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Art et décoration AOUT 1920
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Art et décoration AOUT 1920
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art et décoration REVUE MENSUELLE D'ART MODERNE Vingt-Quatrième Année — Numéro : 224 --- AOÛT 1920 --- LE MONUMENT DE LA TRANCHÉE DES BAÏONNETTES . . . . Paul Vitry ODILON REDON . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Robert Rey APPAREILS D’ÉCLAIRAGE . . . . . . . . . . . . . . Roger de Félice QUELQUES HUMORISTES. . . . . . . . . . . . . . . André Warnod --- PLANCHE HORS-TEXTE : FLEURS (pastel) . . . . . . . . . . . . . . ODILON REDON --- Chronique : NOTES ET INFORMATIONS. — LES PRIX DE ROME DE 1920. — L’UNION CENTRALE DES ARTS DÉCORATIFS ET L’ÉTAT. — AU PETIT PALAIS. — L’EXPOSITION DU MUSÉE DE LA GUERRE AU PAVILLON DE MARSAN, par René Chavance. — LIVRES ET REVUES. --- PRIX DE LA LIVRAISON France : 6 fr. — Étranger : 7 fr. PRIX DE L’ABONNEMENT France : 60 fr. — Étranger : 70 fr. De 1897 à 1914 : la livraison. 3 francs. En 1919 : 5 livraisons à 5 francs. L’Année : Brochée. 36 fr.; Reliée. 56 fr. --- LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS 2, RUE DE L’ÉCHELLE — PARIS Ie COMpte DE CHÈQUES POSTAUX, N° 6690. TÉLÉPHONE : LOUVRE 33-87
Verdun Monument à élever à la Tranchée de Baïonnetty A. VENTRE. --- Le Monument de la Tranchée des Baïonnettes C’est une lourde et terrible tâche que vont assumer ceux de nos constructeurs qui seront chargés de dresser les monuments de la grande guerre. Mais, aussi bien parmi nos architectes que parmi nos sculpteurs, il doit s’en trouver qui, surexcités par l’émotion qu’ils auront à éterniser, sauront trouver l’expression monumentale qui doit naître spontanément des matériaux, du sol et de l’idée! André Ventre est au premier rang de ceux-là et c’est par un choix singulièrement intelligent et perspicace, choix qui n’a rien d’étonnant quand on en sait le responsable, qu’il a été désigné pour élever l’un de ces premiers monuments dont la libéralité enthousiaste d’un citoyen américain, M. G.-T. Rand, va permettre la réalisation immédiate. Il ne s’agit pas encore ici du grand monument d’ensemble que l’on rêve sur le formidable champ de bataille de Verdun, mais comme d’une stèle typique consacrée à l’héroïsme symbolique d’une poignée d’hommes pris entre des milliers et des milliers d’autres dont le sacrifice est également respectable, douloureux et glorieux. Le monument colossal et définitif, André Ventre l’a esquissé, d’ailleurs, dès 1917, dans une dessin magnifique déjà publié et que des nécessités militaires, permanentes, hélas! rendent malheureusement, paraît-il, irréalisable dans la forme où il l’avait conçu. L’idée de ce monument sans autre architecture que la ruine militaire et le terrain lui-même, était née spontanément pour ainsi dire dans l’esprit de l’artiste qui, tout au long du front, avait été chargé de relever les aspects et les vestiges des luttes récentes. Sensible plus que quiconque, passionné pour toutes les besognes auxquelles il se donne tout entier, André Ventre s’est acharné à celle-là et ses relevés ont pris, dans leur exactitude respectueusement voulue, une couleur lyrique et la souplesse de son crayon, exercée en tant d’autres occasions, s’est déchaînée ici avec une fantaisie ardente à la Piranèse. André Ventre a été jadis un merveilleux collaborateur pour les archéologues qui ne l’ont pas oublié et c’est le plus consciencieux de nos architectes des monuments historiques; mais c’est en même temps un novateur intran-sigeant : il a depuis presque aussi longtemps qu’il dessinait des chapiteaux romans et des travées gothiques, esquissé, crayonné, inventé, des formes modernes dont plus d’une est passée dans l’usage, sans porter sa signature. Aussi, dans l’occasion, n’a-t-il eu garde de faire appel à aucune réminiscence quelle qu’elle fût. Il n’a
