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2e Année. — Numéro 20 1er Décembre 1924 BEAUX-ARTS REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE • --- RONSARD ET LE PRIEURÉ DE SAINT-CÔME Le dimanche 16 novembre dernier, les amis de Ronsard inauguraient solennellement dans un jardin public de Tours, le monument dû au sculpteur Delpérier (dont nous avons déjà donné la reproduction ici même, il y a quelques mois), consacré à la gloire de Ronsard et directement inspiré, pour le buste qui le surmonte, de la figure funéraire placée jadis sur son tombeau à Saint-Côme-lès-Tours. M. de Moro Giafferi représentait le gouvernement, M. Pierre de Nolhac, l’Académie française et le comité Ronsard. M. Paul Laumonier de l’Université de Bordeaux fit ensuite une élégante et érudite conférence sur Ronsard et la Touraine. En d’autres cérémonies du même genre, les Vendômois avaient, cet été, célébré le poète sur sa terre natale et élevé sur une muraille de leur ville une reproduction à peine arrangée du tombeau de Saint-Côme, tel que nous le montre l’aquarelle de Roger de Gaignières. On nous promet à Paris d’autres monuments, d’autres discours ; la Bibliothèque nationale prépare une exposition ronsardienne après celle qu’avait organisée en mai dernier, à l’Hôtel-de-Ville de Tours, M. Horace Hennion et qui avait déjà groupé, autour des images du poète, des éditions de ses livres et de quelques-uns de ses autographes, une assez riche moisson de documents d’art et de souvenirs contemporains. Mais l’une des plus touchantes de ces commémorations fut sans nul doute celle qui réunit sans pompe officielle, au jour anniversaire de la naissance de Ronsard, en septembre, les amis tourangeaux du poète que présidait ce jour-là M. Jusserand, ambassadeur de France à Washington et l’un de nos plus éminents ronsardisants. On se rendit en pèlerinage à Saint-Côme, aux rives de Loire, dans ce lieu de plaisance, où Ronsard dans sa jeunesse était venu, ainsi que son ami Antoine de Baïf, danser avec Francine et Marie et où, devenu prieur de l’accueillante abbaye, sise jadis en l’île Saint-Côme, au beau milieu d’un bois de haute futaie aujourd’hui rasé, il avait voulu, plus tard, vivre ses derniers jours au sein de la douce nature tourangelle. Sacra haec humus est, dira plus tard son épitaphe composée par Joachim de la Chétardie : c’est vraiment une terre sacrée ; c’est là qu’il reposa et qu’il repose sans doute encore, car nul vandalisme ne semble avoir violé sa tombe qui était située dans l’église abbatiale au côté gauche du maître autel. Cl. Lévy frères SAINT-CÔME-LÈS-TOURS. Ruines de l’Eglise. Cette église pourtant a été en grande partie démolie en 1742 et le mausolée de Ronsard fut alors transféré à Saint-Martin de Tours où il resta jusqu’à la Révolution. On sait que le buste original se perdit en 1802, un préfet trop zélé ayant prétendu l’offrir au département du Loir-et-Cher dont le poète était originaire. Mais la maison prieurale subsiste et l’on croit reconnaître encore le logis et la chambre modeste où mourut Ronsard ; de l’abbaye une belle salle capitulaire avec décorations romanes sobres et pures a survécu; enfin de l’église deux absidioles romanes et un grand pan de mur de la nef se dressent encore au milieu de l’enclos. Un jardin potager s’étend autour, sur l’emplacement de la nef et des chapelles détruites

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BEAUX-ARTS et sans doute du tombeau même du poète. Des fouilles y ont été dirigées sans succès en 1870, par la Société archéologique de Touraine. La critique moderne soutient que l'opération fut insuffisamment poussée et que son insuccès ne prouve rien. Peu nous importe du reste si un peu de respect peut entourer cette « terre sacrée », si la piété des admirateurs du poète n'y est pas déconcertée par des usages indignes, si ce qui nous reste des vieilles pierres du xue siècle échappe à la ruine, si la salle capitulaire et la maison prieurale sont accessibles. Or, telle n'est pas toujours la réalité et jusqu'ici tout au moins les ruines de Saint-Côme, propriété privée, n'ont pu être l'objet d'aucune mesure de préservation de la part du service des Monuments historiques. Nous savons que celui-ci s'en préoccupe et qu'il poursuivra le classement ainsi que la loi l'y autorise aujourd'hui, même contre le gré de l'occupant. L'intérêt des bâtiments et les grands souvenirs qui s'y attachent valent cet effort. Il sera du reste facilité sans doute par un comité local qui s'est fondé récemment pour racheter les ruines de Saint-Côme et en remettre la propriété à l'Etat. Espérons que toutes les bonnes volontés et tous les crédits n'ont pas été épuisés par les monuments de pierres neuves dont on a peut-être un peu abusé. Paul Virry. --- NOUVELLES La translation des cendres de Jaurès. — Le Salon d'Automne qui accueille, avec tant d'heureux libéralisme, à côté des Beaux-Arts, les Jolis arts, les Arts cadels, les Arts mineurs et toute la famille en un mot, devrait, dès maintenant, une section aux fêtes et cortèges populaires. Il est vrai que la Patrie reconnaissante (Décoration de la Chambre des Députés) n'admet pas tous les jours au Panthéon les cendres d'un grand homme, mais il serait bon, quand elle le juge à propos, que cette cérémonie ne trahit pas en trop d'endroits l'incertitude de « ce que cela donnera », de ce qu'il fallait ou de ce qu'il aurait mieux valu faire. La translation des cendres de Jaurès telle que la brossa M. Patout laisse après elle un grand nombre d'idées qui (Le "pavois" devant la Chambre des Députés) sont toutes neuves et dignes de mûrir. L'intention principale était probablement de faire tout autre chose que ce dont les funérailles de Victor Hugo et le Retour des cendres de Napoléon Ier imposaient le souvenir : plus de corbillard, même à vingt-quatre chevaux, de plumets fussent-ils gigantesques, plus rien de ce que pourrait offrir le catalogue des Pompes funèbres s'il avait, pour les « services hors classe » une page en couleurs. Le cercueil même, petit, massif et concret, ne joua, dans la cérémonie, aucun rôle perceptible : au sommet de l'échafaud simple et réellement grandiose que dominait la colonnade du Palais Bourbon, totalement drapée d'une