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ART et Décoration Revue mensuelle d'Art Moderne --- Sommaire - La Décoration de la Céramique E. GRASSET - E. Janin LÉONCE BÉNÉDITE - Le Pavillon de l'Art décoratif à l'Exposition de Turin PAUL ALFASSA - Poêles et Cheminées V. EICHMULLER - Planche hors texte : Étude de Marocain, Tanger FERNAND JANIN --- OCTOBRE 1911 --- LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS 13 RUE LOUVETTE PARIS Prix de la Livraison: 2 fr. — Étranger: 2 fr. 50. 15e Année, N° 10

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Art et Décoration Revue Mensuelle d'Art Moderne COMITÉ DE DIRECTION : MM. VAUDREMER, GRASSET, LUCIEN MAGNE, JEAN-PAUL LAURENS, LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX, DAMPT --- ABONNEMENT ANNUEL PARIS & DÉPARTEMENTS . . . . . . . . . . . . . . . . 20 francs ÉTRANGER . . . 25 francs Prix de la Livraison. France : 2 francs. — Etranger : 2 fr. 50 L’Année parue ...

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Fig. 1. La Décoration de la Céramique Avant de parler de la décoration des vases, je tiens à faire une remarque à mes lecteurs. Beaucoup de céramistes modernes ne veulent voir que la matière qu'ils traitent et, s'ils se préoccupent aussi de leurs formes, ne veulent considérer que des vernis unis ou présentant des coulures dues en grande partie au hasard du feu, bien qu'encore ces coulures puissent être provoquées plus ou moins exactement en chargeant les bords de la pièce aux endroits où l'on désire qu'il s'en produise. Loin de moi l'idée que des vases de cette espèce ou même tout unis ne soient pas très intéressants et ne se suffisent pas à eux-mêmes; seulement ces vases de grès ou de porcelaine ne constituent pas toute la céramique, et il faut protester au nom de l'art et de la décoration contre cette blessante affirmation qu'une céramique ne doit pas être décorée et cette autre, non moins énorme, que la faïence n'est pas de la céramique, qu'elle n'existe pas comme «objet d'art». Voilà une prétention bien étroite et qui me fait l'effet de friser le préjugé! Qu'est-ce que cela, un «objet d'art»? Pour moi et pour beaucoup d'autres c'est tout ce qui est réussi en matière artistique et je pense qu'il est permis de se contenter de cette définition. Quant à cette idée qu'on ne doit jamais décorer une céramique, les ventes aux enchères depuis deux siècles lui donnent un beau démenti, à moins, qu'à part quelques créateurs de coulures, le reste de l'humanité ne se compose que de pauvres diables sans le moindre goût. De pareilles idées cadrent d'ailleurs parfaitement avec cette espèce de tendance à la pauvreté qui règne depuis quelques années sur une partie des arts de l'ornement. La décoration déplait à de tels esprits et pour cause: je ne pense pas me tromper en disant qu'il est infiniment plus facile de pratiquer une matière déjà connue et employée depuis longtemps en se contentant de la vernir que d'imager de très beaux ornements pour l'enrichir. A ce prix-la une planche de beau bois bien rabotée, bien unie, bien poncée, bien équarrie ou arrondie et même bien vernie serait par elle-même un objet d'art? Tout au plus un échantillon de ce bois dans un musée de matières premières, car, pour que cette planche ait une valeur d'art, il faut qu'elle participe à un ensemble construit et dont les lignes soient voulues et

