Excerpt

First pages of the volume, freely accessible.

Page 1

2e Année. — Numéro 17 BEAUX-ARTS REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE • DEUX MONUMENTS AUX MORTS Les années qui se sont écoulées depuis la fin de la grande guerre ont vu s'élever sur tous les points de notre sol une floraison de monuments consacrant l'hommage pieux et nécessaire des survivants aux disparus. L'intention touchante, la volonté généreuse n'ont pas empêché trop souvent, hélas! le geste de commémoration d'aboutir à d'insignes pauvretés, à des contre-sens, à des horreurs. Il suffit de parcourir la France pour s'en rendre compte. Que de places de village irrémédiablement gâchées ! Que de carrefours urbains, enlaidis par des monuments prétentieux ou banals ! On s'est souvent trop hâté. La logique eut voulu que des types créés à loisir, avec des ressources suffisantes, avec réflexion, avec talent s'il se pouvait, servissent de modèles, comme les basiliques ou les cathédrales de jadis avaient servi de modèles aux églises rurales, les grands tombeaux royaux ou princiers à ceux des seigneurs de petite noblesse. On a été, au lieu de cela, plus vite dans les villages que dans les villes. On a marché bien souvent au hasard, guidé par des considérations où l'art et le bon sens n'avaient rien à voir... et les grands monuments ont souvent manifesté tout le désordre et l'incertitude de notre art officiel contemporain. Il ne faudrait pas toutefois glisser trop complètement sur la pente où les esprits chagrins se laissent entraîner et prétendre que tout n'est que pa-cotille et mauvais goût dans cette production si abondante. Il y a tels monuments simples qui valent d'être regardés, malgré les détracteurs systématiques de tout l'ensemble et ce serait une besogne critique intéressante (et profitable à tous) que de chercher et de réunir le bon grain dans cette ivraie de marbrerie à la grosse. Il y a, heureusement, et nous les voyons sortir peu à peu, quelques œuvres solides et mûrement réfléchies qui feront honneur à l'art de notre temps, en même temps qu'aux sentiments patriotiques de nos contemporains. En voici deux, que cette saison a vu s'achever et qui valent d'être signalées. Notre confrère Gabriel Mourey, en présentant l'un d'eux, celui du Havre, en une luxueuse plaquette (1), affirme que c'est le premier qui s'impose. Nous n'irons peut-être pas jusque-là et ne louerons pas M. PIERRE POISSON. Monument aux soldats havrais Poisson, son auteur, aux dépens de tous ses confrères. Mais nous reconnaîtrons hautement les qualités éminentes et fortes que sa maquette, exposée naguère à la Société Nationale, très discutée dès l'origine dans le milieu même où un jury clairvoyant l'avait fait accepter, faisait déjà prévoir et que la réalisation à pleinement confirmées. Le bloc massif de la composition que domine et entraîne une grande et généreuse allégorie de (1) Paris, Librairie de France, in-4°, 16 p. et 16 pl.h.t.

Page 2

BEAUX-ARTS MARCEL GAUMONT. Monument aux morts de la ville de Tours la Victoire s'enlève sur la place du Théâtre, en avant de l'ancien bassin du Commerce et les différents motifs : le guerrier vainqueur, les travailleurs, les épouses et les mères, jusqu'à la Douleur tragiquement drapée de grands voiles épais, qui ferme le cortège, en sont puissamment et simplement ordonnés par un esprit qui raisonne, en même temps qu'ils sont largement exprimés par un talent plastique très sûr et très plein. L'autre monument dû à M. Gaumont, d'une disposition très différente, vient d'être inauguré à Tours le 12 octobre, dans l'escalier monumental de l'Hôtel-de-Ville érigé naguère par M. Laloux et largement éclairé par trois grandes verrières. Il forme comme une grande tapisserie en relief, face à la première volée de l'escalier qui se divise ensuite, après le palier où il se dresse, en deux branches, le long des murailles desquelles s'inscriront les listes des morts glorieux. Le centre de la composition est un grand tableau, où se lit l'inscription dédicatoire accotée de deux grandes figures de la Paix et de la Guerre, en arrière desquelles des groupes d'adolescents ingénieusement disposés à l'abri de leurs longues ailes et rappelant les travaux rustiques ou belliqueux, mettent une note de clarté et d'élégance où se trahit la nuance personnelle du talent de l'auteur et l'esprit du pays tourangeau, d'où il est sorti et qui l'a inspiré. Notons soigneusement, d'ailleurs, comme un signe des temps, que, dans l'une comme dans l'autre de ces deux œuvres magistrales, quelles que soient l'origine et l'éducation des deux sculpteurs, jeunes tous deux, ce sont ces qualités d'ordonnance, de composition et de style qui viennent au premier plan. Notons l'allure classique des compositions et le renoncement à ce mouvement désordonné, à ce déchiquètement pittoresque des lignes qui fit fureur jadis ; notons l'abandon de ce réalisme un peu vulgaire dont on fit naguère, et dont on fait encore souvent, un tel abus dans ces œuvres mo- numentales, où l'entassement des détails véridiques ne supplée pas à l'inspiration et au sentiment réellement modernes que nous saluons ici. Paul Vitry. --- NOUVELLES - Au Musée du Louvre. — Par décret du 24 juillet, M. Gabriel Rouchès, docteur ès-lettres, sous-bibliothécaire de l'Ecole des Beaux-Arts, a été nommé conservateur adjoint au département de la peinture au musée du Louvre, en remplacement de M. Demonts, démissionnaire. - En vertu d'un décret du 25 juillet, seront gravés sur les plaques disposées en l'honneur des principaux bienfaiteurs du musée du Louvre, les noms de M. et Mme Louis Gonse et de M. le baron Joseph Vitta. - Légion d'Honneur. — Dans les dernières promotions parues au titre du Ministère de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, nous relevons les promotions et nominations suivantes. Officiers : MM. Reynaldo Hahn, compositeur de musique ; Alix Marquet, statuaire. Chevaliers : MM. Gadave, chef de bureau à la Direction des Beaux-Arts ; Gilbert Bellan, Emile Schneider, J. Domergue-Lagarde et L. Galand, artistes peintres ; Formigé, architecte des monuments historiques ; Ernest Nivet et René Grégoire, statuaires. Parmi d'autres promotions, nous devons signaler celle de M. Alfred Cortot, musicien, au grade d'officier, et celles de notre collaborateur M. de Mély, maire depuis plus de trente ans de la commune de Mesnil-Germain et du comte A. Trotti, l'un des directeurs de la Galerie Trotti, au grade de chevalier. - Prix de Rome. — Au concours de 1924 pour le prix de Rome, les lauréats ont été les suivants : MM. Robert Dussaut, pour la musique ; Francis Montanier, pour la gravure ; Castaing, pour la peinture ; André Sallé, pour la sculpture et Péchin, pour l'architecture. - Les Cartons de Beauvais. — La Direction des Beaux-Arts avait autorisé l'administration de la Manufac-

