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ART ET DÉCORATION
OCTOBRE 1927
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LES FAÏENCES STANNIFÈRES DE JEAN GAUGUIN, PAR RENÉ CHAVANCE. — L'EXPOSITION DES ARTS DÉCORATIFS DE LEIPZIG, PAR RICHARD GRAUL. — MÉHEUT DANS LA FORÊT, PAR ÉMILE SEDEYN. — SIMÉON, PAR CHARLES SAUNIER.
CHRONIQUE : EXPOSITIONS, CONCOURS, LIVRES.
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ÉDITIONS ALBERT LÉVY
LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS
2, RUE DE L'ÉCHELLE - PARIS
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CE NUMÉRO :
France : 8 fr. 50
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ART ET DÉCORATION
et l'Art Décoratif
REVUE MENSUELLE D'ART MODERNE
Rédacteur en Chef : Léon Deshairs
31e année. — N° 310
Tous les droits sur les articles et les reproductions sont réservés pour tous pays.
Les articles parus dans Art et Décoration deviennent la propriété de la revue.
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PRIX POUR 1927
I. France, le Numéro : 8 fr. 50
L’Abonnement (12 numéros) : France, 85 francs
II. Pays ayant adhéré à la Convention de Stockholm : Afrique du Sud (Union de l’), Albanie, Allemagne, Argentine, Autriche, Belgique, Bulgarie, Canada, Chili, Congo Belge, Cuba, Egypte, Equateur, Espagne, Estonie, Ethiopie, Finlande, Grèce, Guatemala, Haïti, Hongrie, Lettonie, Liberia, Lithuanie Luxembourg, Maroc (zone espagnole), Paraguay, Pays-Bas, Perse, Pologne, Portugal et ses Colonies, Roumanie, Salvador, Serbie-Croatie-Slovaquie, Suède, Tchécoslovaquie, Terre-Neuve, Turquie, U. R. S. S. Uruguay, Vénézuëla, Yougoslavie.
Le Numéro ………………………………………… 10. •
L’Abonnement (12 numéros). …………………… 100. •
III. Autres Pays
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L’Abonnement (12 numéros). …………………… 115. •
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CHEMIN de FER de PARIS à ORLÉANS
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Allez au Maroc
1e) Par Bordeaux-Casablanca. — Départ de Bordeaux, trois fois par mois. Traversée en 3 jours. Billets directs et enregistrement direct des bagages.
2e) Par Gibraltar-Casablanca. — Billets directs et enregistrement direct des bagages pour Gibraltar. Service hebdomadaire de Gibraltar à Casablanca, 15 h. de mer.
3e) Par Algésiras-Tanger. — Billets directs et enregistrement direct des bagages pour Algésiras. Traversée quotidienne Algésiras-Tanger on 3e h. De Tanger à Casablanca par Rabat, service automobile.
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5e) Par Port-Vendres-Oran-Oudjda. — Trajet en chemin de fer jusqu’à Port-Vendres par Limoges-Toulouse; service hebdomadaire entre Port-Vendres et Oran Entre Oran, Oudjda, Fez et Casablanca, trajet par voie ferrée ou avion; entre Oudjda et Casablanca, service automobile.
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de la ligne de Paris à Strasbourg
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En sens inverse, le rapide 30 quittant Nancy à 9 h. sera avancé de 5 minutes (départ 8 h. 55), desservira comme actuellement Bar-le-Duc, Châlons, Épernay et arrivera à Paris à 13 h. 40 (au lieu de 14 h. 10). La durée du trajet sera par suite réduite de 30 minutes entre Strasbourg et Paris, et de 25 minutes entre Nancy et Paris.
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Groupe en faïence de Sèvres.
