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3e Année. — Numéro 2 15 Janvier 1925 BEAUX-ARTS REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE • LA « RÉUNION DES BIBLIOTHÈQUES » M. François Albert, ministre de l’Instruction publique, vient de déposer sur le bureau de la Chambre des Députés, un « Projet de loi portant constitution d’une réunion des bibliothèques nationales de France ». Ce projet, qui reprend exactement la forme et le fond du projet du même titre naguère déposé par M. Léon Bérard, touche par assez de côtés aux questions dont s’occupe notre revue pour qu’il soit indispensable de l’étudier ici, où nous l’avons déjà signalé, lors de son premier dépôt, dans le n° du 1er mars 1924. Il propose de créer un établissement public, portant le nom de Réunion des bibliothèques nationales de France, et investi de la personnalité civile, qui réunirait la Bibliothèque Nationale (englobant la Bibliothèque Mazarine) les Bibliothèques Ste-Geneviève et de l’Arsenal. Ces bibliothèques seraient représentées par un Conseil composé de membres de droit (directeur de l’Enseignement supérieur, inspecteurs généraux des bibliothèques et des archives, directeur général de la Réunion des Bibliothèques nationales, directeur des Archives nationales, conservateur de la Bibliothèque de l’Université de Paris), et de vingt membres nommés pour quatre ans par décret du Président de la République : un sénateur, un député, un conseiller d’Etat, un conseiller à la Cour des Comptes, douze personnes désignées par leurs travaux et leurs connaissances spéciales, un conservateur chef de département, deux membres du personnel scientifique des Bibliothèques réunies, un représentant du Ministère des Finances. La réunion, qui relèverait directement du ministre de l’Instruction publique, aurait un budget autonome, dont les recettes prévues sont : les subventions des pouvoirs publics, les dons et legs, le produit des ventes d’estampes, moulages, etc… les droits de reproduction, le produit des publications, celui des droits d’entrée aux expositions temporaires ou permanentes. Le projet prévoit enfin le rattachement éventuel à la Réunion d’autres bibliothèques publiques. L’exposé des motifs montre en quelle voie le législateur veut faire entrer l’organisme qu’il crée. Il s’agit, dit-il, de « moderniser » nos grandes bibliothèques, « d’ouvrir largement aux lecteurs nos grandes collections, de les classer selon les méthodes les plus rapides et les plus récentes, de les mettre au courant de la science moderne et de les maintenir en perpétuelle harmonie avec les progrès et les exigences de l’esprit humain ». Pratiquement, cela veut dire qu’on organisera des expositions permanentes ou temporaires, que le « prêt à domicile sera consenti moyennant une légère indemnité », qu’on publiera des catalogues, etc… Pour tout cela, il faut de l’argent ; on a pensé le trouver en appliquant aux Bibliothèques le régime que nous venons d’exposer, et qui est celui dont jouissent, depuis 1896, les Musées nationaux. Pour ne nous placer qu’au point de vue artistique, on voit quelle peut être l’importance de cette création. La réunion d’établissements trop isolés, une direction unique, des ressources développées, un esprit libéral, voilà qui nous permet d’espérer la coordination des acquisitions, la centralisation des documents de même nature, la spécialisation des bibliothèques, permettant une plus grande rapidité dans l’entrée des œuvres nouvelles et dans les communications au public, une protection plus efficace pour les œuvres d’art, et, enfin, la publication plus rapide des catalogues et des répertoires indispensables. Qu’on songe à la misère actuelle de la mieux outillée, de la mieux dotée de nos bibliothèques, la Bibliothèque Nationale : chacun de ses quatre départements dispose d’un budget d’acquisition qu’épuiserait d’un seul coup l’achat d’une estampe, d’une médaille ou d’un manuscrit un peu importants. Au Cabinet des Estampes, toujours enfoui dans sa sombre galerie, c’est grâce à la générosité de M. Fenaille qu’un catalogue sur fiches a pu être constitué, mais, à part le catalogue des portraits, aucun catalogue d’ensemble n’a pu être publié. Quant à la reliure des estampes, à leur mon-

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BEAUX-ARTS tage, que de misères! pièces qui déchargent les unes sur les autres, marges qui s'effritent au bord de reliures usées depuis 100 ans! pièces qu'un montage insuffisant interdit de communiquer au public, parce que ce serait trop dangereux pour elles! Faute de crédits, le Cabinet des Médailles voit passer devant lui les trop coûteuses médailles grecques, italiennes ou françaises, et expose les gloires de l'Ancien Fonds en un mobilier de fortune. Voilà vingt ans que le manque de crédits a fait à peu près arrêter la série officielle de ses catalogues... Je ne parle pas de l'impossibilité où se trouve le Cabinet des Manuscrits d'acquérir, aux prix actuels, miniatures ou manuscrits, de l'impossibilité pour le Département des Imprimés d'entreprendre la publication de catalogues aussi utiles, par exemple, qu'un répertoire des illustrateurs de livres dont aucune «fiche» ne relève le nom, qu'un catalogue des reliures précieuses ou qu'un répertoire des portraits. Demandez aux historiens de l'art, à ceux qui s'occupent d'un artiste en particulier, comment ils peuvent, par exemple, accomplir l'indispensable dépouillement des catalogues de ventes publiques d'objets d'art? Ils vous diront, — je pourrais vous dire, — qu'il existe à la Bibliothèque d'Art et d'Archéologie une série rangée par ordre chronologique, mais que la Bibliothèque Nationale possède beaucoup des catalogues que n'a pas sa jeune émule, et qu'elle conserve dans chacun de ses «départements», en trois ou quatre séries différentes, sans que, de cet ensemble, il y ait, je crois, d'autre répertoire général que celui que je fais établir pour mon usage personnel. Parlez à l'actif Administrateur de la Bibliothèque qui, en ce moment même, nous donne l'admirable exposition Ronsard. Il vous dira que, pour faire des économies, chaque année, on lui supprime des