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4e Année. — Numéro 18 BEAUX-ARTS REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE • 1er Novembre 1926 --- A PROPOS DU DÉPLACEMENT DE L'AGNEAU MYSTIQUE L'Agneau Mystique doit-il quitter Gand et la chapelle de Saint-Bavon pour figurer cet hiver à l'Exposition d'Art flamand à Londres ? Question brûlante qui suscite chez nos voisins des discussions passionnées, question par un certain côté nationale et dans la solution de laquelle, nous semble-t-il, des amis même fidèles ne doivent pas directement intervenir. En revanche, les arguments avancés par les deux partis soulèvent des problèmes tout à fait généraux ; déjà deux tendances très nettes se révèlent et vont engager l'avenir. Aussi nous paraît-il intéressant d'examiner la controverse dans son ensemble, et de préciser les dangers auxquels pourraient conduire certaines exagérations. Les adversaires de l'envoi se divisent en deux groupes. Pour les uns toutes les œuvres d'art sont sacrées : elles ne doivent sous aucun prétexte sortir de leurs musées, de leurs églises ou de leurs bibliothèques ; l'on voudrait que les statuts des différents organismes interdisent tous les prêts, comme le font déjà, par exemple, l'Institut Städel de Francfort et le Musée Mayer van den Bergh. L'autre groupe admettrait des distinctions, mais tous deux sont d'accord pour déclarer crime contre l'art le transport des objets les plus précieux ou les plus anciens que contiendrait un pays, une ville ou un musée. Ces sentiments sont tout à l'honneur de ceux qui les professent et il est consolant de voir l'importance accordée aux belles choses dans notre civilisation utilitaire. Malheureusement il est à craindre que les prohibitions souhaitées n'aillent exactement à l'encontre du but que l'on se propose. Rien en effet, n'est plus utile aux œuvres d'art que les études dont elles sont l'objet : c'est par les travaux des archéologues que le public apprit à connaître les souvenirs de son passé, que les pouvoirs publics se rendirent compte de la valeur du patrimoine qui leur était confié. Or ces études ont besoin pour progresser des Expositions groupant des objets ordinairement dispersés dans toute l'Europe : il suffit de rappeler les manifestations de Bruges en 1902 pour les Primitifs flamands, de Florence en 1922 pour l'art italien des xvie et xviiie siècles, et de mesurer les féconds résultats obtenus. Si les principes émis par les défenseurs actuels de l'Agneau triomphaient, il deviendrait impossible d'organiser ces réunions documentaires que tout le monde attend ; il faudrait renoncer, par exemple, à grouper jamais à Gand les principales peintures des Van Eyck, car l'Ermitage ne pourrait envoyer les précieux panneaux de la Crucifixion et du Jugement Dernier. De plus les Musées gardant désormais leurs chefs-d'œuvre, toutes les expositions verraient rapidement baisser leur niveau : elles seraient envahies par les pièces médiocres ou douteuses que n'effraierait plus la proximité de l'œuvre-type : c'est là un côté qu'il ne faut pas négliger dans le présent débat. La question heureusement n'est pas insoluble, il suffit de la considérer sous un autre point de vue. Il est, en effet, possible dans l'état actuel de la science de faire voyager entre les principaux Musées d'Europe, toutes les œuvres d'art quelles qu'elles soient, et cela sans que les risques dépassent ceux qui sont encourus dans les Musées par le fait de la présentation publique. C'est une question d'intelligence et d'argent. Au lieu de déclarer que certaines œuvres ne pourront se transporter, disons simplement qu'il faudra les entourer d'un luxe inouï de précautions : traitons-les comme des souverains ; à notre connaissance aucun chef d'État n'a jusqu'à présent péri dans un accident de chemin de fer ou pendant une traversée. Que les conservateurs, guidés par les spécialistes, décident dans chaque cas des mesures qui devraient être prises ; que l'on ne craigne pas de se montrer exigeant ; que pour les œuvres

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BEAUX-ARTS les plus rares on réclame des suspensions perfectionnées, des trains ou des navires spéciaux ; que pour toutes on obtienne une meilleure sécurité dans l'emballage et le déballage ; que toutes ces manutentions soient faites par le personnel du Musée propriétaire. Aux organisateurs des différentes manifestations à voir si le but qu'ils visent vaut l'effort et la dépense qu'on leur impose. Le problème ainsi posé prend un côté technique et financier : il peut se discuter et se résoudre. N'oublions pas que les deux plus grandes ennemis des œuvres d'art sont avec les guerres, l'ignorance et l'incurie ; deux facteurs importants de tout développement esthétique ont toujours été les rapprochements et les échanges ; ils ont naturellement leurs dangers ; mais nous pouvons, si nous le voulons, nous en garantir. Le passé est instructif à cet égard. Ce n'est pas une exposition qui démembra l'Agneau Mystique, ce n'est pas dans un voyage que périrent les Heures de Turin. Edouard MICHEL. --- NOUVELLES - Echanges internationaux entre chalcographies. - A l'instigation de la Commission internationale de