Excerpt
First pages of the volume, freely accessible.
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ART et Décoration
Revue mensuelle d'Art Moderne
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Sommaire
- Émile Gallé
- Roger Marx
- Quelques ornements typographiques de Maurice Dufrène.
- Raymond Bouyer
- Ludwig Hohlwein
- William Ritter
- Planche hors texte :
- Vase en cristal à décor gravé
- Émile Gallé
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Août 1911
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LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS
13, Rue La Fayette Paris
Prix de la Livraison : 2 fr. — Etranger : 2 fr. 50
15e Année, N° 8
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Art et Décoration
Revue Mensuelle d'Art Moderne
COMITÉ DE DIRECTION :
MM. VAUDREMER, GRASSET, LUCIEN MAGNE,
JEAN-PAUL LAURENS,
LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX, DAMPT
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ABONNEMENT ANNUEL
PARIS & DÉPARTEMENTS . . . . . . . . . . . . . . . 20 francs
ÉTRANGER . . . 25 francs
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L’Année parue ...
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ÉMILE GALLÉ
Psychologie de l'artiste et synthèse de l'œuvre
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Pour C. M.
Œuvre d'Émile Gallé est un vaste temple aux arcanes profonds que nul n'explorera jamais sans respect et sans trouble. La grâce et la beauté n'en sont que les parures extérieures; la flamme de l'esprit luit au fond du sanctuaire. Considérez le monument dans son entier avec la volonté d'en pénétrer le sens: il apparaît comme un hommage à la création et à la vérité; la joie d'exister, de rêver, d'aimer, l'a inspiré. Il est la manifestation expressive d'une sensibilité et d'une intelligence au spectacle de la nature et de la vie. Si l'ingénuité de l'artiste et du poète s'y épanche tendrement, on n'y découvre pas moins les éléments d'une esthétique régénérée et le système d'une doctrine philosophique. La conception porte la date d'un temps et la marque d'un pays; elle participe de tous les émois de l'inquiétude et de la curiosité modernes. On n'a guère cessé de comparer Émile Gallé à Bernard Palissy et j'accorde qu'entre les deux maîtres plus d'un trait commun peut être relevé: ainsi le culte de la patrie, la passion du juste, l'amour de l'art se confondant avec l'amour de la nature et jusqu'à cette singulière faculté de s'exprimer tout à la fois en écrivain et en artisan de race. Mais ceci dit, il importe de noter les différences qui viennent peut-être moins des hommes que de l'époque où ils se sont produits. Sans faire tort à l'auteur des « rustiques figulines », Émile Gallé a soumis à son traitement des matières plus variées, son art est plus complexe et pourvu davantage d'intellectualité. Ce qui est empirisme chez l'un devient chez l'autre certitude scientifique. Il fut donné à Gallé de tenir un autre rôle et d'exercer une autre action. On doit saluer en lui le libérateur qui a émancipé la décoration de son temps, le promoteur de la renaissance, par où s'est affirmée, au déclin du xix siècle, la persistante vitalité de notre goût. Ce fut un initiateur enthousiaste, patient et volontaire, qui ne laissa rien à l'imprévu et dont l'invention sut se plier à la discipline de règles lentement mûries.
Portrait d'Emile Gallé.
PROUVÉ.
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Art et Décoration
Service de fumeur en faïence.
Une vie intérieure s'atteste, chez lui, d'une activité sans seconde, — la vie d'une intelligence rayonnante, éminemment sensible au prix de la beauté. La beauté, Émile Gallé en a goûté éperdûment toutes les manifestations sous leurs formes les plus différentes. Sa culture était riche à miracle. Le long de la vie il tient commerce avec les esprits qui sont l'orgueil et la consolation de l'humanité; il vibre à l'unisson des poètes; il pénètre le secret des compositeurs héroïques; il se hausse à l'examen des plus graves problèmes de la destinée. Tout ce qui touche à l'évolution de l'homme le passionne, et l'on s'abuserait à l'imager prudemment confiné dans la sûre retraite d'une tour d'ivoire. Il veut entendre les bruits du dehors et se mêler intimement à l'histoire de son temps. Il veut, en toute occurence, faire acte de patriote et de citoyen. Qui donc, pense-t-il, guidera la masse si l'élite se dérobe? Aux heures troubles où la notion de l'équité s'égare et se perd, le salut de son semblable lui importe plus que son salut propre; sa pitié s'émeut: il revendique au nom de son idéal fraternel; il parle, il écrit, il touche, et nous ne l'admirons que davantage d'avoir préféré à l'indifférence égoïste l'apreté des luttes où s'est dépensée l'ardeur d'une foi généreuse et d'une conviction profonde.
