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--- Façades d'une maison --- LE CORBUSIER et P. JANNERET --- LA MAISON NOUVELLE EN FRANCE La nouveauté inquiète en architecture plus qu'ailleurs. Qu'un peintre, qu'un sculpteur, qu'un musicien se livrent aux fantaisies de leur imagination, cela n'engage qu'eux, après tout : s'ils nous choquent, nous nous vengerons le plus simplement du monde en ne regardant pas leurs tableaux, leurs statues, en n'écoutant point leur musique. Mais l'architecte indésirable ne se laisse pas, de nos jours, écarter aussi facilement; le constructeur s'impose, malgré que nous en ayons, par l'aspect qu'il donne à nos villes, par le décor dont il nous entoure, par mille détails nécessaires à notre vie quotidienne et qui portent la marque indélébile de son génie ou de sa maladresse : bienfaisante ou redoutable, son ombre hante nos demeures. Il est le compagnon secret et obstiné de notre vie. L'importance du cadre architectural est évidente et, si les critiques adressées aux architectes novateurs sont parfois vives, il n'y a rien là qui puisse surprendre : c'est la preuve que cette importance est sentie, que leurs recherches sont suivies avec intérêt, discutées avec passion; il n'est pas plus surprenant que ces critiques dénotent, le plus souvent, un état d'esprit très éloigné de celui de l'avant-garde : ce que l'on propose au public est si différent de ce à quoi il est habitué, et il est si mal instruit de ces recherches elles-mêmes! Il ne voit que des résultats qui lui paraissent extraordinaires, voire bouffons, car il ignore de combien d'efforts patients, raisonnés, de quelle rigueur persévérante et tenace de semblables résultats sont le fruit. Certes, quelques réserves s'imposent; les plus sérieuses tiennent au mépris que les jeunes architectes affichent parfois pour les conditions moyennes de l'existence actuelle; certains se laissent aller à travailler sur une idée qu'ils se font de la véritable vie

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ART ET DECORATION LE CORBUSIER et P. JEANNERET « moderne », sur une projection de celle-ci dans le plan de l'avenir, plan imaginaire et peu séduisant : le jeune architecte se croit tenu d'être une manière de prophète. Il n'est pas interdit de penser, ni de dire, qu'à force de parler de son art il en arrive à se monter légèrement la tête. Mais ces réserves — est-il besoin de l'affirmer? — ne portent en aucune manière sur les principes qui sont à l'origine de ses travaux, et que l'on peut ranger en deux catégories : les uns, particuliers à notre époque, sont dus au malheur des temps, les autres, âme de toute architecture saine et vivace, sont de toujours. Nous avons besoin de construire vite, et surtout économiquement. Vite : jamais le développement monstrueux de la population urbaine n'a posé aux architectes de problèmes plus angoissants et dont la solution s'impose avec une telle urgence. L'agglomération parisienne, qui compte actuellement près de cinq millions d'habitants, nous offre l'exemple frappant et lamentable d'une ville qui grandit comme malgré elle, dans l'insouciance et l'abandon; on construit à peine et lentement, sans aucun plan, n'im- porte comment, n'importe où. Une masse de gens énorme loge dans des baraques, au milieu de la boue, tandis que peu à peu des environs charmants que l'on devrait utiliser avec un soin jaloux sont dépecés, se couvrent de niches informes et disparaissent

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LA MAISON NOUVELLE EN FRANCE Terrasse et jardin LE CORBUSIER ET P. JEANNERET

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ART ET DECORATION 1er étage Maison de M. Auger-Prouvost à Ville-d'Avray 2e étage Rob. Mallet-Stevens, architecte --- à jamais : la « zone », les « lotissements ». Nous avons besoin, immédiatement, de milliers de logis, et d’architectes dignes de ce nom pour les répartir. Afin de construire vite, il faut industrialiser le bâtiment, bâtir en série, une maison comme une machine, avec des pièces usinées qu’il n’y a plus qu’à assembler. On aura une maison-type, une cellule-type, des éléments à combinaisons multiples. Est-ce à dire que cette « standardisation » soit l’idéal, qu’il y ait là un gage certain de perfectionnement, comme pour les machines, le type standard étant par définition le meilleur? Non, évidemment: l’architecture est essentiellement diverse. Mais s’il est tout à fait faux, croyons-nous, de faire de la fabrication en série un élément du progrès architectural, il est parfaitement juste de dire que c’est une nécessité de l’heure actuelle, fâcheuse peut-être, mais certaine. Il en va de même du principe d’économie. Il ne sert à rien de construire vite et beaucoup, si la construction revient à un prix tel qu’on ne puisse vendre ni louer. Ici encore la fabrication en série nous sauve, car, étant la plus simple et la plus rapide, elle est en même temps la moins chère. De là à prétendre que faute d’argent soit une des bases de l’architecture, jamais. C’est un mal avec lequel il nous faut compter, voilà tout. Il est encore une sujétion que l’architecture doit aux conditions actuelles : celle de l’espace. Les matériaux et la main-d’œuvre sont chers, mais plus encore, dans les villes, le terrain; il importe donc de l’utiliser au mieux. On arrive de nos jours à tirer parti des moindres recoins, on s’attache à faire rendre à un plan tout ce qu’il peut, et cette étude, qui a merveilleusement développé l’ingéniosité des constructeurs modernes, les a conduits à des améliorations précieuses, la terrasse, par exemple, dont on peut dire qu’elle est maintenant --- Rez-de-chaussée