Page 3

BEAUX-ARTS ture de Beauvais à vendre aux enchères un certain nombre de cartons de tapisserie datant de l'époque de la Restauration, estimant que leur valeur artistique était nulle. La Société La Sauvegarde de l'Art français s'émut de cette mesure qui, prétendait-elle, était susceptible de porter atteinte à notre patrimoine d'art national et de créer un dangereux précédent. Sur une intervention de son président, la mesure fut ajournée pour permettre un examen plus approfondi des pièces en question. Ce petit incident, qui souleva dans le presse de nombreuses polémiques, a été clos récemment par une décision du Directeur des Beaux-Arts qui a maintenu l'autorisation de vente primitivement donnée. Un timbre Ronsard. — A l'occasion du quatrième centenaire de la naissance de Ronsard, l'Administration des Postes a mis en vente un timbre commémoratif à l'effigie du fondateur de la Pléiade. Le timbre, dont le dessin est dû à M. Dautel, représente la tête laurée de Ronsard encadrée par les deux branches d'une lyre. Inaugurations. — Le 11 août, a eu lieu à Roscoff l'inauguration d'un bas-relief érigé en mémoire d'Yves Delage, le grand biologiste. L'œuvre, qui représente le savant à sa table d'expérience, est due au sculpteur Sicard. On a inauguré en juillet dernier, dans le petit cimetièr e désaffecté de Bormes (Var), où a voulu reposer le peintre J.-C. Cazin, à côté de la vieille chapelle romane de Saint-François, un monument exécuté en collaboration par Mme Marie Cazin, veuve de l'artiste, et M. Ferdinand Barthélémy, son élève et son ami. C'est grâce à la générosité de M. Roland F. Knœdler, de New-York, que ce monument a pu être enfin élevé, et tous les amis et admirateurs du grand paysagiste lui en seront reconnaissants. Au cours du mois de juillet, à Casablanca, le maréchal Lyauley a inauguré le monument de la Victoire dû au sculpteur Landowsky. Cette œuvre représente un cavalier français et un cavalier indigène se tendant la main en un geste symbolique. Le 23 septembre, à l'emplacement où s'élevait la ferme Navarin, a été inauguré, en présence du général Gouraud et d'un grand nombre de personnalités officielles, le monument aux Morts de Champagne, œuvre du sculpteur Maxime Réal del Sarte. L'Exposition de 1925. — L'Esplanade des Invalides a pris, depuis quelque temps, un aspect que nous ne lui avions pas vu depuis 1900. C'est aujourd'hui un immense chantier d'où émergent déjà des ébauches de constructions. L'Esplanade sera le cœur de la grande manifestation de 1925 et, pour le moment, tous les efforts sont concentrés sur elle. Au fond, devant l'Hôtel des Invalides, l'architecte Plumet pousse activement les travaux de la Cour des Métiers que viendront décorer des peintures de MM. Guillonnet, Marret et Rapin, tandis que la décoration sculpturale sera l'œuvre d'un groupe fort nombreux de statuaires. Devant ce bâtiment s'élèvera une fontaine monumentale en verre moulé, œuvre de M. René Lalique. Les galeries latérales, dont les plans sont de M. Plumet, de même que les galeries transversales construites, l'une par M. Marrast et l'autre par MM. Herscher et Woog, sont en voie d'édification. Il en est de même pour les rues de boutiques aménagées du côté de la rue de Constantine par M. Sauvage et du côté de la rue Fabert par MM. Gaudibert et Polti. Le théâtre de MM. Auguste Perret et Granet est commencé. Enfin, sur la berge de la Seine, en face du palais des Affaires Etrangères, on monte la charpente métallique de la passerelle qui va être accolée au pont de la Concorde et qui est destinée au passage des piétons, tandis que le pont, dégarni de ses trottoirs, sera réservé à la circulation des voitures. Les Amis du Mont Saint-Michel. — Une délégation de l'Association des Amis du Mont Saint-Michel a tenu, le 18 septembre, une séance au Mont Saint-Michel même. Il s'agissait pour les membres de l'Association d'aller examiner sur place un projet de désensablement de la partie de la baie qui environne le Mont et d'étudier la question de la coupure de la digue insubmersible qui relie le Mont au rivage. Le Sixième Congrès de la « Rhodania ». — Cette très active société, qui s'est donnée pour but l'étude archéologique du bassin du Rhône, a tenu son congrès annuel en Avignon au début de septembre, sous la présidence de M. Albert Vassy. En plus des séances consacrées à l'audition des communications faites par des membres de la société, les congressistes ont visité pendant quatre jours les monuments et les sites les plus intéressants de la région. Une Exposition d'art Suisse à Berne. — L'exposition d'art Suisse, qui a eu lieu à Paris au Jeu de Paume en juin et juillet, a été répétée à Berne du 17 août au 14 septembre. Cette manifestation, qui avait pour but de donner aux Suisses l'occasion de voir chez eux l'ensemble présenté à Paris, a eu le plus vif succès. En l'espace de quatre semaines, 11.000 personnes ont visité cette exposition et l'impression générale a été très favorable au choix des œuvres qui avaient été envoyées à Paris. Au Musée de Kensington à Londres. — Le Musée de Kensington a ouvert une exposition permanente d'art appliqué dont les meilleurs objets seront, après un sérieux triage, incorporés à la collection. Le Times demande avec raison que les œuvres plus ou moins suspectes de copie soient exclues de ce choix. En Russie. — D'après les nouvelles de Pétrograd, le directeur du Musée de l'Ermitage, Troynitsky, et le directeur du Musée d'Armes, Ivanoff, se sont, paraît-il, mis d'accord pour choisir entre les trésors d'orfèvrerie et autres 4.000 doubles (?) qui seraient mis aux enchères dans quelque vente sensationnelle en Occident. Les fouilles de Solutré. — Les fouilles entreprises à Solutré ont donné, au cours de l'été, d'intéressants résultats. Un grand nombre de squelettes appartenant à l'époque aurignacienne ont été exhumés ainsi qu'un foyer à poterie semblant remonter à la période néolithique.