gardiens; qu'on songe à supprimer des fonctionnaires, que ceux-ci, enfin, sont si mal payés qu'il faut craindre de les voir bientôt se recruter dans les milieux de demiculture. On voit l'importance du projet actuel et comme il convient qu'il soit étudié de près. Il faut qu'il soit très précis. N'oublions pas qu'il ne donne qu'un cadre: ce sont des décrets qui régleront «la composition et les attributions du Conseil, l'organisation de la direction et du secrétariat général, le règlement et la compétence du comité consultatif pour toutes les questions de personnel et d'ordre purement technique», en un mot, l'essentiel. Que la loi donne au moins aux futurs décrets des indications précises! Il faut, d'autre part, se défier un peu de l'entrainement des mots et des idées. Les fonctionnaires doivent bien songer qu'ils sont comptables des trésors qu'ils conservent, non seulement envers leurs contemporains, mais envers la postérité. Il faut exposer, communiquer, prêter, mais il faut conserver. «Prêter à domicile» est dangereux, vendre des doubles, dont on aura besoin un jour, peut l'être... On le voit, la création nouvelle est riche en promesses. Ces promesses ne vaudront que si les directives données par la nouvelle loi sont appliquées par un personnel qualifié, compétent, à la fois jaloux des traditions de l'érudition et de l'art français, et désireux d'en répandre le goût et le culte. A ces conditions, on ne peut voir que des avantages au vote rapide de cet important projet. G. WILDENSTEIN. --- NOUVELLES - Légion d'Honneur. — Parmi les dernières promotions faites dans l'ordre de la Légion d'Honneur à l'occasion du Nouvel An, nous relevons les noms de M. David, directeur du dessin dans les maisons d'éducation de la Légion d'Honneur, et de M. Pierre Marcel, professeur à l'Ecole des Beaux-Arts, promus officiers, et parmi les nouveaux chevaliers, celui de notre collaborateur M. Robert Rey, qui tient avec tant de distinction, dans notre revue, la chronique des Expositions. - Les achats de l'Etat. — Le Journal Officiel, dans son n° du 20 décembre, publie la liste des œuvres d'art acquises pour le compte de l'Etat, du 1er janvier au 31 décembre 1924. - Le Prix de musique Lasserre. — Par arrêté du Ministre de l'Instruction publique en date du 22 décembre, le prix musical de la fondation Lasserre est partagé, en 1924, entre MM. Caplet et Florent Schmitt. - A la Société nationale des Beaux-Arts. — Le sculpteur Bartholomé, qui depuis de longues années présidait aux destinées de la Société nationale, ayant manifesté le désir de se démettre de ses fonctions pour raison de santé, c'est M. P.-L. Forain qui a été appelé à lui succéder. M. Bartholomé devient président d'honneur de la Société. MM. Béraud et Félix Aubert ont été désignés comme vice-présidents; et comme présidents des Sections: M. Lobre pour la peinture, M. Desbois pour la sculpture, M. Pannemaker pour la gravure, M. Genuys pour l'architecture et M. F. Aubert pour les arts décoratifs. - Soutenance de thèses. — Le 20 décembre, notre collaborateur, M. Alazard, maître de conférences à l'Université d'Alger, a soutenu avec succès, pour l'obtention du titre de docteur ès-lettres, les deux thèses suivantes: Le Portrait florentin de Botticelli à Bronzino et L'Abbé Luigi Strozzi correspondant artistique de Mazarin, Colbert, Louvois et La Teulière. - Démission. — M. Chaussemiche, qui, comme l'on sait, a dernièrement été très vivement attaqué dans la

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BEAUX-ARTS presse, à propos des coupes intempestives effectuées sous sa responsabilité dans le parc de Versailles, vient de donner sa démission d'architecte en chef du Château de Versailles. Archéologie préhistorique. M. Peyrony, conservateur du Musée des Eyzies, en effectuant des fouilles à Bourdeilles (Dordogne), près du moulin des Gavauds, a découvert un bloc de pierre dans lequel ont été sculptés, par un artiste probablement solutréen, six beufs remarquables par la beauté de leurs lignes. Ces bas-reliefs, magnifiques spécimens de l'art préhistorique, ont été transportés au Musée des Eyzies. Découverte de tombes phéniciennes. On vient de mettre au jour, en Tripolitaine, à Sabrasta, des tombes phéniciennes et un buste de marbre d'époque romaine d'un grand intérêt artistique. Fouilles de Babylone. L'Université d'Oxford subventionne les fouilles que le professeur S. Langdon dirige à Kisch. Le savant assyriologue croit avoir découvert récemment les vestiges du palais des premiers rois de Babylone. Les murs extérieurs et une importante colonnade ont pu être dégagés. Une salle, qui paraît avoir été la salle du Trône, est encore décorée de nombreuses plaques ouvrages qui représentent les expéditions des premiers rois partant à la guerre. D'intéressants détails sont ainsi révélés concernant le costume que portaient ces rois qui, d'après l'opinion de M. Langdon, n'étaient pas des Sémites mais des Sumériens. D'autres plaques, qui reproduisent des scènes de la vie rustique, témoignent du talent des ouvriers sumériens en gravure et en marqueterie. La Fresque de la Byloke à Gand. Les travaux qui viennent de se terminer dans la grande salle du réfectoire de l'Abbaye de la Byloke à Gand, dont les pignons sont célèbres dans l'histoire de l'architecture médiévale, permettent d'admirer une grande composition peinte à fresque, découverte sous le badigeon qui la recouvrait et représentant la Cène. Au-dessus paraissait déjà un Couronnement de la Vierge, de bien moindre qualité du reste. La nouvelle composition est d'un style gothique très large et puissant qui dénote le premier tiers du xive siècle et est appelée à prendre place parmi les morceaux les plus importants de la peinture décorative septentrionale du moyen âge. M. Joseph Casier, président de la Commission des Monuments de Gand, sur l'initiative et sous la surveillance duquel ont été accomplis ces travaux et réalisée cette importante découverte, vient d'en publier l'essentiel dans l'excellente revue Gand Artistique, en attendant que M. van Puyvelde, professeur d'histoire de l'art à Gand, traite, en un livre attendu, de l'histoire de la Byloke et de sa