écharpe tricolore, il était remplacé par son double, un bloc noir fait pour le figurer et non pour le supporter ; de même sur le grand pavois qui le transféra d'un palais à l'autre : au Panthéon, il occupait une logette à la base du monument dressé devant le chœur et tout ce qu'on en pouvait voir était un coin du voile tricolore dont il était enveloppé. Le mort qu'il s'agissait d'honorer étant disparu depuis dix ans, la forme, le volume, l'attitude de son corps n'avaient plus d'importance : la statue en plâtre patiné qui gesticulait derrière la grille du Panthéon était sans doute un contre-sens par rapport à la simplicité de ces trois grands motifs : les quatre gradins du Palais Bourbon, le pavois plat aux ligne; à peine ascendantes, la façade plate, rectangulaire du monument dressé sous le cintre du Panthéon. Les deux torchères de la Chambre des Députés, tronconiques, cannelées, rouge de Chine et or, et d'où s'exhalait une fumée modique étaient faits évidemment pour rehausser, en deux points extrêmes et symétriques un ensemble où présidaient la ligne droite horizontale et le gris le plus tendre, sauf le petit cube noir, le double cordon de fleurs et le fond tricolore. L'effet en fut-il très

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BEAUX-ARTS heureux ? L'architecte avait voulu qu'une idée abstraite se dégageât souverainement et planât sans partage, soulignée et encadrée par la géométrie pure et les couleurs élémentaires. On peut douter qu'il fût dans son dessin de rappeler les fêtes de Baal, ou le dernier jour de Babylone, de faire penser à la fois à Munich, à Carthage et... à Moscou. P. D. Nomination. — Par décret en date du 16 octobre 1924, M. Louis Hourticq, professeur d'esthétique et d'histoire de l'art à l'Ecole des Beaux-Arts, est nommé inspecteur général de l'enseignement du dessin, en remplacement de M. Paul Steck, décédé. Inaugurations. — Le 11 novembre, à Reims, sous la présidence de Mme Juliette Adam, a été inauguré un monument élevé à la mémoire des Infirmières françaises et alliées victimes de leur dévouement. Ce monument est l'œuvre du sculpteur Denis Puech et de l'architecte Charles Girault, membres de l'Institut. Dernièrement la ville de Montbéliard, sous la présidence du général Gouraud, a inauguré un monument, dû au statuaire montbéliardais Armand Bloch, en mémoire de ses enfants morts au cours de la guerre. Le procès Demotte-Vigouroux. — Le procès Demotte contre Vigouroux qui avait été renvoyé devant la cour d'assises de la Seine, à la suite des débats retentissants de l'été 1923, a été jugé les 13 et 14 novembre, et M. Vigouroux, malgré la brillante plaidoirie de Me Paul Boncour, a été condamné pour abus de confiance, à un mois de prison et à la restitution aux héritiers de M. Demotte d'une somme de 73.000 francs. Ces nouveaux débats ont été l'occasion d'évoquer une fois de plus les faits reprochés à l'antiquaire parisien, en faveur duquel ont été produits par contre un nombre considérable de témoignages favorables entre autres celui de M. Barthou, ancien président du Conseil et membre du Conseil des Musées. La Mission archéologique d'Afghanistan. — Dans le n° du 1er mai de Beaux-Arts, nous avons déjà parlé des intéressants résultats obtenus par la mission archéologique que M. A. Foucher dirige en Afghanistan. Nous annoncions alors le départ de M. J. Hackin, conservateur du musée Guimet, pour l'Asie où il devait remplacer, auprès du chef de la mission, M. André Godard qui vient de rentrer en France. Ces jours-ci, ce dernier exposait, devant l'Académie des Inscriptions, les résultats de ses recherches personnelles à Ghazni, ville située sur la route militaire de Caboul à Kandahar. Grâce au relevé de tous les monuments de la ville, que M. Godard a méthodiquement exécuté, nous possédons aujourd'hui l'histoire des Ghaznèvides et de l'art qu'ils cultivèrent. M. Godard a notamment découvert le tombeau du premier souverain de Ghazni, Sevuk Tekine (fin du x° siècle), dont l'admirable décoration florale diffère nettement de celle des monuments contemporains que nous connaissons au Caire ou à Amida. Les magnifiques portes de bois, qui ornaient le tombeau de Mahmud, son fils, ont été transportées, en 1842, par les Anglais à Agra, mais toutes les faces du monument lui-même, en marbre blanc, sont sculptées d'arcades avec rinceaux et inscriptions coutufiques d'un grand effet. Dans la plaine de Ghazni s'élèvent encore deux hautes tours en briques construites par Mahmud lui-même en commémoration de ses victoires. M. Godard a étudié également le mausolée en marbre de Masud Ier dont l'élégante décoration rappelle celle des édifices Jainas de l'Inde, à Chitor. Du reste, après cette première campagne de fouilles, le distingué archéologue croit pouvoir affirmer que l'art des Ghaznèvides, longtemps inspiré de l'art iranien, subit ensuite fortement l'influence indienne ainsi qu'il apparaît au tombeau de Masud Ier. Cette influence s'affirmera de plus en plus et lorsque, en 1149, Ghazni sera détruite par Allaheddine Hassan, un art original s'était formé qui pénétra dans l'Inde et que nous désignons aujourd'hui sous le nom d'art indo-musulman. Une exposition d'art français à Rome. — La troisième exposition biennale romaine internationale, qui doit s'ouvrir à Rome au mois de février prochain, comprendra, au milieu des œuvres modernes, une salle consacrée à un ensemble d'œuvres de Corot, principalement de celles qui furent exécutées en Italie. Le comité qui organise cette manifestation, dont l'intention sympathique est évidente, est présidé par M. le sénateur Cremonesi, et réunit les activités de M. Hermanin, directeur de la galerie Corsini, et de M. Bertini Calosso, directeur de la galerie Borghese. Notre collaborateur, M. Carlo Jeannerat, a été chargé, en dehors des pièces que l'on espère réunir sur place à Rome, de rechercher en France quelques œuvres de l'artiste marquantes ou peu connues. Les entrées payantes dans les Musées belges. — Les Musées royaux de Bruxelles qui avaient conservé jusqu'ici le principe de la gratuité des entrées, ont cédé comme les autres aux nécessités de l'heure présente et établi le droit d'entrée à dater du mois de juillet dernier, au Musée de peinture ancienne, au