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ART ET DÉCORATION
MAI 1925
INTRODUCTION A L'EXPOSITION DES ARTS DÉCORATIFS : CONSIDÉRATIONS SUR L'ESPRIT MODERNE
PAR GUILLAUME JANNEAU
HORS TEXTE : BUREAU-BIBLIOTHÈQUE, PAR PIERRE CHAREAU.
LE JARDINAGE, PANNEAU DÉCORATIF, PAR PAUL VÉRA.
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EDITIONS ALBERT LEVY
LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS
2 RUE DE L'ÉCHELLE - PARIS
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CE NUMÉRO EXCEPTIONNEL :
France : 10 fr. Étr. 12 fr.
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ART ET DÉCORATION
et l'Art Décoratif
REVUE MENSUELLE D'ART MODERNE
Rédacteur en Chef : Léon Deshairs
29e année. — N° 281
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EXPOSITION PERMANENTE
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J. RUHLMANN
INTRODUCTION
A L'EXPOSITION DES ARTS DÉCORATIFS
CONSIDÉRATIONS SUR L'ESPRIT MODERNE
En même temps qu'elle présente une collection d'œuvres choisies, l'Exposition qui s'ouvre fournit le bilan d'un immense effort. Pour la première fois se révèle au public non spécialisé le caractère cohérent des études poursuivies depuis 1890 ; mieux, l'existence même de ces études. Sans doute on a vu depuis ces trente-cinq ans évoluer maintes formes; on a même eu l'insigne fortune d'assister à l'élaboration d'un style : celui de l'auto. Mais de ces phénomènes on ne songe pas à dégager l'unité, ni même la signification. On s'installe dans une organisation matérielle antérieure à soi; la civilisation du radiateur et de l'électricité cohabite avec celle de la cheminée et de la lampe à globe, sans se confondre avec elle; la société conditionnée par l'industrie lourde et l'outillage à grand rendement se juxtapose à celle de l'échoppe et de l'artisanat, sans l'absorber ni l'évincer; l'ère commence des grandes réalisations collectives sans que soit révolue celle de la production individuelle, qu'ouvrit en 1793, l'abolition des jurandes.
La révolution toutefois s'accomplit; elle s'accomplit spontanément, moins sous l'influence, qui fut bienfaisante, de certains agents extérieurs, que par expérience, par ce mystérieux travail de perpétuelle révision qui se poursuit à notre insu. Ce n'est pas un perfectionnement des formules anciennes qui s'est opéré, mais une rupture qui s'est consommée. À l'esthétique des courbes, l'art moderne tend à substituer celle des droites et des angles; à l'ornementation, la masse nue; à la stylisation naturiste, le style. Sans doute, ce n'est pas d'un consentement unanime que s'effectue cette conversion. Toujours il y aura des hommes, possesseurs des vérités d'hier, pour contester celles de demain: mais la dénégation qu'ils leur opposent ne détruit pas celles-ci. Parussent-elles
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ART ET DECORATION
A. et G. PERRET
entachées de ruse et d'insincérité, leur existence ne résidât-elle que dans leur influence, nous n'avons pas le droit de n'en pas tenir compte ; Ossian fut une fiction : l'Ossianisme une réalité. Sans admirer, par système, les dernières trouvailles, faisons du moins crédit à l'esprit de recherche. C'est lui qui contient l'avenir. « Le critique, observe Anatole France, ne doit pas céder au charme des regrets; il lui faut suivre l'art dans toutes ses évolutions et craindre de prendre pour incorrection et barbarie ce qui est recherche nouvelle et nouvelle délicatesse.»
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La polyphonie règne dans la musique : elle a fini par s'imposer au goût du public intelligent. Survienment les «jeunes» :
—Comme cette musique est peu rythmique,
observent-ils. Elle est «invertébrée». Restaurons le rythme!»
Ils s'y appliquent. Ils le font sans ménagement, affirmant rigoureusement leur conception pour la raison qu'ils la croient bonne et qu'elle est leur découverte et leur chose.
Le public, déconcerté, crie aux mystificateurs, comme il avait fait vingt ans auparavant, mais il l'oublie, lors des premiers essais de polyphonie.
