Excerpt
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ART et Décoration
Revue mensuelle d'Art Moderne
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Sommaire
- Ernest Biéler
- M. P.-VERNEUIL
- Tapis Chinois
- D'ARDENNE DE TIZAC
- A propos de l'Exposition de l'Art Chrétien
- LOUIS HOURTICOQ
- Notre Concours d’Affiches
- E. GRASSET
- Planches hors texte:
- Fille d'Evolène
- E. BIÉLER
- Tapis chinois en laine
- Projet d’Affiche
- DRÉSA
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DÉCEMBRE
1911
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LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS
13, RUE LAFOYETTE PARIS
Prix de la Livraison: 2 fr. — Étranger: 2 fr. 50
15e Année, N° 12
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Art et Décoration
Revue Mensuelle d'Art Moderne
COMITÉ DE DIRECTION :
MM. VAUDREMER, GRASSET, LUCIEN MAGNE,
JEAN-PAUL LAURENS,
LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX, DAMPT
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ABONNEMENT ANNUEL
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ÉTRANGER . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25 francs
Prix de la Livraison. France : 2 francs. — Étranger : 2 fr. 50
L’Année parue ...
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L'ART DE NOTRE TEMPS
Collection Nouvelle d'Albums in-16 Grand-Jésus
Comprendant chacun 48 planches hors-texte
Accompagnées de Notices et précédées d'une Étude biographique et critique
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EN VENTE :
- CHASSÉRIAUX
- Par Henry Marcel
- Ancien directeur des Beaux-Arts
- Administrateur général de la Bibliothèque Nationale
- COURBET
- Par Leonce Bénédite
- Conservateur du Musée du Luxembourg
- Professeur à l'école du Louvre
- PUVIS DE CHAVANNES
- Par André Michel
- Conservateur aux musées nationaux
- Professeur à l'école du Louvre
- VIENNENT DE PARAITRE :
- MANET
- Par Louis Hourtico
- Inspecteur des Beaux-Arts de la Ville de Paris
- DAUMIER
- Par Léon Rosenthal
- Docteur-ès-Lettres
- Professeur au Lycée Louis-le-Grand
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En préparation :
- Carpeaux
- Daubigny
- G. Moreau
- Millet
- Degas
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PRIX DE CHAQUE ALBUM : 3 Fr. 50
À LA LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS
13, RUE LA FAYETTE, PARIS
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La chèvre attachée.
SALON 1911.
TYPES VALAISANS
par
Ernest BIÉLER
Je ne veux étudier aujourd'hui en Biéler que le peintre des types Valaisans. Ce n'est là, je m'em-
presse de le dire, que l'une des faces de son talent, talent tout empreint de fantaisie et de personnalité; mais c'est préci-
sément en peignant avec un rare bonheur les paysans du Valais qu'il a su affirmer, en ces dernières années, cette personnalité très nette, indiscutable, en même temps que les qualités certaines de décorateur qui donnent à ses œuvres une tenue et une saveur toute particu-
lières.
La nature artistique de Biéler est curieuse à étudier, en ce sens que l'on y découvre une lutte continuelle entre le pur fantaisiste et l'observateur attentif des types paysans suisses qu'il connaît si bien. Mais cette lutte s'expli-
que facilement par l'ascendance de notre artiste. Biéler, en effet, s'il est suisse de par son père, est slave par sa mère; et ce slave suisse, déraciné tout jeune, fit ses études à Paris où il vint à dix-sept ans, où il séjourna très longtemps et où il vit encore. On voit à quelles influences diverses il fut soumis; et l'on n'est pas surpris de constater que ce suisse très parisien est, en somme, avant tout cosmo-
polite.
Biéler, d'ailleurs, n'a nullement la pré-
tention de représenter l'art suisse, ni même
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Art et Décoration
Le forgeron.
SALON 1911.
de faire de l'art suisse. Il suit sa fantaisie et lui obéit docilement, sans plus. D'ailleurs, existe-t-il un art suisse? il est au moins permis d'en douter. Et si ce pays produit des artistes excellents, nous voyons ceux-ci empressés à le quitter, et peu disposés à y chercher leurs impressions. Grasset, Steinlen, Morerod, Valloton, Ranft, M" Breslau sont suisses; et beaucoup d'autres artistes de ce pays vivent à Paris sans que rien dans leur art dénote leur origine. Pas plus que le leur, l'art de Bieler ne révèle sa nationalité; mais pourtant, les sujets de ses tableaux sont empruntés souvent à son pays natal, et en particulier au
Valais qu'il connaît et comprend mieux que personne.