Musée de peinture moderne, au Musée Wiertz, aux Musées royaux du Cinquantenaire, au Musée de la porte de Hal et au Château de Mariemont. Les matinées ont été taxées à 2 francs, celles du dimanche matin à 0 fr.50. Un certain nombre de cas d'exemption ont été naturellement prévus, notamment pour les élèves des établissements d'enseignement. On annonce que le trimestre écoulé a déjà produit un total d'environ 70.000 francs. Découverte d'une œuvre du Greco. — On annonce qu'un retable, qui serait l'œuvre du Greco, vient d'être découvert à Talavera la Vieja (province de Tolède). Il est composé de cinq peintures sur toile représentant Saint Pierre, Saint André, la Présentation de Jésus-Christ au Temple, l'Annonciation et le Couronnement de la Vierge. Au centre se trouve une statue de la Vierge du Rosaire que certains croient pouvoir attribuer au même artiste. Le Circus Maximus à Rome. — Le gouvernement italien va proposer un projet de loi en vue d'entreprendre la fouille complète du Circus Maximus, actuellement déshonoré par une usine à gaz. A Jérusalem. — Près de l'entrée de la « Tombe du Jardin », où certains archéologues veulent voir le Sépulcre de Jésus-Christ, on a détéré une pierre sculptée, creusée en forme de niche (columnarium ?), sur laquelle ont été figurées l'Arche d'Atys ou d'Adonis et une colon-

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BEAUX-ARTS nette. On a des raisons de croire qu'il s'agit d'une offrande en l'honneur de Cybèle, datant du 1er siècle. Découvertes archéologiques dans l'Inde Au cours de fouilles récemment exécutées à Harappa (Sud du Pendjab) et à Mohenjo Daro (Sindh), de menus objets, remontant à une très haute antiquité, ont été découverts : entre autres, des sceaux gravés d'une écriture pictographique rappelant le « mycénien » et que le professeur Sayce déclare « identiques » aux tablettes de comptabilité découvertes à Suse, par Morgan. Il en résulterait que dès le 3e millénaire avant J.C. il existait des relations de culture entre l'Elam et l'Inde occidentale. Un sceau de cette provenance est récemment entré au Musée du Louvre. NÉCROLOGIE Au début de novembre, est mort à Paris le compositeur russe SERGE LIAPOUNOF. Né en 1859, il avait fait ses études au Conservatoire de Moscou. Il laisse une œuvre importante, notamment un morceau symphonique qui avait été exécuté, avec succès l'hiver dernier, par les Concerts-Colonne. Le peintre allemand HANS THOMA vient de mourir, à Carlsruhe, à l'âge de 85 ans. On annonce la mort à l'âge de 88 ans, de Sir THOMAS ISHAM JACKSON, un des plus célèbres architectes anglais. En dehors de ses importants travaux à Oxford et dans les cathédrales gothiques, il s'était fait connaître par ses études sur les cités de Dalmatie, où il fut chargé de la restauration du campanile de Zara. On annonce également la mort de M. DESCAMPS-SCRIVE, de Lille, possesseur d'une collection extrêmement précieuse de livres français anciens et modernes, notamment d'une série de livres à gravures du XVIIIe siècle en magnifiques exemplaires reliés en maroquin ancien. Le 29 septembre dernier mourait M. JOHN W. BEATTY, directeur du département des Beaux-Arts du Carnegie Institute of Pittsburgh. Nous apprenons la mort de M. ALLAN MARQUAND, professeur d'histoire de l'art à l'Université de Princeton, dont la chaire avait été une des premières à répandre cet enseignement aux Etats-Unis et qui s'était fait connaître par de nombreux et remarquables travaux sur l'art italien, en particulier sur les Della Robbia. ACADÉMIES SOCIÉTÉS SAVANTES Académie des Inscriptions et Belles-Lettres Séances de: 7 et 14 novembre Au cours de ces deux séances, M. A. Godard rend compte des travaux récents accomplis par la mission archéologique d'Afghanistan dont nous parlons d'autre part. Académie des Beaux-Arts Séance du 15 novembre M. Pontremoli lit une notice consacrée à l'œuvre de son prédécesseur, l'architecte Gaston Redon. Société d'Histoire de l'Art français Séance du 7 novembre M. Rouchès entretient la Société de l'exposition par laquelle s'est ouvert le Musée d'art ancien de Bordeaux, dont la création est due à M. Courteault. M. Réau, outre deux statuettes de Falconet, étudie les œuvres de Mlle Collot, élève de cet artiste, œuvres qui, pour une grande partie ont été exécutées en Russie et se trouvent à l'Ermitage, à Saint-Pétersbourg. Mlle Collot, sans égaler les grands bustiers du XVIIe siècle, fait toujours preuve d'originalité et d'observation exacte. M. Vallery-Radot évoque la physionomie pittoresque, quoique triviale, du peintre de genre, Léonard Defrance, de Liège (1735-1805), et commente ses principales œuvres. ENSEIGNEMENT Les cours publics d'enseignement supérieur reprendront dans la première quinzaine de décembre. Parmi les cours annoncés pour l'année scolaire, nous noterons les suivants qui intéressent directement l'histoire de l'art. Collège de France M. Théodore Reinach : Les Monnaies d'or grecques (Leçon d'ouverture le 3 décembre). — M. Cagnat : Etude des maisons de campagne chez les Romains. — M. Paul Vitry : La Fin de la carrière de Houdon et la sculpture française pendant la Révolution et l'Empire. — La sculpture funéraire aux xve et xviièmes siècles d'après les monuments conservés à Saint-Denis et au Louvre. — Dr Capitan : L'Art péruvien antique. Sorbonne M. Fougères : L'Art hellénistique et gréco-romain. — M. Focillon : Giotto et la peinture italienne au XIVe siècle. — M. Schneider : La Fin de la peinture florentine. — M. Pirro : La Musique instrumentale et l'Opéra en Italie au XVIIe siècle. Ecole du Louvre M. Henri Hubert : La Civilisation des Germains. — M. Georges Bénédite : Les Monuments égyptiens du Musée du Louvre. — M. A. Merlin : Les Vases grecs de style géométrique et orientalisant, d'après les vases du Louvre. — M. DuSSAUD : Les Monuments de la Palestine. — M. Contenaü : L'Art assyrien, d'après le palais de Korsabad. — M. Michon : L'Histoire de la collection des Antiques. — M. L. Réau : La Sculpture française pendant la 2e moitié du XVIIIe siècle. — M. G. Rouchès : La Sculpture classique en Italie, du xvie au xviième siècle. — M. Grousset : Les Grandes époques de l'art en Extrême-Orient. — M. Hautegeur : La Peinture italienne du XIIIe au XVe siècle. — M. Brière : La Formation de l'art classique. — Le Portrait en France depuis la Renaissance. — M. Léonce Bénédite : L'Evolution de la peinture française, du réalisme à l'impressionnisme. A PROPOS DE WATTEAU ET DE TITIEN M. Tancred Borenius a publié, dans Beaux-Arts du 1er novembre (pp. 279-280), un intéressant article sur Watteau et Titien, montrant qu'une sanguine de Watteau (Louvre n. 1342) est la copie d'un croquis à la plume par Titien, ou un de ses élèves, récemment acquis par l'Albertina de Vienne et provenant de la collection Locker Lampson.

