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ART ET DÉCORATION FÉVRIER 1927 --- CLAUDE MONET, PAR RAYMOND KŒCHLIN. — J.-CH. MOREUX, ARCHITECTE ET DÉCORATEUR, PAR RENÉ CHAVANCE. — LES POTERIES DE RENÉ BUTHAUD, PAR GUILLAUME JANNEAU. — LE JARDIN ARABE AU MAROC, PAR GEORGES MARÇAIS. HORS-TEXTE : L'AIGUILLE D'ÉTRETAT, PAR CLAUDE MONET. CHRONIQUE : CONCOURS, EXPOSITIONS, VENTES, LIVRES. --- ÉDITIONS ALBERT LÉVY LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS 2, RUE DE L'ÉCHELLE - PARIS --- CE NUMERO : France : 8 fr. 50

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ART ET DÉCORATION et l'Art Décoratif REVUE MENSUELLE D'ART MODERNE Rédacteur en Chef : Léon Deshairs 31e année. — N° 302 Tous les droits sur les articles et les reproductions sont réservés pour tous pays. Les articles parus dans Art et Décoration deviennent la propriété de la revue. Les modèles publiés dans la revue sont et demeurent la propriété de leurs auteurs, toutes reproductions ou imitations même partielles, sont interdites et seront poursuivies par leurs auteurs. --- PRIX POUR 1927 I. France, le Numéro : 8 fr. 50 L’Abonnement (12 numéros) : France, 85 francs II. Pays ayant adhéré à la Convention de Stockholm : Afrique du Sud (Union de l’), Albanie, Allemagne, Argentine, Autriche, Belgique, Bulgarie, Canada, Chili, Congo Belge, Cuba, Egypte, Equateur, Espagne, Estonie, Ethiopie, Finlande, Grèce, Guatemala, Haïti, Hongrie, Lettonie, Liberia, Lituanie Luxembourg, Maroc (zone espagnole), Paraguay, Pays-Bas, Perse, Pologne, Portugal et ses Colonies, Roumanie, Salvador, Serbie-Croatie-Slovaquie, Suède, Tchécoslovaquie, Terre-Neuve, Turquie, U. R. S. S. Uruguay, Vénézuëla, Yougoslavie. Dollars --- Livres sterlings --- Franca suisses --- Pesetas --- Florins holl. --- 0.40 --- 0.1.8 --- 2. * --- 2.85 --- 1. * --- 4.- --- 0.16.8 --- 20. * --- 28.57 --- 10. * --- Le Numéro L’Abonnement (12 numéros). III. Autres Pays : Dollars --- Livres sterlings --- Franca suisses --- Pesetas --- Florins holl. --- 0.46 --- 0.1.11 --- 2.30 --- 3.14 --- 1.10 --- 4.60 --- 0.19.2 --- 23. * --- 32.85 --- 11.50 --- EMBOITAGES (chaque emboitage contient un semestre), 10 francs (Port en sus : France, 2 francs. Etranger, 3 francs) Demander le tarif spécial pour les années parues, brochées ou reliées --- ÉDITIONS ALBERT LÉVY, 2, Rue de l’Échelle, PARIS (Ier) Compte chèques Postaux 6690 R. C. Seine 64696 Téléphone Louvre 33-87 --- GALERIE GRANOFF TABLEAUX MODERNES 166, Bd HAUSSMANN, 166 PARIS (VIIIe) CARNOT 35.40 --- Etablissements A. DROUANT FABRIQUE DE PRODUITS POUR LES ARTS COULEURS - TOILES - CADRES Nos Spécialités pour Décorateurs COULEURS DÉCORATION “Marque A. DROUANT” EN TUBES II ET AU KILOG. COULEURS EXTRA-FINES ET FINES Vente en gros à l’Usine : 10, Rue Bellini, PUTEAUX Wagram 96-90 Vente au détail : SUCCURSALE “BEAUX-ARTS” 14, Rue des Beaux-Arts, PARIS (6e) Fleurus 61-23 Même Direction : GALERIE ARMAND DROUANT 66, Rue de Rennes, PARIS R. du C. Seine 299.005