décoration. Les travaux ont été conduits par l'architecte Henri Geirnaert pour le bâtiment et par M. Frans Coppejans pour la décoration picturale que l'on s'est interdit de retoucher, en ce qui concerne la fresque tout au moins. Une Exposition du Livre d'art en Allemagne. En 1925, on célébrera à Mayence le 25e anniversaire de la fondation du Musée Gutenberg et de la Société internationale Gutenberg. A cette occasion on projette d'organiser une grande Exposition du Livre d'art en Allemagne depuis 1900, qui se tiendra à Mayence. La IIe Exposition internationale d'Arts déco- ratifs de Monza. En mai prochain s'ouvrira à la Villa royale de Monza une nouvelle Exposition internationale d'arts décoratifs, qui durera jusqu'au mois d'octobre. NÉCROLOGIE Le 24 décembre est mort le docteur Louis Carton, Médecin militaire, il avait fait presque toute sa carrière dans l'Afrique du Nord dont il avait passionnément étudié les monuments, ceux de Carthage en particulier. Il avait publié un grand nombre d'articles et de rapports au sujet de ses recherches, notamment un ouvrage intitulé : Découvertes épigraphiques et archéologiques faites en Tunisie. L'architecte Thoumy, qui exerçait depuis de longues années, à la Société des Artistes français, avec infiniment d'autorité et de dévouement, les fonctions de commissaire général, est décédé au cours du mois de décembre dernier. Architecte des bâtiments civils, c'est lui qui avait dressé les plans de la reconstruction de l'Ecole des Arts Décoratifs dont nous parlions récemment. Dernièrement est mort Maurice Courant, qui s'était fait remarquer, aux Salons de la Société nationale des Beaux-Arts, comme peintre de marines. Le peintre décorateur russe Léon Barst vient de mourir à Paris à l'âge de 57 ans. Il avait pris une part active au mouvement d'art décoratif né de l'apparition sur nos scènes des ballets russes pour lesquels il avait brossé de nombreux décors. --- ACADEMIES SOCIETES SAVANTES Académie des Inscriptions et Belles-Lettres Séance du 26 décembre M. Espérandieu communique des renseignements qu'il a reçus sur la récente découverte à Nîmes d'une très belle mosaïque romaine donnée au Musée lapidaire de cette ville par le propriétaire du sol, M. Accabat. Au centre de cette mosaïque, d'une surprenante fraicheur de coloris, est une tête de Méduse. Académie des Beaux-Arts Séance du 27 décembre L'Académie adopte définitivement le nouveau règlement de la Villa Médicis. Ce règlement réduit de quatre à trois ans le séjour des pensionnaires de la Villa et augmente leur traitement annuel. L'Académie accepte l'offre, qui lui a été faite par M. Politis, au nom du gouvernement grec, d'une bourse destinée à un peintre paysagiste français pour lui faciliter un séjour en Grèce. Séance du 3 janvier 1925 Le bureau de l'Académie pour 1925 est composé de MM. Paul Chabas, président, et Dampt, vice-président. M. Henry Lemonnier fait une communication sur les travaux de l'ancienne Académie d'architecture. Société nationale des Antiquaires de France Séance du 10 décembre M. Amédée Boinet étudie la miniature de présentation d'un Tive-Live de la Bibliothèque de la Chambre des Députés. Cette miniature du xve siècle représente la vue

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BEAUX-ARTS intérieure de la Grand'salle du Palais avec les statues de rois, le cerf de bronze et la table de marbre. M. Mayeux présente un essai de classification méthodique des grands tympons sculptés du xiiie siècle, fondé sur les textes qui ont servi à l'iconographie de l'Apocalypse et du Jugement dernier. M. Ph. Lauer fait une communication sur le sens des termes d'architecture renfermés dans le premier registre de Philippe-Auguste conservé au Vatican. L'APOLLON DU BELVÉDÈRE ET LE DIRECTOIRE On sait assez généralement que, en vertu du traité de Tolentino (février 1797), l'Apollon du Belvédère émigra pour 18 ans à Paris, avec tout un lot d'autres chefs-d'œuvre de la sculpture antique. Mais ce qu'on ignorait — ou, pour parler plus prudemment, ce que j'ignorais — c'est que, «Mais voici une autre nouvelle bien extraordinaire : il nous est arrivé un agent secret de la République, Senois, qui nous a offert la paix, l'oubli du fait de Bassville, et la sûreté de ne pas nous en vouloir dans cette campagne, et des conditions vraiment singulières : il a demandé que le Pape cède, avec la plus grande solennité, le Comtat, et qu'il reconnaisse la République en lui faisant le présent de l'Apollon du Belvédère, avec l'inscription : Pie VI à la République française...» L'ambassadeur fut éconduit et partit au plus vite. Mais trois mois après il fallut en passer par ces conditions et de plus dures encore : l'épée de Bonaparte avait pesé dans la balance. Cependant l'inscription demandée ne fut pas, que je sache, gravée sur le piédestal de l'Apollon. T. R. Cl. A. Mayeux dès le mois d'avril 1796, avant les premières victoires décisives de Bonaparte sur les Autrichiens, avant l'armistice de Bologne, la France avait déjà porté ses vues sur cette statue célèbre. C'est ce que nous apprend une lettre du futur cardinal Consalvi (alors auditeur de rote) écrite de Rome au marquis d'Osmond, le 13 avril 1796, et récemment publiée (1). Je reproduis le passage de la lettre relatant ce détail : (1) Lettres inédites de Maury et de Consalvi au marquis et à la marquise d'Osmond (1793-1798). Introduction et notes par Paul Cottin (Extrait de la Révolution française, 1923). Les lettres ont été communiquées par feu le vicomte de Comenin. LE PORTAIL DE COLLONGES ET SA RECONSTITUTION Le village de Collonges est situé à 25 kil. à l'Est de Brive et à 5 kil. au Nord de Turenne. L'église, monument remarquable, est classée et contient des restes des xie, xie, xime, xive et xve siècles très importants. Malheureusement, le grès rouge, qui a servi à sa construction, est friable et la base de la façade occidentale, rongée par les eaux, a nécessité le démontage complet de cette partie de l'édifice. Cette façade était alors constituée par un grand mur nu percé d'une petite porte sans style; en haut, des fragments de bas-reliefs placés sans ordre n'avaient aucune signification.

