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ART ET DÉCORATION MARS 1925 JOACHIM COSTA, PAR EMMANUEL DE THUBERT. — PABLO PICASSO, PAR LÉON DESHAIRS. — UN HUMORISTE : CHAS LABORDE, PAR LOUIS-LÉON MARTIN. — TAPIS TURCS EN HONGRIE, PAR ANDRÉ JOUBIN. CHRONIQUE : TECHNIQUE DE LA FRESQUE, PAR A. VICARD. PLANCHE HORS TEXTE : PORTRAIT, PAR PICASSO. EDITIONS ALBERT LEVY LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS 2 RUE DE L'ÉCHELLE - PARIS CE NUMÉRO : France : 7 fr. Étr. 8 fr.

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ART ET DÉCORATION et l'Art Décoratif REVUE MENSUELLE D'ART MODERNE Rédacteur en Chef : Léon Deshairs 29e année. — N° 279 Tous les droits sur les articles et les reproductions sont réservés pour tous pays. Les articles parus dans Art et Décoration deviennent la propriété de la revue. Les modèles publiés dans la revue sont et demeurent la propriété de leurs auteurs, toutes reproductions ou imitations même partielles, sont interdites et seront poursuivies par leurs auteurs. Le Numéro --- France . . . 7 francs --- L'Abonnement --- France . . . 70 francs --- Étranger . . . 8 francs --- (12 numéros) --- Étranger . . . 85 francs --- L'année parue (de 1920 à 1923 inclus), brochée : 72 fr. Reliée, en 2 volumes : 96 fr. (Étranger, port en sus) L'année 1924, brochée : 84 francs. Reliée, en 2 volumes : 108 francs (Étranger, port en sus) Emboîtages (chaque emboîte contient un semestre), 8 fr. (Port en sus : France, 2 fr. Étranger, 3 fr.) --- ÉDITIONS ALBERT LÊVY LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS 2, Rue de l'Échelle, PARIS (1er) Compte chèques Postaux 6690 R.C. Seine 64696 Téléphone Louvre 33-87 --- EDGAR BRANDT 101 BOULEVARD MURAT.PARIS TEL.AUTEUIL 07-95 12-40 REGISTRE DU COMMERCE DE LA SEINE N° 116370 FERRONNERIES LUSTRERIE OBJETS D'ART EXPOSITION PERMANENTE

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ART ET DÉCORATION --- RUHLMANN Meubles.Installations.Décoration 27, rue de Lisbonne --- H. MORAND & Cie FERRONNERIE LUSTREI --- H. ROLATO-PÉTION Ancienne Maison REIS, fondée en 1886 13 et 15, Rue Taitbout, PARIS --- EXPOSITION : 32, Be Haussmann, PARIS (0p/ra) TÉLÉPHONE: MARCADET 24-90 99, Boulev. de la Liberté, LILLE FABRICATION : 13, Pass. de l’Élysée-des-Beaux-Arts PARIS (XVIIIe) TÉLÉPHONE: MARCADET 24-90 ET 24-91 R. C. Saine 79 420 --- Appareil d’éclairage ---

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ART ET DECORATION A·B·C MAGAZINE d'ART A. B. C. Magazine d'art est une Revue dont la place est restée trop longtemps vacante. Vous l'attendiez en effet car elle est faite pour tout le monde, et s'adresse à tous les gens de goût qui désirent être initiés aux questions artistiques. Ce n'est pas exactement une Revue, mais un Magazine, c'est-à-dire qu'il contient des articles techniques, des monographies, des articles éducatifs pour les amateurs, des renseignements pour les artistes, des critiques, etc..., et fait autant de place aux illustrations qu'au texte. Ce texte n'est pas écrit dans un style doctoral, mais avec un langage simple, clair, et compréhensible pour tous. Voici quelques noms de collaborateurs pris parmi beaucoup d'autres : AHU — A. ARNOUX — G. AURIOL — H. AVELOT — BECAN — M. CAPY P. CHAINE — G. COCHET — L. CORVISIER — DE COURVILLE H. DACIER — G. DELAW — P. DOMINIQUE — FELS — H. GAZAN GUILAC — HAUTOT — HERMANN PAUL — LACHÈVRE — LEBEY J.-M. LIZOTTE — LUC-BENOIST — P. MAURIAC — MIRANDE F. PIGNATEL — RENEFER — ROUBILLE — E. SOUPAULT A. THERIVE — TOUCHET. Le N° 3 fr. Prix de l'Abonnement : FRANCE ET COLONIES . . . . . 30 fr. par an ÉTRANGER . . . . . . . . . . 37 fr. 50 par an Compte Chèques postaux : PARIS 743 - 60 Adressez vos Abonnements à : l'A.B.C. (Service R 9), 12, Rue Lincoln, PARIS