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Toute révolution commence avec sincérité. Sans doute il advient qu'un fumiste se glisse parmi la troupe des fidèles et la compromette. Mais à quoi servirait le sens critique si ce n'est à le dépister? Cubisme, orphisme, purisme, dada, surréalisme sont des tentatives extrêmement sérieuses.Toutes
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INTRODUCTION A L'EXPOSITION
H. FREYSSINET
Hangar à dirigeables, à Orly
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ART ET DÉCORATION
ont une origine commune, encore qu'elles se développent dans une direction différente : une sensibilité singulièrement apte à percevoir l'unisson nouveau du monde extérieur. « Pour les peintres de ma génération, écrit Angel Zarraga, l'intersection de deux plans produit un plaisir d'un autre ordre mais de la même qualité que la modulation d'un vert tendre et d'un lilas pour la génération néo-impressionniste. Sculptures nègres, possibilités du ciment armé, architecture navale, architecture des avions, ces apports et découvertes et le fameux « Tout n'est que cylindres, cône et sphères », tout contribua à modifier profondément notre sensibilité en nous donnant le goût des formes arrêtées. De là à imaginer que notre raison commande, il n'y avait qu'un pas. Nous le franchîmes... (1) Cf.: Le Bulletin de la vie artistique, 1er novembre 1924.
C'est donc l'expression totale d'une sensibilité conditionnée par des excitants psychologiques nouveaux qu'aspire à fixer la génération de 1919-1925. Ces excitants, les artistes eux-mêmes les ont énumérés : c'est la science elle-même avec son relativisme et sa féerie, ce sont le cinéma, l'électricité, la vitesse, — « nouvelle beauté dont l'univers s'est enrichi », proclame Georges Annenkoff, théoricien du nouveau théâtre russe (1) et les grandes réalisations de l'outillage mécanique moderne — la Tour Eiffel, thème de Raoul Dufy comme de Jean Giraudoux, d'Irène Lagut comme de Jean Cocteau. « Avec une rapidité qu'explique seule la raison pratique, remarque Albert Gleizes, nous avons assisté au refoulement des formes animales par des formes nouvelles,
(1) Les amitiés nouvelles, 15 février 1925.
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INTRODUCTION A L'EXPOSITION
TONY GARNIER
Grand hall des Abattoirs de Lyon
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ART ET DECORATION
HENRI PACON
mecaniques... Un principe nouveau est ne pour la conscience humaine. Pourquoi s'etonner que sur le terrain des œuvres d'art on aperçoive l'affirmation de ce changement? » (1)
On s'étonne, on s'alarme, de trouver tant d'esprit aux peintres.
On en reste à la convention du peintreloup, menant, solitaire, dans la nature complice, une vie angélique et farouche, et recueillant, émerveillé, les muettes confidences des doux génies du sol.
Il n'y a plus de peintre-loups. Le délicieux Daniel Dourouze est mort.
D'ailleurs, des usines électriques aux formes nettes occupent les sites sauvages;
(1) Cf.: Le Bulletin de la vie artistique, 1er janvier 1925.
de titaniques barrages retiennent suspendues au-dessus des villages des masses d'eau formidables; des ponts de ciment armé, aux lignes simples, enjambent les abîmes. La volonté, l'intelligence, le courage humains créent de toutes parts un ordre de beauté nouveau. Les artistes le discernent comme nous. Ils savent aussi qu'ils le discernent, et ne l'en expriment que mieux.
Il y a, cousinant avec le cubisme sans être le cubisme, une sorte d'expressionnisme français. C'est celui d'un André Mare et d'un Luc-Albert Moreau, d'un Laboureur et d'un André Lhote, qui traduisent en une sorte de contrepoint nouveau le rythme de la vie contemporaine. Telle figure de matelot américain nous parait si physionomique et si juste qu'il nous faut un effort d'analyse
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INTRODUCTION A L'EXPOSITION
FRANCIS JOURDAIN
pour y remarquer l'absence des éléments qu'à l'effet général Labourer a sacrifiés. Exploitant le moyen cinématographique, André Mare exprime le mouvement non plus par une torsion de l'axe du corps, mais par la juxtaposition de plusieurs silhouettes saisies dans les états successifs du même geste. André Lhote peint-il une partie de football? Chassant de son esprit la notion théorique des objets, il retient uniquement les images rapides et brèves qu'a saisies son œil. Il n'est jusqu'à Luc-Albert Moreau, maître du dessin moderne, qui, peignant son «Combat de Boxe» ne distingne entre la perception, naïve et fragmentaire, de l'œil et la connaissance intellectuelle et abstraite.
L'expressionisme s'adresse à la sensibilité. C'est d'une psychologie de l'art que les jeunes écoles fixent le principe : il consiste à noter la sensation dans sa pureté. Baudelaire, déjà, n'avait-il défini cette esthétique de la sensibilité? «Dans quelque attitude qu'elle soit jetée, avec quelque allure qu'elle soit lancée, remarque le poète (1), une voiture comme un vaisseau, emprunte au mouvement une grâce mystérieuse et complexe très difficile à sténographier. Le plaisir que l'œil de l'artiste en reçoit est tiré, ce semble, de la série des figures géométriques que cet objet, déjà si compliqué, navire ou carrosse, engendre successivement et rapidement dans l'espace.»