coopération intellectuelle, les représentants des grandes chalcographies se sont réunis le 11 octobre à Genève. Ils ont étudié les questions suivantes : échange de gravures entre chalcographies des diverses nations, organisation d'expositions des estampes reproduites et vente, par chacun de ces établissements, des gravures sorties de leurs ateliers. - Les mêmes questions doivent aussi être envisagées au sujet des moulages exécutés d'après les statues et les médailles. - L'Exposition française d'Amsterdam. - Nous avions annoncé il y a quelque temps l'ouverture à Amsterdam d'une double exposition d'art français rétrospective au Ryks-Museum, contemporaine au Musée municipal. Cette exposition vient de se clore le 10 octobre, après une visite, qui a eu lieu le 8, de la reine accompagnée de la princesse royale et d'une suite nombreuse. Les princesses sont restées une heure dans chacune des deux expositions et ont témoigné de leur vive satisfaction. La reine a acquis trois tableaux à l'exposition moderne ; une cinquantaine d'autres ont été acquis par des particuliers. Plus de quinze mille visiteurs ont été comptés pendant les trois mois que l'exposition a duré et les initiateurs, M. de Marcilly, ministre de France à la Haye, et M. le Jkr Loudon, ministre des Pays-Bas à Paris, ont tout lieu de se féliciter du grand succès de l'entreprise, qui est dû en grande partie à l'activité et au goût des organisateurs : M. Jean Guiffrey pour la rétrospective, M. Lamourdedieu pour l'exposition contemporaine. - Une exposition de peinture française à Genève. - Le 8 septembre, en présence de l'ambassadeur de France et de nombreuses personnalités officielles, a été inaugurée à Genève, au Musée d'Art et d'Histoire une exposition d'art français contemporain. Les délégués de la Société des Artistes français, de la Société nationale des Beaux-Arts et du Salon d'Automne ont réuni à Genève plus de deux cents œuvres dues à des artistes qui représentent aujourd'hui les tendances les plus diverses de notre art national. - C'est ainsi que se trouvent voisiner des toiles de MM. Albert Besnard, Claude Monet, Antoine Bourdelle, Henri Martin, Maurice Denis, Le Sidaner, René Ménard, Lucien Simon, Albert Laurens, Vuillard, Marquet, Bonnard, K.-X. Roussel, Derain, Henri Matisse, Guillaumin, Favory, Utrillo, Lebasque, Charlot, Flandrin, etc. - Ajoutons que cette exposition sera, sans doute, le prélude d'autres manifestations de ce genre. Le Comité permanent des Expositions d'art français à l'Etranger et l'Association d'Expansion et d'Echanges artistiques, dont les efforts viennent de triompher à Genève, se proposent, en effet, d'adjoindre aux sociétés susnommées le Salon des Tuileries, la Société des Indépendants et la Société des Artistes décorateurs. Lorsque ces six grandes associations se trouveront réunies, la propagande de l'art français recevra une impulsion nouvelle qui permet d'espérer de fructueux résultats. - Legs à l'Ecole des Beaux-Arts. - Par décret est autorisé le legs fait par M. Félicien Charpin à l'Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts d'une somme de 1.000 francs de rente destinée à l'attribution annuelle d'un prix de 500 francs à deux élèves de la section de peinture. - Une exposition du Livre à Colmar. - Le 17 octobre, l'Exposition historique du Livre, qui a été récemment organisée à Colmar, a fermé ses portes. - Patrie de Gutenberg et située dans cette vallée du Rhin qui fut le berceau de l'imprimerie, l'Alsace conserve de nombreux et remarquables monuments de l'art typographique. Aussi, dans le cadre pittoresque du Kaufhaus, M. Schmitt, le conservateur de la Bibliothèque de Colmar, avait-il pu, à côté de manuscrits de haute valeur, exposer un choix remarquable de livres précieux depuis les incunables les plus rares jusqu'aux chefs-d'œuvre du xvième siècle. - En plus du concours que nos grandes bibliothèques, la Nationale, l'Arsenal et Sainte-Geneviève, apportèrent à cette manifestation, les organisateurs purent mettre à profit les trésors que contiennent certaines bibliothèques privées de la région et que prêtèrent très libéralement leurs possesseurs. - A la cathédrale de Strasbourg. - Les échafaudages qui, depuis 1908 déparaient la cathédrale de Strasbourg, viennent enfin de disparaître. Cet événement marque la fin des travaux considérables qui durent être entrepris pour la consolidation de la tour et le renouvellement du premier pilier de la nef, et que dirigea, depuis le retour de l'Alsace à la France, M. Dauchy, architecte en chef de l'œuvre de la cathédrale. - Pour fêter cet achèvement, qui redonne au monument son aspect normal, une cérémonie a eu lieu, le 9 octobre, à la cathédrale même, sous la présidence du maire de

