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Art et décoration JANVIER 1923 JEAN PUY. — AU SALON D'AUTOMNE : L'ART DÉCORATIF. L'ART URBAIN. — CH. MARTIN. CHRONIQUE : EXPOSITIONS, VENTES, LIVRES.
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Art et décoration JANVIER 1923 JEAN PUY. — AU SALON D'AUTOMNE : L'ART DÉCORATIF. L'ART URBAIN. — CH. MARTIN. CHRONIQUE : EXPOSITIONS, VENTES, LIVRES.
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art et décoration et "L'ART DÉCORATIF" REVUE MENSUELLE D'ART MODERNE Vingt-Septième Année — Numéro : 253 --- JANVIER 1923 --- JEAN PUY . . . . . . . . . . . . . . . . . . Tristan Leclère. AU SALON D'AUTOMNE : Les Arts décoratifs — L'Art urbain . . . . . Raymond Escholier. CH. MARTIN. . . . . . . . . . . . . . . . . . Léon Moussinac. PLANCHE HORS TEXTE LA CHARMANTE A... Jean PUY. Chronique : NOTES ET INFORMATIONS. — VILLES ET MONUMENTS. — LES MUSÉES. LES EXPOSITIONS. — UNE EXPOSITION D'ARCHITECTURE AU MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS, par Pierre Schommer. — LES VENTES, par Tristan Leclère. — LIVRES ET REVUES. --- PRIX DE LA LIVRAISON France : 6 fr. — Étranger : 7 fr. PRIX DE L'ABONNEMENT France : 60 fr. — Étranger : 70 fr. PRIX DE L'ANNÉE PARUE Brochée : 72 francs — Reliée en 2 vol. : 92 francs (pour l'Étranger, port en sus) Tous les droits sur les articles et les reproductions sont réservés pour tous pays. Les articles parus dans Art et Décoration deviennent la propriété de la Revue. LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS 2, RUE DE L'ÉCHELLE — PARIS Ier COMpte DE CHEQUES POSTAUX: N° 6690. TÉLÉPHONE : LOUVRE 33-87
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JEAN PUY. JEAN PUY Ce qui plaît d'abord en Jean Puy, c'est sa charmante modestie d'artiste. Il a des dons rares dont beaucoup d'autres se targueraient bruyamment : il n'en parle pas ; il insiste sur les parties de ses toiles qui lui semblent moins réussies. Il croit l'art de peindre chose difficile ; il ne pense pas qu'il faille chercher des exemples dans les époques de réalisation imparfaite, comme les primitives. Certes il sait bien tout le charme qu'il peut y avoir chez les giottes- ques, mais il ne juge pas cela suffisant ; comme eux, il veut s'approcher de plus en plus de la vie ; à travers la peinture, il voudrait montrer l'homme. Accorder des couleurs et des lignes est bien ; rendre l'expression humaine dans sa diversité, dans son intensité, c'est, d'après lui, mieux encore. « J'aime avant tout la vie, j'ai une tendresse à la voir palpiter à côté de moi ; les êtres et les choses bouger dans la lumière; les éclats de soleil sur les cheveux et les sou- rires féminins ; c'est envirant, et justement ma propre difficulté vient précisément de là; les rapports de tons ne me suffisent pas, je vou- drais tout dire, je voudrais mettre la vie même sur mon tableau, ce qui est assurément impos- sible. » Impossible, non pas peut-être ; mais très difficile assurément. Car un Pisanello, un Vinci, un Tintoret et d'autres encore, se sont il me semble fort approchés d'un but si haut. Et Jean Puy ne le méconnaît pas, qui aime à regarder des photographies d'œuvres du Vinci, et à reproduire dans ses fonds de tableaux la figure séduisante du Saint-Jean-Baptiste. Il travaille donc silencieusement, obstiné- ment, sans faux bruit. Son tempérament n'est pas commun dans une génération, qui fut, il
Art et Décoration JEAN PUY. faut bien le reconnaître un peu tapageuse. Ses camarades portèrent non sans quelque joie secrète le nom de « fauves ». Ils aimaient à heurter le public, voire à le violenter par des outrances de couleur ou de dessin. Jean Puy a l’esprit plus grave et plus méditatif. Ce qui ne l’empêche pas de cacher ce fond de mélancolie derrière un aspect moqueur à l’occasion. C’est d’ailleurs le propre de beaucoup d’artistes d’aller ainsi d’un extrême à l’autre. Parce qu’ils sont fort influençables, le rire est chez eux voisin des larmes. Cela chez Puy a engendré une certaine fierté d’attitude, une certaine discrétion de tenue, qui appartenait plus à la génération qui l’a précédé qu’à la sienne. Du temps du symbolisme, du temps de Le Barc de Boutteville, on ne cherchait pas à éveiller l’attention du gros public; on s’en tenait à l’écart comme s’il était incapable de comprendre l’effort artistique. Erreur certes, mais erreur fort honorable. L’incompréhension est le fait de gens mi-cultivés, d’amateurs insuffisamment préparés qui s’enthousiasment pour ce que leur ignorance prend pour des nouveautés, mais qui sont incapables d’apprécier la qualité d’un modelé; leurs dénigrements ne valent pas mieux que leurs éloges. Mais ces gens là ne sont pas tout le public; il reste encore des êtres sensibles, et même des amateurs qui soutiennent leur opinion de la meilleure manière, c’est-à-dire en achetant un tableau. Jean Puy est de Roanne où il est né en 1876. Il travailla d’abord à Lyon, avec son compatriote Emile Roustan, dans l’atelier du peintre Tony Tollet. Il vint ensuite à Paris, mais il ne trouve à l’académie Jullian, dans l’atelier de Jean-Paul Laurens, aucune indication très utile. Il passe donc chez Carrière où sont aussi Matisse, Laprade, Migonney et Roustan. Singuliers élèves pour un maître singulier. C’est le moment où Monet commence à s’imposer. Si Cézanne de temps à autre expose encore aux Indépendants, on le tient déjà pour un maître. Et nos jeunes artistes sont bien plus épris de la couleur éclatante que de la brume
