Excerpt

First pages of the volume, freely accessible.

Page 1

ART & INDUSTRIE V. Prove 1918.

Page 3

LE VERRE Une Exposition du Verre au Musée Galliéra BURNOT Une Exposition de Verrerie est ouverte depuis peu, et jusqu'en octobre prochain, au Musée Galliéra. Le distingué conservateur de ce Musée, M. Eug. Delard, a groupé dans les salles du Palais une quantité de pièces d'amateurs, œuvres intéressantes à divers titres, et dont il y a lieu d'entretenir les lecteurs de cette Revue. Une salle spéciale est consacrée à des œuvres de Gallé; c'est un ensemble merveilleux dans lequel on doit admirer des chefs-d'œuvre. Cette Exposition fait grand honneur à l'imagination toujours en éveil, à l'activité, au goût artistique impeccable de M. Eug. Delard et nous sommes heureux de lui donner ici un juste témoignage de sympathie. M. Eug. Delard est admirablement secondé par un Conseil d'Administration ou Jury, composé de sommités, artistes et spécialistes, que préside avec autorité l'éminent conseiller municipal M. Quentin Bauchart, que nous avons été charmé de retrouver là, appréciant une fois de plus son aménité et sa distinction. --- Le Verre a des qualités telles, des propriétés si précieuses qu'en l'étudiant, l'employant, on s'habitue sans le vouloir, par la force des choses, a ne pouvoir s'en passer. Par ses multiples qualités il s'impose et on devient peu à peu son apôtre, car cette matière a envahi notre vie civilisée, et ses usages, ses applications se multiplient sans cesse. L'hygiène, les arts décoratifs le réclament comme un élément devenu indispensable. Comme le disait jadis Bontemps, l'un de nos vénérés maîtres en verrerie, le verre a prolongé la carrière active de l'homme condamné sans lui a une vieillesse anticipée. Le verre est le serviteur de tous les besoins et l'auxiliaire de toutes les sciences; il rapproche des cieux, il grossit la terre; la chimie, l'astronomie, l'histoire naturelle existeraient à peine sans lui. Sans lui, nous ne connaîtrions ni l'infiniment grand, ni l'infiniment petit. L'homme dans sa conquête de l'univers marche comme vêtu d'une armure de verre; c'est le verre qui, peu à peu, met comme une frange lumineuse au noir manteau, sous lequel ignorante et aveugle étouffait l'humanité. --- Juillet 1910. — Le Verre. — Fasc. 4.

