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Art et décoration JUIN 1920
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Art et décoration JUIN 1920
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art et décoration REVUE MENSUELLE D'ART MODERNE Vingt-Quatrième Année — Numéro : 222 --- JUIN 1920 --- PROMENADE AUX SALONS DE PEINTURE . . . . . . Louis Hourticq LA SCULPTURE AUX SALONS . . . . . . Paul Vitry NOTRE ENQUÊTE SUR LE MOBILIER MODERNE : ANDRÉ GROULT - F. NATHAN . . . . . . Guillaume Janneau PLANCHE HORS-TEXTE : MESSAOUDA (gravure sur bois) . . . . . . J. MIGONNEY. Chronique : LA PROTECTION DE NOTRE PATRIMOINE ARTISTIQUE, par René Chavance. LE SALON DES ARTS APPLIQUÉS. — LA CHAPELLE DE LA RECONNAISSANCE NATIONALE A DORMANS. — LES MUSÉES. — GEORGES-CLÉMENT DE SWIĆINSKI, par Paul Vitry. — EXPOSITION DE CÉRAMIQUE ET D’ART TEXTILE A HARLEM, par Henry Asselin. — ALFRED PICHON, par Louis Hourticq. — EMILE GAUDISSARD ET JEANÈS, par Léon Moussinac. — UNE SAISON D’ART A BEAUVAIS. — LES VENTES, par Tristan Leclère. — LIVRES ET REVUES, par Léon Deshairs. --- PRIX DE LA LIVRAISON France : 6 fr. — Étranger : 7 fr. PRIX DE L’ABONNEMENT France : 60 fr. — Étranger : 70 fr. De 1897 à 1914 : la livraison. 3 francs. En 1919 : 5 livraisons à 5 francs. L’Année : Brochée. 36 fr.; Reliée . 50 fr. --- LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS 2, RUE DE L’ÉCHELLE — PARIS 1er COMPTE DE CHÈQUES POSTAUX, N° 6690. TÉLÉPHONE : LOUVRE 33-87
1918. Triptyque (fragment). GEORGES LEROUX. PROMENADE AUX SALONS DE PEINTURE A peinture, qui est un art muet, rend les gens bavards. Les visiteurs des Salons y vont généralement par groupes, pour causer devant les tableaux. Ils sentent confusément qu'ils n'auront d'avis que si la conversation les oblige à parler. Le silence est un plaisir interdit au chroniqueur; il lui faut éviter à tout prix de sortir des galeries du Grand Palais sans autre bénéfice que le souvenir d'une contemplation taciturne et stérile. Je me suis donc attaché aux pas de deux compagnons pour tâcher d'en retenir les propos. Ces deux compagnons, à vrai dire, ne nous quittent guère et je crois bien que nous les portons toujours en nous-mêmes. L'un est de nature un peu bilieuse; il note volontiers que les choses ne vont pas ainsi qu'elles devraient; comme il est généreux, il a toujours un projet de réforme à offrir et dans ses propos on sent l'amertume des apôtres qui prêchent dans le désert; les réformateurs ont vraiment du mérite; mais le bien qu'ils veulent à leur prochain les rend parfois insociables. Le compagnon de notre apôtre, au contraire, accepte les lois de l'univers; au lieu de lutter contre le courant, il se laisse porter. De cette soumission il retire une grande sérénité, une disposition d'esprit grâce à laquelle il ne boude à aucun plaisir. On l'appelle un égoïste et pourtant sa bonne humeur est contagieuse et bienfaisante. J'étais sûr que le premier sortirait des Salons de 1920, comme il était sorti des Salons antérieurs, furieux, et que le second en reviendrait charmé et plein de gratitude pour les artistes qui lui auraient procuré quelques heures délicieuses. Ce ne fut pas long. Dès l'entrée, Lagrinche — je me sers de pseudonymes pour ne pas dénoncer deux amis — ne put contenir sa mauvaise humeur: «Bien, voici les hommes chevelus et armés de silex; gageons qu'ils sont de M. Cormon. Parions que nous verrons aujourd'hui des baigneuses pâles par M. Chabas; des marins enfumés de M. Fouqueray; des
Art et Décoration La Fête Dieu. BALANDE. pierres raboteuses de M. Sabatté; des poilus au regard fixe de M. Scott; de belles dames au sourire losangique de M. Flameng, des yeux dolents de M. Aman-Jean; nous verrons de gros nuages, gonflés à bloc, peser sur des temples de Sicile ou sur les vieux chênes de Fontainebleau et ces nuages seront signés René Ménard, et M. Lucien Simon exercera une fois de plus sa verve morose aux dépens de Bigoudens abrutis... Le développement était facile, le catalogue entier des deux Salons aurait pu y passer. Mais la bonne voix de Pourlemieux interrompit cette cascade d'invectives: « Comme vous êtes maladroit, mon cher Lagrinche, de gâter par avance un plaisir actuel avec des souvenirs; maladroit et injuste. Pourquoi reprochez-vous si amèrement aux peintres de nos Salons ce que vous acceptez si volontiers des peintres de nos Musées? Avez-vous jamais reproché à Watteau de toujours mettre en scène les mêmes délicieuses figures, à Téniers de reproduire toujours les mêmes magots? Avez-vous réfléchi que si les peintres d'autrefois, les plus grands, Rubens ou Rembrandt, avaient été soumis au régime des Salons annuels, il n'en est pas un qui eût évité le