JEAN GAUGUIN
LES FAIENCES STANNIFÈRES
DE JEAN GAUGUIN
Au printemps de l'année dernière avait lieu à Copenhague une exposition dont on trouva l'écho ici-même et qui réunissait les pièces échangées par la Manufacture nationale de Sèvres et la Manufacture danoise de porcelaines Bing et Groendahl pour leurs musées céramiques. Echanger des œuvres qui portent dans chaque pays les trouvailles de l'autre et s'offrent à l'étude des spécialistes et des amateurs est un geste fort louable. Mais on pouvait faire mieux encore en donnant à des artistes l'occasion d'approfondir sur place des techniques inconnues, d'apprendre à connaître des matières et des procédés nouveaux pour eux. C'est ce que pensèrent M. Lechevallier-Chevignard, l'administrateur de Sèvres et M. Simonson, le directeur de Copenhague. M. Gensoli partit pour le Danemark et M. Jean Gauguin vint en France.
M. Jean Gauguin n'est pas un étranger pour nous. Par son père il est presque des notres. Issu du mariage de l'illustre peintre et d'une danoise, il s'est fixé dans la patrie de sa mère. Il faisait de l'ébénisterie quand il fut remarqué par Harald Bing qui se l'attacha. Sa nature toute primesautière s'accommodant avec peine des lents et délicats
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ART ET DECORATION
JEAN GAUGUIN
travaux de la porcelaine, il eut l'idée d'em-
ployer la terre à « casette » dont le retrait
au feu est insignifiant et avec laquelle il
pouvait modeler directement des morceaux
de dimensions considérables. En y joignant
des éléments cuits et pulvérisés il obtint
une matière savoureuse, la « roche cérami-
que » dont il composa ces belles pièces,
tantôt marquées d'une fantaisie exotique,
tantôt sobrement harmonieuses, qui nous
ont fait aimer son robuste talent.
A Sèvres, M. Jean Gauguin fut tout de
suite attiré par la faïence, récemment intro-
duite à la Manufacture et sur laquelle plu-
sieurs artistes de la maison portent des
soins attentifs. Par sa plasticité, la pâte
d'argile et de kaolin qui donne la faïence
présente les mêmes avantages que le mé-
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LES FAÏENCES STANNIFÈRES DE JEAN GAUGUIN
JEAN GAUGUIN
lange d’où sort la roche céramique. N’ayant à subir que des températures peu élevées, les ouvrages qu’on en tire ne risquent pas davantage d’être déformés par la cuisson. Enfin la faïence appelle le décor polychrome et M. Gauguin se prit au jeu des couleurs, à l’éclat des couvertes émaillées.
Il se mit à la besogne ardemment, presque farouchement, s’enfermant des jour-
nées entières dans son atelier, ne parlant à personne, modelant sans relâche, puis distribuant les tons sur le biscuit, tout seul ou avec l’unique concours de son frère, M. Jean Gauguin, peintre émérite, surveillant passionnément le mystérieux travail du feu.
En trois mois, de juillet à octobre 1926, il a réalisé de la sorte seize morceaux d’im-
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ART ET DECORATION
portance, treize groupes, trois amples soupières. Cette étonnante collection est devenue, suivant les conventions, la propriété du musée céramique de Sèvres. Elle est demeurée, tout l'été, exposée dans le hall d'honneur.
A voir cet ensemble on éprouve d'abord une impression étrange, un peu déconcertante. Mais on est vite conquis. Il porte la marque du travail hâtif, quasi fébrile qui l'a produit. On y chercherait en vain la mesure, la paisible cadence qui caractérisent par exemple l'Adam et Eve du même artiste, conservé précisément aussi à la manufacture. Mais quelle verve, quelle truculence dans ces figures de faunes et de nymphes qui se poursuivent, s'affrontent et s'étreignent, ces animaux qui semblent prêts à bondir ou qui luttent sauvagement! Certes le dessin n'est pas impeccable. Un anatomiste y trouverait à redire. Mais dans leurs déformations ces êtres atteignent à une expression singulière. Ils font penser aux inventions réalistes des statuaires médiévaux. C'est du mouvement sous pression, de la vie concentrée.