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Strasbourg, M. Peirotes. M. Paul Léon, qu'entouraient les autorités locales et de nombreux parlementaires et professeurs de l'Université, a pris la parole après le maire et a ensuite scellé un parchemin dans la pierre angulaire du nouveau pilier. Découverte préhistorique. — Dans une galerie non encore explorée de la caverne de Montespan, déjà célèbre par les modelages préhistoriques qu'on y découvrit, on vient de rencontrer une véritable frise haute de 30 centimètres environ sur 2 mètres de longueur, modélisée dans l'argile d'une paroi et représentant une scène de chasse : des chevaux poussés par des chasseurs vers une fosse servant de piège. L'animal de tête, en train de tomber, le dos rond, le cou tendu et les naseaux frémillants, est très finement exécuté tandis que les silhouettes des chevaux, qui le suivent, restent assez indistinctes. Des vestiges de bains romains retrouvés à Diekirch. — Dernièrement, des ouvriers, au cours de travaux de terrassement exécutés à Diekirch (Luxembourg) ont mis à jour un pavement de mosaïque de deux mètres carrés comportant des figures géométriques et une tête de chien ou de lion. Le service des travaux publics exécuta alors des fouilles méthodiques qui amenèrent bientôt la découverte d'une installation balnéaire remontant à l'époque romaine et utilisant vraisemblablement l'eau des sources qui jaillissent encore dans le voisinage, à Herrenberg. Découverte de fresques du XIIe siècle. — On vient de découvrir au premier étage de la tour Nord de la collégiale de Saint-Hubert, en Belgique, des vestiges de fresques que les archéologues font remonter aux xiiie et xiiiie siècles. Une scène comprenant plusieurs personnages est peinte en rouge sur fond vert. On y distingue un roi tenant un sceptre fleurdelisé au milieu d'un groupe de guerriers. Une décoration peinte à l'ocre jaune et rouge entoure la composition. NÉCROLOGIE Au cours du mois d'octobre, Pierre DECOURCELLE est mort à l'âge de 70 ans. Romancier et auteur dramatique, c'était un amateur d'art éclairé qui avait réuni des collections importantes qu'il avait dispersées en une série de ventes dont la dernière, qui se fit au printemps dernier, comprenait une série importante d'œuvres impressionnistes. Le 11 octobre est mort le dessinateur Albert ROBIDA. Né en 1848 à Compiègne, il vécut, dès 1870, des ressources de son crayon. Après avoir débuté au Journal amusant, il collabora à la Vie parisienne où il donna, pendant de longues années, le meilleur de son talent. Amoureux du passé, il dessina avec passion le décor des cités d'autrefois et c'est de cette veine que sont sortis les albums intitulés : Paris de siècle en siècle, les Vieilles villes du Rhin, etc. Mais sa fantaisie aimait aussi à explorer l'avenir et, sous forme d'anticipations, il se plaisait à imaginer un XXe siècle où l'électricité et l'aviation régneraient en maîtresses. On ne saurait, non plus, passer sous silence les remarquables illustrations qu'il exécuta pour les œuvres de Villon et de Rabelais. ACADÉMIES SOCIÉTÉS SAVANTES Académie des Inscriptions et Belles-Lettres Séance du 20 août. M. Enlart communique la photographie d'un fragment de sculpture découvert à Tyr par M. Viroleaud, représentant une croix et l'inscription : Agnus Dei et provenant d'un fronton remontant au xiiie siècle. M. F. Cumont parle d'une intaille trouvée à Homs, en Syrie et récemment donnée au Louvre par M. L. Brossé. M. Dussaud entretient l'Académie du sanctuaire de Byblos et commente le récit de Benjamin de Tudèle, voyageur du xiiie siècle, à l'aide des découvertes récentes. Séance du 3 septembre. Lecture est faite d'une lettre de M. Camille Jullian au sujet des fouilles de Glozel (Allier). D'après lui, les objets trouvés sont de deux sortes : les uns ne sont pas authentiques, les autres le sont. Ces derniers proviendraient d'une officina feralis, logis de sorcière, attenant à quelque sanctuaire rural. M. Fougeres annonce qu'il a reçu une lettre de M. Roussel, directeur de l'école d'Athènes, indiquant, à propos des dernières fouilles de Thasos, que M. Bon, membre de l'école, vient de découvrir un nouveau bas-relief d'une porte de ville représentant une déesse sur son char à deux chevaux, conduit par un Hermès. M. Cagnat donne lecture d'une lettre de M. Lizop, relative à de récentes découvertes à Saint-Bertrand-de-Comminges (Haute-Garonne). Dans une grande cour sacrée, close de murs, et dont subsiste le seuil de la porte d'accès, s'élevait un grand temple, au devant duquel a été retrouvé devant l'escalier, l'emplacement de l'autel. Derrière le temple, dans une cachette, ont été recueillis les restes de statues brisées, notamment une jeune femme à physionomie attristée, un jeune homme ayant un collier gaulois, un guerrier agenouillé en état de défense, une Victoire, etc. Sans doute, d'après M. Lizop, qui date ce monument du Ier siècle avant J.-C., s'agit-il d'un temple érigé par un Romain vainqueur d'une population gauloise. Séance du 10 septembre. M. Salomon Reinach revient sur les fouilles de Glozel et présente quatorze photographies de la part du docteur Morlet. Une des plus remarquables est une grande pierre plate sur laquelle sont gravés au trait plusieurs chevaux ; sur d'autres galets, on voit un ours et deux cervidés, et il y a aussi des plaques d'argile cuite avec des inscriptions, complètes ou fragmentaires. M. Reinach estime qu'il est absolument impossible de ne pas considérer tous ces objets comme authentiques et de même provenance. M. Cagnat donne lecture d'une note de M. Adrien Blanchet relative à deux globes d'argent mentionnés dans les Inventaires de Jean du de Berry.