Page 4

BEAUX-ARTS NÉCROLOGIE Au début du mois de juillet disparaissait Paul Steck, inspecteur général de l'enseignement du dessin dans les lycées et collèges, jadis inspecteur de l'enseignement des arts appliqués. Artiste de talent, il exposait aux Salons de la Société des Artistes français. Le 6 septembre, est mort M. Joanny Peytel, vice-président de l'Union Centrale des Arts décoratifs. Amateur éclectique, il avait réuni de magnifiques collections dont il avait détaché une vingtaine des plus belles pièces pour en faire don aux Musées nationaux avec réserve d'usufruit. En 1918, il renonça à cette clause et abandonna dès cette époque ces chefs-d'œuvre à nos musées. Le 13 août, décédait dans sa 81e année, le statuaire Albert Lefevre. Élève de Falguière, il était l'auteur d'un Joseph Bara exécuté pour la ville de Palaiseau et du monument élevé à la mémoire du général Marguerite et des soldats de la Meuse morts en 1870. Dans le courant du mois d'août, le peintre Fernand Le Gout-Gérard est mort à l'âge de 69 ans. Le 9 août est mort, à 76 ans, sir Claude Phillips critique d'art, qui fut pendant longtemps le conservateur de la collection Wallace. Auteur de plusieurs monographies d'artistes, il avait spécialement étudié Titien, Watteau et Reynolds. Paul Buschmann, conservateur du Musée royal des Beaux-Arts d'Anvers, est décédé le 26 juillet, à l'âge de 47 ans. Il dirigeait la Revue Onze Kunst et avait pris une grande part à l'organisation de la récente Exposition de l'Art belge. ENSEIGNEMENT Au moment où vont s'ouvrir les cours et conférences de l'enseignement supérieur, nous sommes heureux de signaler dès maintenant la nomination du nouveau professeur titulaire de la chaire de Numismatique de l'Antiquité au Collège de France. A cette chaire, devenue vacante par la mort d'Ernest Babelon, qui l'avait occupée pendant de longues années, a été nommé, par décret du 3 juillet, M. Théodore Reinach, membre de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, directeur de la Gazette des Beaux-Arts et de notre propre Revue. A l'Ecole des Chartes, c'est notre collaborateur M. Marcel Aubert, conservateur adjoint au Musée du Louvre, qui est nommé professeur titulaire de la chaire d'Archéologie du Moyen-Age, en remplacement du regretté Lefèvre-Pontalis, par décret du 10 juillet. Enfin, mentionnons la nomination de M. Lucien Simon, professeur-chef d'atelier à l'Ecole des Beaux-Arts, comme membre du Conseil supérieur de l'Enseignement des Beaux-Arts, en remplacement de M. Cormon, décédé ACADÉMIES SOCIÉTÉS SAVANTES Académie des Inscriptions et Belles-Lettres Séance du 13 août Le commandant Espérandieu lit un rapport sur les fouilles faites au mont Auxois par l'Académie de Dijon et surveillées par le docteur Epery. Ces recherches, opérées sur l'emplacement d'Alésia, ont mis à jour plus de quarante vases de terre. Un de ces vases, décoré à la barbotine, provient des ateliers de Reinzabern et peut être considéré comme le plus beau de tous ceux du même style qui sont connus. Il représente une chasse au cerf par deux hommes encapuchonnés, dont l'un est armé d'un arc. Mais la principale découverte est celle d'un bas-relief de plus d'un mètre de long sur lequel sont figurées trois déesses mères accompagnées de quatre enfants. C'est, sans doute, l'une des plus belles sculptures provenant du mont Auxois. Deux des enfants tiennent un lange et témoignent ainsi du caractère de divinités protectrices de l'enfance que la religion païenne attribuait aux déesses mères. Séance du 22 août M. Cagnat donne lecture des rapports de MM. Durand et Ingholt sur leur récente mission à Palmyre. Les principaux résultats obtenus sont la découverte des ruines d'une maison privée du deuxième ou troisième siècle de notre ère, le dégagement partiel de l'Agora et des monuments qui l'entourent, et le relèvement du plan d'ensemble du théâtre repéré précédemment par M. Bertone. Les fouilles ont aussi mis à jour un certain nombre de fragments de sculpture et de fresques trouvées dans les tombeaux. Séance du 29 août M. Cagnat lit une notice de M. F. Renié sur un inventaire des antiquités de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres de 1749. Ce document, qui est conservé dans les archives de la Compagnie, fait connaître en détail la composition du cabinet légué en 1722 à l'Académie par Baudelot de Dairval et qui fut dispersé après la suppression de l'Académie en 1793. Quelques pièces seulement sont entrées dans nos collections nationales, notamment au musée de Cluny, où se trouve l'autel des nautes, découvert en 1710 dans les fouilles de Notre-Dame, et au Louvre où sont conservés les célèbres marbres de Nointel, tandis que le reste de la collection qui comptait 159 pièces semble définitivement perdu. Séance du 12 septembre Le docteur Carton annonce qu'il a dégagé à Bulla-Regia (Afrique) l'entrée occidentale des thermes publics et, auprès d'elle, une vaste salle avec toute sa voûte de quarante mètres de longueur portée par de puissants piliers. Tout un lot de sculptures, parmi lesquelles une charmante tête de faune, a été découvert. Il a été reconnu que la grande mosaïque de la salle centrale représente le célèbre labyrinthe du Minotaure. Enfin, au N.-E. de ces ruines, l'explorateur a découvert une mosaïque formant cadre avec personnages aux vêtements de couleurs éclatantes. Séance du 26 septembre M. Picard, directeur de l'Ecole française d'Athènes, expose les résultats les plus intéressants obtenus par l'Ecole au cours des fouilles exécutées en 1924. Dans le domaine de l'histoire préhellénique d'importantes découvertes ont été faites en Crète, à Mallia. Les travaux se sont poursuivis avec succès dans les régions de Délos et de Delphes. Une statue lysippique de l'ex-voto de Daochos a été restaurée. Des trouvailles nouvelles ont été faites à Thasos; enfin les fouilles de Téos, qui sont en cours, promettent d'être particulièrement fructueuses.