Page 4

Grâce au verre on doit aux artistes français la création d'une technique nouvelle; Brocard avec ses verres colorés émaillés, a rénové les anciennes applications byzantines; Rousseau qui a commencé la production de ces verres cristaux de fortes densités, colorés partiellement, teintés, marbrés, par suite de réductions incomplètes d'oxydes métalliques, rehaussés par des supports de bronze, ou dores, ont amené aux artistes un nouvel et précieux élément décoratif. D'autres s'aidant des colorations et donnant des accents plus ou moins aigus, puis d'autres atténués par la taille, ont donné sur le verre des impressions, des aspects véritablement poétiques. Puis enfin le Grand Gallé, le chef d'école qui en créant le genre, a multiplié ses créations artistiques, a rendu ses productions célèbres et d'une célébrité mondiale. Gallé pour lequel cette chronique serait insuffisante à célébrer le génie; Gallé dont le mérite comme verrier, céramiste, ébéniste, écrivain, poète, et comme sentimental, devrait être chanté par un Lamartine, par un Victor Hugo, Gallé, après avoir émerveillé ses contemporains, ne comptant que des fidèles et des admirateurs, a disparu en plein talent ne laissant que des regrets nous quittant trop tôt; trop jeune, mais pour entrer dans l'immortalité. L'architecture domestique est caractérisée par le toit et les murs, lesquels marquent par leur forme l'état du ciel et de la civilisation. Le toit protège l'homme contre le ciel, c'est-à-dire contre l'orage, la pluie, le soleil, la neige, s'abaisse, se relève selon qu'il a à rejeter la pluie fréquente où a amortir le soleil accablant. Le mur qui protégeait d'abord contre ces éléments; surtout contre le froid, le vent, le soleil, mais surtout contre les malfaiteurs, se faisant plus épais, compliqué, gagnait en hauteur, en épaisseur si on vivait en une époque de luttes; plus simple, plus ouvert, plus bas, plus accueillant, suivant l'époque de paix ou de sécurité. La forme de l'un tient donc au climat, la forme de l'autre à la civilisation. Le premier doit être étudié à la lueur de la géographie, le second à la lueur de l'histoire, d'où les architectures de même latitude ont souvent des toits qui se ressemblent, et les architectures de même époque — et de même civilisation — a peu près les mêmes murs. Le pays se reconnaît au toit, l'époque au mur. Les styles d'architectures sont réunis artificiellement sous le même climat; on peut d'un coup d'œil préjuger du pays d'où le monument est tiré par son toit, et de la tranquilité du pays, par son mur. La maison fut dans les temps préhistoriques, un refuge, devint une forteresse, puis dans les républiques italiennes, a la fois forteresse et palais; palais, actuellement, elle tend à redevenir un nid. Grâce à l'emploi du fer l'architecture s'est rajeunie, régénérée.... les ouvertures des murs abondent..... les larges baies, les vérandahs, les bow-windows introduisent dans la maison l'air, la lumière, la nature. Suivant l'orientation du pays, sa latitude, les maisons s'ouvrent vers le nord, ou vers le sud..... saison de bains de mer, ou saison hivernale.

Page 5

PIERRE ET VERRE Warenhaus MODERNE BAUFORMEN 1809, N° 1 ÉTUDE POUR UN GRAND MAGASIN PROFESSEUR WILHELM KREIS, DÜSSELDORF

Page 6

Avec la pierre, tout l'effort de l'artiste consistait à évider sans détruire ; avec le fer, a remplir sans incommoder ; avec la pierre, toute son industrie consiste a pratiquer des vides pour plaire a l'œil sans nuire a la stabilité ; avec le fer, a construire des pleins pour plaire a l'œil et qui sont inutiles ; or, les pleins étant les parties essentielles de l'architecture, il faut admettre que le fer au lieu de modifier l'architecture, la supprime car il ne laisse plus que des vides. C'est alors que le verre intervient, et est le corollaire essentiel du fer..... en bouchant les vides, il permet d'éclairer, et d'éclairer aussi bien la nuit que le jour, grace a la complicité de l'électricité. Cette complicité est même devenue le complément indispensable de l'emploi du verre, lequel coloré, rendu plus ou moins opaque, perforé, permet d'ornementer et d'éclairer différemment, avec plus ou moins d'intensité, et de répandre pour ainsi dire l'hygiène a profusion. En effet, moins d'hygrométricité, plus d'air, facilité de le renouveler, de le doser, de manier la température, de l'avoir constante ou différente, et, éclairage réglé a volonté, pour son intensité, partout, sans avoir a s'en préoccuper, et sans en subir les émanations. Le fer et le verre accouplés assurent le confortable et l'hygiene de l'habitation. Le progres scientifique fait plus que modifier la forme, il la supprime ou mieux crée des formes nouvelles. Ainsi le chauffage a l'air chaud, a l'eau chaude, supprime la cheminée, et les objets qui l'ornaient : pendules, lampes monumentales, chandeliers, bougeoirs..., lesquels sont remplacés par les lampes électriques en verre, en attendant le remplacement de celles-ci par l'éclairage des plafonds ou des parois laterales, puis encore l'éclairage des tables elles-mêmes, par les fleurs, par les surtout qui les ornementent. Notons en passant qu'avec le goût et l'habitude de la lumière nous est venu un besoin de propreté dont nos ancêtres se souciaient peu. La vérité consiste maintenant a chercher la couleur qui se concilie avec la lumière, avec tout ce que l'on veut et l'on peut déployer sur un papier peint. On peut avec la déco- ration plane s'offrir une foule de fantaisies ; la encore le verre, la glace devient, un élément nécessaire; il protege une œuvre d'art, lui donne un ton plus doux, plus nébuleux, augmente sa valeur et sa durée. Les emplois du verre se multiplient sans cesse, et il faut que brusquement, nous en soyons privés pour que son utilité nous soit démontrée. Aussi bien dans la vie domestique que dans l'industrie et les laboratoires scientifiques, les objets de verre sont innombrables : les verres, bouteilles, vitres, etc., les multiples objets de cristal, sont pour nous de première nécessité ; que seraient la porcelaine et la faience sans le vernis d'email qui leur donne l'imperméabilité indispensable ? Il faudrait un long article pour passer en revue les utilisations industrielles du verre. Quant a la Science, on peut dire qu'elle réalise le triomphe du verre ; un important chapitre de la physique, l'optique, qui étudie les propriétés de la lumière, est bien aussi l'étude des propriétés de la lumière et du verre ; sans ce précieux auxiliaire, l'Astronomie moderne n'existerait pas.