Pourtant ils restent essentiellement décoratifs. Les volumes qui, s'équilibrent solidement constituent de belles masses sculpturales. Et, en dépit d'un volontaire dédain du métier, contrastant curieusement avec une rare virtuosité technique, la matière est d'une qualité séduisante. Sous des coloris, d'une gamme très sobre — des verts, des bruns, des bleus, des violets — elle présente des surfaces onctueuses où les défauts même prennent de la saveur.
Un exemple à suivre? Evidemment pas. Mais la surprenante et délectable manifestation d'une nature profondément artiste.
RENÉ CHAVANCE
JEAN GAUGUIN
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CARTER NABLER et ADAMS Ltd. (Grande-Bretagne)
L'EXPOSITION DES ARTS DÉCORATIFS DE LEIPZIG
Qui voyage en Allemagne est frappé par la quantité d'expositions d'art dans la plupart des grandes villes. C'est comme une fièvre dont paraissent être atteintes les municipalités rivales qui cherchent à attirer le public par des exhibitions de toutes sortes. A Francfort, à Darmstadt comme à Munich, à Dresde, à Magdebourg, sans parler de Hambourg, de Breslau, de Berlin... partout le même zèle dans l'organisation d'expositions dans lesquelles l'art joue plus ou moins un rôle prépondérant.
Ainsi, à Leipzig, on trouve une Exposition Internationale du livre d'art moderne au Musée de peinture de la Ville, et, au Musée des Arts décoratifs, dans une partie de son nouveau bâtiment aux trois-quarts terminé, une Exposition Internationale des Arts Décoratifs Modernes.
C'est celle-ci qui nous intéresse spécialement, parce qu'elle présente pour la première fois en Allemagne, depuis une quinzaine d'années, un tableau comparatif des tendances d'art nouveau en Allemagne, en France, en Hollande, en Angleterre, en Autriche, en Suisse, au Danemark, et en Tchécoslovaquie. Cette confrontation européenne, quelque incomplète qu'elle soit, des efforts de différents pays vers le même but, un art moderne, a été faite pour réveiller de leur somnolence le public et les industriels attardés au goût de l'ancien.
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ART ET DECORATION
Section Hollandaise
Depuis plusieurs années déjà le Musée des arts décoratifs de la ville de Leipzig avait commencé à offrir ses salles d'exposition, au temps de la Foire Mondiale de Leipzig, à tout art décoratif et industriel de qualité supérieure et de goût nouveau. On arrivait ainsi à réunir la plupart des artistes et fabricants allemands intéressés au mouvement moderne. De là à la confrontation des efforts allemands avec ceux de l'étranger, il n'y avait qu'un pas : il a été fait avec tant de succès par l'exposition internationale, qui vient de se clore le 10 Septembre, qu'elle aura pour suite au printemps 1928, une exposition du même genre mais de la durée d'un mois seulement.
La grande préoccupation des artistes en Allemagne — comme ailleurs du reste — c'est le progrès et la diffusion de procédés nouveaux de construction et de travail, c'est la simplicité de la forme, la recherche d'une architecture pratique, d'un art « objectif » en ce qu'il répond scrupuleusement aux besoins matériels. Toute sentimentalité rétrospective est strictement éliminée et tout romantisme historique est aboli.
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H.-P. BERLAGE (Hollande)
Depuis quelques années on apprécie de plus en plus en France les efforts des novateurs pour créer un mobilier conçu dans les étroites limites de la raison et de l'utilité.
Mais la tradition du passé y est si belle et si glorieuse qu'elle garde encore des fidèles et leur inspire des regrets.
En Allemagne, c'est avec une passion
JAAP GIDDING (Hollande)
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ART ET DECORATION
presque unanime que sont faites et suivies les recherches d'un style nouveau en rapport avec les habitudes de la vie agitée que nous menons.