Page 5

BEAUX-ARTS EXPOSITIONS D'ART ANCIEN EN PROVINCE Livres illustrés à Grenoble et à Besançon Depuis le grand succès remporté l'an passé au pavillon de Marsan par l'Exposition du Livre, la mise en valeur des richesses artistiques de nos grandes bibliothèques est à l'ordre du jour. Au mois de mai dernier, la Bibliothèque Nationale réunissait un choix de ses plus célèbres pièces. Cet été, les bibliothèques de Grenoble et de Besançon suivaient l'exemple en nous montrant les progrès du livre illustré au cours des deux premiers siècles de son histoire. M. Louis Royer, conservateur de la Bibliothèque de Grenoble, avec le concours de plusieurs bibliophiles dauphinois, avait réuni un fort bel ensemble d'incunables représentant les plus célèbres ateliers de l'époque tant en France qu'à l'Etranger. A Besançon, le conservateur M. Georges Gazier, avait choisi le xvie siècle pour cadre de ses efforts et, utilisant les richesses du fonds Granvelle, il avait réussi à présenter à ses nombreux visiteurs une série remarquable de livres illustrés et d'éditions princeps qu'accompagnait un très intéressant choix de reliures. Exposition de Nantes Comme nous l'annonçions dans les Nos de Beaux-Arts du 15 avril et du 15 juin, une exposition d'Art ancien a eu lieu à Nantes, de juin à septembre. Elle vient de fermer ses portes après avoir remporté un très légitime succès. En 1921, la ville de Nantes décidait la création d'un musée d'art décoratif et affectait une partie du château des ducs de Bretagne à l'installation des futures collections. Bientôt plus de mille pièces, dont quelques-unes de grande valeur, étaient réunies par les soins d'un comité régional et celui-ci, pour attirer sur son œuvre l'attention du public, résolut d'organiser dans le musée même, une exposition d'Art ancien dont le commissaire général fut M. Joseph Gauthier, son conservateur. Les œuvres d'art de toutes les époques, conservées dans les demeures des vieilles familles nantaises, sont nombreuses et la prospérité, que connut la ville de Nantes au xviiie siècle, fut particulièrement attestée par le nombre et la qualité des meubles et objets mobiliers de cette époque qui figurèrent à l'exposition. La Direction des Beaux-Arts avait tenu à témoigner d'une façon effective son intérêt pour l'effort du comité nantais en prêtant six remarquables tapisseries du Mobilier National appartenant à l'Histoire de Moïse ou aux répliques des célèbres Chasses de Maximilien. Une section d'art religieux, organisée par les soins de M. Giraud-Mangin, groupait près de 250 pièces parmi lesquelles se trouvait le Christ en croix de Mouzeil, bois remarquable du xive siècle. M. le comte de Guigné, qui prêtait de nombreux objets de sa collection, avait présidé à l'organisation de la section du mobilier. L'orfèvrerie et la céramique y étaient dignement représentées et l'art du meuble comptait un nombre imposant de pièces de haute valeur dont beaucoup portaient les estampilles des plus célèbres ébénistes du xviiie siècle. Le soin de grouper les œuvres, qui formaient la section de peintures anciennes, avait été confié au conservateur du Musée des Beaux-Arts de Nantes, M. Pineau-Chaillou. Ces tableaux dispersés avec les tapisseries dans les diverses salles contribuaient à former un cadre digne des objets exposés. M. Merlant, le grand collectionneur nantais, avait prêté plusieurs œuvres remarquables, entre autres une prédelle d'autel de la fin du xve siècle, représentant la légende de sainte Ursule et une Pieta attribuée à Jean Bourdichon, sans compter un charmant Guardi. Les deux élèves de Watteau, Lancret et Pater, étaient représentés par deux toiles intéressantes provenant de la collection de La Rochefoucauld. M. le comte de Rochebrune avait bien voulu se dessaisir pour un moment de sa magnifique collection d'armes aussi riche que variée qui constituait à elle seule une section. Enfin des costumes anciens, des documents concernant le Vieux Nantes et des spécimens de l'art