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BEAUX-ARTS Séance du 17 septembre. M. Fougères revient sur la communication qu'il a faite, le 3 septembre, à propos des travaux de l'école d'Athènes. Il date de 490 environ avant J.-C., le bas-relief de Thasos représentant une femme sur un char. La coiffure de la femme en « queue de cheval » est une des caractéristiques des Amazones et des Ménades. Ce bas-relief est, d'ailleurs, plein d'analogies avec celui du Prytanée, qui est au Musée du Louvre. D'autre part, un membre de l'école vient de découvrir au pied d'un rocher, sur le site de Médéa, une nécropole mycénienne renfermant de riches tombeaux : à noter particulièrement, parmi les chefs-d'œuvre d'orfèvrerie créto-mycénienne trouvés dans les tombeaux, une coupe d'or décorée de reliefs représentant un paysage sous-marin et une autre coupe décorée de crânes de bœufs. M. Rostovzef donne lecture d'une note sur les résultats de la campagne archéologique poursuivie en Italie et dont il a été témoin. M. Dussaud fait une communication sur les résultats des fouilles entreprises en Phénicie depuis l'institution du mandat français en Syrie. Séance du 24 septembre. M. O. Tafraly, professeur à l'Université de Jassy (Roumanie), fait une communication sur les fouilles qu'il a poursuivies à Mangalia (Kallatis) sur les bords de la mer Noire et signale les résultats de ses découvertes dans plusieurs tumuli de l'ancienne cité dorienne, notamment de curieuses sculptures représentant des têtes d'animaux et d'hommes. Ce sont des œuvres de l'art populaire inconnu des Scythes Abies dont parlent les auteurs grecs anciens. Académie des Beaux-Arts Séance du 9 octobre. Les grands prix Roux de 35.000 fr. ont été décernés - d'après le classement suivant : Peinture : 1. M. Martial et Mlle Pillet ; 2. M. Tellier ; 3. M. Bouroult. Sculpture : 1. M. Patrisse ; 2. M. Privat ; 3. M. Gelin, Mlle A.-M. Roux et M. Legendre. Architecture : 1. MM. Laborie et Musetti. Gravure en taille-douce : 1. M. Jacquemin. Miniature : 1. Mlle Marguerite Pauvert ; 2. M. Tellier. --- UNE EXPOSITION DE DENTELLES ET DE RELIURES DE DENTELLES à la Bibliothèque de Versailles A peine fondée, l'active Société des Amis de la Bibliothèque de Versailles que préside M. le Vicomte de Fontenay, ambassadeur de France, manifeste son existence en organisant une exposition qui sera pour les bibliophiles et les amateurs d'art l'agréable prétexte d'une nouvelle visite à cette Biblio- thèque trop peu connue, dont le seul tort est d'être trop voisine du château. Le cadre seul est déjà un enchantement. On sait que la Bibliothèque de Versailles occupe l'ancien hôtel du Ministère des Affaires Etrangères construit par l'architecte Berthier, le père du maréchal, décoré par Bachelier de magnifiques panneaux décoratifs et par le célèbre gouachiste Van Blarenberghe de dessus de portes qui représentent les principales capitales de l'Europe. Dans ce cadre charmant, le conservateur de la bibliothèque M. Hirschauer, secondé par le secrétaire de la nouvelle Société, M. de Francastel, a réussi en quelques jours à grouper avec un goût très sûr quelques pièces de dentelles admirables, les unes empruntées au Musée de Versailles comme le fameux dessus de lit de Louis XIV que l'on verra ici pour la première fois présenté dans une lumière qui permette de l'admirer, les autres gracieusement prêtées par des « collectionneuses » comme Mme la Vicomtesse de Fontenay et Mme Marquet de Vasselot. L'intérêt de cette exposition est considérablement accru du fait que les dentelles voisinent, suivant un excellent principe appliqué déjà au Musée du Cinquantenaire de Bruxelles, avec des reliures de dentelles tirées du fonds si riche de la Bibliothèque, avec des portraits peints ou gravés qui évoquent l'usage et les multiples applications d'un art jadis floissant et aujourd'hui irrémédiablement déchu. Puisse cette exposition si intelligemment conçue et si alertement réalisée procurer à la Bibliothèque, ainsi qu'au Musée Houdon installé au dessus d'elle, et où l'on s'efforce de réunir par le moulage les principales œuvres du grand sculpteur, les sympathies et les appuis dont elle a besoin pour ne pas tomber en léthargie. Louis Réau. --- L'ABBAYE DE SAINT-DENIS On se rappelle l'émotion soulevée l'été dernier dans le public et dans la presse par les projets d'aliénation des bâtiments et des jardins de l'abbaye de Saint-Denis, devenus depuis le Premier Empire maison d'éducation de la Légion d'Honneur. Nous nous en étions fait l'écho ici-même et avions dit les raisons qui rendaient si lamentables et presque scandaleux l'abandon de ces locaux doublement historiques. Cependant la Grande Chancellerie était disposée, paraît-il, à céder et à transporter ses pensionnaires à Écouen. Des projets étaient déjà établis pour agrandir le château où est installée une autre maison d'éducation de la Légion d'Honneur et on eût à la fois abandonné Saint-Denis et défiguré Écouen.

