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ART & INDUSTRIE V. Prove 1918.
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ART & INDUSTRIE V. Prove 1918.
Gustave Oberthur Eglise de Kronenburg, près Strasbourg. L'Effort Moderne des Arts appliqués en Alsace Sans y insister, esquissons d'abord, en quelques mots, ce problème : Pourquoi, depuis quarante ans bientôt, les choses d'Alsace ne cessent-elles de passionner les esprits ? Y a-t-il, dans cet intérêt qui ne semble point décroître, un simple problème de rivalité entre deux grandes nations ? Ou faut-il en rechercher la cause dans un phénomène entrain de se produire ? N'assistons-nous pas à la réalisation d'une expérience qui touche au problème fondamental de la civilisation moderne ? Dans cet étroit creuset, tantôt surchauffés par les passions et les haines, et tantôt refroidi par l'apathie, deux races, deux principes de culture multiséculaires sont en train de se fondre. Cette fusion va-t-elle aboutir ? Ou bien l'un des deux éléments écrasera-t-il l'autre de sa suprématie ? Et alors, quel sera le vainqueur ? Par la force des choses, et pour se garder, paraît-il, des convoitises politiques et des rivalités intellectuelles excessives dont elle est l'objet, l'Alsace Novembre 1909 — L'Effort Moderne des Arts appliqués en Alsace. — Fas. 1.
Ecole de la Musau, près St. Stéphane Al Fritz Bohn Museum of the Church
Th. Berst Casino de Pechelbronn
Fritz Beblo École de Neuhof, près Strasbourg s'efforce de prendre conscience d'elle-même et d'affirmer de plus en plus son âme provinciale. Et cet effort, ce réveil soudain d'un individualisme trop long-temps négligé, semble des plus réconfortants. De toutes parts, les énergies surgissent, tantôt rivalisant de zèle et d'activité, tantôt marchant d'accord à l'assaut des obstacles qui s'accumulent plus nombreux et plus insurmontables qu'ailleurs. Car, ici, toute question, si simple soit-elle d'apparence, se complique et s'aiguise au contact du problème politique, au point que cet impondérable état d'âme se retrouve jusqu'en matière d'esthétique. D'autre part, l'œil expert distinguera sans peine, dans la plupart de ces questions, qui se discutent ici avec une apreté toute spéciale, un noyau d'universalité. Il trouvera qu'en somme il s'agit de cette implacable lutte entre le progrès et les traditions invétérées, entre la pensée et les mœurs nationales et l'internationalisme débordant, envahissant la vie moderne. Et c'est la l'impression d'ensemble qui se dégage aussi de l'évolution contemporaine des arts appliqués en Alsace, laquelle apparaît parfaitement conforme, dans ses grandes lignes, aux tendances modernes issues d'Angleterre, et qui, depuis une douzaine d'années, sont en lutte ouverte avec les préjugés séculaires du continent. Mais avant de nous occuper de cet esprit nouveau, allons chercher à travers l'Alsace d'hier, les vestiges d'un glorieux passé. Fiers témoignages d'un moyen-âge prospère, voici d'abord les cathédrales aux flèches élancées, celle de Strasbourg, superbe et majestueuse, puis celle de Thann, plus coquette et plus harmonieuse peut-être ; et voici encore quelques vieilles églises abbatiales,
plus modestes sans doute, mais emplies, elles aussi, des réminiscences lointaines d'une foi naïve et sincère. Voila ensuite les anciennes portes et tours des cités fortes de Riquevihrr, de Turkheim et autres, leurs vieux puits et leurs façades ornées, monuments épars d'une époque inventive et fantaisiste. Enfin, plus proche de nous, la brave maison rustique qui fait encore le charme de certains bourgs et villages du Sundgau et du Bas-Rhin, toujours semblable et pourtant différente, variant dans son architecture et ses détails selon la contrée et les conditions sociales de ses habitants : maison de paysan ou de vigneron, cossue et marquée d'un certain bien-être matériel, maison au grand toit protecteur et aux larges auvents, aux poutrages apparents savamment disposés, aux portes et fenêtres encadrées d'originales sculptures. Et voila la vaste chambre d'apparat, toute patriarcale, où la famille prend ses repas en commun autour de la table massive, et où bourdonne, durant les longues veillées d'hiver, le rouet des fileuses. Furetons un peu : peut-être allons-nous retrouver ici l'un ou l'autre objet d'utilité pratique, sorti des mains habiles d'un de ces artisans d'alors, dont l'amour-propre savait mettre une parcelle d'art, si modeste fût-elle, au service de tout métier. Voyez ces hautes boiseries de chêne, ce plafond lambrissé, ce poêle monumental, cette vieille horloge dans sa gaine de bois, ces chaises à dossiers habilement ouvrages, cette huche et cette armoire sculptées, ce buffet rempli de vaisselle peinte. Emportons en nos cœurs ces humbles souvenirs qui s'en vont peu a peu, œuvres d'une époque moins affairée, moins fièvreuse, aux assises plus solides, et dont le fameux utilitarisme n'excluait point certaines prodigalités dans la recherche d'une beauté simple et pratique ; dont l'esprit sociable favorisait, au contraire, sans presque s'en douter, l'écllosion de toute cette esthétique naïve, mais sincère. Mais c'est bien là le cher passé ! L'artisan-artiste et le paysan-mécène ne sont plus guère, de nos jours, que des réminiscences. Avec la terre qui meurt, c'est l'âme du terroir qui s'en va, remplacée par l'esprit niveleur et centralisateur Porte d'entrée de l'Ecole de Neuhof