Il fallait avant tout rappeler la fierté de son caractère et de sa vie; elle rayonne sur tout l'œuvre et lui confère sa noblesse. Comment s'est formé un tel génie, en vertu de quelles acquisitions successives lui arriva-t-il d'atteindre à la splendeur que montrent ses ouvrages? Pour déterminer les éléments constitutifs de la personnalité et dégager la loi de son développement, cherchons à établir ce dont Émile Gallé est redevable au milieu, à l'atavisme, à l'éducation et à lui-même.
Dès 1850, la Lorraine voit s'épanouir parallèlement chez ses artistes, chez ses écrivains, la recherche de l'analyse patiente et le don de
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Émile Gallé
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Perroquet, pichet en faïence.
la sensibilité émue. Celui-ci, à l'esprit visionnaire, se sent attiré vers les mirages du rêve, et je songe à Charles Sellier ; Grandville, railleur et profond, donne, du bout de son crayon, un double à l'œuvre de La Fontaine ; un autre, Bastien Lepage, paysan dans l'âme, tire de son village le texte même de son art. Vers le même temps, Edmond de Goncourt et Paul Verlaine, enrichissent de domaines ignorés le patrimoine des lettres françaises. Tels sont les devanciers d'Émile Gallé et ses véritables précurseurs ; il s'affilie à tous ; il est de leur famille ; il continue leur pensée ; jamais l'âme lorraine ne s'est incarnée sous de plus magnifiques espèces.
D'autre part, les spectacles que sa ville lui présente à l'heure où se dessine la vocation, ne furent pas sans action sur lui. De nos jours encore Nancy a gardé la physionomie particulière aux capitales du XVIIIe siècle ; tout y évoque les allures d'une cour éprise de luxe affiné ; les durables vestiges des élégances d'antan présagent sans peine que le culte de la beauté n'a pu de sitôt s'abolir, et l'on n'éprouve pas d'étonnement à voir refleurir ici les arts du foyer et de la rue qui s'y trouvèrent jadis honorés avec tant d'éclat. Tout en plaçant au lendemain de la guerre de 1870, les évidents symptômes de la renaissance des arts somptuaires en Lorraine, il est certain qu'il n'y eut jamais rupture absolue dans l'enchaînement de la tradition; seulement les initiatives restèrent isolées ou obscures.
Sont-elles pour cela moins louables? On ne le concevrait guère, et il faut retenir celle de Gallé-Reinemere qui, après avoir débuté comme entrepositaire, ne tarda pas à s'instituer fabricant, puis décorateur. Ses travaux revêtent un caractère franchement éloigné du poncif. Nous avons affaire à un tempérament libre, curieux, en avance sur son temps, à un esprit ouvert, pénétré de la nécessité du renouvellement de l'art (1). Certes, Émile Gallé saura reprendre, exalter, transformer à l'admiration cette
(1) Dans son rapport sur l'Exposition universelle de 1855, M. Ch. Robert reconnaît dans les ouvrages
Vase en faïence à décor floral en relief.
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Art et Décoration
puissance créatrice; mais ce n'est pas amoindrir sa gloire que revendiquer l'ascendant des leçons paternelles et rappeler par qui fut jetée la semence de la bonne récolte (2). On vit le bachelier passer du domaine de la spéculation pure aux besognes actives des mains pensantes, le cœur en fête, sans effort d'accommodation et sans surprise; la double loi de l'exemple et de l'instinct l'entraîna logiquement à prendre sa part dans les travaux dont il avait toujours été témoin. Cependant la maison même où s'était écoulée son enfance n'eut pas seulement l'avantage de le familiariser avec sa destinée : elle lui épargna les luttes difficiles pour la défaite des préjugés courants. Emile Gallé ne connut pas les distinctions arbitraires qui séparent le beau pur du beau appliqué; le rapprochement constant, sous son regard, d'objets de vitrine et d'objets d'utilité lui apprit à ne pas donner comme fin exclusive à son effort l'élaboration de pièces de collection; libéralement sa fantaisie et son goût se répandirent sur les plus humbles ouvrages. Ce dualisme constitue un des traits distinctifs de sa production a la fois raffinée et populaire, dédiée tout ensemble à l'élite et à la foule. En dehors de créations uniques, patiemment conduites à terme, et dont la place est désormais marquée dans les musées et les galeries d'Apollon, elle comprend d'autres pièces répétées à des exemplaires sans nombre, exécutées pour servir, ornées pour plaire, qui veulent rendre l'existence meilleure en n'offrant rien au regard, à l'usage, que l'invention n'ait rehaussé du prestige de la beauté (3).
de Gallé-Reinemmer « une originalité qui plaît, une élégance qui lui est propre, exempte de tout entraînement à la servilité ou l'audace de l'exécution égale le bonheur de la réussite. »
(2) Il faut lui savoir gré d'avoir innové, aussi bien dans la céramique que dans la verrerie, et porter à son actif: la recherche de formes d'après la plante; la rénovation du décor en couleur sur la verrerie française par l'étude des procédés de Bohème au XVIIIe siècle; enfin la création de gobeletteries assorties à ses vaisselles en faïence. Ajoutons que Gallé-Reinemmer était écrivain à ses heures; il a même commenté certaines œuvres de son fils comme le prouve la brochure intitulée: Texte composé par Gallé-Reinemmer aux Allégories et Dicts de Lorraine, dessinés pour les desserts du bon roy Stanislaus, par Émile Gallé, (vers 1870).