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BEAUX-ARTS Les protestations ont été entendues. Elles avaient été très vives, en particulier à la Commission du Vieux-Paris qui étend sa vigilance sur tout le département de la Seine, et à la Commission des Monuments Historiques. Des ressources ont été trouvées, grâce, dit-on, à certaines initiatives privées qui permettront à la Grande Chancellerie d'entretenir les bâtiments élevés sur les plans de Robert de Cotte au xviie siècle et dont l'allure grandiose et les dispositions intactes, cloître, réfectoire, salle de chapitre transformée en salle de dessin, escaliers monumentaux, frappe tous les visiteurs, trop peu nombreux, malheureusement, de la célèbre abbaye. (Il faut pour en parcourir les bâtiments et jardins une permission spéciale de la Grande Chancellerie). Il reste peu de motifs de décoration. Un seul fronton de la façade a été sculpté par Nicola Sébastien Adam et se voit encore en place ; mais les rampes de fer forgé de divers escaliers et une grande grille exécutée par le frère Denis et très admirée déjà au xviiie siècle sont encore en place. L'abbaye paraît sauvegardée, mais pour l'assurer contre de nouveaux risques, la Commission des Monuments Historiques a demandé au Ministère de prononcer le classement intégral de l'immeuble et du parc de la Légion d'Honneur. Ce dernier, amputé déjà au début du xixe siècle pour établir la rue qui amène directement de Paris à l'abbaye ainsi que les quartiers environnants, l'hôpital civil voisin et ses annexes, est encore magnifique et mérite largement d'être conservé pour assurer à la basilique et à ses dépendances le cadre de beauté qui lui fait tant défaut sur d'autres faces et pour assurer encore à la cité surpeuplée aujourd'hui de Saint-Denis, les réserves d'air et de lumière dont elle a besoin. P.V. MONUMENTS HISTORIQUES Eure-et-Loir. — La petite ville d'Epernon conserve, comme la ville de Chartres, de très vastes et très curieux celliers du moyen-âge qu'on appelle communément dans le pays les pressoirs. Ce sont les anciens celliers du prieuré de Haute-Bruyère, fondé par Bertrude de Montfort, épouse de Foulques le Réchin, comte d'Anjou, puis du roi de France Philippe Ier. Ils servaient à l'exploitation des vignobles que le prieuré possédait à Epernon, sur le plateau de la Diane. Bâti sans doute au xime siècle en grès du pays, ce cellier mesure 32 mètres de longueur sur 13 mètres de largeur. A l'extérieur, il ne présente qu'une série de contreforts et d'ouvertures rectangulaires ou en arc brisé ; à l'intérieur, le bâtiment est divisé en trois nefs de hauteur égale, voutées d'ogives et séparées par deux rangées de six piliers. Bien qu'on ait construit au-dessus une école communale, il a paru bon de classer ces celliers, exemple intéressant de ces constructions du moyen-âge que l'on voit trop souvent disparaître pour faire place à des halles dont on ne saurait trop regretter l'édification. Saône-et-Loire. — Le pont Saint-Laurent à Chalon-sur-Saône, qui vient d'être classé parmi les monuments historiques, remonte pour la partie centrale de sa chaussée au xve siècle — il fut commencé en 1418 et terminé seulement en 1508. — Puis il fut élargi en 1705 de deux mètres de chaque côté par les soins de l'ingénieur Gauthey. Long de 117 mètres et large de 9m.,50, il franchit la Saône par quatre arches en plein cintre et une sur-

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BEAUX-ARTS baissée. L'intérêt de cette belle construction est encore augmenté par les petites pyramides quadrangulaires très aigues qui accostent chaque pile et qui étaient destinées à soutenir les appareils d'éclairage ainsi que par la décoration sculptée qui orne les tympans des arcs, et la série de corbeaux soutenant les parapets. Les vestiges si rares de constructions privées de l'époque romane méritent qu'on en interdise sévèrement la destruction. Aussi vient-on de classer à Cluny, où déjà d'autres maisons de la même époque ont pu être sauvegardées, les baies romanes du premier étage de la maison située rue Josephine Desbois, dont nous donnons ci-contre la photographie. Ce sont, on le voit, quatre baies en plein cintre accolées, posées sur une console et surmontées d'une frise de bandes dites lombardes, si fréquentes en Mâconnais. Les archivoltes sont ornées d'un rang de feuilles d'eau et dans les écoinçons sont sculptés des quatre-feuilles en relief. Les trois colonnettes qui séparent les baies, ont conservé leurs bases moulurées et leurs chapiteaux à feuillages malheureusement assez mutilés par la pose de volets de bois à une époque postérieure. Bas-Rhin. — Le château d'Andlau, dont on vient de prononcer le classement, occupe une place im- portante dans l'histoire de l'Alsace. Construit vraisemblablement au xii^e siècle, il fut démoli une première fois au xiii^e siècle au cours des luttes soutenue par l'évêque de Henri de Stahleck contre les partisans de l'empereur Frédéric II. Reconstruit en 1344 par le chevalier Rodolphe d'Andlau, il fut dévasté par les Strasbourgeois en 1376. En 1438, les habitants d'Obernai s'emparaient du château pour se venger des seigneurs d'Andlau qui les avaient molestés et c'est derrière ses murailles que vinrent aussi s'abriter les habitants de Barr pour échapper aux incursions des bandes armées qui désolaient le pays. Agranli au xvie siècle, le château fut occupé en 1633 par les Suélois, puis les sires d'Andlau en reprirent possession et l'habitèrent jusqu'à la fin du xvii^e siècle, époque à laquelle il fut abandonné et en partie démoli pour la vente des matériaux. Mais les ruines impressionnantes, qui subsistent et qui dominent la ville de Barr au sommet du Silberberg, ne pouvaient disparaître entièrement sans modifier profondément ce paysage imposant. Aussi bien le classement permettra-t-il de les conserver dans leur état actuel. L'église protestante de Harskirchen fut construite en 1756, au moment de la division du comté de Sarrewerden, sur les ordres du prince Guillaume Henri de Sarrebrück par l'architecte Stengel qui avait déjà élevé l'église Saint-Louis à Sarrebrück. La qualité des proportions, la beauté des boiseries de l'orgue et de la chaire, la simplicité de l'ensemble de la construction, consciemment voulu pour répondre à l'austérité du culte qui y fut célébré dès l'origine, fait de cet édifice un bel exemple d'architecture protestante du xvii^e siècle qu'il importait de sauvegarder intact. Jean VERRIER.