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BEAUX-ARTS Contrairement à ce que croit notre collaborateur, ce n'est pas le Dr Gronau qui le premier (Gazette des Beaux-Arts, 3e période, t. XII, pp. 333-334) a reconnu dans la sanguine du Louvre la copie d'un dessin vénitien : la constatation avait déjà été faite dans le catalogue Reiset de 1869, p. 206, n. 1342 : « D'après un dessin à la plume du Titien qui, à l'époque de Watteau, appartenait sans doute à Crozat (Collection Mariette). De même, M. Borenius, en rapprochant fort judicieusement du dessin du Louvre celui acquis dernièrement par l'Albertina, avait été précédé, dans cette identification, par deux des anciens propriétaires de ce dernier. Dans le joli volume intitulé The Rowfant library, a catalogue of the printed books, manuscripts, autograph letters, drawings and pictures collected by Frederick Locker Lampson (Londres, 1885, in-8), on lit en effet (p. 221), après la description du dessin aujourd'hui à l'Albertina : "There is a copy of this drawing by Watteau in the Louvre, it is in red chalk and hangs in the Salle appropriated to Watteau's framed drawings". Locker Lampson, lui-même, n'était pas le premier à rapprocher les deux dessins : si celui du Louvre provient de la vente Mariette, de même le dessin aujourd'hui à l'Albertina, avant d'appartenir à Benjamin West, à Sir Thomas Lawrence, à Esdaile, à Wellesley et à Frédéric Locker Lampson, avait également appartenu à Mariette. Celui-ci était trop avisé pour n'avoir pas rapproché les deux exemplaires de la composition : on relève en effet dans le catalogue de la vente Mariette (Paris, 1775, in-8, p. 121, n. 779), parmi les dessins de paysages du Titien, cette mention : "Cinq autres plus petits, idem [c'est à dire faits à la plume], et de plus deux des mêmes, copiés à la sanguine par Ant. Watteau, avec beaucoup d'esprit". L'un de ces derniers est sans contredit le dessin 1342 du Louvre. Où est le second ? Il serait curieux de rechercher, dans l'œuvre dessinée de Watteau, les copies de dessins italiens. En 1875, Edmond de Goncourt signalait, chez le marquis de Chennevières "six paysages d'après Titien venant de la collection Crozat, sanguines". A la vente Chennevières, eu 1898, on ne retrouve qu'un seul de ces six dessins : "N. 194. Paysage accidenté... beau et intéressant dessin à la sanguine, d'après le Titien". Il fut adjugé pour 900 fr. et fait partie, depuis lors, de la collection Groult. Où sont les cinq autres dessins signalés par Goncourt chez Chennevières ? L'un d'eux ne serait-il pas ce paysage à la sanguine d'aspect si franchement italien que possède le Musée Bonnat ? J'ai recueilli de mon côté la contrépreuve d'un paysage analogue qui pourrait bien rentrer dans la même série. M. Borenius, qui connaît si bien les artistes vénitiens du cinquecento et leurs dessins, ne tentera-t-il pas de cataloguer ceux de ces dessins qui peuvent avoir inspiré le crayon de Watteau ? Cette recherche serait bien digne de sa diligente activité. SEYMOUR DE RICCI FOUILLES FRANÇAISES EN SYRIE M. Ch. Virolleaud, directeur du Service des Antiquités de Syrie a, dans une récente communication à l'Académie des Inscriptions, attiré l'attention sur les fouilles qui se poursuivent actuellement dans la banlieue de Sidon, près du village de Kafer-ed-Djarra. En 1914 et en 1920, le signataire de ces lignes entreprit des recherches sur une petite acropole située à côté de Kafer-ed-Djarra, sur les premiers contreforts du Liban. M. P. E. Guignes, désigné par M. Virolleaud pour reprendre les fouilles, continue actuellement les recherches. Elles ont confirmé et étendu les résultats obtenus en 1914 et 1920. On a découvert des tombes en forme de four de boulanger dans lesquelles les cadavres sont étendus sans cercueil, à même le sol, la tête reposant sur une pierre. Ces tombes renferment d'ordinaire plusieurs occupants. Le mobilier funéraire se compose de céramique, d'armes et de bijoux. La céramique est en grande partie locale, mais imitée de produits égéens ; parmi ceux-ci, la poterie cypricote est la plus abondante. On y remarque des vases de profil désaxé que les indigènes nomment "bilbils", une céramique ornée de cercles concentriques horizontaux de couleur rouge et violacée, des vases noirâtres dont le décor, réparti par zones géométriques, est constitué par un criblage de points incrustés de terre blanche. Par contre, l'influence égyptienne se retrouve dans des scarabées dont le type est celui qu'on appelle hyksos et dans un vase à parfum de faïence bleue, analogue à ceux qui étaient en usage en Egypte sous la xve dynastie. Le style de ces objets, notamment celui des haches et poignards de bronze, prouve que la nécropole a été utilisée pendant une durée de plusieurs siècles, du xixe au xive avant J.-C. environ. Cette découverte est à rapprocher de celles que M. Montel a faites à Byblos. A Byblos, nous avons, pour la même période, les tombes des dynastes du pays ; on y retrouve l'influence égienne et celle de l'Egypte avec prédominance de cette dernière. A Kafer-ed-Djarra où les sépultures sont plus modestes, les deux influences se font également sentir, mais celle de l'Egée y prévaut. Nous possédons ainsi, pour le Nord et pour le Sud de la côte syrienne, les sépultures les plus anciennes que nous connaissions jusqu'à présent en Phénicie ; ces découvertes sont de la plus haute importance pour l'étude de la civilisation du deuxième millénaire avant notre ère. Elles nous font saisir, pour une époque où nous n'avions jusqu'ici presque pas de documents, les influences étrangères qui ont été le facteur capital du développement de la civilisation phénicienne. G. CONTENAU.