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BEAUX-ARTS La dépose de ces fragments, opérée en 1923, nous fit reconnaître qu'ils constituaient la totalité d'un très beau tympan du xive siècle très analogue comme style à celui de Cahors, et parfaitement conservé. Cl. A. Mayeux Portail de Collonges reconstitué. La découverte de ce tympan nous fit rechercher quel pouvait en être l'emplacement primitif et, après des mensurations minutieuses et des sondages, nous découvrîmes, le 1er juillet, le portail entier dissimulé par un contremur. Le 1er août suivant, ce portail était dégagé. Malheureusement, s'il était presque au complet, l'écrasement de la façade avait provoqué sa dislocation. Il fut nécessaire de le démonter pierre par pierre, de trier toutes celles qui étaient utilisables et de le remonter soigneusement. Le tympan put alors reprendre sa place primitive et les travaux furent achevés au 1er janvier 1924. En dehors du tympan, le portail comprend une archivolte ornée de têtes d'anges de face formant médaillons, entourés de rinceaux, de cabochons finement ciselés et de croixes de fougères rappelant celles du portail de Moissac, enfin de délicats bas-reliefs sculptés sous les crossettes des sommiers dont trois sont malheureusement écrasés, mais dont le quatrième, tout à fait intact, représente un montreur d'ours d'une exécution parfaite. D'après la tradition locale, ce portail inconnu jusqu'à ce jour, aurait été muré vers 1557, au moment où la vicomté de Turenne passa au protestantisme par la conversion du duc de Bouillon. Les catholi- ques de Collonges ayant dissimulé leur portail pour le soustraire aux huguenots iconoclastes et ayant ensuite oublié de le dégager au xviiie siècle. Albert MAYEUX, Architecte en chef des Monuments historiques de la Corrèze. MONUMENTS HISTORIQUES Creuse. — Deux croix de cimetières viennent d'être classées dans ce département, l'une, à La Chapelle-Baloue, de la fin du xive siècle, qu'accompagne un autel avec siège en granit, l'autre à Ladapeyre, de la fin du xviiie siècle, présente un dessin particulièrement heureux. Côte-d'Or. — La croix de carrefour de Chatellenot, commune de Terrefondrée, est un petit monument de la Renaissance que son élégance devait faire classer. Sur un socle hexagonal orné de colonnettes repose le fût de la croix dont la partie inférieure est rectangulaire et où sont sculptés des Chatellenot. Croix de cimetière. médaillons ronds à figures humaines; la partie supérieure, cylindrique, est surmontée d'un chapiteau à feuilles d'acanthe. La croix elle-même est moderne et sans intérêt. Puy-de-Dôme. — La petite ville de Besse-en-Chandesse conserve encore un certain nombre de mai-

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BEAUX-ARTS sons du xve siècle, dont une des plus curieuses est celle dite de la reine Margot ou ancien Hôpital; ses fenêtres finement moulurées, ses portes en arcs brisés, sa tourelle d'escalier en encorbellement donnent à la construction beaucoup de pittoresque et de charme. Ponthion. Porche de l’Église. Loiret. — Bien que très remaniée depuis sa construction, la maison du xvie siècle, sise à Sully-sur-Loire, rue Principale, offre encore au premier étage deux grandes fenêtres géminées de l’époque Henri II, accostées de bustes en médaillons et surmontées d’une frise de mascarons, à l’étage supérieur deux lucarnes doubles à pilastres ornés de de cariatides, mais privées de leurs frontons, qui n’ont pas paru indignes du classement. Finistère. — Sur l’initiative de la Société archéologique de ce département, on vient de classer à Quimperlé les ruines de l’ancienne église de St-Colomban qui n’offrent, à vrai dire, qu’un intérêt architectural restreint, mais qui rappellent des souvenirs historiques locaux importants et apportent à la ville un élément de pittoresque qu’il convenait de ne pas voir disparaître. Bouches-du-Rhône. — Le « Mas de la Brune », à Eygalières est une charmante construction rurale de la Renaissance dont la rareté valait qu’on empêchât que les motifs ornementaux de ses fenêtres ou de son escalier fussent vendus à des antiquaires. Une échauguette ronde en encorbellement, qui surmonte une petite niche d’angle à fronton triangulaire, les pilastres classiques des fenêtres, la corniche à denticules, donnent à cette construction modeste une tenue architecturale qui se ressent de l’influence des monuments romains de la région. Marne. — Ponthion, aujourd’hui modeste village de l’arrondissement de Vitry-le-François, a connu à l’époque mérovingienne et carolingienne une renommée que lui attiraient les séjours qu’y firent Pépin d’Héristal en 689 et Pépin le Bref qui y accueillit, en 754, le pape Etienne II. Louis le Débonnaire, puis Charles le Chauve, y résidèrent aussi dans un palais entièrement détruit en 952 par Louis d’Outremer et dont il ne reste aucun vestige. Toutefois, l’église, dont les parties les plus anciennes datent du xie siècle est un édifice des plus curieux qui méritait à tous égards le classement qui vient d’être prononcé. La nef, de quatre travées, est accostée de bas-côtés et séparée de ceux-ci par des piliers à deux colonnes engagées, surmontées de chapiteaux cubiques d’influence rhénane manifeste qui prouvent que, deux siècles après le séjour des rois carolingiens, les constructeurs avaient encore la coutume d’aller chercher leurs modèles dans la vallée du Rhin. Un chœur et une abside polygonale du xve siècle, surmontés de voûtes d’ogive à liernes et à tiercerons complètent l’édifice. À l’extérieur, devant la façade occidentale, un porche du xie siècle rappelle les porches de bien des églises de la région, Cloyes et Cauroy-lès-Hermontville notamment. Meurthe-et-Moselle. — La charmante petite ville de Liverdun, dont la situation pittoresque sur la Moselle appelle chaque année de nombreux touristes, possède une intéressante église de la fin du xie siècle, dont le plan comme les détails rappellent les édifices de la Champagne. Elle a été classée Ponthion. Intérieur de l’église. récemment parmi les monuments historiques, ainsi que la porte du presbytère, ancienne résidence des évêques de Toul, dont la disposition, les robustes encorbellements, la fine décoration sculptée et peinte indiquent la valeur des artistes qui l’élevèrent à la fin du xvie siècle. Jean VERRIER.