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ART ET DÉCORATION de délicieuses couvertures, tissées des cachemires les plus fins et dans des tonalités de pastel : héliothrope, saphir, jade, lavande, bleu marine, blanc, flamme, ocre, chocolat, écarlate, citron, paille, pêche, taupe, violet, crème, rose, canari, sable, saxe, etc... très légères et très chaudes, elles sont recherchées non seulement pour l'auto et les sports, mais encore pour faire de charmantes écharpes, robes d'intérieur, pyjamas, etc... louis vuitton 70, champs-élysées - paris london --- lille --- cannes --- nice --- 149, new-bond street --- 34, rue faidherbe --- 10, rue des belges --- 12, avenue de verdun --- La brochure "Les Cadeaux" est envoyée gracieusement sur demande

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JOACHIM COSTA J'ai connu Costa alors qu'il venait d'achever sa statue du Poilu ; c'était au Salon de 1920 ; la statue de Costa dominait jusqu'aux meilleurs envois de ce Salon, tant l'inspiration en était haute, et la plastique, pleine ; elle me toucha d'autant plus que je sortais de la guerre, où j'ai fait besogne de poilu ; j'étais donc tout imprégné de la grandeur et de l'humilité qui nous furent coutumières, et je m'indignais que les statuaires nous montrassent au-dessous de nous-mêmes. Le Poilu de Costa a pris racine dans la terre, d'où il surgit comme un rocher ; coiffé du casque, enveloppé du chandail, et portant encore la peau de mouton par-dessus la capote, il est calme et résolu, ainsi que disait alors la France d'elle-même. La statue se dresse maintenant entre La Rochelle et La Palisse, au bord de la mer, sur la promenade qu'on appelle Le Mail. Le monument qui l'encadre (Jean Béraud et Charles Busnel, architectes), convient à sa gravité : c'est une exèdre de pierre adossée contre un fond d'arbres, fait principalement de pins. Dans les entre-colonnements, des tables portant le nom des morts ; au centre, la statue, qui est en bronze patiné d'or ; dans le socle, de part et d'autre de l'inscription : Ceux de la Grande Guerre, des bas-reliefs composés de têtes casquées. Costa vient de dresser un nouveau Poilu à Pézenas : celui-là ne fait plus corps avec la terre, il s'en dégage, il devient libre, c'est qu'il va gagner la guerre. La statue occupe le centre d'un hémicycle (Jean Béraud, architecte), dont une frise sculptée décore la partie supérieure : des grenadiers planqués parmi les pieux et les sacs à terre d'un petit-poste, et des morts pris dans les barbelés, ce sont trois moments de notre résistance : Louvemont, Douaumont, Fort de Vaux. Le monument se présente avec la même dignité que celui de La Rochelle ; il est Bacchus enfant, pierre, 1913 J. COSTA

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ART ET DÉCORATION J. COSTA seulement moins austère, plus précieux peut-être. Les Grenadiers de Pézenas sont taillés directement sur le tas (pierre de Chauvigny), les têtes casquées de La Rochelle ont été fondues sur des plâtres taillés eux-mêmes directement. Quand Costa montait ses deux Poilus, il taillait encore dans le bois de noyer un bas-relief : L'Imagier, et une figure nue : L'Hespéride. L'Imagier apparaît sous les traits d'un ouvrier : il porte le piochon en main et sort

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JOACHIM COSTA J. Costa, sculpteur Ch. Bunel et J. Béraud, architectes du bloc deux figures allégoriques. Le bois dans tout ce grand panneau garde la trace de l'outil. Le sculpteur, au contraire, a complètement poli L'Hespéride : c'est une jeune fille nue, les pieds posés sur le Dragon, et qui porte une pomme d'or à la main. Le Dragon lui-même se présente comme une figure créée de toutes pièces ; bien que le sculpteur ait emprunté au tatou sa forme générale, il a su lui donner en effet tout le caractère d'une bête fabuleuse. A l'heure présente, Costa taille pour être montés dans la pergola que la Douce France élève sur l'Esplanade des Invalides deux bas-reliefs, l'un dans la pierre de Lens (Tristan et Yseult), l'autre dans la pierre de Rupt (Le nain Gwyn). Tous ces ouvrages sont sculptés dans le bois ou la pierre, sans modèle préalable, d'après les dessins qui servent à l'artiste de point de départ, d'étude et de contrôle. Costa s'affirme en effet comme un des théoriciens et un des praticiens de la taille directe. Dans ses débuts, il avait modelé : un Bacchus, un groupe de Bœufs, et diverses figures qui se ressentent de l'influence de Gauguin. Aujourd'hui, il a rompu délibérément avec le modelage ; ce n'est point d'ailleurs sans avoir exposé avec talent la thèse que je soutiens moi-même. Il professe qu'une sculpture doit être exécutée par le sculpteur dans sa matière même ; il veut, en outre, qu'elle soit l'expression d'un modèle intérieur qu'invente son ouvrier. Vous voyez donc comme il entend la taille directe : il pense que l'ouvrier qui conçoit une statue, qui la façonne dans son esprit et qui l'étudie de la sorte jusqu'à la savoir par