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BEAUX-ARTS MONUMENTS HISTORIQUES Haute-Savoie. — L’Hôtel-Dieu de Thonon-les-Bains, ancien couvent des Minimes, fut fondé en 1636, par Albert Eugène de Genève, marquis de Thonon-les-Bains. Cour de l’Hotel-Dieu. Lullin, mais ce n’est qu’en 1649, que la construction fut entreprise par l’architecte italien César Barilly, aidé du sculpteur, Jean-Baptiste Gallo. Les travaux marchèrent fort lentement et on peut considérer que les façades ne furent élevées qu’au début du xvie siècle. La cour centrale, partie la plus intéressante de l’édifice, a toutefois conservé de sa conception, par des artistes d’outre-monts, une ordonnance tout italienne avec ses baies à frontons et à lambrequins, et n’a pas paru indigne d’être classée parmi les monuments historiques. Nous rappelons aussi que la chapelle Rozier-Côtes-d’Aurec. Plan de l’église. contient une inscription commémorative de la consécration par François de Sales, en 1617, de la chapelle de l’ancien Hôtel-Dieu, aujourd’hui détruit et des peintures décoratives du xvie siècle, également classées. Loire. — La petite église de Rozier-Côtes-d’Aurec est un très intéressant édifice du xue siècle, dont le plan comme l’élévation, fait songer aux églises du Velay et de la vallée du Rhône. Une nef unique de trois travées, voûtées en berceau, précède un transept, surmonté d’une coupole sur trompes et terminé par une abside et deux absidioles voûtées en cul de four à nervures plates. L’extérieur a le caractère simple et robuste des constructions de ce pauvre village situé à 850 mètres d’altitude. Seine-Inférieure. — Le manoir de Bévilliers, près d’Harfleur, est un type charmant de construction normande en pierres et briques alternativement rouges et noires. Deux dates retrouvées sur l’édifice lui-même, permettent de déterminer l’époque exacte de sa construction entre 1527 et 1536. L’ordonnance extérieure très simple, avec ses fenêtres à meneaux cruciformes, ses hautes Manoir de Bévilliers. Cheminée Renaissance. lucarnes à frontons et sa tourelle d’escalier octogonale, est cependant d’un bon style et témoigne de la part de l’architecte, d’une connaissance approfondie des délicatesses de l’art de l’époque. A l’intérieur, dont l’aménagement n’a pas été modifié, sauf dans l’ancienne chapelle qui a perdu sa décoration sculptée et ses vitraux, on remarque surtout les six belles cheminées de pierre, les caves voûtées sur nervures, l’escalier à vis et une superbe charpente de chêne. Au moment où cette propriété allait être vendue, on n’a pas hésité à en prononcer le classement, pour interdire la dispersion des cheminées notamment qui n’eussent pas manqué d’aller orner quelque résidence d’outre-mer. Jean VERRIER.