Page 6

BEAUX-ARTS breton complétaient un ensemble qu'un grand nom- bre de touristes vinrent admirer et qui constitua une excellente leçon de goût et d'histoire pour les artistes et les artisans de la région. A. LINZELER. MONUMENTS HISTORIQUES Vaucluse. — La presse a signalé, il y a quel- ques semaines, que la tour dite de la Garde- Robe, au Palais des Papes à Avignon, menaçait de Clisson. Château (face Est) s'écart er de sa voisine, la tour des Avocats, et que des lézardes importantes dans cette partie du mo- nument étaient sur le point d'occasionner des dé- sordres graves. M. Henri Nodet, inspecteur géné- ral des Monuments historiques, s'est rendu sur place et a pu constater qu'aucune fissure nouvelle ne s'était produite depuis que les travaux de con- solidation, reconnus nécessaires dès 1922, ont été entrepris. Ces travaux, qui doivent être terminés à la fin de la présente année ou au début de 1925, comprennent la pose de forts tirants et le boucha- ge des baies, des conduits de fumée et des pla- cards imprudemment pratiqués dans les murs est, sud et ouest par les occupants successifs, les vice- légats notamment. Il n'y a donc nullement lieu de craindre les accidents qu'une information trop hâ- tive aurait pu faire croire prochains. Yonne. — La conservation de nos grands mo- numents ne comporte pas seulement l'entretien de leur architecture ; il faut aussi préserver leurs alentours contre les constructeurs qui menacent sans cesse d'en compromettre la valeur artistique. C'est ainsi que l'abbatiale de Vézelay, cette mer- veille de l'art du Moyen-Age, dont la situation unique, au haut de la colline, force l'admiration, se trouvait menacée par la vente des terrains qui l'entourent et qui dominent la vallée. C'est l'empla- cement d'une partie des anciens bâtiments de l'ab- baye qu'occupent actuellement de modestes cons- tructions rurales sans valeur architecturale, mais que le temps a fondues dans le paysage; on pou- vait craindre que ne s'y élevât un hôtel de tou- ristes qui en eût ruiné définitivement l'harmonie. Aussi le Ministre des Beaux-Arts a-t-il pris la sage décision de classer, contre le gré d'ailleurs du propriétaire, l'ensemble de ces terrains, les grevant ainsi d'une servitude non aedificandi. Loire-Inférieure. — Bien que le château de Clisson ne soit plus aujourd'hui qu'une ruine inha- bitable, les parties subsistantes de cette célèbre forteresse sont trop importantes pour qu'on n'ait pas cru devoir assurer la conservation de cet ensemble si pittoresque au-dessus de la claire petite rivière qui court à ses pieds. Elevé au xime siècle par Olivier Ier de Clisson, il fut profondément transformé d'abord à la fin du xive siècle par le fameux connétable Olivier IV de Clisson qui s'y retira après sa disgrâce lors de la folie de Charles VI, puis au xve, quand il passa dans la famille de Bretagne. Il se compose, comme le montre le plan ci-joint, des deux parties principales : le château, enceinte polygonale flanquée de trois tours dont les parties basses remontent au xime siècle et du massif don- jon rectangulaire défendu par une barbacane ; l'enceinte du xve siècle, à l'ouest de la première, qui comprend, outre le logis seigneurial, trois bas- tions dont l'un communique avec l'ancien cha- teau. La porte d'entrée du xve siècle, la grande cui- sine du xive siècle, l'oratoire dédié à sainte Barbe et ajouté au xvme, les dispositions intérieures encore parfaitement visibles font de ces ruines un des vestiges les plus intéressants de l'architecture mi- litaire de la fin du Moyen-Age. Elles font partie du paysage de la petite ville de Clisson, dont la municipalité a demandé avec insistance leur classe- ment, bien que le propriétaire s'y refusât. Jean VERRIER. Clisson. Plan d'ensemble du château

Page 7

[85] 15 OCTOBRE 1924 263 BULLETIN DES MUSÉES LA VIERGE D'ISENHEIM au Musée du Louvre On sait l’importance exceptionnelle de ce grand retable de Mathias Grünwald qui fait la gloire du Musée de Colmar. Il provient du couvent des Antonites d’Isenheim qui s’élevait jadis dans la plaine d’Alsace à quelques kilomètres de la petite ville de Guebwiller, et c’est du même couvent désaffecté par la Révolution et dont les œuvres d’art ont été dès longtemps dispersées que provient la belle vierge de bois qui vient d’entrer au Musée du Louvre. Elle avait été recueillie naguère par un amateur local, M. G. Spetz, dont la propriété accueillante occupait l’emplacement de l’ancien couvent et dont les goûts artistiques et les riches collections étaient bien connues en Alsace (1). M. Spetz étant mort pendant la guerre et ses héritiers résidant de l’autre côté des Vosges, les collections furent mises sous séquestre par l’autorité allemande, qui ne réussit pas, néanmoins, à les arracher au pays. On eut l’espoirance, un moment, que la ville de Colmar pourrait les acquérir dans leur intégrité. Mais l’opération ne réussit pas et les collections furent déposées à Sélestat, où, pendant quatre ou cinq ans, on put les voir à la Bibliothèque, sous la garde d’un excellent archéologue alsacien, l’abbé Walter, qui les présenta notamment en 1920 au premier congrès tenu par la Société Française d’Archéologie en Alsace reconquise (2). Mais les propriétaires continuaient leur poursuite de l’acquéreur global et rencontrèrent celui-ci en 1924 sous les espèces d’un antiquaire étranger qui s’empressa de disperser le Musée provisoire constitué à Sélestat. La Vierge était destinée à passer de l’autre côté du Rhin, comme la Vierge de Dangolsheim acquise avant la guerre par le Musée de Berlin à la vente Oertel. Une mesure préservatrice de l’Administration des Beaux-Arts la classa parmi les monuments historiques et empêcha son exode. Mais l’instance de classement prononcée d’urgence pouvait n’être qu’une mesure provisoire et précaire et une acquisition fut décidée de concert entre la caisse des Musées Nationaux et celle des Monuments historiques, qui concoururent par parts égales à payer la rançon assez lourde de la Vierge d’Isenheim que l’Alsace ne pouvait plus garder et qui viendra se joindre au patrimoine national français au Louvre. (1) Voir André Hallays. A travers l’Alsace. — Anselme Laugel, Biographies alsaciennes : Georges Spetz, Rev. alsacienne illustrée, 1900. (2) Congrès archéologique de France, 1920. La collection Spetz à Sélestat, p. 485, fig. La Vierge d’Isenheim. Bois. (fin du xv° siècle) (Musée du Louvre) La valeur, l’importance historique et artistique de la figure ont été depuis longtemps signalées et n’ont pas besoin d’être soulignées. M. Réau, dans son livre sur Mathias Grünwald (1), la classe au nombre des quatre ou cinq pièces hors pair de la sculpture alsacienne conservée. Il a mentionné également (p. 133) la commande faite vers 1475 à (1) Paris, Laurens, 1919, in-4°.