Page 7

FER ET VERRE MODERNE BAUFORMEN 1908, N° 10 TOUR A EAU DE BRÈME H. WAGNER (BRÈME)

Page 8

Qu'on songe à ces deux merveilleux instruments que sont le microscope et le télescope. Les affligés de la vue s'uniront à nous pour célébrer les bienfaits que leur procure cette matière. Et personne sans doute ne niera la part immense qu'elle a prise dans notre vie moderne. Grâce au verre, on doit aux artistes français la création d'une véritable technique nouvelle. On connaît les admirables créations de celui qui a été à la tête de ce mouvement, nous avons nommé Emile Gallé. Après Brocard et Rousseau, dont les verreries ont fait notre admiration, Gallé a multiplié à l'extrême ses créations artistiques. Le plaisir des yeux par la splendeur du coloris, voilà ce que cherchait avant tout Rousseau. Cela n'a pas suffi à Emile Gallé; sans délaisser l'harmonie des couleurs, il cherche aussi l'ornementation par la forme; son imagination tire des motifs de décoration des moindres détails. Il excelle surtout à employer les fleurs les plus diverses comme sujets à ses fantaisies. Et sa science des ressources du verre lui permet de tirer parti des moindres accidents du feu, ménageant les oxydations et les marbrures, les couleurs et les demi-teintes. Ses vases ornés de fleurs eussent enchanté le XVIIIe siècle, car leur délicat coloris fait songer aux Watteau, aux Fragonard, et aux Lancret. Il a innové ces pâtes qui « se montrent tantôt, suivant les expressions mêmes du verrier nancéien, brochées et pareilles à de légers tissus », tantôt marquetées à la manière de ses ébénisteries, cette fois par insertion à chaud des pièces de décor dans l'épaisseur du cristal en fusion. Ainsi que le dit fort bien un juge éminemment compétent, Victor Champier: « c'est une ornementation puissante et délicate en même temps ». VASE DE ROUSSEAU (MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS)