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[5] 15 JANVIER 1925 23 BULLETIN DES MUSÉES RONSARD ET SON TEMPS Exposition à la Bibliothèque Nationale Il n’est pas de meilleure manière d’honorer le génie que de s’efforcer à le mieux connaître; or c’est aux feuillets des livres que repose celui des grands poètes et des profonds philosophes. La Bibliothèque nationale, qui possède la plus riche collection d’œuvres de Ronsard et de ses émules, se devait de participer à la célébration du 4e centenaire du chef de la Pléiade. Elle vient de le faire dignement en rassemblant tout ce que ses quatre départements conservent de documents susceptibles d’évoquer la personne de Ronsard et le milieu où s’épanouit sa gloire. Le département des Imprimés, en exposant des exemplaires de toutes les œuvres du xvie siècle, qui relèvent de la poétique ronsardienne, apporte un témoignage tangible de l’influence d’un génie, qui, après avoir renouvelé la littérature de son temps, devait, trois siècles plus tard, inspirer dans une large mesure le Romantisme. Beaucoup de ces livres nous sont montrés en la parure, que leur donnèrent leurs premiers possesseurs, et nous avons ainsi le plaisir d’admirer quelques-unes des plus belles reliures sorties des mains de Grolier ou des Eve. En dehors d’autographes de Ronsard et de ses contemporains, les « Manuscrits » ont réuni quelques spécimens de l’art de la miniature, alors si près de son déclin, mais à qui nous devons pourtant des chefs-d’œuvre comme les Heures d’Henri II. La page qui représente le roi touchant les écrouelles témoigne, en effet, d’une qualité et d’un style qui apparente ce manuscrit aux célèbres Heures du connétable Anne de Montmorency, que conserve la bibliothèque de Chantilly. A côté de cette œuvre capitale, nous pouvons admirer encore un portrait de François Ier, appartenant au Recueil des Rois de France de Jean Du Tillet et un très intéressant François d’Alençon, qui orne les minuscules Heures du due d’Alençon, et qu’exécuta Hans Bol, en 1582. Les « Médailles » sont représentées par une vitrine où sont réunies quelques pièces qui valent surtout comme documents iconographiques, notamment une effigie de Ronsard, en sa vieillesse, dont la calvitie et la barbe en pointe font penser à d’Annunzio. C’est une galvanoplastie d’après un original, aujourd’hui perdu, œuvre de Jacopo Primavera. De ce médailleur italien, nous ne savons rien, pour ainsi dire; mais ses œuvres nous intéressent aujourd’hui tout spécialement puisqu’elles nous transmettent l’image de poètes qui furent les amis de Ronsard, comme Dorat, Baïf, Desportes et de souveraines, qui l’accueillirent en leur cour, comme Catherine de Médicis et Marie Stuart. Des médailles dues aux Etienne Delaune, Germain Pilon, Alexandre Olivier, Giovanni Paolo nous présentent encore quelques portraits de personnages célèbres du xvie siècle. Mais ce qui attire et retient longuement l’attention du visiteur, c’est la série de crayons de l’époque qu’expose le département des Estampes. Nous les connaissions déjà pour les avoir vus, en 1907, à cette exposition de Portraits du xme au xvne siècles qui fut une des rares tentatives faites par la Bibliothèque nationale pour révéler au grand public l’étendue de ses richesses. Cl. Giraudon Françoise Babou de la Bourdaisière. Dessin du xvie siècle. (Bibliothèque nationale).