Page 8

BEAUX-ARTS Martin Schöngauer d'un retable à volets enfermant une figure de Vierge en bois sculpté qui doit être celle même qui nous occupe, plus ancienne donc, mais de même famille que les magnifiques sculptures du retable de Grünewald. Quelle est, au juste, cette famille? c'est ce que la critique historique pourra discuter à loisir, à présent que la pièce est en lieu sûr. Peut-on parler de sculpture alsacienne? de sculpture rhénane? La proximité des ateliers rhénans et souabes est très sensible; mais ceux-ci même, celui d'un Hans Multscher par exemple, sont en rapport plus ou moins direct avec les ateliers bourguignons. Le terme d'art rhénan paraît donc bien convenir à ces produits de la Lotharingie influencés par les diverses écoles à l'Est et à l'Ouest du Rhin. En tous cas, c'est certainement une œuvre qui prit naissance au pays d'Alsace, pour un couvent alsacien et par les mains d'un atelier travaillant sur place. Ajoutons que le morceau, avec son allure caractéristique, avec la virtuosité prodigieuse de sa draperie, le charme délicat du visage est très important. A tous ces titres, il importait qu'on ne put s'en parer comme d'un trophée à Munich ou à Berlin. Paul Vitry. MUSEE DU LOUVRE Objets d'art du Moyen âge, de la Renaissance et des temps modernes A une vente récente, la vente de la collection P. (partie de l'importante collection Jules Porgès), le département des objets d'art a fait l'acquisition d'un groupe en bronze du xvie siècle, provenant des anciennes collections de la Couronne. Il porte au revers, gravé sur un bouclier posé à terre, le numéro 281 de l'Inventaire des diamants de la Couronne et des bronzes du garde-meuble, dressé en 1791 par ordre de l'Assemblée Nationale. Ce bronze est ainsi décrit à cet inventaire: «Un groupe de Mars debout, qui regarde une Vénus assise sur un tronc d'arbre, en posture de s'enfuir, tenant de sa main droite un anneau ou cachet qu'elle porte à sa bouche.» Le sujet de ce groupe, dont le modèle nous est inconnu, n'est pas Mars et Vénus, mais Roger et Angélique, ainsi que le témoigne d'ailleurs l'inscription Rugieri e Angelica, gravée sur le sol, au milieu de la face du bronze. Tiré du Roland furieux de l'Arioste, le sujet nous représente la belle Angélique, reine de Cathay, que Roger vient de sauver du monstre marin qui allait la dévorer. Voulant échapper aux déclarations amoureuses de son sauveur, elle porte à sa bouche l'anneau magique qui va la faire dispa- raitre aussitôt devant Roger, consterné, impuissant à la retenir. Ce bronze doit dater du milieu du xvie siècle. Le style des figures ne semble guère se rapprocher ni des grandes sculptures italiennes, ni des petits

