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ART & INDUSTRIE V. Prove 1918.

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L'Art Décoratif au Salon d'Automne RAIMENT, on ne saurait trop louer l'initiative prise cette année par le Salon d'Automne et son président, M. Frantz Jourdain, qui nous a dotés d'un salon presque entièrement consacré à l'art décoratif. Certes, la peinture a sa part au Grand Palais. Mais elle a eu le tact courtois et confraternel de se restreindre et de céder de larges espaces aux architectes, aux meubliers, aux tisseurs d'étoffe, et à tous ornemanistes. Ce n'est que justice. L'art décoratif, pour l'ordinaire, est considéré dans les salons, officiels ou indépendants, comme un parent pauvre, comme un paria. On reçoit les sculpteurs sur bois et les architectes du lit ou du fauteuil, parce qu'on ne peut guère faire autrement depuis que Dalou et Roger Marx, il y a tantôt vingt années, ont fait prévaloir le principe de leur admission au Grand Palais, mais on les hospitalise de mauvaise grâce. Ils sont tenus pour des exposants de qualité inférieure par les fabricants de vignettes picturales et les anecdotiers de l'intimisme ou de la bataille navale. Les « artistes » affichent un mépris hautain et sot plus qu'à demi pour ceux qu'ils appellent les artisans. Comme si le titre d'artisan n'était pas un des plus nobles que puisse et doive revendiquer l'artiste digne de ce nom ! SALON D'AUTOMNE 1910 LA FILEUSE ET L'ANE TAPISSERIE AU COTON MME F. MAILLAUD Novembre 1910. — L'Art Décoratif au Salon d'Automne. — Fasc. 1.

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Pensez-vous que les ciseleurs, les orfèvres de la Renaissance, ou les lambrisseurs, mouluriers ou bronziers du XVIIIe siècle n'étaient pas — étant des artisans — les plus exquis et les meilleurs des artistes! Benvenuto est-il inférieur à Lippi et Gouthière à Lancret? Ce préjugé puéril de la hiérarchie des arts, de la classification en arts majeurs et arts mineurs, le Salon d'Automne s'en est excellemment libéré. On sait comment naquit le projet d'une exposition franco-munichoise d'art décoratif en octobre 1910. Rappelons-en les péripéties. En 1905, Jeanès, qui connaissait les travaux des allemands, décida son ami, Victor Prouvé, a l'accompagner à Munich. Toutes les portes s'ouvrirent pour eux. Une organisation admirable leur fut révélée. Ils rapportèrent à Nancy le sentiment que nous étions devancés, et de loin, dans l'enseignement technique des arts; et dès lors, on s'inquiéta de regagner le retard. En 1908, une délégation d'artistes, d'ornemanistes, d'hommes politiques et de critiques d'art s'en fut à Munich, conviée a examiner les travaux importants des techniciens bavarois, et a participer aux travaux du « Deuxième Congrès de l'Union provinciale des artisans d'art ». La délégation fut surprise — surprise et effrayée — de l'essor formidable pris par les arts du bois et du métal, dans la cite des bords de l'Isar. SALON D'AUTOMNE CHAMBRE DE MALADE J.-M.-E. AUSSEUR 1910 MODÈLE EXÉCUTÉ POUR L'HÔPITAL PRIVÉ DE MELLE CHAPTAL

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Les rapports adressés au Conseil municipal de Paris par les membres de la délégation parisienne témoignent de cet étonnement. Et les mêmes sentiments furent exprimés l'année d'après, lors de la tenue du « Troisième Congrès de l'Union provinciale » à Nancy. M. Prouvé, président de l'Ecole de Nancy, prononça à cette occasion, à l'Hôtel de Ville nancéien, en juillet 1909, une allocution saisissante d'où nous détachons ces lignes significatives : « Les artisans bavarois ont réalisé un grand effort, donné un grand exemple, dont nous demeurons émerveillés... Nous avons constaté à Munich que toutes les réformes effectivement acquises aujourd'hui, relativement à l'éducation artistique et aux métiers, sont intimement liées à la vie, suivent le progrès et ont une portée rationnellement pratique... L'école (l'école professionnelle, l'atelier d'art décoratif) est pour l'Allemagne la meilleure arme de combat; l'école rivante, attentive à toutes les manifestations, préparant la jeunesse aux véritables luttes de la vie. Ne rougissons pas de nous inspirer, si cela est nécessaire, de ces efforts environnants. Ce que chaque peuple acquiert appartient au patrimoine humain... » « Faisons que soit prochain, concluait noblement M. Prouvé, le jour où les hommes plus conscients s'estimeront davantage parce qu'ils sauront et se comprendront. Alors bien des inégalités encore existantes perdront par degrés cette forme injuste, haineuse, qui est le plus grand mal de notre temps ; en toute conscience commençons l'œuvre de régénération... » SALON D'AUTOMNE BUREAU D'AMATEUR J.-M.-E. AUSSER. 1910.