Et vraiment, pour qui pratique un peu la montagne, pour qui a voyagé en Suisse, il paraît étrange que les artistes n'aient pas su la mieux voir, la mieux comprendre et la mieux exprimer. Une toile représentant un paysage suisse nous montre presque toujours une composition touffue, où la seule recherche du pittoresque est admise; où les motifs "amusants" abondent: chalets, cascades, etc.; ou les détails se multiplient! Personne, ou presque, n'a su voir la montagne en décorateur, avec ses lignes admirables, ses harmonies rares, son caractère imposant de grandeur et, je dirai même, de simplicité. Toujours le pittoresque, les détails surabondants viennent rompre le charme, alors qu'ils doivent disparaître pour laisser toute leur signification, tout leur caractère, toute leur beauté aux masses, aux lignes et aux valeurs. Sans doute ces détails sont tentants et amusants à traduire; mais combien est plus puissante l'œuvre de l'artiste qui a su résister à ces attraits faciles, pour ne s'attacher à rendre que le caractère général de la nature, et qui a su se résigner à ces sacrifices, nécessaires à la beauté et à la signification de son œuvre!
Il y a là de quoi passionner un artiste; et cet effort, je serais surpris de ne pas voir Bieler le tenter. Il y est préparé mieux que tout autre par sa connaissance et son amour profonds de la montagne, par ses qualités de décorateur, et par ses derniers travaux qui doivent fatalement, heureusement, devrai-je plutôt dire, l'y amener.
Mais revenons à notre peintre; et avant d'aborder l'étude de ses œuvres, regardons-le se former, se modifier sous l'influence des deux natures diverses que nous avons pu déjà constater en lui.
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Types Valaisans par Ernest Biéler
L'homme au foulard gris.
SALON 1911.
Nous le voyons arriver tout jeune à Paris, et y faire de sérieuses études artistiques. Mais peu à peu se fait sentir le mal du pays : la Suisse l’attire, et triomphant de Paris, lui révèle le Valais, véritable pays d’élection pour l’artiste; pays auquel Biéler restera d’ailleurs fidèle, par la suite. Et cela va être tout le fond de sa vie : tour à tour repris par Paris et par la Suisse, il va de l’un à l’autre, travaillant toujours, et toujours progressant.
Après la découverte du Valais, et dans le Valais, de Savièse où il se fixera, nous le voyons revenir à Paris, où des illustrations pour l’éditeur Guillaume le forcent à se livrer à des travaux en somme peu intéressants. Aussi un nouveau départ en Suisse s’impose-t-il bientôt, avec la hantise d’œuvres décoratives à réaliser. C’est de cette époque que date un grand plafond pour une salle de concert de Genève, œuvre non sans valeur, où se révèlent des dons certains de décorateur, mais un peu tourmentée et confuse.
Nous revoyons Biéler à Paris vers 1898, exposant l’année suivante au Salon son beau panneau décoratif des « Feuilles mortes », reproduit alors dans notre revue (vol. 5, p. 171), et conservé maintenant au musée de Berne. Le sujet en était très heureux, la gamme chaude, profonde et harmonieuse, la tenue générale extrêmement ornementale par le souci de l’équilibre exact des lignes, des masses et des valeurs.
Ce souci, nous le retrouvons encore dans le panneau « Les sources », conservé lui aussi au musée de Berne. Nous y constatons en même temps le désir d’étudier et de rendre décorativement la montagne, qui forme ici le fond de la composition.
Un autre retour à Savièse amène Biéler à commencer l’étude des paysans valaisans, qu’il
Le charbonnier.
COLLECTION SREIFF.
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Art et Décoration
La femme au cabri.
SALON 1911.
continuera ensuite jusqu'à ce jour; mais combien ces études, intéressantes d'ailleurs, étaient différentes de celles d'aujourd'hui, qui forment le véritable sujet de cet article! La gamme en était sombre, la facture lourde, et la recherche du pittoresque y tenait plus de place que celle du caractère véritable. Ces études préparaient la voie de notre artiste, cependant; et c'est en 1906 que nous le voyons arriver à cette vision nette et sobre, à cette facture qui lui est si personnelle, à la conception du graphisme, ainsi qu'il nomme la théorie artistique qu'il a peu a peu dégagée de ses recherches.
