger de
l'effet. Celui-ci enthousiasmé obtint du ministère que Chassériau serait seul chargé du travail. L'artiste avait alors vingt-cinq ans.
Ce n'était pas, à vrai dire, la première peinture murale qui lui était confiée. L'année précédente, il avait précisément terminé, dans l'église Saint-Merry, deux grands panneaux qui décorent la chapelle de Sainte-Marie-l'Égyptienne.
En cette œuvre, de style incontestablement académique, se décèle déjà cependant la seconde influence, qui marquera le génie inquiet de Chassériau. C'est au Salon de 1844 qu'il expose, en effet, le Christ au jardin des Oliviers, aujourd'hui à Souillac, peinture puissante dont tous les éléments concourent à exprimer un sentiment de désespérance tragique que ne devait pas désavouer Delacroix. La suite d'eaux-fortes inspirées par le drame shakespearien d'Othello et le portrait d'Aliben-Hamet, kalifat de Constantine, exécutés concurremment, attestent avec évidence l'attrait qu'exercent dès ce moment, sur son talent, les tendances romantiques. Du reste, une lettre à son frère Frédéric, datée de septembre 1840 montre bien que le disciple a déjà virtuellement rompu avec son maître. « Dans une assez longue conversation avec M. Ingres, écrit-il, j'ai vu que sous bien des rapports jamais nous ne pourrions nous entendre. Il a vécu ses années de force et il n'a aucune compréhension des idées et des changements qui se sont faits dans les arts à notre époque; il est dans une ignorance complète de tous les poètes de ces derniers temps. Pour lui, c'est très bien, il restera comme un souvenir et une reproduction de certains âges de l'art du passé, sans avoir rien créé pour l'avenir. Mes souhaits et mes idées ne sont en rien semblables. » On ne saurait être plus catégorique.
La décoration de la chapelle de Sainte-Marie-l'Égyptienne avait été terminée avec une rapidité extrême; aussi les quatre années, qu'exigeront les travaux du quai d'Orsay, témoignent, toutes proportions gardées, du souci de perfection que Chassériau apporta à leur exécution. Si nous avions besoin d'une autre preuve, nous la trouverions dans les innombrables croquis, esquisses, notations auxquels celle-ci donna lieu et que l'artiste lui-même a réunis en des albums que conserve aujourd'hui avec une piété très éclairée M. le baron Arthur Chassériau. Sa parfaite obligeance nous a permis de les feuilleter et nous avons ainsi pu nous faire une idée de la façon de travailler du peintre. Sur la première feuille de papier venue, l'artiste avait, semble-t-il, l'habitude de jeter, dans le feu de la recherche, de simples notations destinées à fixer le souvenir des formes telles qu'elles s'ébauchaient en son imagination: véritables griffonis, que surchargent souvent des indications écrites et que traverse parfois une ligne où se révèle la main d'un maître. Et cependant, en dehors du
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dessin qui appartient à M. Arthur Chassériau et de celui qu'il a généreusement donné au Louvre et des deux fragments de fresque qui ont été sauvés, ces la négligence des hommes les avait considérablement compromises.
Nous ne saurions non plus négliger les descrip-
L'Ordre et la Force.
Cl. Braun
renseignements constituent les seuls documents originaux que nous possédons sur l'œuvre maîtresse de Chassériau. Pour imaginer ce qu'elle fut, il nous faut recourir aux belles photographies qui furent faites alors que les fresques étaient encore en place mais à une époque où déjà l'incendie, les intempéries et tions et les commentaires qu'elles provoquèrent chez les critiques témoins de leur apparition, et particulièrement les pages enthousiastes que Théophile Gautier leur consacra en 1818 dans La Presse.
Les parties basses de l'escalier ne recevant qu'un de ces jours indirects qui altèrent la valeur des tons,