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[101] 1er DÉCEMBRE 1924 311 BULLETIN DES MUSÉES LE CHEVALIER ET SA FIANCÉE PAR BARTHÉLEMY BEHAM (1) au Musée du Louvre Les deux frères Beham, Hans Sebald et Barthélemy ou Barthel, appartiennent à cette lignée de peintres graveurs qui, à la fin du xve siècle et au commencement du xvie, sont une des originalités de l’école allemande. Ils naquirent tous deux à Nuremberg, l’un en 1500, l’autre en 1502. L’aîné, Hans Sebald, fut beaucoup plus graveur que peintre. Ses tableaux sont fort rares. Le Louvre a la bonne fortune d’en posséder un, qui est d’une forme et d’une disposition curieuses. C’est une table, exécutée en 1534 pour le Cardinal Albert, électeur de Mayence ; dans des compartiments triangulaires qui s’opposent par le sommet, l’artiste a peint, quatre compositions sur l’Histoire de David. Il en résulte que, lorsqu’on regarde un des sujets, les autres apparaissent inversés et qu’il faut faire le tour de la table pour suivre le développement de l’histoire. Le petit tableau, que le Louvre vient d’acquérir, est au contraire merveilleusement concentré dans son effet plastique et poétique. Barthélemy Beham a eu aussi une grande réputation de graveur ; mais il est plus peintre que son frère. On croit qu’il passa la plus grande partie de sa vie en Italie. Il y mourut vers 1540. Après Dürer, et même plus que Dürer, il y a réchauffé sa palette. Il y a pris le goût du ciel bleu et de la claire lumière. Ici, dans le haut de ce ciel bleu flottent quelques nuages mais ils sont si légers et si bien bordés d’argent qu’ils ne servent qu’à faire paraître plus brillant et plus doux l’azur d’une belle journée de printemps dans quelque campagne de la Vénétie. La lumière se joue sur l’écorce grise satinée de trois gros troncs d’arbres dénudés qui se dressent dans le ciel. Mais on ne peut rien imaginer de plus germanique que le sujet, les personnages, les costumes et l’inspiration tout entière. Cet heureux mélange d’Italie et d’Allemagne est ce qui fait le prix singulier de ce petit tableau, dont la couleur est riche comme un émail, où certains détails, comme le plantain et les fougères du premier plan montrent la précision et la minutie du graveur, où le paysage est lumineux et aéré, où enfin ces diverses qualités rehaussent un thème qui, à lui seul, mériterait de nous retenir et de nous charmer : car nous y voyons naître, dans ce qu’il a de plus caractéristique, le lyrisme sentimental de la poésie allemande. Il est probable que Beham s’est inspiré de quelque légende ou de quelque chanson alors connue de tous (1). Mais qu’il y aurait peu à changer pour faire de cette chanson une ballade de Goethe ou de Wieland ! « Wer reitet so spät durch Nacht und Wind ?... » Ici, ce n’est pas, comme dans le Roi des Aultnes, un père avec son enfant. C’est un jeune cheva- (1) Bois, h. 0°35, l. 0°295. Collection Lippmann. Exposition de peintures de maîtres appartenant à des collections privées, Vienne, 1873. Collection Goldschmidt-Prizbram, de Bruxelles. Vente Goldschmidt-Prizbram, à Amsterdam. Galerie Frédérik Muller, 17-19 juin 1924, n° 1, Acquis de M. Ant. W. Mensing en novembre 1924. (1) Dans son œuvre gravé, on remarque des sujets allégoriques ; aucun cependant qui soit comparable pour l’esprit romantique au petit tableau du Louvre. BARTH. BEHAM. Le chevalier et sa fiancée (Musée du Louvre)

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BEAUX-ARTS lier vêtu comme un lansquenet. Il a une tunique écarlate à galons noirs, des bottes molles lacées à revers tombants, un grand casque à visière levée que surmonte un volumineux panache blanc. D'une main il tient les rênes de son cheval, de l'autre il enlace la taille de sa fiancée qu'il emporte en croûpe. Elle a une belle robe rose ornée aux épaules d'une large bordure noire et sa tête porte une haute coiffe blanche. La jeune fille serre des deux bras son ami, appuyant le front contre sa poitrine. Lui, tourne vers elle son visage pour la rassurer. Mais il a beau presser le galop de son cheval, la Mort, surgissant d'une fosse béante, a saisi entre ses dents de squelette le pan de la robe et ne lâchera pas sa proie. Paul Jamot. QUELQUES CÉRAMIQUES ORIENTALES récemment entrées au Musée du Louvre Au cours de ces derniers mois le Département des Objets d'Art a reçu ou acquis plusieurs céramiques orientales, qui enrichiront notablement une série dont l'importance, grâce à de longs efforts, est dès maintenant considérable. On doit avouer que d'une façon générale toutes ces faïences de l'Orient méditerranéen et de la Perse, si variées et si intéressantes, sont encore assez mal connues. Cela tient à ce qu'elles proviennent très souvent de fouilles plus ou moins clandestines, conduites sans aucune méthode scientifique. Leurs dates ne sont guère mieux précisées que leurs origines ; certains archéologues, comme le regretté M. Pézard, les assigneraient volontiers à des époques assez reculées, tandis que d'autres, comme M. Flury (1), tendraient plutôt à les rajeunir. Celles que nous signalerons aujourd'hui ne peuvent guère être antérieures au ix° siècle, ni postérieures au xxe. Le premier terme est fixé grâce aux fouilles de Samarra, conduites par la mission allemande de MM. Herzfeld et Sarre, dont les résultats importants commencent à voir le jour. On sait que la ville de Samarra (sur le Tigre), fondée vers 836 par le calife El Moutasim, fils de Haroun-el-Rachid, fut abandonnée par la Cour vers l'année 883 et déclina rapidement, au point de n'être plus, au xe siècle, qu'un bourg sans importance. On y a découvert, notamment, des faïences dont le décor comporte un lustre métallique rouge, qui devance celui des majoliques italiennes du xvii° siècle et ne leur cède guère pour la profondeur ni pour l'éclat. Ces pièces ont-elles été fabriquées à Samarra, ou importées de Perse comme d'au- (1) S. Flury. Une formule épigraphique de la céramique archaïque de l'Islam; Syria, 1924, p.53-66, pl. cuns le supposent ? On ne saurait encore trancher la question ; notons toutefois que les califes abbas-sides appréciaient certaines céramiques de pays lointains : on a déterré à Samarra des fragments de poteries chinoises de l'époque des Tang (618-906), ce qui prouve que, dès ces temps reculés, de fragiles poteries étaient transportées à travers toute l'Asie. Parmi les pièces qui aideront un jour à élucider ce petit problème, devra figurer une coupe donnée par M. Vignier ; de forme assez évasée, elle est décorée à l'intérieur de dessins très stylisés, en lustre jaune, se détachant en partie sur des réserves blanches et en partie sur un fond de lustre Cl. Serv. Phot. B.-A. Coupe. Art persan. ix° ou x° siècle. (Musée du Louvre) rouge. Elle provient de Reî et elle date, sans doute, de la même époque que les céramiques lustrées analogues trouvées à Samarra, c'est-à-dire du ix° ou du xe siècle ; sa couleur rouge, très profonde, dénote une habileté professionnelle presque surprenante. À la même période, environ, doit remonter une autre coupe (récemment acquise), qui provient aussi de Reî. Son décor, en lustre jaune-brun sur fond crème, témoigne d'une maîtrise singulière dans le dessin comme dans la technique. L'intérieur est presque entièrement couvert par un groupe d'animaux : une chamelle allaitant son petit. On ne peut qu'admirer la dextérité avec laquelle le potier a su tirer parti de ce sujet un peu étrange, et l'inscrire dans le fond de la pièce,