Art et Décoration A. VENTRE. pris conseil que du programme même qu'il avait à remplir, de l'idée qui l'obsédait et le passionnait, du terrain qu'il connaissait mieux que personne, des matériaux enfin qui s'imposaient à lui. Il a voulu ces derniers frustes et simples, par économie d'abord, par respect aussi de ce désert où l'apport d'une pierre blanche, d'une pierre de sépulture bourgeoise lui est apparu comme une offense odieuse. C'est le ciment qu'il a choisi, le béton rude et grossier des blockhaus et des abris. Il est temps, du reste, de dire comment l'œuvre se compose et d'abord à quelle nécessité morale et matérielle elle correspond. Il s'agissait d'honorer et de protéger cette tranchée formée de quelques entonnoirs rapprochés où, les 11 et 12 juin 1916, une section du 137° d'infanterie, des Vendéens, au pied de ce qui fut la ferme de Thiaumont, se laissa ensevelir à son poste, dans ce sol « troué, secoué, mouvant, qui se soulevait comme une mer ». Trente ou quarante hommes, dans cet épisode inoui d'une journée qui en coûta près de quinze cents au régiment tout entier, périrent là, debout, baïonnette au canon, et leurs armes, serrées contre leurs poitrines, pointent encore au-dessus du sol, marquant leur place de combat. Comment ensevelir, anéantir à nouveau ces morts glorieux sous l'étouffante dalle d'un monument banal? André Ventre a voulu que ce qui fut la tranchée même fût respecté et que le geste humain d'héroïsme et d'épouvante demeurât tel à jamais que la mort l'avait figée dans la terre maternelle. Il a conçu son monument comme une vaste dalle, mais une dalle qui ne pèse pas sur la mort et qui n'étouffe pas le souvenir. Un bloc de ciment de six mètres de large recouvrira horizontalement la la tranchée, mais supporté par deux rangs de piliers massifs et simples qui laisseront entre eux se silhouetter la pente de la colline et la découpure des armes à demi-ensevelies, évocatrices du drame angoissant. A l'ombre de cette dalle, la terre, sans soleil et sans pluie, mourra, l'herbe ne poussera plus, la nature elle-même s'arrêtera respectueuse du souvenir. D'un côté les piliers se font de plus en plus courts, au fur et à mesure que la pente s'élève et la dalle butant sur un massif aveugle vient
Le Monument de la Tranchée des Baïonnettes mourir dans la croupe de Thiaumont; de l'autre, elle aboutit à un massif plus dégagé qui domine la dévallation des terres remuées par la mitraille, massif dans lequel deux ouvertures étroites permettront au pèlerin ému qui en fera le tour de jeter un coup d'œil sur l'ensemble de la tranchée. Quelques éléments, des fusils émergeant encore, formaient angle droit avec la ligne générale : de là, obligation de faire déborder en potence le massif principal qui constitue de ce côté comme une stèle gigantesque garnie d'une croix, emblème du sacrifice et de la foi des morts qui reposent à son ombre. Une plate-forme exiguë sera aménagée de part et d'autre de cette sépulture unique, dans le sol légèrement abaissé et régularisé tout autour et l'on y accédera de la route, qui passe au pied de la croupe de Thiaumont, par un boyau étroit creusé à même la terre avec des talus presque à pic et un escalier abrupt par où le visiteur isolé et recueilli gravira ce calvaire, dominé par la vision obsédante de la massive stèle qui porte la croix. Le départ enfin de ce boyau est marqué sur la route par une sorte d'entrée de crypte très simple composée de massifs de béton qui porteront les inscriptions indicatrices nécessaires. Partout ailleurs, le moins possible d'épi- graphie et de symbole : c'est dans les volumes et dans leurs dispositions que réside tout l'effet d'une pareille architecture : nulle firoti- ture n'est nécessaire pour en souligner le sens et la portée. Les noms de ces héros obscurs, fils du sol presque anonymes, dressés dans un héroïsme presque involontaire, dont la gran- deur est avant tout collective, ces noms qu'on a retrouvés laborieusement y figureront certes; osons dire qu'ils ne sont pas l'essentiel : ce qu'a voulu l'artiste, ce dont lui seront reconnaissants tous ceux qui viendront honorer les défenseurs de Verdun, c'est la conservation visible, matérielle, du geste dans lequel ces hommes sont morts pour le salut de tous, et la beauté de son œuvre, sans ordonnance factice et sans ornement superflu, naîtra de sa conception même, logique et forte, rigoureuse- ment suivie et aussi simplement exprimée qu'elle a été profondément sentie. PAUL VITRY.