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Art et Décoration étudiées. Non, le besoin d'orner les objets dont nous nous servons a toujours été universel et n'est nullement un préjugé; il est même un signe certain de civilisation et nous ne saurions trouver d'ustensiles dénués de tout ornement même chez des peuplades qu'une affreuse primitivité a hébétées. Il n'a même jamais existé vases est aussi vieille que l'invention de la céramique, et les coups d'ongles réguliers des poteries préhistoriques d'avant l'invention du tour sont là pour prouver ce besoin de l'ornement. Mais quels développements inouis n'ont pas été réalisés depuis ces époques reculées? L'Egypte, la Chaldée, la Chine, la Perse, l'Arabie, la Grèce et même le Pérou, réalisèrent dans le sens décoratif de la céramique des progrès si remarquables qu'il semble que cet art ait toujours été chez tous les peuples une sorte de prédilection. Grâce à l'indestructibilité de cette matière, il nous est donné de retrouver un certain nombre de ces admirables pièces anciennes dont la couleur, encore plus que la forme peut-être, est d'un si extraordinaire attrait, autant par de simples combinaisons de bleu, de vert, de blanc et de noir que par ces lustres d'or presque surnaturels qui en font des objets de rêve. Fig. 2. Que bien peu de barbares ou de sauvages qui n'aient eu quelque parcelle de cet instinct qui les poussait à rendre jolis les objets de l'usage quotidien, à tel point que «l'utile pur» peut à juste raison être considéré comme l'extrême barbarie. Quoi qu'il en soit, une belle porcelaine de Chine ou de jolies faïences de Perse ou de Delft, simplement décorées en bleu sur fond blanc, me procurent une joie des yeux bien supérieure à tous les vases plus ou moins unis gris, bruns, jaunâtres ou rougeâtres de porcelaine ou de grès sans que je méconnaisse en quoi que ce soit les mérites techniques de leur matière ou de leurs vernis. D'ailleurs, ainsi que je viens de le dire, l'idée de décorer les Eh! bien, ce ne furent pas ce qu'on nomme aujourd'hui des objets d'art; aucune prétention n'existait chez leurs auteurs qu'aucune médaille ne récompensa dans des expositions. Bien plus, ils s'imitaient entre eux et répétaient pendant longtemps des formules très simples, anciennement traditionnelles et certainement apprises d'avance. Avec ce petit bagage, la personnalité et l'ingéniosité ne pouvaient se montrer que dans la différence des dispositions, ce qui est bien là réellement le propre de l'invention, car dans les arts en général le détail n'est rien et la composition tout. Ce n'est pas la forme en soi qui constitue seule le mérite de l'œuvre, c'est son arrangement plus ou moins génial. Dans la décoration céra-

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La Décoration de la Céramique Page 299 Vase sicilo-arabe. Fig. 3. mique, moins qu'en aucune autre, l'élément décoratif ne doit être copié sur nature; il est donné tel quel par la mémoire que l'exécutant en a conservée. Le motif principal est placé par un grand mouvement simple autour duquel on brode des remplissages équilibrés selon la place restante en ayant soin d'observer les oppositions des lignes. Je n'entrerai pas pour le moment dans la technique du métier de céramiste décorateur, qui a été déjà, si je ne me trompe, traitée dans cette Revue (1). Qu'il me suffise de dire qu'il faut exercer la sûreté de la main en vue d'un travail rapide sur une surface fragile. En effet, dans la décoration de grand feu, qui est celle dont on peut attendre les meilleurs résultats, la pièce doit recevoir d'abord un émail qui recouvre soit la couleur sui generis, soit la rugosité de la terre. Si la pièce n'a passé par aucun feu et reste crue, on comprendra la difficulté de son maniement lorsqu'elle atteint une certaine dimension; le plus souvent on lui fait subir une première cuisson qui constitue le biscuit. Après cela, les vases sont trempés dans des baquets remplis d'émail stannifère (stannate de plomb ou potée d'étain) dont l'eau est absorbée par la terre spon- (1) La céramique de grand feu par Taxile Doat, sept. 1906. gieuse du vase. Cet émail est blanc, mais peut être coloré par l'adjonction d'un oxyde métallique. C'est sur cet émail, qui n'est qu'une poudre à peine agglomérée, qu'il s'agit de peindre avec des oxydes métalliques mélangés à ce qu'on nomme des fondants qui ne sont autre chose que du verre en poudre fine. Peindre sur une telle surface n'est pas très facile au début, cela équivaut à faire de l'aquarelle sur un épais papier buvard. Les retouches s'ajoutent pour former des foncés, les reprises sont visibles et, en principe, il ne faut passer qu'une seule fois au même endroit. Les formes doivent donc s'écrire d'un seul coup, ce qui entraîne à une grande rapidité de travail. Cette rapidité est une garantie de la franchise de l'exécution et le procédé que je viens de décrire est le seul artistique, le seul qui convienne à la décoration céramique, le seul qui soit digne d'un artiste véritable. Il en résulte un aspect spécial de l'ornement ainsi traité qui ne peut être confondu avec aucun autre, parce que la teinte de la peinture s'irradie dans l'épaisseur de la couche d'émail, lui enlevant toute sécheresse et paraissant se Potiche arabe. Fig. 4.