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Lors de ce même Congrès de Nancy, en été 1909, M. René Prévot fit une très remarquable conférence à l'hôtel de ville de la capitale lorraine, où il précisa avec une compétence documentée l'importance du mouvement d'art décoratif munichois. M. Prévot s'exprima en ces termes : « Depuis une douzaine d'années, un effort d'assainissement des plus considérables s'opère dans le sud de l'Allemagne, à Stuttgart, à Dresde, à Darmstadt et tout particulièrement à Munich. C'est dans cette ville, forte de ses traditions esthétiques séculaires, élevée par les soins continus de la dynastie des Wittelsbach au rang de capitale artistique de l'Allemagne, c'est ici que M. Georges Hirth, cet idéaliste éternellement jeune, ce lutteur acharné pour tout ce qui est progrès et liberté, ce mécène généreux enfin, donna une impulsion nouvelle à la jeune génération, en fondant la revue Jugend, aujourd'hui universellement appréciée. C'est ici que l'esprit très fin et très moderne, nourri de culture française, que fut M. Albert Langen, récemment décédé, rassembla autour de sa personne le remarquable état-major d'artistes satiriques qui rédigent le fameux Simplicissimus. C'est ici que se développa et s'imposa avec succès l'art « sécessioniste » allemand. Et c'est d'ici que fut lancé, en fin de compte, le mot d'ordre de ce « style moderne », trop méconnu encore jusqu'à ce jour, bien que né des exigences et des besoins de notre siècle, libéré de tout pastiche et de toute improbité, approprié à la vie pratique, à l'hygiène, en un mot à l'« âme moderne ». CHAMBRE A COUCHER EN NOYER L.-A. JALLOT 1910

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« Créer, par le concours de la sculpture, de la peinture et de l'architecture des ensembles harmonieux, tel est le principe souverain dont s'inspire la jeune école allemande, et qu'elle a tenté de réaliser tout d'abord en réformant l'esthétique de l'habitation, en faisant de la maison moderne une œuvre d'art combinée, de construction pratique et d'une beauté simple et digne. Ils ne prennent pas comme point de départ l'objet isolé, mais l'unité de la chambre et de la maison entière, et créent ainsi des ensembles, des synthèses architecturales, dont chaque détail, chaque motif décoratif est approprié à la tonalité générale, en vue de faire naître une impression de parfaite harmonie. « Et, grâce à cette simplicité qu'ils recherchent à dessiner, ils arrivent à créer des meubles-types de bonne qualité et de forme irréprochable pouvant être exécutés de toutes pièces à la machine, et mis de la sorte à la portée des bourses modestes. » Et M. Prévot ne tarissait pas d'éloges sur les « Vereinigte Werkstaetten für Kunst im Handwerk » et les « Deutsche Werkstaetten für Handwerkskunst » et les ateliers Debschitz. Le résultat de ce qui précède fut que M. Frantz Jourdain s'empressa d'inviter les Munichois à venir à Paris nous montrer cet automne leurs produits. Ils ont accepté l'invitation. Et tout Paris a défilé au rez-de-chaussée du Grand Palais, dans leurs salons. SALON D'AUTOMNE 1910 SALON-FUMOIR L.-A. JALLOT

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Le succès en est grand, de nature à satisfaire nos invités étrangers, de nature aussi à réconforter les artisans français qui s'effaraient quelque peu de la comparaison, et se sont groupés, massés au premier étage, tandis que « Nancy » occupait tout un pavillon spécial sur l'Avenue d'Antin. Parcourons si vous le voulez bien, ces diverses galeries et, tâchons d'y voir l'essentiel, sans ménager les critiques les plus équitables possible, aux uns comme aux autres. Il ne saurait être question, bien entendu, de chauvinisme. Loin de nous la pensée d'offenser les exposants étrangers en leur reprochant la lourdeur de leurs ensembles, adéquats a des besoins et des goûts qui sont les leurs et non les nôtres. Ce qui sied à un Bavarois, ce qui flatte ses habitudes, sa conception de l'intimité, de l'aménagement du home, de la « Gemullichkeite » germanique, ne saurait en aucune façon s'adapter à notre sensibilité française. L'âme allemande s'exprime ici, l'âme française là, et en dépit des apparences, des verbiages et des sophismes, elles sont et demeurent incommuniquables. Aussi bien cela vaut-il mieux ainsi. Nos parisiennes spirituelles, désinvoltées, frondeuses, ont souri de la « Salle de musique » bavaroise de M. Emanuel von Seidl ; elles préfèrent Bonnard et Maurice Denis. Mais tenons pour assuré que le plus grave et le plus docte des professeurs allemands jugerait terriblement frivole, léger, boulevardier, voire indécent, le petit salon d'un humour impertinent présenté par M. André Groult. Deux races, deux tempéra-ments, deux esthétiques se posent ici en s'opposant, comme eût dit Hegel. SALON D'AUTOMNE 1910 SALLE A MANGER L. Sue et P. Huillard