(3) Émile Gallé revendiquait avec orgueil le titre de chef d'industrie; il ne jugeait pas impossible de concilier la production à bon marché et l'art. « Ni l'art, ni le goût ne sont dans la dépendance de façons coûteuses, dit-il en 1889; il suffit au producteur de soumettre avec grâce et sentiment personnel, ses modèles à la destination économique et au travail pratique du métier ». « J'ai réalisé depuis longtemps, écrira-t-il plus tard (en 1900) le désir bien naturel du public d'obtenir à petits moyens des objets artistiques dont la forme et le décor fussent nouveaux et originaux. J'ai appliqué moi-même, dans ma propre usine, mes recherches d'art et mes techniques les plus compliquées à une production réellement industrielle, recherchée sur les marchés, et qui a donné naissance à toutes les verreries, plus ou moins similaires, dénommées en France et à l'étranger: genre Gallé, façon Gallé, nach professor Gallé. ». Émile Gallé ne vise ici que ses verreries; mais la remarque s'étend et s'applique avec autant de justesse à toute une suite de meubles légers, de tables, de plateaux, fabriqués industriellement et qui n'en gardent pas moins le caractère absolu de l'œuvre d'art.
Hanap en verre émaillé.
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Émile Gallé
Service de table en cristal.
L'éducation reçue par leur auteur fut celle qu'avait jugée rationnelle un homme de sens et de progrès éclairé sur l'abondance des dons de son fils et soucieux d'en favoriser la pleine expansion. Plutôt que de le vouer dès l'entrée dans la vie aux rigueurs de l'enseignement technique, il préféra rassasier une imagination ardente, cultiver une sensibilité que les lettres, la musique et l'histoire naturelle n'intéressaient pas moins vivement que l'art. Au lycée même un don littéraire se manifeste très net (1); des séances de dessin, puis de longues visites aux jardins d'aïeuls déjà férus de tendre passion pour la fleur, constituaient alors les distractions coutumières. Ses humanités achevées, succède une période où Émile Gallé visite les expositions et parcourt les musées d'Allemagne et d'Angleterre, le carnet de croquis à la main; puis il se rompt, dans les fabriques étrangères, à la connaissance des secrets de métier, à la mystérieuse alchimie des arts du feu, préludant par un apprentissage professionnel à la réalisation de son œuvre. Dès l'abord de la carrière, le penseur et l'artiste se doublent d'un botaniste et d'un chimiste qui possèdent de ces sciences non pas de vagues notions, mais une connaissance approfondie et sans cesse accrue. Peut-être ne s'est-on pas toujours astreint à tenir compte de ces aptitudes qui opposent curieusement les lentes investigations de la science aux
(1) Cf. les palmarès du lycée de Nancy où Emile Galle remporte en seconde, en rhétorique et en philosophie, les prix de narration et de discours français ou latin.
Vase de cristal et décor ciselé.
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Art et Décoration
intuitions spontanées du goût. Rien qu'à en rappeler la commune origine chacun s'édifie sur les limites du champ désormais ouvert à l'effort. On n'en saurait rêver de plus vaste.
Ce n'est jamais en vain qu'un débutant remonte le cours des siècles et les premiers travaux d'Émile Gallé devaient naturellement porter la trace de l'érudition acquise dans le commerce des civilisations et des âges lointains. Quelle profusion d'exemples emmagasinés au plus profond du souvenir! Durant sa vaste enquête, Émile Gallé a tout observé, tout discerné avec la lucidité d'un voyant qui sait dégager les caractéristiques propres à chaque style. L'Egypte, l'Inde, la Perse paraissent l'avoir plus longuement retenu que la solennelle antiquité grécolatine. Les expressions franches, directes et rudes de l'art médiéval ne le laissèrent pas indifférent; en vrai Lorrain, il sut comprendre l'ironie pitoyable des gueux de Callot, célébrer les grâces du XVIIIe siècle et la survivance de leur faste dans la ville natale. On le trouve en arrêt devant les plats musulmans, encore qu'il leur préfère le simple et touchant décor à fleurs et à paysages de nos vieilles fabriques provinciales. Cette information — et l'étendue en est déterminée par la prodigieuse diversité des premières céramiques d'Émile Gallé — n'aboutit qu'à aiguiser chez lui la recherche d'une ingénuité raffinée et l'ambition de renouer avec la nature. Il y tend de lui-même (1). Il s'y trouve encore porté par l'étude raisonnée des exportations de la Chine et du Japon surtout; en l'abordant, il se souciait moins d'obéir à la mode, que de découvrir chez les Athéniens de l'Extrême-Orient le principe vivifiant d'une libre esthétique et des leçons aptes à répondre aux aspirations de son tempérament. Comment n'aurait-il pas été conquis par un art rationnel, jailli du sol, du pays et de la race? Comment ne se serait-il pas réjoui d'y surprendre le langage d'un peuple subtil «chez qui tout est intuition, tact infaillible, et qui allie à la fraîcheur des primitifs la recherche des abstractions chères aux sociétés vieillies.»
