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ART & INDUSTRIE SOMMAIRE: L'Art Rustique Français. --- C. de Danilowicz. --- Monographies d'Art Asiatique. --- A. de Pouvoirville. --- Le Künstlertheater de Munich. --- René Prévot. --- 40 pages 65 illustrations 4e ANNEE SEPTEMBRE 1912

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L'Art Rustique Français L'Art Provençal D'après une étymologie du Comte de Villeneuve (1) le nom des Ligures proviendrait de gour, en ligurien : lagune, donc « habitants des lagunes ». Remarquons en passant que une des douze pierres formant le rational d'Aaron s'appelle « ligure » (2). Il est plus que probable que les Ligures sont une branche des Ambrons, dont une famille, les Umbriens furent la plus ancienne nation de l'Italie dont, d'après Pline, les Étrusques conquièrent et envahirent plus de trois cents villes. On retrouve encore des traces des oppidiums ligures aux murs en pierre sèche, comme le Castellar près de Cadenet, à Cordes, aux Beaux et à Costa-Péra, enfin à Romany près de Saint-Remy. Les Ligures se divisaient en plusieurs tribus : les Ligyes, Salyes, Tricolli, Dexeviates, Anatilii, Avatici, Commonii (d'après Ptolomée, la même tribu semble être appelée Sysbrigii par Justin) et les Albiciates. La côte jusqu'à Fréjus était le domaine des Commonii, jusqu'à l'établissement des Phocéens. La Basse-Crau était habitée par les Anatolii, au Nord se trouvaient les Salyens, dans la Haute-Crau les Désuviates, sur le penchant septentrional des Alpilles les Salvii, dans la vallée de l'Arc les Salluvii. Le Comte de Villeneuve prétend que les populations de la Basse-Provence, qu'il désigne sous le nom de race provençale, ont une prépondérance de sang ligure. Les Tyriens, qui de tous temps sillonnaient sur leurs barques la Méditerranée qu'ils finirent par considérer comme leur propriété, arriverent enfin sur les rivages de la future Provence. Ils apportèrent de l'Orient le bronze et l'ambre qu'ils cherchaient sur les rivages lointains de la Baltique. C'est ici que se place le mythe d'Hercule allant combattre les Ligures qui tombent ensevelis sous une pluie de pierres rondes que leur envoya Zeus pour sauver le héros. Or il y avait, en Grèce, plusieurs Hercules, et son origine est chananéenne : celui dont il est question est l'Hercule-Melkarth (ce qui, dans l'écriture grecque, se justifie fort bien par une assonnance complète). Hercule-Melkarth fut le héros colonisateur phénicien et sa légende passa dans la mythologie grecque avec ses autres exploits. Les Phéniciens établissent des comptoirs, voguent sur le Rhin. --- (1) COMTE DE VILLENEUVE, Statistique des Bouches-du-Rhône. 1821. (2) Exode. Ch. 28 v. 19. --- BASSINOIRE EN CUIVRE AVEC MANCHE SCULPTÉ EN BOIS L'Art Rustique Français. — Fasc. 3.

