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ART ET DÉCORATION NOVEMBRE 1927 --- LABOUREUR, PAR CLAUDE ROGER-MARX. — TAPIS DE L'EUROPE SEPTENTRIONALE ET ORIENTALE, PAR LEON DESHAIRS. — UN SCULPTEUR ESPAGNOL : VICTORIO MACHO, PAR JEAN ALAZARD. HORS-TEXTE EN COULEURS : DEUX TAPIS FINLANDAIS. CHRONIQUE : INFORMATIONS, CONCOURS, LIVRES. --- ÉDITIONS ALBERT LÉVY LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS 2, RUE DE L'ÉCHELLE - PARIS --- CE NUMÉRO : France : 8 fr. 50

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ART ET DÉCORATION et l'Art Décoratif REVUE MENSUELLE D'ART MODERNE Rédacteur en Chef : Léon Deshairs 31e année. — N° 311 Tous les droits sur les articles et les reproductions sont réservés pour tous pays. Les articles parus dans Art et Décoration deviennent la propriété de la revue. Les modèles publiés dans la revue sont et demeurent la propriété de leurs auteurs, toutes reproductions ou imitations même partielles, sont interdites et seront poursuivies par leurs auteurs. --- PRIX POUR 1927 I. France, le Numéro : 8 fr. 50 L'Abonnement (12 numéros) : France, 85 francs II. Pays ayant adhéré à la Convention de Stockholm : Afrique du Sud (Union de l'), Albanie, Allemagne, Argentine, Autriche, Belgique, Bulgarie, Canada, Chili, Congo Belge, Cuba, Egypte, Equateur, Espagne, Estonie, Ethiopie, Finlande, Grèce, Guatemala, Haiti, Hongrie, Lettonie, Liberia, Lithuanie Luxembourg, Maroc (zone espagnole), Paraguay, Pays-Bas, Russie, Pologne, Portugal et ses Colonies, Roumanie, Salvador, Serbie-Croatie-Slovaquie, Suède, Tchécoslovaquie, Terre-Neuve, Turquie, U.R.S.S., Uruguay, Vénézuela, Yougoslavie. Le Numéro L'Abonnement (12 numéros) III. Autres Pays Le Numéro L'Abonnement (12 numéros) EMBOITAGES (chaque emboitage contient un semestre), 10 francs (Port en sus : France, 2 francs. Etranger, 3 francs) Demander le tarif spécial pour les années parues, brochées ou reliées ÉDITIONS ALBERT LÉVY, 2, Rue de l'Échelle, PARIS (1er) Compte chèques Postaux 6690 R.C. Seine 64696 Téléphone Louvre 33-87 --- "COLLECTION DOCUMENTAIRE D'ART MODERNE" VIENT DE PARAÎTRE DEVANTURES DE BOUTIQUES Avec une introduction par L.P. SÉZILLE Une documentation choisie et technique. Pas de photographies qui «expriment» mal l'architecture des devantures de boutiques, mais des dessins et de la couleur. Les planches sont d'une qualité irréprochable et, en dehors d'un certain nombre de projets qui ont paru particulièrement dignes de figurer dans cet ouvrage, il n'a été reproduit que des devantures déjà exécutées à Paris. UN BEAU VOLUME COMPRENANT 48 PLANCHES DONT 25 EN COULEURS Prix, sous portefeuille ………………………………………… 150 frs. EDITIONS ALBERT LÉVY - LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS 2, Rue de l'Échelle — Paris

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LABOUREUR Quand ils virent avec quel mépris des recettes Laboureur usait du burin dérobé aux graveurs d'interprétation, plusieurs ont crié : « Sacrilège ! Laisse-t-on un enfant brandir un poignard ? » Ces gens qui souhaitaient, au fond, que l'artiste, à ce jeu, se blessât lui-même, ont été déçus. Rien ne serait plus faux que de faire de Laboureur un impulsif, livré aux fureurs de l'imagination et de la mode : tout, chez lui, est commandé par la raison, par une raison qui n'abuse pas de son pouvoir. Trop longtemps asservie, l'intelligence, depuis quinze ans, a pris durement sa revanche. Laboureur aurait pu, comme d'autres, tomber dans l'abstraction. Son esprit d'observation l'a sauvé. Jamais il n'a perdu contact avec la nature. Sans verser dans le cubisme, il sut discerner la part de vérité que contient une hérésie. Ne regrettons pas que l'artiste, dont l'œuvre, catalogué dès 1909 par Lotz Brissonneau, comptait déjà près de deux cents pièces, ait rompu avec l'enseignement de Lepère, son premier maître, et avec sa première manière. Renonçant à des succès où beaucoup se seraient arrêtés, il voulut découvrir les lignes les plus vraies de son tempérament afin de marquer le cuivre et le bois d'un sceau personnel. Évolution logique entre toutes : dans ses séries successives de bois au canif comme