Jean Puy JEAN PUY. discrete de Carrière. Matisse qui va suivre les néo-impressionnistes peint à l'académie en tons si vifs, que le maître, tout de même un peu étonné, lui demande : « Et maintenant si vous aviez un perroquet à représenter, comment feriez-vous ? » A quoi fort justement d'ailleurs, Matisse répond : « Mais je n'ai pas de perroquet ». Car tout est affaire de rapports; si ceux-ci restent justes, toute transposition est permise au peintre. Comme Matisse, Jean Puy veut donc que le tableau soit d'abord une fête pour l'œil ; et il le veut encore aujourd'hui. Il continue à harmoniser des tons autour d'un rose ; car il fait de cette couleur facilement banale la chose la plus rare. Laprade aussi sans doute s'en servira, mais lui avec des gris, des noirs, et seulement une pointe de citron. Le rose de Jean Puy se place dans une orchestration beaucoup plus sonore d'orangés et de rouges. Maintenant encore, il fait poser un modèle nu sur une vieille soierie cramoisie ; et son atelier est badigeonné de ce jaune orange qui fut cher à beaucoup de ses camarades, à Manguin notamment. Mais ces jeux fleuris ne suffisaient pas à Jean Puy. Par le ton, il voulait aussi montrer la forme. La recherche des volumes qui avait préoccupé Cézanne, préoccupait aussi ses jeunes successeurs. Et l'on tâchait d'établir ces volumes par grandes masses. Masser les formes est le souci de toute une génération. Les plus lyriques, Matisse, plus tard Dufy échapperont à cette hantise ; pour les autres, de Jean Puy jusqu'à Asselin, elle sera une sorte de credo. Reconnaissons que cette conception constructive est en peinture une nécessité première. Le tort serait de tout lui sacrifier. Certains artistes ont massé non seulement les ombres d'un corps, d'un visage, mais aussi celles des choses les plus aériennes, comme les feuillages. Ils ont peint les visages comme des pommes et Cézanne lui-même n'a pas toujours échappé à ce travers; ils ont peint les feuillages comme des boules opaques de coton. Et ils ont ainsi
Art et Décoration JEAN PUY. perdu de vue, outre le sentiment de la matière, le style même des objets représentés. Le caractère particulier d'un arbre, chêne, bouleau ou peuplier, le caractère particulier d'un visage, ils l'ont négligé, ou plutôt ils ne l'ont pas vu. Ils ont abouti ainsi à des œuvres mortes, constructions massives d'un académisme nouveau, d'où tout frisson de vie était banni. C'est l'une des tares les plus lourdes de la peinture contemporaine. Le mérite de Jean Puy est justement d'avoir aperçu ce danger. Ayant solidement établi les grandes masses d'une figure, il ne croit pas être allé jusqu'au bout de sa tâche, et il désespère d'arriver à traduire la moue d'une lèvre, l'expression d'un regard. Il s'y applique donc autant qu'il le peut, ayant en cet ordre presque tout à faire, sans pouvoir prendre d'appui sur ses camarades. C'est alors qu'il tourne ses regards vers les maîtres anciens comme le Vinci. Une telle inquiétude est de celles qui donnent à une peinture un frémissement rare. C'est par cette poursuite de l'expression complète que Puy se rattache à la meilleure tradition. On n'oubliera pas cela en regardant ses dessins ou ses toiles. Si persévérante pourtant que soit sa poursuite de l'expression, il n'oublie pas qu'on la rencontre non seulement dans le détail, mais aussi dans les lignes générales. Dès le début donc, il est préoccupé de l'effet, du
Jean Puy JEAN PUY. rythme d'ensemble, et il marque cela fortement. Dans ce premier travail, il associe le désir de masser les formes au désir de traduire le caractère. Quand il atteint ces deux objets, comme dans certains dessins, il s'élève du premier coup très haut. C'est un but qu'il ne perdra jamais de vue, qu'il s'agisse de figures, de compositions ou de visages. On peut désirer parfois qu'il assouplisse le modelé, que les parties d'ombre et de lumière ne soient pas aussi obstinément séparées comme dans certaines œuvres remontant à une quinzaine d'années. L'artiste a du reste lui-même senti cette nécessité. Peu à peu ses formes se sont arrondies et la progression de ce mouvement se peut remarquer du Repos du modèle qui date de 1907, jusqu'au tableau représentant une jeune femme en train de peindre une académie qui est de 1912. C'est là une des œuvres marquantes de Jean Puy. La composition est extrêmement heureuse et la présentation des personnages presque à contre-jour devant une baie d'atelier permet les plus héroïques contrastes de valeurs. On rencontrera dans la production de l'artiste toute une série d'études de ce genre, femmes nues assises ou étendues, femmes vêtues lisant ou se reposant. Jean Puy trouve toujours là l'heureux prétexte d'harmonies éclatantes et rares. Les chairs ont des reflets discrètement

La revue "Art et Décoration" présente dans ce numéro de janvier 1923 des articles sur l'art décoratif et l'art urbain, avec une analyse de l'œuvre de Jean Puy et de Charles Martin. Elle inclut également une chronique couvrant les expositions, les ventes et les livres, ainsi que des informations sur les musées et les monuments. Des publicités pour des artisans et des maisons d'art sont également présentes.