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ART ET DECORATION ENTREPRISE DE PEINTURE ET DÉCORATION DESAGNAT 54 RUE D'ANJOU 54 628, RUE TRONSON - DU COUDRAY PARIS (VIIIe) TÉLÉPHONE: CENTRAL 29-46 GUTENBERG 53-22 --- CHEMINS DE FER DE L'ÉTAT Mise en vente de nouvelles Affiches artistiques Continuant l'édition de leurs si intéressantes affiches illustrées représentant des vues de sites ou monuments desservis par leurs lignes, les Chemins de fer de l'État viennent de faire paraître les sept nouvelles affiches illustrées suivantes: - Honfleur. - Le Val de Saire (Environs de Valognes). - Cancale. - Saint-Brieuc : La Cathédrale. - Tréguier : Le Cloître. - Chinon : Ruines du Château. - Le Marais Poitevin (Environs de Niort). Ces affiches sont mises en vente ainsi que celles éditées précédemment dont les Chemins de fer de l'État possèdent encore une réserve suffisante, au prix de CINQ francs l'exemplaire. Elles sont expédiées pliées, sous enveloppe, franco à domicile, contre l'envoi préalable de leur valeur en mandat-carte. Pour les recevoir, sous rouleau, joindre le prix du colis postal (gare ou domicile). Aucun envoi n'est fait contre remboursement. Ecrire ou s'adresser au Service de la Publicité des Chemins de fer de l'État, 20, rue de Rome, Paris (8e). --- CHEMINS DE FER DE PARIS A LYON ET A LA MÉDITERRANÉE Le Voyage à la mode en cette saison Le voyage à la mode à cette époque de l'année, c'est la route d'Hiver des Alpes, d'Aix-les-Bains-Mont Revard à Nice par autocar P.-L.-M., en trois étapes d'une journée chacune: Aix-les-Bains-Grenoble, Grenoble-Digne, Digne-Nice. Des limousines du dernier confort, avec éclairage électrique et chauffage intérieur partent d'Aix-les-Bains les Dimanche, Mercredi et Vendredi du 26 décembre au 28 février; tous les jours, du 1er mars au 31 mai. Les départs de Nice ont lieu les Dimanche, Mardi et jeudi du 23 décembre au 28 février; tous les jours, du 1er Mars au 31 Mai. Les Agences et Bureaux P.-L.-M. de Renseignements, comme aussi les Agences de Voyages, délivrent des billets combinés comprenant à la fois le parcours en chemin de fer et le trajet en auto-car.

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Vue de Paris, prise du Louvre, 1866 CLAUDE MONET (1840-1926) Claude Monet restait le seul survivant des maîtres qui ont renouvelé l'art français durant le dernier tiers du xixe siècle; il est mort dans sa maison de Giverny à 86 ans — il était né en 1840 — plein de jours et de gloire, ayant fait son œuvre, et son sillon tracé comme il l'avait voulu, en une noble ligne droite, logiquement et sans repentir. Nul peintre certes n'a été moins théoricien que lui; il ne se préoccupait guère des idées qui se débattaient dans les cénacles ou les brasseries d'artistes; le reproche lui a été fait même, et non sans aigreur, de n'être pas assez intellectuel; toutefois aucun sans doute parmi ses grands contemporains n'a mieux su où il prétendait aller et son œuvre pendant soixante ans se développe et progresse d'une magnifique rigueur dans une recherche incessante de la lumière, dans une lutte passionnée avec l'atmosphère colorée : « Plus de lumière! Toujours plus de lumière! » aurait-il pu dire lui aussi. Que lui avait enseigné Boudin dans ces longues séances de sa quinzième année, au bord de la mer ou parmi les fermes normandes, séances d'initiation dont un demi-siècle plus tard il gardait le souvenir ému? Les premiers éléments du métier vraisemblablement, mais surtout il avait dû lui apprendre à regarder, à voir, et c'est pourquoi,

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ART ET DECORATION La dame à la robe verte (Mme Claude Monet), 1866. (Musée de Brême) quand, après de longues querelles avec son père qui en avait voulu faire un négociant, il se trouva à l'atelier de Gleyre, les petites recettes du peintre des Illusions perdues l'abasourdirent au point qu'il s'enfuit. Il ne partit d'ailleurs pas seul, puisque des camarades qu'avait gagnés sa révolte le suivirent, et ces camarades n'étaient rien moins que Bazille et les compagnons de lutte de toute sa vie, Renoir et Sisley. Libre, que furent ses premières œuvres? On le sait mal, car la plupart ont disparu; il me racontait un jour que, menacé de saisie et indigné que sa famille ne lui envoyât pas les 1.200 francs qui l'eussent sauvé, il avait lacéré toutes ses toiles pour qu'elles ne tom-

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CLAUDE MONET bassent pas aux mains de l'huissier. Quelques- unes pourtant ont sur- vécu, le Morceau de viande de la collection Moreau et une Cour de ferme que je possède, dont lui-même a indi- qué la date aux envi- rons de 1863 ou 1864, et la Route sous la neige, de la collection Camon- do, qui est de 1865. Assurément, avant de peindre ces beaux mor- ceaux, il avait regardé les tableaux de ses contemporains et l'influence de Courbet sur- tout et de Manet, celle de Daubigny aussi qu'on n'a pas assez re- marquée, n'en sont pas absentes; le métier ap- puyé les rappelle et de même la recherche de tons à la fois sombres et puissants. L'écolier de Boudin n'a pas oublié pourtant les le- cons de l'excellent pein- tre; il demeure les yeux ouverts, avant tout préoccupé de rendre fidèlement ce qu'il voit, et sa sincérité, sa naïveté devant la nature est véritablement émouvante. Cette même veine réa- liste, entretenue par le voisinage des maîtres qu'il s'était choisis, persiste dans l'œuvre de Monet durant les années qui suivent, dans la Dame en vert (musée de Brême), dans le Déjeuner, dans ce Déjeuner sur l'herbe aussi, dont il ne reste qu'un fragment et une esquisse (musée de Francfort); ce sont de solides et magnifiques morceaux de peinture où des notes éclatantes de cou- leur chantent sur les fonds sombres qu'on recherchait alors, d'une exacte vérité qui ne faisait nulle concession à l'idéalisme académique à la mode, et le jeune homme de vingt-six ans — ces tableaux datent de 1866 à 1868 — s'y montre l'égal des meilleurs parmi ses ainés : on ne faisait pas de tort à Manet, quand, par le hasard d'une ressem-

