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ART & INDUSTRIE V. Prove 1918.

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A NOS LECTEURS I LA COURSE À L'ABIME 1851 n 1851, dans un magistral rapport sur l'Exposition de Londres, le Comte de Laborde écrivait : « ... Notre suprématie dans les Arts et dans l'Industrie sera bientôt contestée sur plus d'un point : elle est déjà menacée partout... « L'originalité de l'Angleterre, l'habileté de la Belgique, la persévérance réfléchie de l'Allemagne, la hardiesse des États-Unis, et, en tous pays, des moyens d'éducation artiste qui ne laissent sommeiller aucune faculté, sont autant de batteries dirigées contre notre école d'architectes, de peintres et de sculpteurs. Si nous comparons les progrès obtenus depuis 25 ans par les pays étrangers et ceux que nous avons faits nous-mêmes, nous pourrons calculer mathématiquement le moment où nous aurons nos émules pour égaux et bientôt après pour vainqueurs... « Si nous nous croisons les bras, nous serons complètement engagés dans une impasse de pastiches et de médiocrités. Bientôt, notre industrie qui s'inspire de nos arts sera délaissée, car partout, les goûts nationaux et les marchés étrangers seront desservis par nos rivaux, qui, nous égalant dans ce qui touche à l'art et au bon goût, nous surpasseront par la perfection de l'outil-lage, par le prix des matières premières et le combustible, par des rapports commerciaux plus étendus, par le bas intérêt et l'abondance des capitaux... Reliure en bois sculpé pour livre d'heures M. Gruel, de Paris. Juillet 1909. — A nos Lecteurs. — 1.

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« La France a conquis une position hors ligne difficile à conserver en présence de la concurrence éveillée par nos succès à l'exposition de Londres. Pour s'y maintenir, il faut à tout prix s'élever en innovant, s'épurer en secouant la routine, car en fait de pastiches de tous les styles, on s'acquitte de cette sorte besogne à Marlborough-House aussi bien qu'à Paris — or cette routine trône en France plus qu'on ne croit ; elle y trône en fermant les yeux sur tout ce qui se fait hors de nos frontières ; elle y trône avec des airs de supériorité, des airs de novateur, autant d'airs connus qui n'empêchaient pas la concurrence étrangère de nous supplanter dans l'opinion publique et surtout dans l'estime d'un public d'élite qui fait l'opinion. » (Travaux de la Commission française, tome vuit, Beaux-Arts, VIe groupe). Gazette des Beaux-Arts 1867 En 1867, le rapport du Jury international de l'Exposition, publié sous la direction de M. Michel Chevalier, disait : «... D'après les monuments de notre art, ils (les peuples futurs) nous prendront pour un peuple fantasque, vivant tantôt à la Grecque, tantôt à la façon de la Renaissance italienne ou des Boudoirs du XVIIIe siècle, mais n'ayant jamais eu de vie propre originale. Les futurs archeologues, les futurs écrivains qui voudront refaire l'histoire par les monuments seront-ils forcés, pour le XIXe siècle, de laisser un feuillet blanc au mot France? » Buffet (M. Fourdinois, Sculpteur) Exposition de 1855. L'Illustration.

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1878 En 1878, le rapporteur du Jury pour les groupes des Arts décoratifs écrit : « Les Anglais, les Allemands, les Américains deviennent les maîtres en matière de goût et luttent aujourd'hui sans trop de désavantage avec nous dont ils étaient les tributaires. S'ils persistent, mais dans une bien moindre mesure, à nous prendre les produits de notre art appliqué, c'est beaucoup plus pour se procurer des documents utilisables qu'avec la pensée de s'approvisionner et de consommer. Encore un peu et il est possible que cette exportation réduite disparaisse complètement. « L'Exposition de 1878 nous a fourni la preuve décisive que nous n'avions plus devant nous, comme en 1855 et en 1867, des concurrents timides essayant leurs forces, mais des rivaux dangereux comptant sans trop de temérité sur le succès et profitant pour l'obtenir de nos habitudes de production routinière... « Vienne une nouvelle Exposition Universelle et l'on peut être assuré que notre amour propre national éprouvera des surprises et des inquiétudes plus grande encore qu'en 1878, si nous ne sommes pas sortis d'ici là de notre aveuglement et de notre léthargie. Une pareille agitation, un mouvement aussi caractérisé dans presque toute l'Europe et aux États-Unis d'Afrique pour provoquer une renaissance des arts et faire pénétrer dans l'esprit public le goût des belles choses est pour la France un solennel avertissement dont elle doit tenir compte sans retard. » Gazelle des Beaux-Arts Cafetière (M. Christoffe) Bibliothèque (M. Beauflis, de Bordeaux) L'Illustration