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ART ET DECORATION **celui de Raoul Dufy, c'est de découvrir un répertoire de signes nouveaux. Pour lui, toute vérité est d'ordre graphique ou calligraphique. Nul souci du modèle traditionnel, du jeu normal des lumières et des ombres : c'est à une logique opposée que répondent chez lui la disposition des tailles, leur direction, leur écartement. Ses gravures restent choses planes n'ayant rien de commun avec une œuvre peinte et parlent à l'esprit d'abord. Poèmes linéaires dont l'unité réside en une sorte de cadence préétablie, d'équilibre savamment trouvé entre des éléments géométriques. A la rigueur, ou pour plus de rigueur, Laboureur pourrait n'user que de l'équerre, de la règle et du compas. Étrange et charmant architecte qui, sur ses plans, couche avec un égal plaisir les formes vivantes et les formes inanimées, dans ses eaux-fortes, Laboureur, plus ou moins consciemment, s'achemine vers le burin. Les griffonis des peintres, aux yeux desquels une estampe n'est qu'un dessin multiplié, cessent de le satisfaire : il entend que chaque planche soit œuvre méditée ; rien n'y est laissé au hasard ; l'esprit a tout arrêté avant la main. Son plaisir, comme**

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LABOUREUR ignore le « niveau » et ne tient aucun compte des mensonges de la perspective, fige l'être humain dans une attitude synthétique mais, à rebours, fait danser les maisons! Le jeu risquerait de devenir artifice s'il ne se doublait d'un autre jeu qu'on pourrait nommer jeu des correspondances. Entre les mains de Laboureur, l'ingénieuse mécanique à images de Jules Renard — comment n'a-t-on pas songé à associer leurs noms? — fonctionne admirablement. Le Café est tout cercles — petites tables, soucoupes, billes du billard, billes des clients — et tout rectangles. Dans les Plaisirs du Camp, qui rassemblent des tommys autour d'un phono, tout est disque : les soldats eux-mêmes, avec leurs ronds de bras ou de jambes, et les platanes et les petits nuages à l'horizon. La Fille aux oies laisse pendre deux bras pareils aux cous des bêtes qu'elle garde et les lignes du paysage sont aussi gonflées que le troupeau blanc. Tout est courbe dans Bachelor's Fare et bientôt ces deux corps n'auront plus qu'un centre. Le ventre de la Cabaretière obèse s'accorde avec celui des tonneaux, La Marchande de liqueurs est effilée comme une fiole. Les Dockers noirs bombent des dos pareils

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ART ET DECORATION « L'Envers du Music Hall », 1926 — « Au Sans Pareil », éditeur à des sacs. Quand le Marin breton met ses mains aux hanches on dirait un voilier qui prend le vent. Si dans la plupart de ces images l'ordre architectural prédomine, ce n'est jamais au détriment de ce qui est grâce et inflexion. Les déformations imposées aux personnages, étirés comme des colonnes entre terre et ciel, en soulignent le caractère, mais jamais dans un sens franchement comique. Bien qu'il ait été pendant des années l'hôte des Américains et des Anglais, Labourreur reste plus près de Guys ou de Bottini que de Rowlandson. En le forçant à se contenter d'un matériel réduit, la guerre lui enseigna sa vraie technique : le burin. Les Petites Images de la guerre ont été gravées sur des gargousses d'obus alliés. L'artiste, désormais, semble garder une préférence pour la pointe qui franchement, « laboure » le cuivre d'un sillon droit et pur. Sans jeu de mots il demande au burin la règle morale qui le défende contre les influences extérieures, une discipline qui l'affermisse dans sa résolution d'éliminer complètement la part du hasard. Comment s'étonner du succès rapide que les éditeurs et les bibliophiles lui ont fait?

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LABOUREUR Le punch glacé dans les Antilles « Petits et grands verres » — « Au Sans Pareil », éditeur, 1927 En s'adressant à lui, on peut être assuré d'avoir un livre dont la qualité première soit d'ordre typographique. Ses planches, qui demandent à être tirées nues, sans truquage aucun, s'accordent avec la netteté d'un beau caractère et d'une impression parfaite. Elles contentent doublement notre esprit : par leur esprit même et par leur caractère ornemental. Le nombre des ouvrages illustrés par Laboureur passera bientôt la quinzaine. Ils sont tous un peu frères, car la personnalité de l'artiste est trop définie pour qu'il puisse changer de ton d'un livre à l'autre et épouser successivement les textes les plus divers, de sorte qu'il est difficile d'exprimer des préférences. La Promenade avec Gabrielle, ouvrage que j'aime entre tous, exceptionnellement orné de lithos en couleurs, rappelle que Laboureur est peintre : sous l'influence du génie diapré de Giraudoux, le géomètre, abandonnant un peu son flegme, boit avec nous un bon coup de soleil. La collaboration avec Larbaud n'a pas été moins heureuse : elle débute avec Beauté, mon beau souci et continue avec 300 Chambres, 300 Salles de bains, plaquette rare, qu'un nouveau éditeur dont la passion est d'établir des livres impeccables, Jean Gandrexon, vient de publier à Amsterdam. Libre dans le Songe d'une femme, nous sentons notre buriniste un peu moins à l'aise