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[77] 1er NOVEMBRE 1926 279 BULLETIN DES MUSÉES MUSÉE DU LOUVRE Peintures et dessins Un double portrait des frères Devéria est entré au Louvre l’été dernier donné par M. Henri Benoist, petit-fils d’Achille Devéria, le peintre lithographe. Les deux artistes sont représentés a mi-corps, l’un deux, Achille, au premier plan de face ; son frère Eugène (l’auteur du tableau) à gauche et en arrière, vu de trois-quarts. Leur allure, la recherche de leur costume, de celui d’Achille en particulier plus étudié, établissent le genre de vie et la situation d’artistes « arrivés » occupée par les deux frères en 1836, date du portrait. On sait qu’à cette époque ils jouissent déjà : Achille d’une grande vogue de lithographe, dont les vignettes sont recherchées des amateurs et éditeurs, le second, Eugène, d’une notoriété glorieuse acquise à l’apparition, au salon de 1827, de son fameux tableau la Naissance d’Henri IV (Musée du Louvre). L’allure de distinction sévère, l’altération des traits d’Achille Devéria dans ce portrait sont vraiment une évocation vivante du caractère de cet homme droit qui, prématurément accablé des obligations de chef de famille ruinée mais dénisière, devait longtemps, à lui seul, en assumer les soucis. N’est-ce point cette nécessité qui l’oblige à produire beaucoup et constamment pour rapporter à la maisonnée les subsides nécessaires à la non-chalance de la belle Françoise Chaumont, la créole maman, aux colifichets de Laure, la jolie sœur si gâtée. N’est-ce pas aussi les études d’Eugène, plus jeune de quatre ans, dont les succès devaient être le paiement de tant d’abnégation fraternelle ? Il semble même qu’Eugène Devéria en portraiture son frère ait été un réaliste moins impitoyable que leur ami le peintre Louis Boulanger qui exposait au Salon de 1837, le portrait d’Achille Devéria, qui est aujourd’hui au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque Nationale, portrait auquel le critique de l’Artiste reproche « ce crâne osseux, cette figure allongée, ce teint livide, ce regard sinistre, cette maigreur cadavérueuse ». Que de souvenirs réciproques : peintures, dessins, lithographies, nous montrent l’union de la famille Devéria. Le grave Achille se représentera même (dans une lithographie en manière noire de la coll. Jacques Devéria) aux prises avec sa femme et ses quatre enfants, et dans cette joyeuse lutte, nous retrouvons encore le regard de mélancolie romantique du portrait de 1836. Unis dans leur vie et leur carrière, les frères Devéria le sont aussi par un « air de famille » qui les rapproche en dépit de la différence de leurs traits. Pourtant, Eugène, à peine plus jeune, nous paraît dans cette double effigie, singulièrement moins marqué par la vie que son frère. Il l’est moins aussi toujours secondé par ce protecteur fidèle qui Cf. Serv. Phot. B.-A. EUGÈNE DEVÉRIA. Portraits d’Achille et d’Eugène Devéria (Musée du Louvre). jouit, en père de famille, des succès officiels de son frère. Après l’enthousiasme déchaîné chez les jeunes par la Naissance d’Henri IV (Gigoux nous dit que les rapins de l’atelier après un discours bien senti en l’honneur d’Eugène Deveria, brisèrent leurs modèles antiques en signe d’allégresse), Eugène Devéria verra se continuer le succès. Il y aura bien quelques ombres à cette gloire puisque, en 1836 justement, il est refusé au salon, mais en compagnie de beaucoup d’autres artistes notoires ; ce n’est donc pas un déshonneur.

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BEAUX-ARTS C'est en cette même année 1836 qu'il terminera les décorations de N.-D. de Lorette) Histoire de Sainte-Geneviève); après il y aura de mauvaises heures, son étoile pâlira: «il n'y a plus de flamme mais il y a l'étincelle, de quoi rallumer le foyer en soufflant dessus». C'est encore le bon temps des frères Devéria, que nous rappelle ce double portrait, celui de deux hommes qui ont beaucoup attendu de leur destinée d'artistes, qui ont été tendrement unis dans la bonne et la mauvaise fortune et qui même parfois ont travaillé en commun comme l'attestent ces vers d'Eugène: «Que de fois nous avons, dans une heure critique, «Echangé nos deux noms, sans craindre la critique, «Si rude aux pauvres travailleurs.» *** Une sépia d'Achille Devéria a été d'autre part offerte par l'arrière-petite fille du peintre-lithographe, Mme Tissier née Buron (petite fille de Laure Devéria). Ce lavage représente un palikare assis, la tête appuyée sur la main droite, les cheveux rejetés en arrière, le regard tendu. Il est vêtu d'une veste courte à large manches ouvrant sur un gilet brodé. La jupe large et ample dégage les jambes, légèrement indiquées. La disposition des noirs, la touche rapide et brillante indiquent qu'Achille Devéria a dû traduire en lithographie cette étude, d'ailleurs bien au goût du jour comme sujet. La date, 1828, rappelle les événements sanglants de la Grèce, préoccupation artistique si ardente qu'en mai 1926 de jeunes artistes avaient organisé à la galerie Lebrun, rue du Groschenet, une exposition au profit des Grecs vaincus par les Turcs. La mode s'y étant mise aussi, les costumes grecs étaient très recherchés dans les travestissements. Faut-il voir là une indication de l'utilisation possible de cette étude? Jacqueline BOUCHOT-SAUPIQUE. LE CAMBRIOLAGE DE CHANTILLY Dans la nuit du 11 au 12 octobre, des cambrioleurs ont pénétré dans le château de Chantilly au moyen d'une échelle volée dans un chantier voisin et qui leur servit à franchir le fossé et à grimper jusqu'au balcon de la tour du Trésor, élevé de 7 à 8 mètres. Parvenus au Cabinet des Gemmes, où ils étaient assurés de trouver des pièces de grande