Je ne puis mieux faire, pour définir et expliquer cette théorie, que de citer un passage d'un article de M~ Michelle Bieler paru dans la revue «Wissen und leben», et qui traite du «graphisme dans la peinture.»
«Constatons d'abord que pour être peintre, il faut être artiste, et disons bien que le domaine de l'artiste comme inspiration est illimité; il est maître de ses sentiments, de sa conception de la nature et de la beauté; il peut tout exprimer, impressions, rêves, imaginations; il peut être réaliste ou chimérique, chercher le vrai ou le faux, être menteur ou sincère, tout lui est permis, toutes les sources sont bonnes, tous les buts aussi. Les directions qu'il peut prendre sont discutables à l'infini — variables avec les races, variables avec les individus. Ce sont la sujets passionnants et inépuisables; au critique d'expliquer, au public de juger. Mais ce qui a des limites, et des limites bien certaines, ce sont les moyens d'expression de l'artiste. S'il choisit de s'exprimer par des mots, c'est un littérateur; si c'est par des sons, il est musicien; par des formes, sculpteur; s'il s'exprime par des lignes et des couleurs sur un seul
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Types Valaisans par Ernest Biéler
plan, c'est un peintre. Ces deux derniers, le peintre et le sculpteur, sont tributaires de l'architecte; ils doivent le comprendre, ne pas s'en plaindre et reconnaître que les plus grands d'entre eux sont ceux qui l'ont bien compris. Mais si, pour un peintre, plus encore pour un sculpteur, les édifices à décorer sont rares, il n'en reste pas moins que celles de leurs œuvres conçues sans l'idée d'un emplacement déterminé devront être cependant comprises et exécutées de façon à pouvoir faire partie d'un ensemble, d'un tout. Donc, pour un peintre, redisons cette vérité, cette loi, cet axiome de tous admis en principe et si souvent méconnu en pratique: Le peintre s'exprimant sur un seul plan ne doit pas chercher à donner l'illusion de plusieurs. — A défaut de quoi son œuvre est inutilisable pour l'architecte, elle ne peut trouver place dans aucun intérieur; défonçant les murs sur lesquels elle sera placée, elle détruit l'ensemble décoratif d'une pièce au lieu d'y aider, quelle que soit d'ailleurs la valeur de sa conception artistique ou son habileté. Et pour rester dans ce seul plan, l'unique moyen est l'emploi dominant de la ligne, du trait; lignes et traits délimitent la surface et enserrrent la couleur, divisent certaines parties qui s'opposent à d'autres restées unies. — valeurs variées mais en tons plats ainsi que les couleurs: c'est le graphisme. — Jusqu'à l'invention des couleurs à l'huile, la peinture resta graphique; la fresque, la détrempe ne permettant que malaisément les modelés, les teintes fondues, et les effets de reliefs. »
Voici donc, en ces lignes, la théorie artistique et picturale de Biéler nettement définie: un trait précis sobrement dessiné, des tons à plats, des modelés purement constructifs et explicatifs des formes, sans souci de
Les clefs de la cave.
SALON 1911.
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Art et Décoration
donner à celles-ci des apparences de relief. Donc, pas de passages dans les contours, pas de demi-teintes, pas d'ombres portées, pas de clair obscur; en un mot, pas de trompe-l'œil. Que la surface plane qui reçoit le sujet reste plane, c'est l'une des conditions essentielles.
D'ailleurs, la peinture, quelle qu'elle soit, n'est jamais, et ne peut jamais être le rendu intégral de la nature; elle n'en est jamais qu'une interprétation plus ou moins décorative. Rejetant donc nettement tout moyen d'expression non conforme à ses théories picturales, Biéler veut cette interprétation aussi ornementale que possible. Disons que ses efforts l'ont amené à une conception artistique en même temps qu'à un procédé de réalisation extrêmement décoratifs; et qu'en pleine possession de son moyen d'expression, l'artiste peut maintenant aborder les grands ensembles ornementaux dont il rêve depuis longtemps, et dont nous verrons certainement un exemple au prochain Salon de la Société nationale.