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CUILLÈRES EN BOIS DONT UNE DOUBLE ET PLIANTE AVEC UNE FOURCHETTE, CUILLÈRE EN CORNE En l'an 600 avant Jésus-Christ les Phocéens, grecs de Phocée, partent en expédition. Selon la tradition chaque année un contingent de la jeunesse grecque, le surplus de la population, partait pour de lointaines terres, pour y établir des colonies liées toujours avec la mère patrie. Le chef de l'expédition, Protis s'embarqua avec une femme, une prétresse Aristarchi que l'oracle désigna, et emporta avec lui le feu sacré. Et Massalia ou Marseille fut fondée, par Protis et ses descendants issus de son mariage avec Gyptis, fille de Nanos, rois des Ségobriges. A ce moment les restes des Ibères habitent le pays jusqu'au Rhône, après ce fleuve les Ligures le peuplent jusqu'à Gênes. Aux confins du fleuve les races se mélangent et nous donnent les Ibéro-ligures qui avec les autres nations forment la grande confédération des Salyens, dont une partie des Ségobriges habitaient les montagnes. Citons enfin parmi ces peuples les Cavari, les Volkes Arecomices et Tectosages. Les Massaliotes étendirent peu a peu leur occupation : ils fondèrent Nice et Antibes. Puis arrivent les Gaulois, qui paraît-il tout d'abord, traverseront seulement le pays en allant en Italie et finirent par le conquérir vers 280 avant notre ère. Ils étaient la tribu dominante de ces Celtes qui envahirent bientôt presque toute la France future. Les Massaliotes pendant une guerre avec les Ligures appelèrent à leur secours les Romains. Et le grand empire ne manqua pas l'occasion de garder la riche proie qui s'offrait presque d'elle-même. Bientôt la Provence devient la Provincia Gallica de l'Empire romain, puis sous César elle change de nom et reçoit la dénomination de Gallia Narbonensis. Les barbares se ruent enfin dans cette contrée : d'abord viennent les Vandales, puis les Hérules, les Burgondes, les Alains, les Wisigoths et enfin les Francs. Les Sarrazins dévastent et pillent à plusieurs reprises la Provence et de tous ces peuples qui passent et repassent quelque chose reste dans le sang de la nation.

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De Villeneuve veut voir en Provence trois races : la race provençale ou de la Basse-Provence avec une dominante de sang ligure ; la race marseillaise, issue du sang grec (avec cependant des tribus des Arbiciens, au caractère et au type physiognomonique plus sauvage, habitants des montagnes de Saint-Cyr, de Roquefort et des penchants de la Baume, race aussi plus virile). Et enfin la race Arlé-sienne. Quoi qu'il soit, la Provence fut le théâtre d'une extraordinaire fusion de races : aux anciens habitants autochtones s'ajoutent les Ibères, puis les Ligures, puis les Phéniciens, les Grecs, les Celtes, les Romains, les Germains, les Sarrazins enfin. Et malgré tous ces mélanges la Provence nous donne un spectacle unique dans son genre, dans la beauté très pure des femmes de la région d'Arles. Est-ce parce que dans cette ville et dans ses environs l'influence du sang grec fut très importante, est-ce la force et la pureté de la race hellénique qui laisse ses traces triomphantes à travers les siècles — toujours est-il que les femmes d'Arles présentent deux types : l'un purement grec, fin, subtil, au profil de déesses que nous admirons dans les marbres de Praxitèle — l'autre un peu plus fort, celui qu'on retrouve au Transtavere et dans la campagne romaine. Enfin on trouve par ci, par là, des femmes au visage plus bronze, plus anguleux de lignes qu'on prétend reporter à l'influence du sang sarrazin. Mais au point de vue anthropologique un autre phénomène frappe l'observateur : c'est l'absence de ce type grec ou romain chez l'homme. Le provençal n'a rien de particulier dans ses traits ; il est plutôt petit, quelconque et réalise rarement le type du bel homme, laissant à la femme la gloire de régner par sa beauté. UN CALANDE ET UNE MOUCHETTE