reproche de monotonie? Les plus grands sont précisément ceux qui mettent leur empreinte personnelle sur tout ce qu'ils touchent, au point que, même lorsqu'ils changent de sujet, ils paraissent pourtant traiter toujours le même motif. Devant les peintures d'aujourd'hui, nous pouvons bien nous rappeler celles d'hier; au moins que ce ne soit pas pour reprocher aux peintres d'être fidèles à eux-mêmes, mais pour noter, si nous trouvons des accents nouveaux; c'est plus difficile et plus fructueux. Et d'ailleurs, soyez francs; si nos peintres au lieu de se ressembler à eux-mêmes affectaient de changer de manière et d'inspiration, ne seriez-vous pas le premier à critiquer en eux l'absence de personnalité et de sincérité? S'il nous était donné d'observer, dans
Promenade aux Salons de Peinture Portrait du général Herr. JEAN-GABRIEL DOMERGUE. son ensemble, l’œuvre de ces maîtres que l’on nous présente au détail, nous verrions mieux alors qu’ils chantent bien avec la même voix, mais non pas toujours la même mélodie. La vie ne se répète pas et un peintre ne peint jamais deux fois le même tableau. » Cependant mon ami le quinteux trouvait à chaque pas bien trop de motifs nouveaux de
Art et Décoration Nature morte. DUFRESNE. se fâcher pour insister sans fin sur son premier grief. Maintenant il en avait contre l'indigence d'imagination que supposent ces interminables rangées de paysages et de portraits. Dans chaque salle il comptait, avec un sourire amer: « 18 paysages, 8 portraits! Et quels portraits? Toujours des femmes jeunes et jolies ou des vieux messieurs. L'impartiale postérité dira que la société française du xx° siècle était composée de belles dames coquettes qui aguichaient des vieillards. — Mais, mon cher ami, il en fut toujours de même; les portraitistes ont eu de tout temps pour clientèle favorite les jolies femmes dont la séduction sert leur talent, car la confusion peut se faire aisément entre un joli visage et une jolie peinture — et les personnages « arrivés » qui ont la gloire et la fortune savent bien que la postérité les classera comme personnages historiques; l'avenir attend leurs effigies. Quant à ces innombrables paysages, même s'ils ne portent pas tous la marque du génie, ils conservent le plus souvent un peu de l'allégresse avec laquelle ils ont été peints. Cela restera une des meilleures vertus de notre époque qu'elle aura très sincèrement aimé la mer, la montagne, la rivière et la forêt. Elle aime la nature vraiment pour ses qualités pittoresques et voilà pourquoi la nature attire tant de nos contemporains à la peinture. Le nombre est considérable de ceux pour qui peindre un paysage n'est qu'une manière de contempler un site aimable; combien est-il de Parisiens qui attendent impatiemment la retraite pour avoir le droit de se donner entièrement à la peinture! Les salles du Grand Palais, sont, pour une grande part, emplies par ces amateurs passionnés et ces amoureux fervents. Est-ce que le plaisir de peindre n'est pas contagieux quelquefois, et n'avez-vous jamais senti dans ces salles empoussiérées passer l'air salé du large ou le souffle frais de la montagne? » Mais non, Lagrinche n'avait rien senti et devant tous ces paysages, au lieu de s'offrir par la pensée un voyage bref dans quelque
Promenade aux Salons de Peinture Louis Charlot. province, il notait cruellement la facture insincère, le site banal, l'absence de poésie, l'insignifiance et la platitude. Mais son interlocuteur ne se décourageait point et il donnait la recette pour comprendre et aimer le plus possible de ces innombrables peintures: « Si tant de désordre nous lasse et nous rebute, c'est parce que nous négligeons de classer les images que l'on met sous nos yeux. La cacophonie d'une exposition de ce genre résulte de ce que nous dédaignons la chronologie. Mettez ces peintres à leur place dans l'histoire du demi-siècle qu'ils remplissent et vous vous apercevrez qu'un Salon peut être autre chose qu'une foule bigarrée, il est un des endroits où l'on peut le mieux suivre la transformation de nos manières de voir et de sentir. Il est ici des peintres qui tiennent encore à Delacroix; il en est qui voient les arbres et la forêt tels que Rousseau les montrait aux hommes de 1850. Courbet, Manet, Puvis, Cazin sont présents dans l'œuvre de leurs admi-

Cette publication d'Art et Décoration, datant de juin 1920, présente une revue mensuelle d'art moderne. Le numéro inclut des articles sur la peinture et la sculpture aux Salons, une enquête sur le mobilier moderne, ainsi qu'une chronique sur la protection du patrimoine artistique et diverses expositions. Il contient également une gravure sur bois intitulée "Messaouda" par J. Migonney.