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Les ensembles bavarois sont admirablement exécutés, d'une technique, d'une main-d'œuvre sérieuse; rien ne sent la précipitation; tout y est définitif. Chez nous, plus de fantaisie, plus d'agrément, plus de hâte aussi, — et malheureusement moins de cohésion et moins de discipline. On sent que chez les «ensembliers» munichois, tout est subordonné au plan de l'architecte qui dirige la manœuvre, si vous me permettez cette métaphore qui ne déplairait point à nos rivaux militarisés. On sait, chez eux, commander. On sait aussi obéir. Chez nous, les troupes se dispersent en groupes isolés de francs-tireurs. Et l'insubordination est parfois si déplorable que nos meubliers se tirent dans les jambes les uns des autres! Un détail topique: Le matin même du vernissage, presque rien n'était prêt au premier étage du Grand Palais, chez les décorateurs français. Les étoffes murales n'étaient point tendues — si même elles étaient toutes tissées! — les sièges des fauteuils n'étaient point posés; les stuccateurs et les staffeurs tous en retard; l'anarchie régnait en maitresse, le désordre s'étalait à plein. Par contre, les salons et galeries des Munichois étaient aménagés quatre jours avant l'inauguration et la visite ministérielle. Et notez que les Bavarois avaient dû tout faire venir à grands frais de leur pays, ouvriers, contre-maîtres et matériaux. Et leurs chefs se tenaient là en redingote, — j'allais écrire en uniforme — prêts à passer la revue. Il ne leur manquait pas un bouton de guêtre. FÊTE DE PRINTEMPS ENSEMBLE DÉCORATIF D'UNE SALLE À MANGER G.-L. JAULMES COLLABORATEURS M.M. HESSE, DAMON ET BERTEAUX SALON D'AUTOMNE 1910

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--- SALON D'AUTOMNE1910 --- PETIT SALONDÉCORE DE ROSES --- L. SUE ET P. HUILLARD --- Il leur manquait, leur manque et leur manquera toujours la delicatesse et le raffinement du goût. Et si tous mérites éminemment honorables d’organisation s’acquièrent, la finesse et le tact, le sens de la mesure, de la nuance, de l’élégance choisie et jolie, voilà des qualités françaises et innées — dont nous avons le droit de nous enorgueillir. Le goût fait défaut aux Allemands — en l’espèce aux Munichois — parce qu’ils n’ont pas de traditions ethniques, de racines, dirait Maurice Barres. Munich est une ville d’art, nous en convenons, et M. Prévot l’indiquait avec justesse dans le rapport distingué que nous avons cité plus haut. Mais Munich est-elle une ville d’art au même titre que l’Athènes du ive siècle, que Florence, Venise, Paris ou Nancy, le Naney de Jean Lamour, des artistes du roi Stanislas : les Héré, les Nicolas-Sébastien Adam, les Guibal, les Cyfflé, les Sontgen, les Girardet, les François et les Collin ? Comparerez-vous l’admirable place Stanislas au Maximilianæum, ce viaduc ?

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Munich a pratiqué quatre siècles durant le pastiche, il faut bien le reconnaître. Des édifices grecs, Propylées, Glyptothèques, Pinacothèques, se juxtaposent hétéroclitement au palais Pitti ou au Rucellai et coudoient les chapelles et les églises rococco du style jésuite de François Cuvillies! Tout cela donne à la ville de Louis Ier et de Luitpold un visage composite et fort déconcertant. Il en va de même dès qu'on étudie les résultats de l'art architectural ou décoratif des Bavarois d'aujourd'hui; comme dans leur effort prodigieux pour organiser un style, ils n'ont pu trouver en eux-même des éléments vitaux d'invention et de création, ils ont tout bonnement grapillé à droite et à gauche, et puisé à pleines mains chez tous les voisins. Et voilà pourquoi nous trouvons dans les salons, boudoirs, chambres à coucher et salles à manger exposés par MM. Veil, Berondl, Baur, Riemerschmid, Niemeyer et consorts, des réminiscences du Louis XVII, du Chippendale, du style Empire, du Louis-Philippe, du Mapple, du Warring and Gillow, sans compter des motifs hollandais, flamands, roumains, slaves et tchèques. Et le tout, encore une fois, supérieurement mis en œuvre, valant par des détails ingénieux, et d'une technique impeccable. Mais l'originalité foncière, la personnalité, font défaut. Art d'assimilation, non point d'imagination. Un sens du confort, du cossu, mais nul enjouement, nulle gaieté. Ces ensembles sont peu attrayants; une causerie française s'évaporerait, se glacerait dans ces salons « colossaux », « globaux », — ennuyeux. SALON D'AUTOMNE UN DÉCOR DE SALON CH. PECCATE Novembre 1910. — L'Art Décoratif au Salon d'Automne. — Fasc. 2.