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L’art rustique provençal est incontestablement riche, varié et présente ce précieux avantage pour le chercheur qu’il s’est conservé en grande partie jusqu’à nos jours à peu près intact. Seulement l’art rustique provençal, tel que nous le voyons aujourd’hui n’est vraiment traditionnel et ancien que dans quelqu’un de ses branches. Certains pays, comme certaines contrées seulement, gardent jusqu’à nos jours, soit dans le costume ou ses parties distinctes, soit dans la forme ou le décor de certains objets d’usage familier un cachet séculaire et particulier qui remonte parfois à l’origine des siècles et dont les témoins similaires se retrouvent jusqu’à dans la préhistoire. La Provence, comme toute la France d’ailleurs, eut à subir tant de contacts étrangers, l’évolution du grand art des villes pénètre si facilement dans ses foyers les plus humbles que son art rural reflète quand même les grands courants de l’art en général. Cependant parci, par la, nous trouverons dans ce bref inventaire de l’art rustique provençal quelques types de décor dont nous pourrons proclamer la haute et réelle antiquité. La remarque que je viens de faire s’applique tout d’abord au costume. Celui que les Arlésiennes, car c’est seulement les femmes qui le portent encore, revêtent actuellement pour rehausser encore leur grâce et la belle dignité de leur port, est d’origine assez récente, issu par évolution des costumes d’antan qui eux, a leur tour, furent presque toujours une légère variante du costume courant, ordinaire, de l’époque donnée. Il n’y a, a part une légère exception, (le chapeau plat qu’on retrouve encore a Menton), rien de spécialement caractéristique dans le costume provençal, rien qui se soit transmis d’une époque lointaine, rien qui nous donne des vestiges d’un décor, d’une broderie particulière, comme cela se trouve encore en Bretagne. Les plus anciens ancêtres des Provençaux, les Ligures, se vétissaient de peaux de bêtes; comme les Gaulois ils ont probablement porté la braie (pantalon), une chemise bariolée et une casaque. Chez les pauvres cette casaque était remplacée par une peau de mouton ou une espece de couverture, le linn ou lenn. Puis vient le costume grec et gallo-romain. Sa seule survivance est peut-être ce voile de mousseline blanche qui recouvre la coiffe et tombe jusqu’à la ceinture, et, qu’on porte encore aux enterrements, aux processions. Puis le costume suit l’évolution générale : au xviiie siècle nous voyons cependant une mode spéciale qui se crée.

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BOITE SCULPTÉE La tête des femmes s'entoure d'une coiffe légère qui se noue sous le menton et qu'on nommait le pluchon. Sur le corps du corsage en pointe en étoffe brochée vient le droulet, sorte de petite casaque aux manches allant jusqu'aux coudes et terminée par derrière par des pans étroits et très longs. Le droulet était confectionné souvent en soie de couleur unie: saumon, noir, rose, marron, puis doublé de soie rose; les jupes en broche et en soie aux tons changeants avaient souvent des grands ramages. Enfin une mantille à capeline complétait le costume. Quand aux chapeaux nous trouvons le modèle unique de ce chapeau plat avec le centre relevé régulièrement en cône, qu'on retrouve encore aujourd'hui aux environs de Menton. Puis peu a peu le costume change: il devient plus sobre, plus pur de lignes aussi et nous arrivons lentement à ces corsages noirs ou de couleur qu'enjolive la fraîcheur blanche du fichu qui entoure les épaules, laisse a découvert la gorge. GLACE, TABATIÈRE, NAVETTE A FIL

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LANDIERS, GRIL, TARASQUE POUR COUVRIR LES CENDRES, CHENETS

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DEUX BATTOIRS A LINGE La coiffe entoure la tête d'une large bande de rubans sous laquelle éclate la blancheur d'un tulle ou d'une dentelle. Puis cette coiffe se rétrécit : elle découvre les oreilles, monte plus haut et prend enfin vers 1850 seulement l'aspect que nous lui connaissons aujourd'hui. Cette coiffure si belle finit par être un petit cône où les cheveux enroulés autour d'un grand peigne servent de support et qu'on entoure d'abord d'une coiffe blanche sur laquelle vient se poser le ruban noir, souvent broché. Il est intéressant à ce propos de relever l'assertion témeraire de l'auteur d'une théorie sur la survivance du culte solaire dans les coiffures féminines (i) qui a voulu voir dans le cône de la coiffe actuelle des femmes d'Arles une descendance lointaine du culte phallique ! Parmi les accessoires du costume les rubans jouent un rôle important : « li riban di dansarello » dont le Musée d'Arles possède ainsi que des différents costumes une fort importante collection. Ces rubans très riches en couleur sont en velours ramagé de grandes et belles fleurs aux tons éclatants. A Sainte-Agathe, il y avait des fêtes où l'on dansait pendant huit jours, depuis l'aube jusqu'à minuit. A l'entrée du bal s'installait un marchand de rubans et chaque jeune homme achetait un ou plusieurs rubans pour sa fiancée ou sa bonne amie. Le ruban devait avoir trois mètres de longueur et coûtait de cinq à six francs au moins. BATTOIR A LINGE AVEC LA ROUELLE ET LE DRAC (i) G. GAGNIER, Survivance du culte solaire dans les coiffures féminines, Paris-Saint-Brieuc, 1912.