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Candelabre de bronze doré Hollenbach, Vienne. (Exposition 1867) Gazette des Beaux-Arts. 1889 En 1889, M. Meynard, dans le rapport du Jury du meuble, reprend la question des pastiches, et écrit : « Combien il est regrettable que nos ébénistes qui font école aujourd'hui pour la connaissance des styles et par la perfection de leur fabrication ne nous délivrent pas de la constante imitation des temps passés. Qu'ils s'emparent donc d'idées neuves afin de créer un style en rapport avec ces idées. On y gagnerait d'échapper à l'antique et on ne se cantonnerait plus dans les copies. « Cet amour de l'ancien a pris des proportions telles que lorsqu'un artiste fait une œuvre originale, il est immédiatement critiqué et jugé très sévèrement si cette œuvre ne semble pas, du premier coup d'œil, s'adapter fidèlement à un style connu bien classé. Pendule (Beurdeley — Exposition de 1867) Gazette des Beaux-Arts.

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« Nous devons réagir au plus tôt contre cette grave manie qui, devenant une tendance dangereuse au point de vue du goût national, menacerait ce qui est plus important encore, l'avenir et la prospérité de l'exportation de nos meubles français. » Vase Fronié Meurice Exposition de 1867. Gazette des Beaux-Arts. Et dans son rapport général, M. Picard insistait de son côté en ces termes : « Ce culte du passé est poussé à l'exces, il absorbe toute l'intelligence, toute la science, tous les efforts des chefs d'établissement et des dessinateurs qui se confinent dans les copies et dans les restitutions. Un meuble ne s'adaptant pas facilement à tel ou tel genre classé fait immédiatement l'objet des critiques les plus vives. L'audacieux qui l'a commis est un ignorant et un sacrilège. On ne voit que meubles Henri II, Louis XIV, Louis XV ou Louis XVI. Les idées neuves et originales sont proscrites. »

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--- Exposition de 1878 --- Séne(Machard) Gazelle des Beaux-Arts. « Chaque époque a ses besoins et ses mœurs qui doivent se refléter dans toutes les manifestations de la vie humaine ; quand tout change, instruction, éducation, répartition de la fortune, procédés de travail, ressources en matériaux, la reproduction pure et simple des modèles d’ameublement est un anachronisme et l’on ne peut que regretter de voir le xixe siècle prendre fin sans avoir engendré un style. « Il y a dans cette lacune, un véritable danger pour notre exportation. »

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--- Exposition de 1875 --- Torchiere (Beurdeley) --- Gazette des Beaux-Arts --- 1900 --- En 1900, les mêmes avertissements sont donnés par les écrivains les plus compétents. Gustave Geffroy écrit dans son ouvrage : Les industries artistiques à l'Exposition de 1900. « Rien, presque rien n'existe encore aujourd'hui : ni aucune organisation complète de l'enseignement du dessin dans les écoles normales d'instituteurs et par suite dans les écoles manuelles d'apprentissage ni les musées d'art industriel absolument nécessaires. ---

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« Pendant cette période d'inertie que nous traversons, les nations étrangères progressaient, la concurrence faisait son œuvre. Le goût des ouvriers parisiens, si original, si vivace, n'étant pas renouvelé par l'étude, se trouvait fatalement un jour dans des conditions d'infériorité très marquées devant la science acquise par des producteurs étrangers. « La France nous apparaît avec le don, mais il lui faut le surveiller et le nourrir de savoir sous peine d'être distancé. L'Allemagne n'a pas un goût d'art jailli et bien délicat, cela est certain, mais elle a la volonté, elle a l'effort créateur: c'est elle qui semble devoir la première faire profiter l'industrie des découvertes des artistes. » Lit en forme de traineau (M. Majorette). Gazette des Beaux-Arts.

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Exposition de 1889 Vase de Cristal taillé à deux couches (Emile Galle) Gazette des Beaux-Arts. --- Exposition de 1900 Orfevrerie Danoise (M. Michelsen) Roger Marx écrit à son tour : « Ne demandons aux leçons du passé que de guider et d'avertir. Les nations ou la tradition est moins ancienne et moins riche sont celles qui innovent le plus facilement ou qui arrivent par le calcul et la volonté à donner l'illusion de la génération spontanée. L'Angleterre, l'Allemagne, l'Autriche ont démontré en 1900 les admirables résultats d'une culture intensive ; le sentiment du beau passe pour y être moins vif, moins répandu que chez nous. --- mais l'enseignement de l'école et des musées, la suggestion des modèles choisis, une initiation vigilante et immédiate aux efforts des artisans lointains ou proches y ont instauré un goût artificiel, accessible au moderne, dégagé des formules et partant approprié aux besoins de l'industrie qui exige, elle aussi, pour prospérer l'afflux vivifiant des inspirations neuves. » La Décoration et les Industries d'art à l'Exposition universelle de 1900. (Roger Marx). --- Exposition de 1889 Seau à Champagne (M. Boin-Taburet) Gazette des Beaux-Arts. --- Juillet 1909 — A nos Lecteurs — 2.