Excerpt

First pages of the volume, freely accessible.

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ART et INDUSTRIE ROBERT FALLOT - DÉCEMBRE 1935 — XIe ANNÉE RUE MONTAIGNE LE N° 8 FRANÇOIS

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LE CHOIX DE SON MAITRE DRY MONOPOLE (Brut) 1928... LA GRANDE ANNÉE !

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ART ET INDUSTRIE VOUS CONSEILLE D'ACHETER VOS CADEAUX chez NOTRE REPRODUCTION DE LA CARTE DE L'AFRIQUE ANCIENNE POUR DÉCORATION A BEAUCCUP INTÉRESSÉ NOS ABONNÉS. NOUS DONNONS AUJOURD'HUI UNE REPRODUCTION D'UN PLANISPHERE MODERNE DE 2 MÈTRES SUR 1 MÈTRE, TRAITÉ EN ANCIEN, QUI JOINT A L'AGRÉMENT DES YEUX UNE DOCUMENTATION PRÉCIEUSE POUR NOTRE ÉPOQUE. LA REPRODUCTION EN DONNE QU'UNE IDÉE ÉLOIGNÉE DU COLORIS ET DE LA PATINE DE CETTE CARTE. GIRARD ET BARRÈRE GÉOGRAPHES 17, Rue de Buci — PARIS

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--- L'HIVER AUX PYRÉNÉES ---

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AD ET INDUSTRIE MAX FOURNY, DIRECTEUR --- DÉCEMBRE 1935 GALERIE D'ART ET INDUSTRIE --- LE CHATEAU DE BELOEIL --- CHEZ M. CHALAS, A NEUILLY --- LE PIANO DANS LA DECORATION --- AU SALON D'AUTOMNE --- CHAMBRE D'ENFANT CHEZ Mme DE VERGIE --- RATIONALISME ET DECOR --- LE RETOUR A LA COURBE --- LES LIVRES --- RELIURES --- CHALET SAVOYARDS --- L'APPEL DE LA NEIGE --- SPORTS D'HIVER EN ITALIE --- LA MODE --- CONRAD KICKERT --- FRESQUES D'ISPAHAN --- LE TROCADERO --- L'ART MODERNE DE L'ECLAIRAGE AU SERVICE DES TRANSPORTS --- INFORMATIONS --- SOCIÉTÉ ANONYME AU CAPITAL DE 2.000.000 DE FRANCS 5, RUE MONTAIGNE, PARIS (8°) TEL.: ÉLYSÉE 90-24 ET 90-25 --- COMITÉ D'HONNEUR MM. Pierre BENOIT, de l'Académie Française; Jacques-Emile BLANCHE; Jean CASSOU; Henri CLOUZOT; Jean COCTEAU; Mme L. DELARUE-MARDRUS; MM. Jean GIRAUDOUX; C. GRONKOWSKI; G. JANNEAU; Charles LOUPOT; Camille MAUCLAIR; Auguste PERRET; Léon RIOTOR; Jean SARMENT; Mme Marcelle TINAIRE. PARAISSANT LE 15 DE CHAQUE MOIS LE NUMERO : 8 FRANCS — ÉDITION DE LUXE : 20 FRANCS ABONNEMENT FRANCE ET COLONIES, 70 FRANCS UNION POSTALE : 100 FRANCS - AUTRES PAYS : 120 FRANCS Édition de luxe. Abonnement : 200 francs. Étranger : port en plus. Tous droits de reproduction réservés pour tous pays. Copyright, Décembre 1935, par Art et Industrie.

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ART ET INDUSTRIE ouvrira, fin janvier prochain, une vaste galerie d'art. 65, Champs-Élysées. Nous avons pensé que cette Revue, s'intéressant à tant d'artistes et aussi à tant d'artisans, se devait de compléter la documentation qu'elle présente chaque mois par des expositions. Nous nous efforcerons que cette galerie devienne le reflet fidèle d'ART ET INDUSTRIE et nous ajouterons ainsi aux joies de l'esprit celles plus directes des yeux. Notre première exposition sera consacrée à des dessins inédits du sculpteur Bourdelle.