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TROIS VIEILLES LANTERNES La grande joie et la grande gloire de toute jeune fille était d'être richement « floquée ». Avant de quitter le village le ménestrier conduit par l'abbé de la jeunesse passait dans les maisons des danseurs et partout on lui donnait « un ristun » c'est-à-dire une poignée de chanvre finement cardé. Ce genre de rubans a presque complètement disparu : nous avons cependant au Muséon Arlaten quelques matrices en bois servant à l'impression de certains rubans, ainsi que des fichus en indienne très prisés dans le vieux temps. Les bijoux provençaux sont assez variés, c'est d'abord les pendentifs en or incrustés de pierres fines et qui présentent plusieurs formes spéciales, entre autres le Saint-Esprit que nous retrouverons comme bijou principal en Auvergne et au Cantal. Parmi ces bijoux certains affectent la forme du « cœur vendéen », c'est-à-dire d'un cœur surmonté d'une couronne ou d'une petite croix. Ce bijou fréquent et très caractéristique pour la Vendée et le Poitou a son semblable parmi les bijoux en laiton des montagnards de Tatry (dans les Karpathes de la Galicie Polonaise) et dont l'origine remonte à certaines formes de l'âge du bronze. Puis c'est la croix de Malte ornée de pierres, les belles épingles pour attacher les rubans des coiffes ; les bagues en verre filé de toutes couleurs semblent être plus particulières au pays. Mais le bijou le plus caractéristique est assurément le coulas, bracelet en or ou argent composé d'une pièce de métal aux bouts en anneaux faisant nœud coulant. Ce bijou paraît avoir une origine celtique.

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Ajoutons à cette rapide nomenclature les chaînes en or, en petites perles enfilées et formant des cordons d’un centimètre de large et qui rappellent si vivement les travaux analogues des femmes ruthènes de la Galicie Orientale (Empire d’Autriche). A cette catégorie d’objets je crois pouvoir rapporter également les beaux étuis pour aiguilles à tricoter (li fielous) tantôt en métal finement gravé et parfois filigranné, tantôt en bois sculpté avec soin et élégance, tantôt d’un art plus fruste avec des éléments décoratifs géométriques. La maison provençale a un aspect bien particulier. Le mas ou ferme avec ses toits presque plats présente d’habitude un grand rectangle fermé par de lourdes et solides bâtisses. Dans la région où souffle le mistral la maison doit avoir une orientation spéciale (1) Il faut se garantir contre son impétuosité et contre le froid qu’il apporte, aussi les maisons ont une orientation nord et sud avec une légère inflexion vers l’est. De cette façon la façade du midi est à l’abri du vent. Dans les maisons isolées des plaines toutes les ouvertures sont disposées au midi. Les champs, les cultures sont protégés par une ligne de cypres qui servent à rompre la force du vent. Les cabanes des bergers et des gardiens de manades de la Camargue sont surtout très intéressantes. Elles sont construites de façon à ce que l’axe de la longueur soit toujours dans le sens du vent. Il n’y a qu’une façade maçonnée, c’est celle du midi. Le toit avec une forte pente est composé de treillis de jonc. Le mobilier présente beaucoup de (1) Pierre LANERY d’ARC, Maisons-types de Provence, Angers 1894. --- GRANDE ARMOIRE PROVENÇALE --- L’Art Rustique Français — Fasc. 4.