L'Arbre (peinture). ODILON REDON. Odilon Redon « Des Esseintes s’arrêtait plus particulière- ment devant les autres cadres qui ornaient la pièce. Ceux-là étaient signés Odilon Redon. Ils renfermaient dans leurs baguettes de poirier brut, liseré d’or, des apparitions inconcevables; une tête d’un style méro- vingien posée sur une coupe;……… une épouvantable araignée logeant au milieu de son corps une face humaine, puis des fusains partaient plus loin encore dans l’effroi du rêve tourmenté par la congestion… » Quel était donc cet artiste dont le héros si compliqué de Huysmans tolérait les seules œuvres avec celles de Rodolphe Bresdin et de Gustave Moreau? Un homme doux, musicien et lettré, légè- rement corpulent, ennemi des mouvements brusques et des violences vulgaires, cultivant les plus exquises vertus domestiques, la cour- toisie la plus discrète. Né dans une grande aisance rurale, son en- fance avait été douce, aimablement recueillie ; rien des tragiques sites et des noires murailles de Combourg où le jeune chevalier de Châ- teaubriant frissonna par les soirs de tempête sur la lande; mais un calme peut-être trop constant, « non loin d’un grand fleuve et de la mer, sur la lisière du Médoc »: longues dunes, estuaire gris et plat comme une lagune infinie, vieille maison « autrefois château couvert d’ardoises ». La demeure était doucement sonore. Foin
Odilon Redon Femme et Fleurs (pastel). (Appartient à M. Sainsère). --- des flon-flons de Donizetti; c'est du Berlioz, du Schumann, du Chopin, qu'on y jouait. L'adolescent, de santé faible alors et que nul pensum n'attristait, errait des jours entiers, à travers les dunes et les sapins, sur le cheval blanc d'après lequel il traçait déjà maintes ébauches. A travers toute son œuvre, nous retrouverons le thème gigantesque et décoratif du cheval cabré, dans les Pégase, les Zagreus, les Phaétons dout il multipliera les répliques ; en 1881, dans une de ses lithographies représentant une des phases des « Origines », Redon montrera, sur la terre « humide encore et molle du déluge » un immense cheval assis, vaste comme ces figures que dessinent les nuages et où jadis il aimait à voir de fantasques théogonies. Redon s'essayait à peindre dans cette heureuse liberté. Les paysages, les natures mortes qu'il fit alors, de nuances délicieusement timides sont parmi les trésors charmants de son œuvre : frais bouleaux blancs sur un ciel très pâle, taches d'herbes sur le sable, rave blême, fardée de mauve, plissée comme une chair et semée de folioles vertes. Il se préparait sans hâte à devenir architecte, faisait de la géométrie, des épures, travaillait

Ce numéro de la revue "Art et Décoration" présente plusieurs articles sur l'art et la décoration. Il inclut une section sur le monument de la Tranchée des Baïonnettes à Verdun, conçue par André Ventre, ainsi qu'un article sur Odilon Redon et ses œuvres, notamment un pastel intitulé "Fleurs". D'autres sujets abordés sont les appareils d'éclairage et des humoristes.