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ART ET DECORATION --- blance de noms, le public du Salon lui attribuait la Dame en vert. Déjà pourtant les paysages des mêmes années témoignent de préoccupations nouvelles; dans quelques vues de Paris prises aux environs du Louvre, tel le St-Germain-l'Auxerrois, plus encore dans la Terrasse au Havre au bord de la mer, la palette s'éclaircit; la peinture reste un peu lourde, mais certains gris argentés marquent une observation singulièrement heureuse des ciels des bords de la Seine. C'était là les premiers signes de l'évolution qui se préparait; au même moment, en effet, Monet s'attaquait résolument aux problèmes de la lumière et, désespérant de rendre, en travaillant dans l'atelier, l'atmosphère lumineuse dont il sentait chaque jour davantage opérer le charme, il se décidait à planter franchement son chevalet en plein air: c'est dans un vrai jardin, à Ville-d'Avray, que furent peintes (1867) les Dames qu'on admire aujourd'hui au Luxembourg. L'idée n'était évidemment pas nouvelle d'«aller au motif» et les paysagistes durant des siècles l'avaient mise en pratique, de Poussin, Claude Lorrain et Desportes jusqu'à Corot. Mais ce que tous peignaient en plein air, c'était l'étude, et toujours le tableau était fait dans l'atelier; or il suffit de comparer une des innombrables études de Corot qui nous restent d'Italie, par exemple, avec le tableau qu'il en a tiré pour sentir la différence; la fraîcheur, la justesse de l'impression directe se sont évanouies, emportées par une sorte de manière conventionnelle tant dans la composition que dans la lumière. Ce sont ces qualités premières que Monet prétendait sauvegarder en travaillant toujours devant la nature. Ses grands confrères en sourirent, mais leurs railleries ne l'ému- rent point, et l'effort de toute sa vie, depuis, se concentra sur l'étude des formes vues dans la lumière et de leur apparente variété suivant les changements incessants de l'atmosphère. Sans aucune préoccupation

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CLAUDE MONET Le pont d'Argenteuil, 1874 (Collection Antonin Personnaz) Le Bassin d'Argenteuil, 1875 (Musée du Louvre, collection Camondo) — Photos Archives photographiques d'art et d'histoire —

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ART ET DECORATION scholastique, il créait l'école du plein air. On a souvent dit que Turner avait été pour beaucoup dans l'évolution de Monet; il l'a toujours nié, et en effet elle avait commencé longtemps avant qu'il n'en connût l'œuvre à la National Gallery; cette œuvre d'ailleurs, il ne le cachait pas dans ses propos familiers, lui était antipathique par l'exubérant romantisme de sa fantaisie. Ce n'en est pas moins après un séjour à Londres, en 1870-71, que sa palette se débrouilla pleinement et ses premiers chefs-d'œuvre de peinture claire datent du voyage en Hollande qu'il fit au retour (1871) et de ses randonnées d'alors, le long de la Seine, d'Argenteuil à Rouen (1872-74). Rien de plus frais et de plus jeune que ces paysages; la composition, généralement très rigoureuse, demeure traditionnelle et le dessin très écrit, mais les beaux tons francs et clairs juxtaposés sans mélange, sans sauce d'aucune sorte pour les soutenir, donnent à ces morceaux de choix un merveilleux éclat. L'on conçoit que, devant ces belles nouveautés, les plus audacieux des jeunes, les Sisley et les Pissarro, se soient mis corps et âme à l'école d'un tel maître. Le public cependant s'étonnait; il avait accepté sans trop de peine les audaces de Monet quand elles relevaient de Courbet à qui l'on commençait à s'habituer; devant ces nouveautés il regimba, et quand, impuissants, à forcer les portes des salons, les «Sauvages» du moment se groupèrent pour faire chez Nadar, boulevard des Italiens ou avenue de l'Opéra, dans des boutiques ou des appartements vides, des expositions particulières, ce furent des explosions d'indignation ou de gaieté. Manet, Degas, Renoir, Monet, Sisley, Pis-sarro, Mme Morizot, Cézanne, Guillaumin excitérent le fou-rire; je me rappelle la joie des visiteurs devant une certaine «Vache violette » de Caillebotte, et l'on s'amusait autant des ingénieuses curiosités de dessin des uns que des recherches

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