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ART ET DÉCORATION cœur, n'a pas besoin d'un intermédiaire entre lui et la matière. Taille directe est une expression qui a fait rapidement fortune. — et je dois m'accuser d'avoir aidé à son succès ; — nous n'y tenons point cependant, et pour ma part, je préférerais dire : sculpture, — si du moins le public voulait bien entendre comment la sculpture s'oppose au modelage. Tout d'abord, la sculpture est œuvre d'esprit: Le sculpteur, comme nous l'entendons, n'entre pas en effet si brutalement dans le bloc que les modelleurs pensent à le faire croire; il étudie sa statue sur des dessins; sur les dessins il précise une image mentale, et c'est cette image mentale qui au même moment, se développe dans la matière: le sculpteur voit donc sa statue dans l'espace. Voir dans l'espace, tel est le propre du sculpteur comme de l'architecte. Il voit dans l'espace en fonction du bloc. Vous comprenez dès lors qu'à l'opposé du modelage, la sculpture ne peut que gagner à s'interdire le mouvement: elle est un art de statique et d'équilibre. Pour prendre un exemple, regardez les statues du Moyen Age: elles vous apparaîtront comme immeubles par destination, et revêtant les mêmes caractères que l'architecture; aussi bien les défauts et les qualités que peut donner le maniement de la terre, nous ne les trouvons jamais sur ces statues: ce sont des blocs taillés au service du mur pour satisfaire à l'esprit du monument. La question de la taille directe ne touche point que la technique; elle tend plus loin, jusqu'à l'établissement d'une esthétique, c'est-à-dire qu'elle entraîne au regard de la psychologie et de l'histoire générale comme de l'histoire de l'art, un système cohérent de pensée. C'est pour contenir un premier essai de ce système, que le petit livre de Costa « Modeleurs et Tailleurs de pierre », (Paris, Ed. de La Douce France, 1921) — a tant de valeur. Avant lui, André Abbal, quand il réclamait en faveur de la sculpture, ne parlait que métier; Costa et moi, nous avons développé les idées jusqu'à leurs dernières conséquences, et Costa — particulièrement — s'y est employé avec un enthousiasme qui n'a pas laissé que de frapper le public: « Notre plus grande vertu, à nous sculpteurs, dit-il, notre plus grande vertu est d'être de bons architectes... Architecturer les formes, voilà l'unique fin que poursui- L'imager, noyer, taille directe, 1922 J. COSTA

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JOACHIM COSTA vaient les grands ouvriers créateurs de beauté : Cambodgiens, Indous, Égyptiens, Grecs et Gothiques. La sculpture doit être réduite au langage de la forme stricte. Une belle orchestration de lignes, des volumes harmonieux et synthétiques suffisent pour nous émouvoir. Donc, le calme, le goût de la construction, une esthétique linéaire, architecturale, rigoureusement plastique, le souci que la science n'apparaisse pas, une écriture inventée et sensible au lieu de la visualité servile, telles sont les qualités auxquelles nous reconnaîtrons la sculpture. « Les modelleurs nous disent: Ne faites rien sans le modèle; une œuvre, si parfaite qu'elle soit, ne dépassera jamais la nature. Nous croyons, au contraire, dit Costa, que la préoccupation la plus haute du bon ouvrier doit être de vouloir la dépasser. » C'est bien ainsi que pensaient dans ces dernières années des maîtres tels que Puvis et Gauguin, et précédemment, Dominique Ingres. Tout le monde, aujourd'hui, argue de leur exemple, mais combien n'en continuent pas moins de faire œuvre d'école? ils admirent un art qui n'entre point dans les mesures académiques; cependant, ils ne peuvent quitter des habitudes qui leur sont commodes ni sortir d'un système qui n'exige point leur peine. À la vérité, c'est au delà des maîtres que nous devons chercher nos inspirations, aux sources cachées où ils puisaient eux-mêmes, dans la substance mystérieuse dont s'alimentaient leurs songes. J'imagine que pour sa part, Costa n'a pu que gagner en étudiant les vieux sculpteurs auxquels nous devons les portes d'Angkor, les allées de Louqsor, le fronton d'Olympie et le portail de Chartres; pareille éducation, du moins, convenait à un artiste épris de la grandeur. Ce sont les Cambodgiens que Costa voit dominer toute la suite de son art, les Cambodgiens et les Indous: « Quels beaux enseignements, dit-il que la contemplation des bas-reliefs de Boroboudour et de l'art Khmer, dont le « Budha couché », est d'une expression si grandiose : ainsi que cet ensemble incomparable : Angkor-Vat... prestigieux musée enseveli dans la forêt Cambodgienne! Si l'art Khmer se rapproche des Assyriens et des Egyptiens par la grandeur du style et des sacrifices, nous retrouvons, par contre dans les vieux bas-reliefs qui enrichissent L'hésperide et le dragon Noyer, taille directe, 1923 J. COSTA