(1) Le Peintre de la Vie Moderne, recueilli dans les Variétés critiques, tome II, p. 83. Crès, éd.
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ART ET DECORATION
Dans le domaine des arts décoratifs s'opère, en même temps, un véritable émondage de la forme, dénaturée par l'ornementation. Mais il n'y a pas fusion entre la formule qui, résolument, demande aux programmes contemporains des suggestions nouvelles et celle qui, se rattachant librement au passé, — Empire et seconde Restauration —, pourrait être appelée néo-traditionnelle. Ce n'est pas, en effet, une différence de degré qui les sépare; c'est une différence de nature. Les meubles de Pierre Chareau trahissent des préoccupations d'un autre ordre que ceux de Ruhlmann ou de Süe et Mare. Les « cartons » de tissus de Jean Lurçat et de Raoul Dufy témoignent d'une autre conception que ceux de Maurice Dufrène ou de Paul Véra. De ces tendances, qui parfois se rencontrent mais ne se mélangent pas, efforçons-nous de dégager les traits caractéristiques. A cet effet, et pour la clarté de l'exposé, mieux vaut saisir à son origine, pour la suivre dans ses développements, l'évolution de chacun des arts mineurs.
Mineurs, au sens originel et rationnel du terme. Mineurs parce que commandés, parce que subordonnés aux nécessités architectoniques ou décoratives. Mineurs parce que dépendants, et non point parce qu'inférieurs.
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L'erreur de nos ainés apparaît aujourd'hui, qui, pour relever la condition des arts mineurs, s'avise rent de leur conférer une sorte d'indépendance. Asservis aux nécessités de l'outillage, aux propriétés de la matière et surtout aux exigences de la destination, comment et de quoi les arts appliqués pourraient-ils être indépendants? Il faut toutefois distinguer. Outre ces arts « décoratifs » qui relèvent de l'architecture, il y a les arts techniques, lesquels n'ont d'autre dessein que d'utiliser la matière à des fins artistiques. Ce n'est pas établir une hiérarchie que de séparer des catégories. Une céramique d'Emile Decœur est une création par sa forme, par son décor, par sa matière et par l'accord même de la matière et du décor avec la forme; la faïence vernissée qu'exécute un artisan d'après une aquarelle n'est pas une œuvre de même nature. Le vase que, de son souffle, au bout de sa canne de verrier, Maurice Marinot crée dans l'espace, qu'il façonne dans la flamme et la fumée, puis qu'il émaille ou grave lui-même par des procédés inventés ou perfectionnés par son expérience est une chose autre que cette verrerie d'édition dont l'auteur putatif n'a fait qu'une éventuelle image.
Dans l'honorable volonté de réhabilitation qui saisit en même temps les fondateurs de l'Union centrale des Arts Décoratifs, de la Société d'encouragement à l'Art et à l'Industrie, du Salon d'Automne et la Société des Artistes Décorateurs, il semble bien qu'ait été négligée cette distinction nécessaire entre l'œuvre essentiellement originale et l'œuvre à caractère industriel; l'exposition qui s'ouvre n'aura pas dissipé cette confusion. L'industrie, qui y triomphe, n'en doit pas moins sa prospérité à ces quelques isolés qui s'ingénient, inconnus d'elle, dans leur laboratoire. « Le travail le plus profondément personnel, observe Paul Valéry, enrichira lentement et secrètement l'intellect de la moyenne, mais la moyenne n'en sait rien... elle néglige et même méprise les individus dont les ancêtres spirituels lui ont élaboré toutes ses idées...»
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Notre temps a découvert un art: celui de l'ensemblier. Ensemblier, c'est le nom noble du Tapissier. Notons encore ce trait physionomique de l'art contemporain: un personnage nouveau s'est, dans chaque secteur de l'art décoratif, enté sur l'ancien artisan. De même que le terme d'ensemblier désigne un autre métier que le terme de tapissier, celui de ferronnier n'équivaut pas à celui de forgeron, et le meublier n'est pas l'ébéniste. Fait remarquable, le nouveau qualificatif s'applique à une catégorie de professionnels, qui ne sont plus, en effet, des hommes de métier comme un Jacob, un Jean Lamour, un Roubo, mais des dessinateurs et des fournisseurs d'idées. Aussi bien certains de leurs confrères, attachés aux vieilles et pures méthodes, professent-ils à leur endroit
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ATELIERS DE CONSTRUCTION DE MACHINES A MONTATAIRE
par A. et G. PERRET.