valeur, ils fracturèrent la fenêtre et les volets de chêne et pillèrent trois vitrines plates, puis disparurent en emportant le célèbre diamant rose dit «le Grand Condé» que le duc d'Aumale tenait du dernier représentant de la famille des Condés en la possession de laquelle il était, paraît-il, depuis le xixe siècle. En outre, on constata la disparition du poignard enrichi de pierres précieuses, que le duc d'Aumale avait trouvé dans la tente d'Abd-el-Kader, lors de la prise de la Smala; d'un poignard et d'une plaque de ceinturon ornés de diamants, dons du bey de Tunis; de plusieurs bibelots de grand prix dont nous donnons ci-dessous la liste des principaux. Trois bracelets en or, portant les portraits en miniature du duc d'Aumale âgé d'un an, de Louise d'Orléans, reine des Belges et de la duchesse de Montpensier. Bracelet en or, de forme antique, ayant au centre, dans un entourage fleuronné d'émail bleu, le camée, profil à gauche, de l'empereur François Ier d'Autriche. Bague en or; sur le chaton, le buste de profil en relief du roi Louis XVIII en pâte de Wedgwood, signé à la coupure du col: Barnette. Cachet-pendeloque, avec la devise des Montmorency, en grec: Aplanos. Bague avec monture en or ornée de trois fleurs de lis et un chaton en pierre composée, montrant le profil de Louis xv en bleu foncé. Montre de la duchesse d'Aumale; sur la boîte, les armoiries sont émaillées ainsi que la devise: «Montjoy et Saint-Denis». Epingle de cravate faite d'une médaille à l'effigie de Néron; au revers la figure de Jupiter avec la légende: «Jupiter custos». Boîte en forme de nautille, monture en or faite en Angleterre; la panse est formée d'une écaille de tortue doublée en or à l'intérieur; le couvercle en coquille formé d'une intaille sur sardoine représentant Neptune, signé: Brown. Puis des camées, des cornalines, des bagues, etc... La valeur pécuniaire de ces divers objets est considérable et l'intérêt historique de quelques-uns d'entre eux y ajoutait du prix. Mais la valeur artistique était à peu près nulle. C'est un crime audacieux et crapuleux, accompli dans des conditions invraisemblables et sans discernement. On a remarqué que les voleurs avaient négligé un important émail attribué à Benvenuto Cellini. Ils avaient cependant commencé déjà à attaquer l'une des deux vitrines murales voisines qui contenait des objets d'art ancien très précieux et des miniatures nombreuses. Mais ils furent inquiétés, sans doute, dans leur besogne par un bruit suspect et décampèrent en hâte.

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[79] BULLETIN DES MUSÉES 281 MUSEE DE BOULOGNE-SUR-MER Le musée de Boulogne, gravement éprouvé par l'explosion d'une torpille aérienne le 1er août 1918, s'est depuis lors reconstitué et agrandi grâce aux efforts de la municipalité et d'une phalange d'hommes dévoués : le Dr E. Dutertre, conservateur en chef ; le Prof. Aug. Dutertre, conservateur scientifique, M. de Jenlis, un peintre de talent qui a consacré des années de travail à la restauration des beaux vases grecs de la collection Panckoucke ; le Dr Henri Gros, qui répare avec non moins d'adresse les verreries romaines, et M. C. Lorel, qui apporte à la restauration du musée le plus précieux concours matériel et moral. Le 15 septembre dernier, deux nouvelles salles Salle Camille Enlart (Musée de Boulogne-sur-Mer) ont été inaugurées, sous la présidence de M. Paul Léon, directeur des Beaux-Arts, de M. le Sénateur-maire Farjon et de M. C. Enlart, délégué par l'Académie des Inscriptions. L'une est la salle Charles Lebeau, uniquement consacrée à la collection qu'avait rassemblée avec le goût le plus sûr et le plus délicat un amateur qui a voulu léguer ces trésors à la ville. La collection Lebeau, dont il a été publié un élégant catalogue illustré et sur laquelle nous reviendrons à l'occasion, comprend 851 numéros ; elle se compose de peintures et dessins des xviie et xixe siècles et de porcelaines rares du xviiie. On y admire particulièrement un pastel de Boucher ; une étude de David et six de Prudhon, plusieurs de Boilly ; une étude d'Ingres et deux de Delacroix ; des dessins de Fragonard et de Greuze, un Millet, huit Corot, dont un d'une qualité exceptionnelle ; un Courbet, deux Jongkind, neuf remarquables peintures de Boudin, un Whistler, un Claude Monet, un Carrière, un Puvis, un Zorn et Fragment du pavement de la Cathédrale de Térouanne (Musée de Boulogne-sur-Mer) un Cazin qui sont parmi les meilleurs; la Madeleine et le Saint-Jean-Baptiste d'Henner ; plusieurs Fantin-Latour, un Vollon... Les vitrines de céramique et de verrerie ne contiennent aussi que des pièces de choix. La très vaste salle Camille Enlart réunit tous les objets du Moyen Age et de la Renaissance classés par matières et par époques. On y a remonté une cheminée du xive, provenant de Boulogne. A l'ancien fonds, déjà important, s'ajoutent aujourd'hui la collection du Dr Dutertre, composée de menus objets très variés : monnaies, sceaux, plombs, broderie, ferronnerie et celle de M.C. Enlart qui comprend 1.000 numéros. Les donateurs ont voulu cette fusion et le classement est leur œuvre. Un catalogue est en cours de rédaction. Les collections ont ce mérite que presque toutes les provenances sont établies. Dans l'ancien fonds, on remarquait une fort belle série de pierres tombales, de magnifiques fonts baptismaux romans, des ivoires du xive siècle, Pendentif en argent, xvie siècle (Musée de Boulogne-sur-Mer)