Page 9

BULLETIN DES MUSÉES bronzes de cette époque. Pourtant, nous pensons que ce groupe a été exécuté en Italie. Les corps des personnages, sans manquer d'élégance, ont des poses déhanchées et maniérées qui seraient plutôt d'un artiste des pays du Nord. Le groupe de Roger et Angélique pourrait être attribué à un des artistes flamands, travaillant en Italie au xviie siècle à la suite de Jean de Bologne, sur lesquels M. Corrado Ricci fait des recherches avec tant de compétence. Il viendrait augmenter le nombre de ces petits bronzes italo-flamands, réunis par le Dr Bode, parmi lesquels le plus séduisant est le groupe des deux femmes nues luttant (1), dont la collection Wallace à Londres (2), et celle de M. Jacques Reubell, à Paris, possèdent deux belles épreuves. Carle DREYFUS. Antiquités Orientales Dans le numéro du 15 juillet dernier, nous avons mentionné l'acquisition par le Musée du Louvre d'une tête d'art archaïque sumérien. Le département des antiquités orientales s'est depuis enrichi d'un buste de même style. Ces deux objets appartiennent à une école artistique dont aucune œuvre aussi importante n'était jusqu'ici parvenue jusqu'à nous. En même temps, le Musée du Louvre acquérait une statuette de 0 m. 20 de hauteur, représentant un chef de cité sumérienne, d'une conservation parfaite, remarquable spécimen de l'art de Sumer, 3.000 ans environ avant notre ère. Collections d'Orient et d'Extrême-Orient Le Conseil des Musées a voté l'acquisition d'un grand vase persan en faïence à décor floral stylisé. Il a accepté, d'autre part, le don par M. Vignier, d'une coupe en faïence de Rhagès à décor en lustre rubis et jaune; et de Madame la vicomtesse de Sartiges d'une coupé chinoise en faïence du ixie siècle. Peintures et dessins Le Conseil des Musées a accepté dans une dernière séance le don fait par la famille de BASTIEN-LEPAGE, de différents portraits dont un représentant l'artiste, par lui-même. Le Conseil a accepté également un legs fait par Mlle Janssen, de quatre peintures par J.-J. HENNER dont deux représentent le père de la donatrice, l'astronome Janssen, fondateur de l'observatoire de Meudon. (1) Wilhelm Bode. Die italienischen Bronzestatuetten der Renaissance, tome III, planche CCXVIII. (2) Wallace collection catalogues. Objects of art. London 1924, 594 case o, reproduit page 28. AU MUSÉE DE VERSAILLES Le 7 juillet dernier, à l'issue d'une réunion de la Société des Amis de Versailles, furent inaugurées deux salles nouvellement aménagées, au rez-de-chaussée du corps central du château, faisant suite aux pièces bien connues dans lesquelles sont exposés les portraits du xvime siècle. La première salle (n° 56 de la nomenclature du Musée), ancien vestibule de l’« appartement des Bains » sous Louis XIV, a gardé de sa destination primitive huit belles colonnes de marbre du Lan- L.-C. Vassé. Vénus et l'Amour (marbre) (Musée de Versailles) guedoc aux chapiteaux d'ordre dorique. Sur les murailles, cinq précieuses vues de Maisons royales ont été encastrées à la place de portraits de Maréchaux de France qui s'y étalaient jadis ; ce sont : les jardins et le château de Saint-Cloud retracés par Etienne Allegrain, au début du xviiie siècle ; le grand Trianon par P.-D. Martin le jeune; les pavillons et les jardins de Marly, œuvre du même artiste, d'une minutie précise et élégante ; enfin Vincennes et le Château neuf de Saint-Germain-en-Laye, par J.-B. Martin l'aîné ; ces quatre tableaux tous peints en 1724, pour la décoration de l’ « Hôtel du Grand Maître » à Versailles. Au milieu de la salle, se dresse un groupe de marbre : Vénus apprenant à l'Amour à tirer de l'arc, œuvre de Louis-Claude Vassé, commandée

Page 10

BEAUX-ARTS par les Bâtiments du roi vers 1755 (le complet paiement est daté de janvier 1761). Cette sculpture d'une grâce charmante, où se remarque la recherche d'une beauté pure et sobre, avait orné les parterres du joli pavillon de Louveciennes élevé pour la comtesse Du Barry. Saisi à la Révolution, avec de nombreuses œuvres d'art rassemblées par la favorite, le marbre fut placé dans les jardins de Saint-Cloud où il demeura jusqu'en 1872. Apporté alors à Versailles, il était resté oublié dans un magasin jusqu'à la veille de la guerre. La Société des Amis de Versailles a rendu possible l'exposition de cette belle sculpture en faisant les frais de sa restauration (bras gauche de l'Amour, main droite et pied gauche de Vénus) et du socle qui la supporte. La salle suivante (n° 57) où l'on voit quelques magnifiques panneaux de style Louis XVI réemployés, provenant de l'ancien appartement, a été particulièrement consacrée au groupement provisoire des différents portraits des membres de la famille de Séguir, légués successivement par le marquis Pierre de Séguir, de l'Académie française, et par le comte Louis de Séguir, mort au début de cette année, afin de rendre hommage à ces généreux donateurs des galeries historiques. Nous ne reviendrons pas sur l'importance du dernier legs qui a été énuméré ici même (1), dans lequel l'on remarque surtout les portraits de la comtesse L.-P. de Séguir, née Marie d'Agesseau : peinture par Mme Vigée-Lebrun (signée de 1785, exposée au Salon de cette même année) et buste sculpté par C. Monot (Salon de 1783). La salle a été complétée à l'aide de peintures datant du règne de Louis XVI, pour la plupart récemment acquises ou envoyées par le Louvre en ces dernières années parmi lesquelles nous citerons : les portraits de Madame Campan (pastel par J. Boze), du musicien Paesiello, par Mme Vigée Le Brun, des peintres Brenet, par Vestier (en 1786, Salon de 1787), Lagrenée l'ainé par Mosnier (1788), de Vien et de sa femme par Roslin, du médailleur Joseph-Charles Roëttiers (1692-1779) par Mme Vallayer-Coster (Salon de 1777), du dessinateur Moreau le Jeune, de Ducrueux par lui-même, enfin les deux petits ovales, dans lesquels Duplessis a réduit avec une élégante minutie les traits de Jacques Necker et de Suzanne Necker, acquis à la vente Bloch-Levallois (2). G. B MUSÉE GALLIÉRA L'hiver prochain, s'ouvrira au Musée Galliéra une exposition consacrée aux Arts du Livre. Orga- (1) Voir Beaux-Arts, 1er juin 1924, p. 161. (2) Voir la note consacrée à ces deux portraits dans le n° du 15 avril 1924. nisée avec le concours des associations de techniciens du livre, elle sera destinée à mettre sous les yeux du public des spécimens de l'édition courante et de l'édition de luxe et à faire connaître les plus récents procédés de l'impression et de la reproduction. MUSÉES DE LILLE Le 10 août dernier, la réouverture officielle des musées de Lille a eu lieu en présence de M. Cameau, secrétaire-général de la Préfecture et d'un grand nombre des notabilités de la région. Le docteur Bardoux, adjoint au maire, a retracé l'historique du musée au cours des circonstances tragiques de la guerre et a félicité le conservateur M. Théodore, et M. Arsène Alexandre, inspecteur des Beaux-Arts, d'avoir mené à bien la restauration du Palais des Beaux-Arts, gravement endommagé du fait de l'ennemi. Les Musées du Palais des Beaux-Arts sont ouverts gratuitement au public tous les jours : du 1er avril au 30 septembre, de 10 à 17 h. du 1er octobre au 31 mars, de 10 à 16 h. Ils sont fermés le lundi toute la journée et le samedi jusqu'à 14 h., pour le nettoyage des galeries. UN MUSÉE D'ART ANCIEN A BORDEAUX Une exposition d'œuvres d'art du xvie et du xvime siècle, tirées des collections particulières d'amateurs bordelais, inaugurée le 26 juin, resta ouverte jusqu'au 30 septembre. On y avait groupé des meubles, des tapisseries, des tableaux, des estampes, des bibelots de toute sorte, reliques charmantes des temps glorieux de Louis XV et de Louis XVI, qui furent le grand siècle d'art bordelais. Cette exposition inaugurerait le Musée où la ville de Bordeaux va réunir ses collections anciennes, jusqu'ici dispersées. Ce Musée sera installé dans une vieille demeure du xvime siècle, l'hôtel construit de 1775 à 1780 par le Conseiller au Parlement Pierre-Raymond de Lalande. Cet hôtel a été parfaitement adapté à sa destination nouvelle; on y a reconstitué des salons, à l'aide de très belles boiseries heureusement conservées, provenant des hôtels de Gasc, Dudevant et Ravezies. Le cadre faisait admirablement valoir les merveilles que l'on y avait réunies. MUSÉE ARCHÉOLOGIQUE DE BAVAY. On a inauguré en juillet dernier sous la présidence de M. Ad. Blanchet, membre de l'Institut, à Bavay (Nord), un musée archéologique composé principalement avec les résultats des fouilles exécutées par M. Maurice Hénault, archiviste de Valenciennes, et qui comprend de nombreux objets des époques nervienne et gallo-romaine.