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ART ET DECORATION quand, dans les hors-texte de Silbermann ou de l'Envers du Music Hall, il s'applique à reconstituer telle scène ou tel geste. Qu'il traduise au contraire ce qu'il a vu, les rues de Londres (Beauté) ou l'armée anglaise (Les silences du Colonel Bramble), nous sentons son plaisir à évoquer des personnages qui, par leur raideur même, leur ironie à froid et leur allongement, semblent tout naturellement rentrer dans son «type». Jamais peut-être Laboureur ne fut mieux inspiré qu'en illustrant Petits et grands verres. Je ne sais quoi de plus onctueux — dans le sentiment comme dans la technique — vient se mêler à ces dernières planches. Sans doute verrons-nous Laboureur, maintenant qu'il touche à la maîtrise, consentir sans aucune concession, à humaniser davantage ses silhouettes, à huiler leur mécanisme, à dégrossir leurs mains en forme de peigne. Des travaux plus fins, les ressources de l'aquatinte, s'emploieront à corriger ce qu'avaient d'un peu trop rigoureux, et parfois de formulaire, ces jeux de lignes qui, malgré le plaisir qu'y trouvait notre esprit, faisaient regretter parfois que les douceurs du modelé ne vinssent pas envelopper ces petits automates auxquels il ne manquait, pour être vraiment des hommes, qu'un peu plus de cœur et de sens. CLAUDE ROGER-MARX. LABOUREUR

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« L'arbre », tapis au point de tapisserie. Modèle de Mlle MÄRTA MAÅS-FJETTERSTRÖM — Société de l’Industrie Domestique, Stockholm — TAPIS DE L’EUROPE SEPTENTRIONALE ET ORIENTALE Sur l’initiative de M. François Carnot, le Musée des Arts Décoratifs a entrepris de « présenter, dans une série d’expositions réparties sur plusieurs années, une sorte de tableau de l’art des tapis anciens et modernes, tant en Occident qu’en Orient. » La première de ces manifestations, groupant des œuvres de l’Europe septentrionale et de l’Europe orientale, a été une des fêtes d’art de l’été dernier. Le jour même de l’inauguration, un catalogue des plus instructifs était mis à la disposition des visiteurs. Les notices en avaient été rédigées par les délégués des différentes nations représentées ou sur des indications données par eux. L’essentiel de ce que l’on doit savoir des tapis suédois et finlandais était emprunté aux savants ouvrages de Mlle Emilie de Waltersdorf, pour la Suède, et de M. Sirelius, pour la Finlande. Les tapis norvégiens étaient présentés par M. Hans Dedekam, directeur du Musée des Arts Décoratifs d’Oslo; les tapis polonais par M. Georges Warchalowski qui

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ART ET DECORATION « Le Haut Versant », tapis au point noué. Modèle de Mlle MARTHA GAHN — Société de l'Industrie Domestique, Stockholm — fut, avec la compétence et l'affabilité dont on se souvient, le Commissaire général de la Pologne à l'Exposition de 1925; les tapis roumains, par le distingué directeur du Musée d'Art National de Bucarest, M. Tzigara Samurcas. Les pages consacrées aux tapis lithuaniens, yougo-slaves et ukrainiens résumaient de même des connaissances puisées aux sources les plus sûres. Je signale ce catalogue, car il restera un guide pour tous ceux qui s'intéressent à la technique ou au décor d'un art qui partout, aujourd'hui, est en pleine renaissance. Quelques remarques générales d'abord : Notons que le mot tapis est pris ici au sens le plus large. Au point de vue technique, il ne désigne pas seulement ces tissus à surface veloutée qui sont obtenus par la juxtaposition de touffes de laine nouées une à une sur une chaîne, selon la méthode de travail traditionnelle en Asie-Mineure et en Perse. Il faut entendre aussi par tapis, des tissus sans velours, exécutés sur des métiers de haute ou de basse-lisse, comme les tapisseries, mais d'un travail généralement moins fin : les kilims. Au point de vue de la destination, tapis au point noué et tapis au point de tapisserie peuvent servir, comme chez nous, à rendre le sol plus moelleux. Mais ils sont plus souvent encore employés comme couvertures de lits, de bancs, de coussins, ou même comme décor mural. Notons encore que, dans toute l'Europe du Nord et de l'Est, la part de main-d'œuvre rustique dans la création de ces ouvrages a été considérable. Tous les érudits qui les ont étudiés insistent sur ce fait. S'ils les conservent avec tendresse, s'ils en parlent avec émotion, c'est qu'ils y trouvent des témoignages du goût naturel de celles qui

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TAPIS DE L'EUROPE SEPTENTRIONALE ET ORIENTALE 137 «Le Bouillon blanc», tapis au point de tapisserie Modèle de Mlle MÄRTA MAÅS-FJETTERSTRÖM — Société de l’Industrie Domestique, Stockholm —