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LE PRINCE DE LIGNE LE FELD-MARÉCHAL PRINCE DE LIGNE (1735-1814). ET LE CHATEAU DE BELOEIL Le prince Charles-Joseph de Ligne, que l'on a pu appeler avec raison le « prince de l'Europe française », est le plus frappant et le plus brillant exemple de ce cosmopolitisme des grands seigneurs et des grands voyageurs d'autrefois, partout à leur aise à l'étranger, habitués des grandes et des petites cours d'Europe et y respirant cet « air de France » qu'avait su répandre au loin, depuis le règne du Grand Roi, le rayonnement suprême de la cour de France. Né en 1735, à Bruxelles — l'on y a fêté cette année le bicentenaire de sa naissance —, le prince de Ligne passe toute son enfance au château ancestral de Beloeil, dans le Hainaut. Peut-être est-ce à cause d'une certaine mésentente avec son père que Charles-Joseph prit de bonne heure le goût de la liberté et des voyages : son service à l'armée et à la cour, au surplus, l'y poussait assez et l'entraînait loin de Beloeil, à la cour de Vienne et en Autriche. Néanmoins, Ligne garda toujours un grand attachement à cette terre, tant embellie déjà au cours des derniers âges. Au XVIIe siècle, le prince Henri-Ernest avait achevé de moderniser l'habitation, reliant par de nouveaux corps de bâtiments les antiques tours du XVe siècle. Puis, au siècle suivant, le prince Claude-Lamoral, père de Charles-Joseph, construisit des communs symétriques en bordure de l'avant-cour, coiffés de toitures à la Mansart. C'est alors que les jardins prirent leur forme à peu près définitive, et c'est au prince Claude-Lamoral qu'il faut en donner tout l'honneur. Ils furent dessinés et achevés dans le second tiers du XVIIIe siècle, sous la direction de l'architecte Chevotet. Nous pouvons en admirer encore toute la somptuosité, que tempère un si grand charme, rarement associé à tant de majesté. L'œil, comme il convient pour un jardin à la française, saisit dès l'abord l'ensemble de ces jardins. Le « Grand Lac », pièce d'eau de près de 10 hectares, les sépare en deux parties égales, entièrement entourées de canaux. Ainsi qu'au temps du prince, « il y a beaucoup de bassins, des charmilles superbes, ni fatigantes, ni fatiguées comme ailleurs ; des berceaux à l'italienne, des berceaux magiques, d'autres très nobles, un cloître charmant autour d'une pièce d'eau, des salons de gazon ; des corbeilles de fleurs, avec une petite forêt de rosiers en quinconce : tous les chemins sont verts et percent la forêt qui tient à mon jardin » ; et partout les plus belles eaux du monde, vives, pures, limpides, communiquant toutes entre elles. « Deux cents arpents sont l'étendue de mon terrain », dit encore Ligne. Tout cela est la vérité même, et il faut y ajouter, dans les cantons de gauche, une charmille formant allée couverte, puis une curieuse « rivière à la grecque » — quatre bras d'eau disposés en croix — et encore, au delà, des bassins où jaillissent des sources d'eau vive. LA GRANDE PIÈCE D'EAU DU CHATEAU DE BELOEIL.

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L'ENTRÉE, VUE DU CHATEAU. En face, sur l'autre rive de la grande pièce d'eau, le « cloître charmant » mérite son nom et son qualificatif, c'est le plus joli bosquet de Belœil : autour de l'eau calme d'un bassin se dessine une sorte de cloître de verdure dont des plants de charme, recourbés, marquent à chaque travée la nervure des voûtes qui contredit le passé et la volonté de ses agencements. Les charmilles de Belœil sont d'ailleurs célèbres, et celles qui bordent la grande perspective centrale — laquelle, au delà du canal de clôture, se prolonge encore d'une lieue —, offrent un encadrement magni- L'ENTRÉE. et les arcs-doubleaux ; deux petits murs bas de charmille cantonnent cette architecture végétale. Nous souhaiterions beaucoup, à ce propos, que l'on respectât scrupuleusement ici la tradition de jadis, c'est-à-dire que l'on ne fit point grimper des rosiers sur cette architecture végétale, qui se suffit à elle-même ; c'est là une rupture d'harmonie flagrante et fiquement discipliné au groupe qui termine la pièce d'eau : c'est la statue de Neptune, accompagné d'Éole, d'Aquilon, de monstres et de chevaux marins, œuvre d'Henrion, un élève de Pigalle (1761). Ce fut là le couronnement de l'œuvre pour ce qui regarde les jardins à la française. Les jets d'eau actuels sont des adjonctions de nos jours... CHARMILLES ET RIVIÈRE BORDANT LE PARC.