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Art et Décoration Fig. 5. fondre un peu sur le fond. Aussi le plus souvent un trait fin un peu plus foncé vient préciser les formes ornementales. Mais, dans un désir erroné de mieux faire, les céramistes, surtout les modernes, ont voulu cuire aussi l'émail avant de le couvrir de décoration, de façon à ce que l'exécutant pût se livrer à tous les artifices de la peinture proprement dite, modelés, lumières rajoutées, tons superposés, grattages, petites finesse de détails, moyens qui dépassent le but, manquent de fraîcheur, de hardiesse, de primesaut et de caractère. Il faut, en effet, un esprit prompt et décidé pour peindre sur émail cru; c'est pour cela que toutes les pièces ainsi traitées possèdent ce charme du croquis habile et rapide, tandis que l'esprit de mièvrerie, de timidité, de fignolage ne saurait s'en accommoder. On dit bien que l'émail cuit se ramollit de nouveau au feu et que la peinture s'y mélange, mais ce ne sera jamais au même degré que lorsque le décor a pénétré d'avance dans la couche pulvérulente de cet émail, et le résultat final sera sec, pauvre et maigre, fait qui peut servir à reconnaître les imitations modernes d'avec les belles pièces anciennes. Bien que la gamme des couleurs de la

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La Décoration de la Céramique 301 Fig. 6. faïence soit plus étendue que celle de la porcelaine de grand feu, on ne pourrait trop recommander la sobriété des tons du décor céramique, et il faut, sans hésiter, préférer les ornements d'un seul ton ou d'un très petit nombre aux hideux bariolages qu'on peut observer quelquefois. Les Chinois n'ont-ils pas somptueusement décoré de très grandes pièces de cette noble matière qu'est la porcelaine rien qu'avec du bleu en deux ou trois valeurs et le résultat n'en est-il pas admirable? J'ai déjà fait remarquer à propos des formes, dans un article précédent (1), que, pour qu'un vase puisse être décoré au moyen (1) Octobre 1909. de la peinture d'ornement, il fallait qu'il présentât des surfaces relativement simples et peu sinuées dans leur profil. Lorsque, en effet, une forme tournée offre des rentrées brusques et profondes, tout dessin tracé par dessus se déforme perspectivement. De tels vases peuvent cependant recevoir une ornementation par zones horizontales ou par semis de petits motifs tels ceux en jeux de fond du petit vase persan de la figure 18. Mais, en ce cas, les dessins un peu grands doivent être rejetés. Le plat simple et à bords peu mouvementés est encore ce qu'il y a de plus facile à décorer et la plupart des belles époques de la céramique en ont laissé de superbes. Pour