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LA MAISON NOUVELLE EN FRANCE Maison de M. Auger-Prouvost à Ville-d'Avray ROB. MALLET-STEVENS acquise à l'architecture de nos contrées. Construire vite, construire à bon compte, utiliser judicieusement le terrain: autant de belles qualités pour un architecte. Mais ces qualités lui sont imposées par les besoins du temps présent. A part le dernier point, l'architecture, en soi, n'a pas trop à y gagner. Si nos architectes ont eu quelque mérite à comprendre ces besoins, à les formuler clairement et à travailler à les satisfaire, il est autrement utile qu'ils aient contribué à rendre la vie à leur art en affirmant, avec une insistance louable, la nécessité de revenir à certains principes essentiels. Le premier, celui dont tous dérivent, c'est que l'architecture doit suivre l'évolution de la technique, utiliser, chacun selon ses propriétés, les matériaux que son temps met à sa disposition. On commence à peine à apprécier à leur juste valeur, non pas seulement technique, mais purement artistique, les constructions que la charpente de fer à permis d'élever au siècle dernier (le hall de la gare du Nord, la salle de travail de la Bibliothèque nationale, et tant d'autres); de même personne ne conteste plus aujourd'hui que l'emploi du ciment armé, qu'A. Perret a, plus que nul autre, développé, n'ait été pour beaucoup dans l'abandon du style pastiche, de l'architecture de pâtisserie, dans le tricmphe des formes claires, dépouillées, exprimant librement la fonction d'un édifice. Grâce à ce « matériau », comme on dit, la partie portante d'une construction n'est plus formée que d'une ossature aux portées aussi grandes qu'il est nécessaire; les murs, simples cloisons, jouent seulement le rôle de remplissage, et rien n'empêcherait de les

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ART ET DECORATION PREMIER STAGE TERRASSES SOUS - SOL RET DE CHAUSSEE Plans de la maison de M. G..., rue Nansouty, à Paris ANDRÉ LURÇAT

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LA MAISON NOUVELLE EN FRANCE ANDRÉ LURÇAT faire de verre; la baie s'agrandit ainsi autant que l'on veut, et l'air, la lumière entrent à flots; théoriquement même elle n'est limitée qu'en hauteur, par les planchers : elle ferait au besoin tout le tour de la maison, car l'ossature peut se réduire à quelques piliers supportant autant de plateaux qu'il y a d'étages. On voit les possibilités immenses qui s'ouvrent, de ce fait seul, à l'architecture : suivant une formule heureuse de M. Le Corbusier, la façade est libre, le plan est libre. La construction ne se compose plus que de quelques points d'appui autour desquels l'édifice vient s'ordonner logiquement. Le plan, dégagé de toute entrave, redevient la grande affaire de l'architecte, et la forme n'en est plus qu'une traduction fidèle. La décoration, l'enjolivement sans objet disparaissent : nous n'admettrons à la rigueur que le revêtement, qui cachera, sans en altérer la forme, l'aspect pauvre du ciment d'ossature ou de la brique de remplissage, et le mouchetis. Plus de toit, puisque nous avons des terrasses, partant plus de corniches. La maison moderne est un polyèdre de murs nus, percé de baies sans autre ordre que celui que commande le plan (ou parfois, avouons-le, le goût de l'architecte, car il n'est de règle si sévère qui ne souffre quelque liberté); on voit, par les photographies que nous donnons, et qui groupent quelques-uns de nos modernes les plus décidés, qu'elle affecte de préférence la forme d'un cube ou d'une combinaison de cubes; c'est que la ligne droite, l'angle droit sont à la mode, simple réaction contre la débauche de sinuosités, le tortillage effréné du «modern style» et de ses succé-

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ART ET DECORATION danés. D'ailleurs cette simplicité s'accorde avec les principes de vitesse et d'économie. Et elle n'exclut pas, on le remarquera, la variété, variété qui apparaît plus grande encore si l'on compare à l'architecture française les architectures étrangères, hollandaise, autrichienne, allemande, italienne, et qui prouve que, malgré la rigueur de leurs principes, les modernes se gardent de l'esprit de système (souhaitons qu'ils s'en gardent toujours). Il est bon d'insister là-dessus, en effet; on reproche à l'art actuel sa monotonie : les gothiques l'étaient aussi, à leur manière, et les romains, et les grecs, et tout art fondé sur quelques données fermes, précises. Dirait-on qu'il y avait plus de variété dans l'imitation paresseuse ou le laisser-aller dont l'époque précédente nous a donné tant d'exemples? C'est donc que l'on prend pour telle ce qui n'était que légèreté et désordre. La monotonie de l'architecture moderne est d'abord faite de qualités auxquelles nous ne sommes plus habitués, et qui, seules, nous tireront de la platitude, de l'atonie générales. JEAN PORCHER. Maison à Saint-Cloud — Construction par cellules, composées d'une ossature de métal, avec double paroi ciment armé projeté et liège. Plafond en liège — JEAN-CHARLES MOREUX

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Photo Chervojan MAISON DE M. MOURON, A VERSAILLES A. et G. PERRET, Architectes

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