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BULLETIN DES MUSÉES qui comptera parmi les plus remarquables de sa série. L'extérieur est orné de six médaillons contenant des traits en spirale, se détachant sur un semis de points et de traits, en lustre jaune sur fond crème(1). Le sujet principal n'est pas exceptionnel dans l'art persan ; les peintres l'ont, plus tard, parfois retracé, témoin certaines miniatures du xvie siècle, dont les auteurs ont dû être tentés par la silhouette curieuse des animaux ainsi disposés. C'est également en lustre jaune qu'est décorée une très petite coupe, acquise au même moment. On y voit un oiseau à long cou, de profil à gauche ; au dessous, une inscription confique, dans laquelle notre savant et aimable confrère M. Flury a déchiffré une formule dont le scepticisme semblerait presque annoncer celui de certaines poésies d'Omar Khayyam : « Toute virginité est mystère ». Cet objet, d'un beau style, proviendrait de Fostât ; on serait tenté en effet de le croire égyptien et de l'attribuer à une époque voisine de celle des objets précédents, soit vers le ix° ou le xe siècle. Le ton légèrement verdâtre de son reflet métallique diffère un peu de celui des pièces ana- (1) Un revers analogue a été publié par M. Flury (art. cité, pl. XXII). — Sous le pied, une inscription malheureusement abimée, et qu'on n'a pas encore pu déchiffrer. logues trouvées à Rei ; car si le lustre a été employé par les faïenciers musulmans depuis la Perse jusqu'à l'Espagne, il ne l'a pas été partout suivant les mêmes formules ; ses nuances variées permettent souvent de déterminer si les pièces qui en sont revêtues proviennent de Perse, de Méspotamie ou d'Egypte (1). Tandis que ces trois coupes appartiennent à des séries relativement connues, la dernière pièce que nous signalerons semble assez exceptionnelle, et pose des problèmes qu'il est, pour le moment, difficile de résoudre. Comme le montre la figure ci-jointe, c'est un pot de forme ovoïde, à base étroite ; sa matière est une faïence blanche, de ton crémeux ; son décor se compose de feuillages stylisés se détachant en fort relief sur un fond couvert de rinceaux gravés. Son épaisseur et son poids permettraient de supposer que son auteur aurait voulu imiter en céramique une urne de marbre. Les divers savants qui l'ont examiné sont d'accord pour admettre son origine persane (il aurait été trouvé à Rei), et pour l'assigner approximativement au xie siècle ; mais, faute de points de comparaison, on ne saurait préciser davantage. C'est la première fois, en effet, que le sol de l'Asie (dont les richesses archéologiques semblent inépuisables) livre une pièce de ce genre. D'autres viendront, sans doute, qui permettront des attributions plus précises. En attendant, nous noterons seulement que si ce décor monochrome de feuillages stylisés et en fort relief pourrait faire songer, au premier abord, à celui des maisons de Samarra (2), une comparaison plus attentive montre que l'analogie est plus apparente que réelle. Nulle part, à Samarra, les fonds ne sont aussi découverts que sur ce vase ; les reliefs y sont plus serrés, plus modelés, et d'un art plus délicat. M. Flury a relevé quelques similitudes entre les rinceaux de ce pot (dont la raideur n'est pas exempte de gaucherie), et ceux de certains monuments du Khorassan, datés du xe et du xie siècle : on souhaitera qu'il puisse un jour étudier et publier ce vase, qui semble avoir, pour l'histoire de la céramique orientale, une certaine importance. J.-J. MARQUET DE VASSELOT LA GALERIE MAZARINE de la Bibliothèque Nationale La « galerie Mazarine » occupe, on le sait, au- (1) Les premières remarques de ce genre ont été faites il y a déjà plus de vingt ans ; cf. Faïences musulmanes, à propos d'un livre récent ; Gaz. Beaux-Arts, 1900, 3e série, t. XXIII, p. 163-170. (2) L'ouvrage récent de M. Herzfeld (Der Wandschmuck der Bauten von Samarra, Berlin, 1923, in-4°) permet de les étudier.

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BEAUX-ARTS dessus du Cabinet des Estampes, le premier étage de l'aile de la Bibliothèque, construite par François Mansart, qui borde la rue Vivienne. Elle était, jusqu'à ces jours derniers, garnie d'un mobilier d'exposition, armoires et vitrines de milieu, où l'on avait naguère disposé des estampes, des reliures et des manuscrits choisis parmi les plus précieux. Suivant les prescriptions ministérielles qui interdisent sagement l'exposition permanente d'objets que la lumière détériore, manuscrits et gravures avaient peu à peu cédé la place aux fac-similés. M. Roland-Marcel, administrateur de la Bibliothèque, a voulu faire mieux et rendre à la galerie son aspect primitif. Les manuscrits à reliures précieuses ornées d'ivoires et d'orfèvrerie que le Département des manuscrits exposait dans la galerie Mazarine, ont été mis en dépôt dans une vitrine du Département des médailles. C'est là qu'on peut, pour le moment, admirer les chefs-d'œuvre d'orfèvrerie et de sculpture qui enveloppent le psautier de Charles le Chauve, les quatre évangéliaires de Metz, le missel de Saint-Denis, en tout quinze reliures précieuses aux côtés desquelles on a placé des diptyques consulaires qui étaient déjà exposés au Cabinet des Médailles. Les vitrines centrales de la galerie Mazarine ont été, en même temps, supprimées. Dans les armoires-vitrines qu'on y a laissées, a été placée, à droite, une série de fac-similés photographiques, qui donne l'histoire de la peinture de manuscrits, de l'imprimerie et de la gravure. Dans les