Il ne faudrait pas croire que Biéler, satisfait des résultats de son patient effort, juge maintenant toute recherche nouvelle inutile et superflue. Il sait fort bien que pour l'artiste digne de ce nom, l'effort doit être incessant,
et que celui-là recule qui cesse de progresser en son art. Il a parfaitement conscience de n'avoir pas encore atteint ce qu'il sait devoir attendre de lui-même, et ce n'est qu'imparfaitement qu'il a pu jusqu'ici concilier ses deux natures intimes, qui s'opposent l'une à l'autre, fortement, le fantaisiste et le paysan.
Je veux entendre par ce dernier mot le peintre de la nature valaisane. Là où, en lui même, il y a eu lutte jusqu'ici, Biéler veut obtenir l'accord; et ce n'est pas chose aisée que de vouloir concilier deux natures aussi différentes. Vivant de la vie de paysan, il a conscience de se sentir peu à peu envahir par l'âme paysanne, qu'il aime et qu'il comprend si bien. Et aussitôt, le fantaisiste proteste, hâte le départ, fuit vers Paris, où seulement il peut s'exprimer librement et sans contrainte. Puis bientôt la nostalgie le reprendra, qui nécessitera un nouveau départ et voilà pour quelques mois notre artiste tout au charme de la vie saviesane.
Ce que Biéler veut obtenir en son art, c'est la continuité de l'effort; c'est la faculté d'exprimer ses paysages valaisans en accord avec ses fantaisies décoratives; en un mot il demandera à l'interprétation ornementale d'accorder
MUSÉE DE BALE.
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Types Valaisans par Ernest Biéler
Les fardeaux.
SALON 1911.
de façon intime le rêve à la réalité, de rapprocher ses deux aspirations divergentes, de les faire concourir à un moyen d'expression unique qui les contienne en entier. Problème ardu, mais non pas impossible; Biéler nous le prouvera avant longtemps.
Il est temps de nous occuper plus spécialement des études valaisanes de notre artiste, et de la prédilection marquée qu'il montre pour ce pays du Valais.
Pour qui connaît ce canton Suisse, le choix de Biéler ne peut être une surprise, tant il renferme de pittoresque et de beauté véritable.
Du St-Gothard partent deux vallées; l'une se dirigeant vers le nord-est est la vallée du Rhin; l'autre, en prolongement de la première, et se dirigeant vers le sud-ouest; est la vallée du Rhône. La Valais, c'est la vallée du Rhône, vaste et grandiose, diverse et magnifique, qui s'étend de la Furka à Saint-Gingolph sur une longueur de cent soixante kilomètres. Quittant le glacier qui porte son nom, le fleuve coule entre deux chaînes puissantes: l'Oberland Bernois au nord et les Alpes Pennines au sud, recevant les torrents que lui amènent les vallées transversales.
C'est véritablement la plus vaste, la plus merveilleuse des vallées suisses, présentant à l'artiste la montagne sous tous ses aspects, sous tous les climats, depuis les plus rudes jusqu'aux plus agréables. Le paysage y est grandiose, les lignes d'une noblesse admirable, les harmonies fortes et puissantes.
C'est près de Sion, à Savièse, que Biéler séjourne chaque année; c'est là qu'il trouve les types qu'il aime à peindre, types de paysans valaisans aux traits durs et accusés, au costume pittoresque, aux mœurs patriarcales. Dans les rues de Savièse, nous rencontrons tous ceux que nous voyons reproduits ici: c'est l'homme au foulard gris, c'est le charbonnier, c'est le vieux vigneron, ou la femme à la chèvre. Biéler nous les montre dans leur milieu même, pour la plupart, dans le paysage qui les voit chaque jour, où s'écoule leur vie tranquille et laborieuse, sur le versant de la montagne. Dans son cadre restreint il condense son sujet: le personnage avec tout son caractère en même temps, le plus souvent, que le paysage aux lignes simples et tranquilles, qui crée bien l'ambiance nécessaire à la réalisation parfaite de l'étude de l'individu rustique qu'il a choisi.
D'ailleurs, Biéler n'entend pas limiter à Savièse le champ de ses études. Le Valais lui offre d'autres ressources, combien nombreuses et combien diverses!
A la hauteur de Sion débouche dans la vallée du Rhône, et perpendiculairement à celle-ci, une autre vallée profonde qui, à son autre