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BEAUX-ARTS En parcourant des yeux cette galerie de rois, de reines, de grands seigneurs, nous ne pouvons pas ne pas penser à cet admirable tableau par quoi débute la Princesse de Clèves et où Mme de La Fayette évoque la splendeur de la cour d'Henri II. Comme dans le roman, nous apercevons à côté du roi la reine Catherine de Médicis, la triste Marie Stuart et le séduisant Henri de Navarre qu'entourent puissants seigneurs, grandes dames et orgueilleuses favorites. Ces crayons proviennent soit du fonds ancien de la Bibliothèque nationale, soit de la collection Roger de Gaignières, soit du fameux recueil Lécu-rieux, ou bien du cabinet de Sainte-Geneviève, dont la dispersion fut un acte à jamais déplorable. Il y a que que quarante ans, ces portraits auraient été attribués, à quelques exceptions près, aux Clouet. Aujourd'hui la critique n'accepte plus cette solution simpliste d'un problème que les travaux de Bouchot et de Jean Laran, d'Etienne Moreau-Nélaton et de Louis Dimier ont réussi à poser en des termes plus précis, aussi M. P.-A. Lemoisne, qui a rédigé le catalogue de cette section de l'exposition, s'est-il montré très réservé en ses attributions. Cependant, il n'a pas hésité à donner, en toute assurance, à François Clouet le beau portrait d'Henri II, coiffé d'une toque à plume, qui servit d'étude pour la peinture du Louvre. D'attribution seulement présumée, la jolie image que Jean de Court nous laissa de Marie Stuart, la douce reine que célèbra Ronsard. Près d'elle s'épanouit le frais visage de la maîtresse de Charles IX, Marie Touchet, qui figura à l'Exposition des Primitifs et à l'Exposition de 1907 et dans lequel M. Dimier incline à voir une œuvre de Pourbus. Ces crayons ne furent, en bien des cas, que des études faites en vue d'œuvres peintes. C'est ainsi que nous rencontrons ici, le portrait d'Elisabeth d'Autriche, que la critique attribue tantôt à Etienne Dumonstier, tantôt à François Clouet et qui servit de préparation aux peintures du Louvre et du Musée Condé. D'Henri IV, voici une image de sa prime jeunesse, pleine de vie et d'enjouement qui passe pour l'œuvre de Pierre Dumonstier. Nous ne pouvons commenter chacune de ces effigies en qui se révèlent, presque uniformément, les mêmes dons d'observation et une égale habileté de facture; nous devons citer cependant les portraits de Catherine de Médicis, d'une psychologie si profonde, de cette Françoise de la Bourdaisière, qui passe pour être l'Astrée de Ronsard et dont la vie passionnée devait avoir une fin si tragique, celui, enfin, de Louis Béranger, seigneur du Guast, ce favori d'Henri III, dont Ronsard vante le courage en l'une de ses élégies. A côté de ces œuvres conservées à la Nationale, il faut mentionner quelques peintures envoyées par le Musée de Versailles, deux bustes confiés par le Louvre, des meubles prêtés par Cluny. Enfin des tapisseries, venues du Garde-Meuble et des Gobelins, contribuent à former un cadre où chaque objet prend toute sa valeur. André LINZELER. PLAQUE DE HARNACHEMENT représentant Bellerophon et la Chimère au Musée du Louvre Il y a quelques mois, dans une vente annoncée seulement comme vente d’« Objets d’art du Moyen Age et de la Renaissance », mon attention fut attirée sur le no 11 décrit en ces termes : « Plaquette Cl. Serv. Phot. B.-A. Bellerophon et la Chimère. Plaque de bronze ajourée. (Musée du Louvre) ronde en bronze ciselé et ajouré, représentant Bel-lérophon combattant la Chimère. Attache carrée accostée de deux dauphins. Patine verte. Etrurie. Art antique. Diam. 09 cent., 2 » (1). Il s'agit de la plaque de bronze reproduite ci-dessus, que j'ai pu acquérir pour le Louvre (2). La patine, en réalité, n'est rien moins que verdâtre, comme le sont en règle générale les bronzes d'Etrurie. Sa couleur est, tout au contraire, d'un (1) Antiquités, médailles artistiques et plaquettes, émaux, ivoires, sculptures, bronzes..., tableaux..., meubles, etc., composant la collection de M. J. S(tein), Vente Hôtel Drouot, 4 avril 1924. (2) Inventaire MND. 1414.

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BULLETIN DES MUSÉES beau noir brillant et l'indication donnée ne peut être due qu'à une inattention du rédacteur. L'objet, d'ailleurs, avait déjà figuré, il y a une vingtaine d'années, dans une autre vente et le catalogue d'alors le décrivait dans les mêmes termes, mais avec la notation « patine noire » (1). On y ajoutait les mots « belle pièce, très curieuse », qui peut-être contribuèrent à lui faire atteindre la somme de 1.150 francs, très notablement supérieure, à l'inverse de ce qui se produit d'ordinaire, au prix d'adjudication du 4 avril dernier. La destination de la plaque n'apparaît pas au premier abord et tout au plus ai-je pu en découvrir une seconde analogue dans l'ancienne collection de Mme E. Warneck (2). Voici cette seconde plaque, qualifiée de « phalère de cheval » (3), et en effet elle est ornée d'une figure de cheval « en ronde-bosse (4), est-il dit, et fixée au milieu d'un disque ajouré, orné d'incrustations en argent représentant des pampres. Haut. 11 cent. Base en lapis-lazuli » (5). « Cheval de course » (6), ajoute le Catalogue, que semble confirmer la présence, devant les jambes de devant de celui-ci, d'une « tablette à queues d'aronde à l'inscription TACVS (7) incrustée d'argent ». M. J. Sambon, entre les mains de qui le bronze resta, le comprit à son tour dans sa « collection théâtrale » vendue en 1911 et acquise en bloc par (1) Catalogue d'antiquités égyptiennes, grecques, romaines, bronzes, vases, terres cuites..., objets d'art et de curiosité, etc., Vente Hôtel Drouot, 2 et 3 mars 1903, no 3, pl. V. (2) La dite plaque avait appartenu antérieurement au Bon Diegarth, de Bornheim, près Bonn, chez qui la signale un article sur les « Images populaires dans l'antiquité, Le