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Art et Décoration Plat de Lindos. les vases en hauteur, c'est le cylindre plus ou moins modifié, comme le sont les albarelles italiennes, qui se prête le mieux à toutes sortes de sujets différents, grands ornements ou travail précieux. Les vases ovoïdes et sphériques demandent déjà des sujets peu étendus et, pour ceux-ci comme pour tous les autres d'ailleurs, le motif principal du décor, s'il en existe un nettement caractérisé, comme par exemple une biche ou un paon, ne doit pas embrasser même la demi-circonférence de la partie simple et large de la surface du vase; sans cela les deux extrémités de ce sujet disparaîtraient dans les raccourcis latéraux. Les plus belles poteries, qu'elles soient persanes, arabes, chinoises, hollandaises ou françaises, doivent leur supériorité à la simplicité bien écrite du parti-pris décoratif, à la liberté et à la rapidité de l'exécution. Or qu'est-ce que le parti-pris de la décoration? Chacun se rend compte que ce ne peut être qu'une répartition ou une distribution de foncés ou de clairs qui déterminent un effet à distance. Toutes les pièces de céramique ornée d'une certaine dimension sont dans ce cas, et, quant aux plus petits objets d'usage, s'ils sont décorés, ils doivent l'être à proportion de l'éloignement qu'ils occuperaient habituellement pour nos regards, soit qu'ils ne servent qu'à table, soit au contraire que leur présence orne une belle armoire vitrée ou une étagère. Les grandes pièces d'ornement seront sur des dressoirs, sur le haut des meubles ou sur des consoles spéciales et devront faire leur effet au moins dès le milieu de la salle où elles se trouveront. En ce cas que viennent faire les petits procédés et la minutie de l'exécution? Une pièce de soixante centimètres de haut ne saurait être admirée dans son ensemble à moins d'un mètre cinquante de distance pour en jouir pleinement. Tout n'est pas parfait dans l'histoire de la céramique, et beaucoup de grands vases chinois pèchent par ce défaut de petitesse minutieuse qui exige l'analyse vue de très près. Cela rappelle un peu ces immenses tableaux de batailles à petits personnages, comme on en voit à l'Escorial ou à Venise, dont on ne peut apprécier qu'un dixième de la surface à la fois et qui tiennent plus de la carte géographique que du tableau. Dès lors à quoi bon faire si grand pour exécuter si petit? Bien entendu que dans ces vases a décoration compliquée le principe ornemental de chaque partie vue de près est demeuré excellent, et l'on peut dire qu'on trouverait dans telle ou telle grosse potiche de quoi en décorer une trentaine. En revanche, combien de milliers de vases parfaitement ornés et d'un effet splendide! Qu'on ne vienne pas dire qu'il s'agit d'imiter «un revêtement de riche étoffe», rien ne serait moins à sa place que cette idée de tissu souple sous une glaçure de verre froide et brillante; on n'habille pas un vase d'étoffe; on fait, au

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La Décoration de la Céramique contraire, tout au monde pour que le côté céramique, le côté peinture vitrifiée faisant partie intégrante de l'objet soit le plus possible en évidence. Mais dans tous les temps l'on a voulu raffiner, surenchérir et fignoler après avoir trouvé le degré juste, et il ne manquera jamais de petits esprits tant pour en avoir l'idée que pour admirer à la folie de tels errements. Malgré ce que je viens de dire, il faut tenir les Chinois pour des maîtres, car ils nous ont prouvé aussi que la robustesse du décor devait croître avec la dimension de la pièce. On doit déplorer que de nos jours, en Europe, ce soit bien souvent le parti-pris mesquin et détaillé qui l'emporte. Le peintre céramiste a fait des études d'après nature, ce qui n'est point un mal, mais il veut nous le prouver en ne nous faisant pas grâce d'une barbe des plumes de l'oiseau perché sur des fleurs dont toutes les demi-teintes auront voulu être exprimées, dont aucun modelé n'aura été oublié, dont chaque feuille aura ses nervures exactes, son luisant et toutes ses dentelures. On a vu aussi les paysagistes loger dans des médaillons des vues de capitales avec tous leurs monuments ou bien des sous-bois avec toutes leurs transparences. Ce sont autant d'erreurs et le décorateur de céramique devrait, s'il en était capable, déposer ce savant bagage avec ses documents avant d'entrer à l'atelier. Autant dire qu'il n'en a pas besoin du tout, et je le verrais plutôt plus naïf qu'aussi savant. Imagine-t-on les véritables artistes qui ont décoré si admirablement ces superbes faïences hispano-mauresques entreprendre de la vraie fleur et du vrai paysage? — Ils ne l'auraient pas su! — C'est possible, mais tant mieux! Ignorance? — Non pas, mais souvenir sommaire et essentiel de la chose vue. Au moins leur art a su se renfermer dans ce qui pouvait faire rendre à la matière le maximum, alors que le moderne dont je parle ne voit que son oiseau, sa fleur ou son paysage et se moque du vase! Il va sans dire que des formules s'imposèrent autrefois de très bonne heure; on peut le constater dans les représentations végétales, surtout, absolument traditionnelles et répétées. Mais aussi, nul effort du dessin en soi, forme sue d'avance, ce qui laisse toute indépendance à un seul talent, celui de la Composition. Qu'on ne me cite pas les faïences d'Urbino et autres à sujets mythologiques ou historiques avec figures et paysages. Ce ne sont ni de vraies figures ni de vrais paysages et c'est justement là ce qui peut en faire le charme. Le procédé y est resté simple, conventionnel et naïf quelle qu'ait pu être l'habileté du peintre à nous rendre les gravures de Marc Antoine ou les autres compositions de Raphaël, et encore n'est-ce pas là, à beaucoup près, l'idéal comme point de départ décoratif; heureusement que la gamme très Fig. 8. Plat de Lindos.