Page 11

BEAUX-ARTS CORRESPONDANCE DE L'ÉTRANGER ESPAGNE L'Exposition nationale des Beaux-Arts de Madrid Cette exposition a lieu tous les deux ans ; c'est la plus importante manifestation artistique de l'Espagne. L'esprit de ce salon officiel s'est beaucoup élargi, on y a mis beaucoup de bonne volonté à encourager les talents les moins académiques; c'est probablement cependant la dernière exposition unique ; la prochaine connaîtra, sans doute, la scission qui sépara naguère le Salon des Artistes Français de la Société Nationale. C'est la peinture qui prime ; la sculpture est moins nombreuse et surtout très inférieure, quant à la qualité. On y voit cependant des ouvrages en bois polychrome très intéressants, d'une grande saveur de terroir, de deux jeunes artistes galiciens, visiblement inspirés par leur milieu provincial : Asorey et Bonomé le premier, plus suavement rustique, le second, plus tourmenté. La peinture ne comprend pas moins de cinq cent quatre-vingt toiles. Parmi les artistes consacrés, citons Hermoso, le peintre tendrement émotif des églogues de l'Estramadure, avec quatre toiles, dont deux sont des études de nus admirables; Lopez Mezquita avec des portraits sévèrement traités, et Joaquim Mir, notre premier paysagiste, avec ses orgies de lumière. Gutierrez Solana, qui obtint la première médaille au dernier Salon, ce qui prouvait l'impartialité du jury qui avait ainsi récompensé l'art le plus audacieux, n'a qu'une œuvre cette année: autour d'une table de fête, une réunion d'hommes fortement caractérisés. La solidité de la matière ferait penser à Cézanne, si l'acuité de vision et la robustesse du trait n'évoquaient une fois de plus le souvenir de Goya, toujours rappelé à propos de ce jeune peintre qui se révéla il y a quelques années à peine, fit scandale, est aujourd'hui considéré, même par ses détracteurs, comme un des représentants les plus autorisés de l'art espagnol, et triompha à l'exposition espagnole de Londres. Ramon de Zubiaurre, dont la découverte n'est plus à faire, et qui, pour la première fois, expose sans son frère Valentin, présente également une seule toile : un marin basque détachant en un geste d'épopée, sur une mer et un ciel magnifiquement stylisés, la silhouette, quasi légendaire, de Shanti Andia, le « marin téméraire » de Pio Baroja. Et puis Vazquez Diaz, toujours inquiet, toujours chercheur, avec des portraits qui — l'un surtout, d'un moine en noir et blanc — tâchent de fondre les apports du néo-impressionnisme dans la tradition la plus classique, et Gustavo de Maeztu, le décorateur aux tonalités d'une richesse métallique, qui, avec des portraits encore, s'astreint à envelopper le caractère de ses modèles dans une splendeur qui leur convienne. Sans vouloir faire ici une énumération de catalogue, citons pour finir, parmi les œuvres des jeunes déjà célèbres, les pastorales de Nicanor Pinole, toutes baignées de la fraîcheur de leurs Asturies, avec leur exquise délicatesse de GUTIERREZ SOLANA. Le Retour d'Amérique tons, et les enfants, si lumineux, si immatériels, d'une personnalité si accusée, de ce grand poète qu'est Cristobal Boniz. Enfin les paysages de Gregorio Prieto et de Gosé Frau. A la gravure, il convient d'admirer les eaux-fortes de Castro Gil, qui sait rendre l'émotion des vieilles cités et des vieilles pierres, et, à l'architecture, réjouissons-nous, devant les projets de Menendez Pidal, de voir tout le parti qu'on peut tirer, avec un esprit bien moderne, des anciens styles et des styles régionaux. Margarita Nelken. CHRONIQUE MUSICALE L'évolution de l'opérette Il n'y a point de genres inférieurs. Une bonne opérette demande à son auteur, sinon une période d'incubation aussi longue, du moins une technique, une application, un toucher aussi complets, que ceux qu'exige l'opéra le plus sérieux. La belle Hélène, La fille de Madame Angot ou Véronique