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BEAUX-ARTS des bronzes, des ferronneries, des armes et des armures, dont une damasquinée d'or. La collection Enlart apporte, entre autres compléments, des sculptures de pierre provenant des édifices détruits de la région : cathédrales de Térouanne, de Boulogne et de Cambrai, abbayes de Dommartin, et de Saint-Josse, prieuré du Wast, Hôtel-Dieu de Montreuil. On y voit aussi la très élégante Vierge de Calvaire du xive siècle, qui fut remarquée à l'exposition des Primitifs français et un Saint-Barnabé dans la manière de Claus Sluter. On y trouve des bois du xve siècle, de menus bronzes recueillis à Térouanne et sur la côte boulonnaise, une belle serrure du xve siècle, un pentacol d'argent et perles de 1500 environ, encadrant une fine miniature (provenant de Lille), des fragments de châsses du xime siècle ; une série de verreries du Moyen Age, et plus de 150 carreaux historiés. Le plus curieux est un carreau peint de 1393 provenant du château d'Hesdin, œuvre de Jehan le Voleur, d'après un carton de Melchior Broederlam. On remarque aussi dans la céramique environ 60 pièces historiques et vernissées de l'art chypriote du xive siècle au xvie. Saint Barnabé. École bourguignonne, xv° siècle (Musée de Boulogne-sur-Mer) La salle romaine, la salle mérovingienne sont en cours d'aménagement, et n'offriront pas moins d'intérêt. Bien que la torpille de 1918 ait anéanti d'ines-timables richesses, le musée de Boulogne, plus que centenaire aujourd'hui, reste un des plus im-portants musées de province, il sera bientôt un des mieux classés et c'est incontestablement un des plus beaux. Vierge au Calvaire. xiv° siècle (Musée de Boulogne-sur-Mer) LE MUSÉE LATOUR A SAINT-QUENTIN L'effort accompli pour la reconstitution des régions dévastées par la guerre n'a pas permis encore de relever à Saint-Quentin l'hôtel Lécuyer qui abritait les fameux pastels légués par Latour, ou plutôt par le frère de celui-ci, à sa ville natale. La municipalité a eu des soucis plus pressants et les pastels étaient en sûreté au Louvre où l'obole des visiteurs a fourni déjà quelques ressources destinées à l'Ecole La Tour et au futur musée. Les plans de celui-ci dressés par l'architecte Bigot sont prêts et vont s'exécuter. Mais Saint-Quentin désire donner aux chefs-d'œuvre dont il a hérité un cadre digne d'eux. Une société des amis de Latour est en formation. Elle comprendra non seulement des notabilités locales, mais des amateurs libéraux à qui la gloire de Latour et sa mémoire doivent être chères. Il est question pour aider à la présentation convenable de la célèbre collection et des œuvres qui pourront venir s'y joindre, d'une grande exposition de Latour et des pastellistes du xviiie siècle qui aurait lieu le printemps prochain à la galerie Charpentier.

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CORRESPONDANCE DE L'ÉTRANGER BELGIQUE L'Exposition du paysage flamand à Bruxelles Les difficultés, de l'heure présente ne peuvent diminuer l'ardeur que met à tenir son public en ha'eine la courageuse Direction du Musée de Bru-xèles. Le manque d'argent et les réductions de personnel, la poussaient à nous priver cette année de ces expositions documentaires qui font la joie des amateurs et des curieux. Tous les obstacles cependant ont été surmontés; les subsides de l'État faisant défaut on s'est adressé à l'initiative privée : la bienfaisante organisation du Touring-Club Belge, qui a déjà tant obtenu pour la mise en valeur du patrimoine artistique du pays, et dont l'influence s'exerce si heureusement pour l'instruction du grand public, est généreusement intervenue. Le travail et le dévouement qui sont la règle au Musée de Bruxelles ont fait le reste. Voici donc une nouvelle manifestation qui sera fort utile, un excellent catalogue qui sans être critique, est solidement documenté, le tout servant de base et de point de départ pour l'Exposition ou plutôt les Expositions du Paysage flamand, l'une du xvie, l'autre des xviiie et xviiiie siècles que l'on nous promet plus complètes pour un avenir prochain. La réunion actuelle est intéressante comme manifestation locale et préparatoire, mais ce serait la desservir, que de la représenter comme une exposition propre à attirer les étrangers, et à leur donner une idée nouvelle et approfondie du Paysage flamand. Le genre propre du paysage naît dans les Pays-Bas au début du xviie siècle. Pendant tout le xve siècle, les vues de nature ne sont guère employées qu'en guise d'ornements, comme un fond de tapis-série pour ainsi dire. Sous l'influence de l'Ecole de Harlem d'abord, puis de Gérard David et de Jérôme Bosch, leur importance grandit ; peu à peu leur place devient presque égale à celle des personnages, qui étaient autrefois tout le tableau. C'est pourquoi nous avons la joie de revoir cette belle page de Jérôme Bosch, Le Calvaire, de la collection Franchomme, une œuvre typique de la jeunesse du peintre où déjà apparaissent les belles qualités du Maître, son sérieux, son originalité et cette sensibilité qui est, et restera celle de toute la Flandre. Quant au triptyque de l'Eglise d'Anderlecht (n° 36) il nous parait impossible d'y retrouver, tout au moins dans son état actuel, la main même de J. Bosch : tout semble bien indiquer une réplique d'atelier d'après une composition perdue. Ce qu'annonçaient David et Jérôme Bosch, Joachim Patenier le réaliste et le premier il nous donna, le vrai paysage tel que nous le concevons aujourd'hui, peint pour lui-même dans toute sa grandeur et sa signification particulière. Malheureusement on ne pouvait songer à faire venir ses chefs-d'œuvre (Le Charon surtout) con- siberecht. La Vachère et sa fille. (Collection Del Monte, Bruxelles). servés au Prado ; on n'aurait pu nous les montrer ici qu'en photographie, et cela aurait peut-être été utile, ces expositions fragmentaires devant être surtout didactiques. Nous nous consolons de l'absence de Patenier.