Vesterlein Orphelinat de Neudorf de l'industrialisme moderne. Tout coloris local, toujours pittoresque et imprévu, semble destiné à disparaître sous le vernis d'une pseudo-civilisation importée d'ailleurs, étrangère au pays. Le paysan déraciné abandonne au brocanteur le costume pittoresque de ses aieux, pour s'affubler selon la mode des villes. Sans tarder, il devient le client assidu et facile des bazars de camelote, et dès qu'il en aura les moyens, il se fera construire, par un maçon banal, à la place de la vieille batisse, héritée de ses pères, une habitation neuve et clinquante, semblable à celles qu'il a pu voir et admirer en ville. Malencontreux écarts d'un orgueil dérouté, jeté dans la voie du faux progrès par l'incohérence singulière de notre siècle impropre, sembla-t-il longtemps, à se ressaisir et à se créer une âme. Cet esprit de décadence, de stérilité générale, c'est dans les villes qu'il opéra ses premiers ravages. C'est ici que s'affirma tout d'abord, à la suite de l'industrialisme envahisseur, le goût perverti des pacotilles de mauvais aloi, et des styles anciens, imités par les moyens nouveaux d'une technique perfectionnée. Et c'est ici que, dans la suite, ce mauvais esprit célèbra ses plus arrogantes orgies. L'architecture, cet « art central », dans lequel, d'après les solides principes des grandes époques historiques, doivent se résumer tous les autres, en a gardé les traces les plus apparentes. En Alsace, l'annexion par l'Empire fut le point de départ d'une période architecturale des plus déplorables et qui semble devoir durer encore, à moins toutefois que certaines tentatives plus heureuses ne trouvent l'accueil mérite et ne fassent école en matière d'architecture publique. Car c'est d'ici qu'est venu le mal : de l'irruption soudaine de ce « style officiel » importé de Berlin et qui s'empressa de parfaire la tâche désastreuse dont la décadence notoire de l'art religieux, tombé depuis longtemps au niveau d'un vil pastichage des styles roman et gothique, avait marqué la première étape. Certes, l'on ne saurait prétendre que cette esthétique discutable fut l'apanage exclusif du bureaucratisme allemand. Car nous en retrouvons le pendant, quelqu'en soit le type et le degré
G. Oberthür Villa Steinmetz, Robertsau (près Strasbourg). G. Oberthür Villa Brann, Robertsau (près Strasbourg).
Fritz Beblo Presbytère de Neuhof d'aberration, un peu partout, voire même en France. Toujours est-il qu'à l'ère française qui nous léguait, outre le Palais de Rohan, la pittoresque intimité du vieux Strasbourg, les autorités nouvelles, incompétentes en matière d'art, substituèrent un régime peu recommandable. Soucieux d'effacer au plus tôt tout vestige de domination et de culture françaises, les nouveaux maîtres s'empressèrent de doter les villes, grandes et moyennes, d'un nombre illimité de bâtiments publics : casernes, gares, postes, sous-préfectures, palais de justice. Et cette profusion architecturale, d'un caractère représentatif très souligné, émanant d'architectes étrangers, dépourvus de toute attache traditionnelle et peu soucieux des conditions locales, afficha, dès la première heure, des allures féodales Edouard Schimpf Nouvelle Caserne d'artillerie au Polygone de Strasbourg
G. Oberthür Couloir du théâtre de Sainte-Marie-aux-Mines destinées à symboliser, pour ainsi dire, toute la gloire et toute la puissance du jeune Empire. Mais on ne s'en tint pas là. Autour de ces centres de vie administrative, telle une colonie de serfs autour du château seigneurial, surgirent peu à peu les villas des fonctionnaires immigrés, compilations architectoniques de tout genre, flanquant bientôt d'un quartier neuf et clinquant l'ancienne cité autochtone. Entre temps, les architectes indigènes eux-mêmes se laissaient troubler; gagnés par l'esprit contagieux de cette pseudo-renaissance, ils s'engageaient dans des voies nouvelles, où leurs notions d'esthétique finissaient par s'érousser. Si, au moins, l'on osait espérer que cette période déplorable touchât à sa fin, grâce au réveil soudain de l'esprit du terroir, grâce aussi à la saine réaction qui s'affirme depuis quelques années à Munich, à Stuttgart, à Dresde, et gagne de plus en plus l'Allemagne entière. Trop longue fut, cependant, l'ère des aberrations ; elle fut si féconde qu'avant de s'enfriter sous la dent vengeresse du climat et de l'âge, les exemples qu'elle a donnés de son activité resteront un vivant témoignage de sa déplorable insuffisance. Car c'est dans l'architecture que s'exprima de tout temps, de la façon la plus visible et la plus durable, l'âme des siècles. Et c'est pourquoi, à l'encontre de l'opinion courante, aucun art n'exige une conscience aussi scrupuleuse, une étude aussi approfondie de ses buts et moyens, une conception d'ensemble aussi nette et précise. Novembre 1909 — L'Effort Moderne des Arts appliqués en Alsace. — Fasc. 2.

Cet article explore l'évolution des arts appliqués en Alsace, contrastant le passé artisanal et pittoresque avec l'impact de l'industrialisme moderne. Il analyse comment l'annexion par l'Empire allemand a influencé l'architecture et le goût, entraînant une perte des traditions locales au profit de styles importés. L'auteur espère un renouveau de l'individualisme alsacien dans les arts.