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Art et Décoration Fig. 9. limitée des couleurs employées maintient les œuvres ainsi traitées dans un aspect assez conventionnel et décoratif, ce qui n'est pas le cas pour la grande majorité des faïences modernes dites « d'art ». En dehors de ce côté purement conventionnel et ornemental donné aux sujets qui décorent la céramique, il faut ajouter aussi la liberté et la rapidité dans l'exécution. Sans la première l'autre ne saurait exister. C'est ce que l'on peut constater dans les faïences de Rouen à décor à « lambrequins » ou une trop nombreuse et trop identique répétition du même motif donne une grande froideur à ces céramiques; à une petite distance l'ornement ne forme plus qu'un « gris » parce que les motifs ne sont souvent pas à l'échelle de la pièce, comme on peut l'observer, dans ce grand plat du Musée de Cluny si admiré d'ailleurs (fig. 21). Pour un peu on le croirait imprimé au moyen d'un décalque gravé et ce n'est certes pas là une supériorité, tant s'en faut. Dans tous les cas, on y constate la présence d'un poncif soigneusement tracé, ce qui est un grave défaut qui supprime toute liberté d'exécution et que ne présentent jamais les décorations céramiques persanes, hispano-arabes ou de Delft. Dans celles-là une simple division suffit et souvent

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La Décoration de la Céramique Plat de Lindos. on la soupçonne réalisée par le placement au coup d'œil de quelques points à distances a peu près égales. Il est facile de donner des exemples indubitables de toute absence de poncif ou de tracé exact préalable. Prenons la faïence italienne n° 2.852 du Musée de Cluny (fig. 2). Ce plat présente une apparente complication de lignes d'égal épaisseur dont le jeu forme toute la décoration. Cet ornement est un peu maigre et je préférerais y trouver quelques motifs un peu plus larges, mais je le choisis à cause de cet aspect plus ou moins compliqué qui semble appeler le poncif. Comment le peintre s'y est-il pris? Il est plus que probable qu'après le filet tracé au bord sur la tournette, il a indiqué un premier carré au centre (A), un deuxième (B) par les angles du premier, les deux diagonales et enfin un troisième (C) par les angles du second, le tracé du plus grand étant plus facile à obtenir en se guidant sur le parallélisme des diagonales. Quatre petits cercles (D) ont pu être placés à ce moment aux angles du dernier carré. Tout cela est très facile à faire d'un seul trait et sans y revenir. Après cette opération, quatre petits cercles égaux aux premiers (E) ont été indiqués vers le bord du plat, de façon