On sait qu'une association d'artistes, d'in- dustriels, de commerçants, d'amis des arts, fondée en 1907, le Deutscher Werkbund, s'est mise à la tête du mouvement moderne. C'est cette associa- tion qui encourage les plus hardis no- vateurs et qui pro- page la théorie de la « forme nue » réalisant la pensée abstraite d'un ingé- nieur-logicien plu- tôt que d'un artiste créateur.
Les hautes études de l'architecture intransigeante se font surtout à Des- sau, au Bauhaus, et tout un quartier de maisons nou- velles à la moderne, se voit actuellement au Weissenhof de Stuttgart, où la mu- nicipalité a invité seize architectes allemands et étran- gers, parmi les plus en vue, à construire des petites maisons selon leur goût. Elles montrent tous les mérites et toutes les méprises d'un art qui a rompu avec la tradition. Laissons cependant faire les propagandistes de cet art de raison pure et de machinisme qui refuse toute ornementation naturaliste ou stylisée. Espérons que de ces entreprises révolutionnaires sortira un progrès réel et durable dans l'habitation moderne.
A l'exposition de Leipzig, nous n'avons pas eu le bonheur de réunir des ensembles donnant à chaque objet exposé, sa place et valeur respectives. L'espace nous manquait au musée, pour montrer une suite de salles meublées. Seule, la salle de réception des- sinée par M. Bruno Paul, présentait un caractère d'unité sévère dans son installa- tion. C'était une salle claire en stuc brillant, que rehaussait çà et là, bien parcimonieu- sement, un ton vert-mourant. L'éclairage électrique, très abondant, remplaçait les lustres d'an- tan par des appa- reils luminaires d'une rigidité géo- métrique imprév- ue. Le mobilier en bois de macassar était d'une somp- tuosité voulue, seuls les grands vi- traux de la salle, dessinés par César Klein, avec leurs figures décoratives des cinq parties du monde, avec leurs couches de verrres colorés et gravés, donnaient une note gaie à cet ensemble de goût austère.
A droite et à gau- che de cette salle d'entrée se sui- vaient en enfilade les salles que les différentes nations avaient installées selon leur goût.
L'Autriche pré- sentait la multitude de ses étoffes, céra- miques, bibelots dans une salle dessinée par M. Hoffmann, dont les grandes vitrines rappelaient le bazar autrichien à l'expo- sition de 1925.
La Grande-Bretagne, la Hollande, le Danemark montraient leurs ouvrages dans des cadres bien appropriés et d'un décor sobre.
La Tchécoslovaquie réunissait l'élite de ses productions en verre, en céramique, en
A. METALAK (Tchecoslovaquie)
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L'EXPOSITION DES ARTS DÉCORATIFS DE LEIPZIG
Dentelle
Tchécoslovaquie
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dentelles dans un décor cubiste d'une coloration éclatante.
Grâce au concours de la Société des Artistes décorateurs français, la France avait groupé dans un décor d'une douceur charmante un choix de petits meubles, de tapis, de soieries, de céramiques, de cuivres, d'argenterie, d'objets de vitrine, de bronzes d'art. Cet ensemble harmonieux donnait une très belle idée du goût moderne français.
Notons encore les apports belges, italiens, suédois, et nous voici bien en présence d'un mouvement général, d'une évolution, non universelle mais bien européenne, de l'art nouveau.
Ces tendances nouvelles franchissent les frontières se rencontrent partout — heureusement sans détruire les différences de race, de culture, de goût.
En comparant les progrès obtenus dans les différents pays on constatera aisément que les efforts les plus audacieux ne se trouvent pas là où le goût, basé sur la tradition classique, contrebalance l'élan artistique et embarasse parfois l'invention individuelle.
L'Allemagne, dont la tradition d'art manque de base solide, a vu ses artistes se vouer à l'art nouveau avec une ardeur vraiment révolutionnaire. Ils opposent à l'art du