cirque et l'amphithéâtre », publié en 1904 dans le Musée, t. VI, fasc. 4, p. 84. (3) Catalogue d'objets d'art antique, marbres, bronzes, terres cuites, ivoires, verrerie et bijour, Vente Hôtel Drouot, 13-16 juin 1905, no 161, avec un dessin qui, mieux que la reproduction photographique, laisse voir les deux courroies assurant, comme sur la plaquette acquise par le Louvre, la fixité de la selle en avant et en arrière, et aussi les lettres du nom du cheval. (4) Le revers de la plaque pourtant est lisse. (5) Il est remarquable que 0°11 est précisément, attache comprise, la hauteur de la plaque du Louvre, dont le diamètre, 0°092, est aussi identique à celui de cet autre exemplaire. (6) Ici encore nouveau rapprochement : si le cheval de notre plaque, en effet, n'est pas accompagné de son nom, du moins porte-t-il sur l'épaule une marque d'écurie, un W renversé. (7) Il est difficile, sans avoir l'original sous les yeux, de décider s'il faut lire en effet TACVS, ou TAGVS, comme le porte le Catalogue Sambon mentionné ci-dessous. le théâtre de la Scala à Milan, où elle est aujourd'hui conservée (1). L'intérêt de ce second exemplaire (2) est grand en ce qu'il rend peu douteux que nous ayons à faire à des pièces, sinon de harnachement proprement dit, du moins de parure équestre, et, à ce point de vue, le Catalogue Sambon marquerait une régression. « Applique découpée », y lisons-nous seulement, avec la remarque : « Le cercle qui Cheval sellé. Plaque de bronze ajourée. (Museo Teatrale de Milan) renferme le tout... se termine au sommet par une poignée ». Au sommet se trouve bien, en effet, l'attache, avec son ouverture rectangulaire, et ceci interdit toute hypothèse faisant de nos bronzes de grandes boucles d'agrafes, position pour laquelle les sujets figurés ne se trouveraient plus dans leur (1) Catalogue d'antiquités, vases peints, terres cuites, marbres, bronzes, ivoires, monnaies..., camées et intailles, objets d'art, tableaux..., costumes, sculptures, Vente Hôtel Drouot, 1er-8 mai 1911, no 363 et pl. XVIII, à laquelle est empruntée notre reproduction : « cheval sellé à droite; devant lui, un cartel portant une inscription incrustée d'argent et qui nous donne le nom du cheval, TAGVS. En exergue deux branchettes en sautoir... Cercle... orné d'un cep de vigne gravé en creux et placqué d'argent. Collection Warneck. Socle en lapis-lazuli. Haut. 10 cent. » (2) Il semble à M. Morazzoni, conservateur du Museo Teatrale de Milan, que je tiens à remercier de ses renseignements, se souvenir de l'existence d'objets analogues au Musée de Naples, mais je n'ai trouvé sur ce point aucune indication.

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BEAUX-ARTS sens nécessaire ; mais cette attache ne peut qu'être un appendice destiné à permettre le passage d'une courroie de suspension : le trou qui se voit au milieu, dans l'une et l'autre plaque, avec ses bords irrégulièrement déformés et usés, s'expliquerait alors comme servant à maintenir l'assujettissement, grâce à un bouton qu'aurait porté le cuir sur lequel elles se trouvaient appliquées. Le tout devait prendre place, soit sur le poitrail, soit plus vraisemblablement, en raison des dimensions réduites, sur le front du cheval. Il resterait à déterminer l'origine de nos plaques. L'une, celle de Milan, qui, selon le témoignage de M. Sambon, venait certainement d'Italie, n'a rien qui ne soit romain, mais romain, sans doute, d'assez basse époque (1). Il n'en est pas de même de la nôtre. Indépendamment de son noir lisse, qui rappelle, au premier abord, celui des bronzes d'Extrême-Orient, maints détails porteront à mettre en doute la provenance d'Etrurie. Seul le cavalier y garde dans l'ensemble (2) un caractère occidental : encore l'allure de sa monture se rapproche-t-efle de ce galop « volant » étudié par M. S. Reinach, qui a toujours été inconnu chez nous. Voyez, d'autre part, comme sa draperie, dont un pan flotte derrière lui, est stylisée, comme surtout sa main est déformée au point de n'avoir plus rien, je ne dis pas seulement de vivant, mais rien d'une main. La Chimère, ou plutôt l'animal auquel s'applique ce nom, apparaît en revanche tout entier sans analogue, avec sa tête bizarre et surtout cette tendance à passer de la bête à l'ornement qui fait que l'une de ses bajoues sert de soutien à l'arrière-train du cheval et que la queue, terminée en tête de serpent, remplit le même office sous les pattes de devant. Il y a là une tendance étrangère à notre art classique. L'explication ne serait-elle pas, malgré toute la réserve qu'impose le problème, que l'exemplaire du Louvre, probablement antérieur, serait un modèle, copié plus tard et dont celui de Milan se serait inspiré, et, sinon le prototype lui-même, du moins un type plus rapproché de ce type premier qu'on placerait quelque part en Orient. Etienne Michon. MUSÉE LAPIDAIRE DE BAYEUX L'administration des Monuments historiques, suivant un programme qui doit être appliqué dans différents édifices analogues vient de faire aménager en musée lapidaire une salle du rez-de- (1) L'avis pourtant de M. Morazzoni, qui a sur nous l'avantage de pouvoir juger sur l'original, serait qu'elle remonterait au contraire à une date assez ancienne. (2) Le rendu de la tête, retournée en arrière, est réduit à l'essentiel. chaussée de l'ancienne bibliothèque capitulaire atteignant à la cathédrale de Bayeux. Il arrive très souvent en effet que des dépôts, plus ou moins bien tenus et classés, se constituent auprès des agences de travaux, ou simplement dans quelque réduit annexe des cathédrales, à l'aide de fragments inutilisés d'œuvres d'art négligées ou trop vétustes pour continuer à servir au culte. L'idée est excellente de transformer ces dépôts en véritables Musées de l'œuvre, dont les salles de trésors constitueront le sanctuaire essentiel : des chapiteaux et des statues même