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L'on sait quel parfait amateur de jardins fut le prince Charles-Joseph. Il l'a, au reste, supérieurement prouvé en écrivant cet étincelant et judicieux Coup d'œil sur Belœil, véritable grammaire des jardins, ouvrage dans lequel, au surplus, sont décrits et jugés avec infiniment de clairvoyance quantité d'endroits, tant en France qu'à l'étranger, à la suite du tableau complet des jardins de Belœil. Il était tout naturel que Ligne, à cette époque, versât dans l'anglo-manie si fort en honneur. Aussi déclare-t-il que son cœur est « pour l'irrégulier ». Il n'en aura que plus de mérite en ne sacrifiant à la nouvelle mode des jardins pittoresques qu'une petite partie de jardin, au nord-ouest, celle qui lui semble « la plus froide et la plus régulière », et qui se terminait par un vertugadin. Mais déjà, entre les bosquets et le fossé d'eau qui les borde dans la partie gauche du parc, il avait, avec une adresse incomparable, introduit ce sinueux et charmant « Rieu-d'Amour », souple ruisseau qui longe habilement les salles de verdure magnifiques et disciplinées, dont un sentier qui longe sa rive lui permet la vue sans que pour cela il soit aperçu d'elles. Ainsi Ligne infusait-il un jeune sang à la race hautaine des jardins français. Pourtant, c'est au jardin du Vertugadin dont nous avons parlé nord-est du château. C'est là, dans cette île, décorée d'un « bain à la russe », que, le matin il venait lire : « Mon bateau volant retiré me sauvaît des importuns », écrit-il. Des fragments viennent précisément d'être retrouvés au cours de travaux de jardins en cet endroit. Quantité d'animaux peuplent les eaux, les enclos ou les volières : cygnes, canards, daïms, oiseaux de toutes sortes, abeilles, etc. Dans le « village tartare » s'ébattent des « chevaux à crinière blanche tombant jusqu'à terre », des gazelles et des « moutons à toison pendante ». Il a osé « hasarder du gazon partout », et ses moutons seront « ses jardiniers ». Une biche apprivoisée le suit lorsqu'il va à cheval ou bien nage derrière son bateau. Ainsi le parc s'anime-t-il de tous les divertissements, car Ligne lui a donné la vie. Il pourra écrire que la gloire de ce domaine « digne, noble, majestueux », était due à son père, et qu'il en avait autant « que d'avoir fait un poème épique ». À cela l'on peut ajouter que, grâce à Charles-Joseph et à ses jardins de la Nature, la plus délicieuse idylle est venue s'y joindre. Hélas ! Voici 1789 et les guerres de la Révolution qui submergent la Belgique. Ligne devra quitter tous les charmes de ces lieux que Ligne fait ses armes définitives en matière de jardins anglais. Avant de partir pour la guerre contre les Turcs, en 1787, il fait dresser un plan en relief avec de la terre glaise et de petits branchages, sur une table de 25 pieds de longueur; le modèle trouvera cinq ans après son accomplissement sur le terrain. Une rivière serpente dans un vallon riante, plein d'ombrages, de gazons et de fleurs. Le temple de Morphée, entouré d'un péristyle, se dresse « au milieu d'un jardin de pavots », comme il sied. Ligne a composé aussi sur une petite butte une « ruine » à la mode du jour ; c'est un temple à la romaine, tout en marbre, qui paraît écroulé et qui domine une cascade en trois chutes ; « il n'y a presque point un morceau de marbre que je n'aie changé dix fois, pour être sûr que chacun fait de l'effet », écrira-t-il dans une édition future du Coup d'œil (1795). Le monument le plus touchant que l'on verra dans ces jardins sera l'obélisque que le prince de Ligne élèvera à la mémoire de son fils Charles, tué dans un combat en Champagne en 1792. Voilà donc les trois « fabriques » que l'on voit encore dans le jardin pittoresque de Belœil ; Ligne en avait projeté d'innombrables, dont quelques-unes, exécutées sans doute en matériaux périssables, furent éphémères. Un plan conservé à Belœil montre les plus importantes d'entre elles. Un peu plus loin, l'on voit cette « isle de Flore » qui tenait tant au cœur de Charles-Joseph ; il l'avait dessinée avec amour, au enchantés qu'il avait tant embellis, ornés, peuplés. Il ne reverra jamais son Belœil et se retirera soit à Vienne, soit, tout près de là, à son refuge du Léopoldberg. Certes, sa place était enviable à la cour de Vienne et dans la société de l'époque, qui lui faisait fête comme à l'un des hommes les plus spirituels de son temps. Mais, dans ses Mémoires, il exhale tout son regret, pourtant dénué d'amertume, et, s'il se sent désabusé, il garde pourtant une belle sérénité. Il finira ses jours à Vienne, en 1814, pendant le fameux Congrès, chargé d'ans et d'honneurs, feld-maréchal d'Empire depuis 1808 et capitaine des trabans de la Garde, recherché comme toujours par tout ce qui passait de marquant à la cour de l'Empereur, et particulièrement au moment où s'élaborait le statut de l'Europe nouvelle. Nous avons dit déjà que les jardins de Belœil étaient demeurés pour ainsi dire intacts, privés seulement de quelques fabriques éphémères du jardin pittoresque. Ils sont toujours l'objet des soins les plus attentifs. Quant au château, détruit par un incendie en 1900, il fut rebâti en 1906 par feu S. A. le prince Louis de Ligne, qui y replaça les inestimables souvenirs de la maison de Ligne et les œuvres d'art qui le décoraien jadis et qui avaient heureusement échappé au désastre, en totalité, grâce au dévouement de la population de Belœil. Ernest de GANAY.