Page 9

--- LE VASE DE PORTLAND --- LE VASE DE PORTLAND --- Ily ala des innovations fécondes en surprises, telles que la patine du verre, floraison pour l’œil, caresseattiedie par le toucher; lebrochage qui voile de tulle et de gazes vaporeuses l’éclat dur des cristaux; les verres mosaïqués, marquetés, sans glaçure; l’intarsia est tour a tour barbare ou léger comme le parenchyme d’un pétale de fleur. Des épanouissements de décors montent des parois intenses du fond d’horizon pour fleurir à l’épiderme des vases, floraisons qui n’ont besoin d’aucune retouche ou bien deviennent motifs à des finitions exquises. Il n’y a pas jusqu’à l’art du paysagiste que Gallé n’ait cherché à appliquer à la décoration de ses vases, ses derniers motifs montrent là de nouvelles ressources de son imagination féconde et souple. C’est une véritable école qu’il a créée en France; il a été suivi par les Daum, les Lecerf, qui nous ont donné des œuvres captivantes. La renommée de Gallé a passé les mers; en Angleterre Webb a ressuscité le célèbre vase de Portland. En Autriche, Lobmeyr s’est appliqué à donner à la verrerie de Bohême son éclat d’antan. En Italie, les fabriques de Murano nous ramènent à la Renaissance et à ses verreries vénitiennes. En Allemagne, Köpping obtient du verre des vases dont la délicatesse et l’élégance sont sans pareilles. Il n’est pas jusqu’aux américains qui ne se disputent les vitraux et les ameublements en verre de Tiffany. --- LE VASE DE PORTLAND ---

Page 10

Tout cela montre bien l'étendue et la diversité des ressources du verre qui a su s'imposer au delà du domaine pratique et devenir un auxiliaire précieux de l'artiste. Le verre a encore étendu son domaine et envahi la construction grâce à la pierre de verre, inventée par L. Garchey ; c'est du verre dévitrifié ayant l'aspect de la pierre de taille, du granit ou du marbre. On n'a pas su en tirer tout le parti possible... on y reviendra. Cette matière présente une résistance excellente aux divers efforts ; les expériences officielles faites au Laboratoire des Ponts et Chaussées de Paris ont donné des résultats remarquables. L'usure en est très faible, moindre que celle du porphyre de Saint-Raphael ; on sait d'ailleurs que le Métropolitain de Paris utilise le verre comme élément constitutif des marches d'escaliers, où il supporte une circulation très intense. UN ESCALIER DU MÉTROPOLITAIN DE PARIS

Page 11

On peut obtenir avec la pierre de verre des éléments coulés en blocs ou en plaques de dimensions diverses ; on peut lui donner les décorations les plus diverses, imitant la pierre comme le marbre et la moulée ornée de dessins en creux ou en reliefs. Pour les joints de construction, la pierre est rendue rocailleuse pour lui donner une adhérence sur le ciment. L'emploi architectural du verre arrive au moment où le métal révolutionne la technique de l'architecture. Il serait illogique de vouloir employer exclusivement le fer dans la construction, il ne peut jouer que le rôle d'élément résistant destiné à assurer la stabilité de l'ensemble, en un mot constituer l'ossature du bâtiment projeté. Cela nécessite un autre élément imperméable, opaque et souple, en ce sens qu'on puisse facilement lui donner telle forme qu'on voudra, avec lequel on formera la partie de remplissage, murs, cloisons, planchers, toitures, etc. Le verre est remarquablement désigné pour remplir ce rôle. La généralisation de son emploi n'ira d'ailleurs pas sans difficultés ; comme toute nouveauté, il devra triompher de l'hostilité des esprits routiniers. Les progrès de l'habitation sont parallèles à ceux de la civilisation ; on peut même dire que celle-ci n'est que la résultante des différents perfectionnements réalisés par l'homme dans les différents arts, créés par lui pour assurer ses besoins propres. Jusqu'ici, on peut dire que nous avons vécu l'âge de la pierre. Les Grecs et les Romains nous ont légué leur admirable sens esthétique et pratique de la construction ; et depuis la Renaissance — car il faut mettre à part la période gothique — on peut dire que c'est sous leur inspiration que nos artistes ont évolué. C'est une expérience séculaire qui nous a accoutumé aux bâtiments de pierre ; nous y sommes habitués et c'est là sans doute l'explication de l'opposition acharnée qu'a rencontré le métal de la part des artistes. Juillet 1910. - Le Verre. - Fasc. 3.