fragmentées, valent, aussi bien que des orfèvreries et des broderies, la peine d'être bien présentés... et surveillés. Ajoutons que les dispositions de la loi de séparation permettent de déposer, s'il y a lieu, dans ces annexes des cathédrales les objets cultuels qui risquent de se perdre dans telle église ruinée ou abandonnée du diocèse, alors que les municipalités indifférentes, qui en sont légalement propriétaires, ne se soucient pas plus de les abriter à la mairie que de les céder à une église, c'est-à-dire à une commune, voisine. L'affectation à un musée laïque, municipal, départemental ou national, ne peut se faire sans mesures spéciales, alors que le transfert dans un musée de cathédrale est légal et normal, et sera dans bien des cas le salut assuré. Le musée lapidaire de Bayeux contient déjà d'intéressants chapiteaux historiés de la première cathédrale de la fin du xie siècle, des statues retirées des contreforts et des galeries, des culs-de-lampe du xve et un bas-relief du xvii, etc...: en tout une centaine de morceaux sur lesquels veille le chanoine Le Mâle, conservateur des antiquités et objets d'art de la cathédrale. MUSÉE DE DRAGUIGNAN Un savant article de M. Ch. Buttin, paru dans la Revue de l'art ancien et moderne de septembre-octobre derniers, rétablit l'attribution à François de Montmorency de la célèbre armure du Musée de Draguignan qui figura à Paris aux expositions de 1867 et de 1900 et que des travaux précédents, en particulier une étude d'Edmond Garnier parue dans le Bulletin des Musées de juillet 1890, avaient cru pouvoir donner au roi François II. On connaît la science impeccable de M. Buttin en matière d'armures, son ingéniosité en fait de déchiffrement d'emblèmes héraldiques. Sa démonstration est convaincante, sans retirer aucun intérêt du reste à la magnifique pièce qui entra au Musée par voie de saisie révolutionnaire en 1792, venant du château du Luc, où François de Vintimille l'avait recueillie à la mort tragique de son ami Henri de Montmorency, lequel en avait hérité de son père François.

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BEAUX-ARTS CORRESPONDANCE DE L'ÉTRANGER ANGLETERRE Un portrait de Carel Fabritius à la National Gallery Parmi tous les artistes hollandais du xve siècle, il n'est guère de figure plus énigmatique que celle de Carel Fabritius : aucune n'est, à coup sûr, plus digne d'attirer notre attention, car il fut à la fois le meilleur élève de Rembrandt et le maître de Vermeer. Ajoutez qu'on ne connaît, au maximum, qu'une dizaine de peintures qui puissent lui être attribuées avec quelque vraisemblance et vous aurez plus qu'il n'en faut pour piquer la curiosité des historiens. Est-il surprenant que notre cher Thoré-Burger se soit passionné pour cet artiste, qu'il lui ait consacré dans la Gazette des Beaux-Arts t. XVIII (1865), pp. 80-83, une pénétrante étude qu'il ait eu, enfin, et le désir de posséder et la bonne fortune d'acquérir une de ses œuvres les plus piquantes? De nos jours, M. Hofstede de Groot lui a consacré ses pages les plus étudiées, les plus minutieusement fouillées; lui aussi a été récompensé de sa persévérance par la découverte et l'acquisition de deux des rares œuvres du maître. Né vers 1620 (mais où ?), mort dans la grande explosion de Delft, en 1654, Carel Fabritius ne nous a laissé que six peintures signées, savoir: un grand portrait de famille (1648), détruit en 1864 dans l'incendie du Musée Boymans, à Rotterdam; un portrait en buste, tête nue, avec de longs cheveux bouclés, conservé aujourd'hui dans ce même musée Boymans; le portrait à mi-corps d'Abraham De Notte (1649 ou peut-être 1649), avec une grande fraise tuyautée ; l'admirable lansquenet assis du Musée de Schwerin (1654), si voisin du soi-dissant Pieter De Hooch de la Galerie Corsini, à Rome (qu'on a, du reste, plusieurs fois attribué à Carel Fabritius); l'exquis Chardonneret du Musée de La Haye, que le Louvre a deux fois manqué d'acquérir, à la vente Thoré-Burger, de 1892, et à la vente Martineau, de 1896; enfin, le singulier petit Marchand d'instruments de musique sous son auvent, découvert il y a une vingtaine d'années, à Ferry Hill, près de Durham, dans la collection de Sir William Eden et entré tout récemment à la National Gallery, de Londres. A ces six peintures authentifiées d'une manière irréfutable, il convient d'en joindre trois autres dont l'attribution, pour ne pas être étayée par une signature, n'en semble pas moins solidement établie: Tobie et sa femme, au Ferdinandeum d'Innsbruck; le Buste de soldat casqué, autrefois chez Paul Delaroff à St-Pétersbourg, et le buste de vieillard de l'ancienne collection Matthew Anderson, l'un et l'autre aujourd'hui chez M. Hofstede de Groot. Si l'on écarte, comme d'une attribution moins bien assurée, la Décapitation de St Jean-Baptiste, à Amsterdam, et le petit portrait d'un homme en prière, entré au Musée de Berlin avec la collec- tion Suermondt, nous croyons pouvoir, malgré certaines contestations, ajouter à ces neuf peintures un portrait en buste, fort analogue à celui de Rotterdam, mais coiffé d'un chapeau; il est conservé dans la galerie de Munich et porte une signature effacée dont les restes concordent avec celle de Carel Fabritius. On conçoit l'émotion provoquée dans le monde des spécialistes par la découverte, dans une famille anglaise, d'un onzième tableau de notre maître, signé et daté, d'une conservation irréprochable et d'une qualité superbe. Fort analogue aux deux portraits de Rotterdam et de Munich, il semble donner raison à ceux qui dans ces peintures reconnaissaient les traits mêmes de l'artiste. L'Amérique, si friande de peintures exceptionnelles, ne possède point de Fabritius: n'allait-elle pas, dans la vente où passait le chef-d'œuvre nouveau faire sentir la puissance de ses enchères? Notre Louvre ne chercherait-il pas, même au prix d'un