sept vitrines de l'autre paroi ont été exposés divers objets d'art. Tout d'abord, les objets appartenant au Département des Médailles dont les reliures que nous venons de mentionner ont pris la place. Puis une série de bronzes de la Renaissance et d'objets d'art du Moyen-Age et des temps modernes, jadis exposés dans l'ancien Cabinet des Médailles, et que leur intérêt moindre, en même temps que le manque de place, avait fait placer dans les réserves. Actuellement, la première des vitrines de gauche, renferme des antiquités égyptiennes, les quatre suivantes sont occupées par des objets de diverses époques, où le visiteur retrouvera, à côté des bronzes que nous citons, le « Vase de Sobieski », une belle coutelière du xve siècle, une coupe de Jean Courtois, etc. Une dernière vitrine présente des objets d'art oriental. Enfin, la section de Géographie expose, dans une septième vitrine quelques objets intéressants. On peut désormais, admirer, avec les belles proportions de la galerie désencombrée, les peintures dont Grimaldi orna ses niches et Romanelli sa voûte. Ce premier et heureux résultat fait espérer, pour un avenir prochain, la disparition des médiocres peintures murales « décoratives » et des bustes monumentaux dont la galerie a été enlaïdie depuis une soixantaine d'années. Pierre d'Espezel. LES MUSÉES DE BOURGES Ce titre est peut-être un peu ambitieux pour le moment : car, à part le musée du Berry installé dans l'une des plus charmantes demeures de la Renaissance, l'hôtel Cujas et dans ses annexes, Bourges préfecture et centre d'une région importante à tous points de vue, ne possède aucun musée d'art. Une occasion se présente pour la municipalité : l'hôtel Jacques Coeur, abandonné par les tribunaux qui se sont installés à l'ancien grand séminaire et où d'importants travaux, sur lesquels nous reviendrons, sont entamés par le service des Monuments historiques, va sans doute être affecté fatalement à l'usage de musée. Mais il est sage de ne compter y installer aucune espèce de musée moderne de peinture et de sculpture : le respect du cadre, que l'on va dégager des aménagements postiches qui le déshonorent, l'exige. L'hôtel Jacques Coeur peut abriter quelques pièces de choix que l'on empruntera aux collections de l'hôtel Cujas et devenir un musée du xve siècle berrichon ; peut-être pourrait-il abriter aussi, comme l'hôtel de Laval, à Arles, devenu « Museon Arlaten », un musée d'art local. Mais il restera toujours à trouver, ou à bâtir, un local pour abriter les collections de peinture et de sculpture qui s'entassent dans une salle unique trop étroite et trop légère derrière l'hôtel Cujas et qui y font jusqu'ici assez piètre figure. Mais quelle tentation les artistes, les amateurs, l'Etat lui-même peuvent-ils avoir de déposer des œuvres anciennes ou modernes dans un hangar exigu et étouffant ? L'hôtel Cujas doit rester, avec un peu plus de clarté, le musée archéologique et lapidaire qu'il est essentiellement et sur lequel veille la sollicitude de la Société des antiquaires du Centre et de son président M. de Saint-Venant. MUSÉE DE BEAUNE La mort de M. Changarnier, qui était certainement le doyen des conservateurs de musées de province, laissant libre la conservation des Musées de Beaune, celle-ci a été attribuée par la municipalité pour la partie artistique à M. Raymond Goussery, professeur de dessin au collège.

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BEAUX-ARTS CORRESPONDANCE DE L'ÉTRANGER BELGIQUE Deuxième Exposition d'Art ancien à Gand Qu'il reste beaucoup à chercher et à trouver dans les trésors de l'Art aux Pays-Bas, vigoureux et abondant, voilà ce que tente de prouver l'actif groupement de Gand-Aristique, qui organise cette seconde exposition de l'Art Ancien. Il faut reconnaître que la démonstration cette année encore est probante. En dehors des Musées, des œuvres cataloguées et célèbres, dorment en Belgique quantités de belles choses connues seulement des spécialistes ou de quelques amateurs : des manifestations comme celles du Cercle Artistique de Gand les font entrevoir au grand public. Ce ne sont pas seulement les collections privées du pays qui contribuent au succès grandissant de cette tentative ; les organisateurs ont eu l'heureuse idée de puiser en plus à deux sources qui nous réservent bien des surprises. D'une part l'Université de Gand a généreusement prêté son concours et ses envois sont un des gros intérêts de l'Exposition actuelle : l'on sait quelle est sa richesse en manuscrits précieux, en dessins et documents de la plus haute importance pour l'histoire artistique de Gand et de la région, et que les années à venir nous montreront, nous l'espérons bien. En même temps quelques œuvres des couvents et des églises de Gand et des environs font une timide apparition dans les salons du Quai des Récollets. Or, les églises des Flandres et de la Campine possèdent encore maintes peintures, sculptures et orfèvreries que l'on connaît à peine ; l'inventaire complet et photographique manque pour plusieurs provinces ; les objets les plus intéressants sont souvent dans des localités fort éloignées, difficilement accessibles, et dans ces églises même, les peintures surtout, sont mal éclairées et suspendues trop haut ; leur étude est impossible. Quels services ne rendrait-on pas si chaque année l'on présentait dans cette salle d'exposition bien disposée, quelques-uns de ces panneaux, souvent très beaux, presque toujours marquants au point de vue documentaire et que l'on pourrait examiner de près et photographier. La portée de l'exposition actuelle de Gand est donc tout à fait générale, et tous ceux qui apprécient l'art des Pays-Bas, si mal connu encore pour certaines périodes, souhaiteront le développement de ces heureuses tentatives. Sans doute, et il faut encore le répéter, dans de tels groupements, le choix s'imposera toujours ; beaucoup des attributions, qui sont faites par les propriétaires eux-mêmes, sont à reviser, mais à côté de certaines médiocrités, tant de morceaux remarquables sont là pour satisfaire les plus difficiles, et ne doit-on pas apprécier une salle où nous trouvons réunis, pour la peinture seulement : une charmante Descente de Croix d'Isenbrant (1), si caractéristique de son talent, avec cette douceur prenante du coloris qui fait pardonner au peintre (1) N° 4 du catalogue. Collection Hulin de Loo. JAN MANDYN. Portement de croix. (Collection J. de Coen) Reliure gaufree xvi° siècle (Bibliothèque de l'Université de Gand)