Pauvres faïences d'Émile Gallé, que les générations présentes ignorent — car la production en a été interrompue — à quel point elles méritent d'attraire! Dans quelque ancienne maison parisienne ou bien en province, à Dijon, à Blois, à Pau, il arrive de rencontrer des pièces peintes, vieilles de trente, de quarante ans, où le maître de Nancy poursuivait la tradition en la renouvelant, et elles semblent douées de la saveur originale et forte qui
(1) Une lettre d'un ami intime, prophétique à maints égards — elle est datée du 18 avril 1867. — apporte à ce sujet un significatif témoignage: «Je suis heureux, dit le signataire, d'aller voir les chefs-d'œuvre de l'Exposition Universelle, d'autant plus intéressants que certains sont l'œuvre d'Émile (Gallé). Tout ce que l'on me dit de la beauté de ses dessins ne m'étonne nullement. Il a beaucoup de goût; il est artiste; de plus, en botanique, il sait... Baccarat possède de bons ouvriers, pas un artiste. Mettez-moi un dessinateur qui sache l'anatomie de la fleur, — comme le peintre doit connaître l'anatomie de l'homme, — s'il a du goût, il ne peut manquer de faire une révolution dans l'art et Émile est capable de l'entreprendre.»
Vase de faïence avec décor émaillé.
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Émile Gallé
rend précieux les ouvrages de terre du temps jadis. Sur des assiettes, l'illustration, tour à tour fantaisiste, humoriste ou patriotique, s'accompagne de textes appropriés. Le blason, les cartes à jouer, la vannerie dictent le décor ou la forme de maint objet. Déjà les champs de Lorraine et la mer fournissent plus d'une suggestion heureuse. Que sont ces pièces en faïence stannifère ? Des vases et des plats de toutes dimensions, des vaiselles de table, des hanaps, des écritoi- res, des corps de lampe, des services de fumeurs, des videspoches, des pendules, des torchères, des garnitures de cheminée, tout au monde. L'ornementation est tantôt bleue sur fond blanc, tantôt polychrome. De l'ensemble, il faut tirer de pair tout un bestiaire étrange, comique, gothique, des chats, des poules, des coqs, des canards, des hiboux, des cygnes accouplés, des perroquets dont la robe d'azur se constelle d'ornements jonquille (1).
C'est déjà dans les thèmes, dans la tech-
(1) D'après le texte même de ses « Notices aux jurys », les découvertes d'Émile Gallé dans l'ordre céramique se résument et s'échelonnent ainsi : extension de la palette d'émaux à petit feu ; mise en valeur de la terre et de la coloration naturelle des biscuits d'argile ferrugineuse ; enrichissement de l'émail stannifère à l'aide de poudres métalliques et de paillons sous couvertes colorées ; émaux de petits feux opaques et translucides ; application de la gravure au touret, à l'émail et au biscuit de faïence.
Vase en cristal à décor en relief.
nique, une abondance d'invention d'une incomparable richesse. N'ayez crainte, l'heure de la justice viendra pour tant de créations spirituelles et charmantes : vous les verrez demain tirées de l'oubli et sauvegardées
Jusqu'en 1884, Émile Gallé n'exploite que l'ancienne faïence du pays, à émail stannifère ; c'est plus tard seulement qu'il compose sa terre. En 1889, dans la dernière phase, la production céramique de Gallé consiste en « objets de curiosité et d'art, en fantaisies destinées au commerce extérieur d'exportation et en services de luxe à émail stannifère ». Certains essais de « barbotine » avaient été aussi tentés. En 1889 Gallé cherche surtout à mettre en valeur, sans les déguiser, les qualités propres à l'émail stannifère en opposant leur dou-
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Art et Décoration
avec la même ferveur diligente que nos contemporains montrent à collectionner les ouvrages de Rouen, de Moustiers et de Nevers.
Aux yeux de l'historien ces travaux initiaux valent par eux-mêmes et en raison des enseignements qu'ils contiennent. On y sent l'expansion d'une personnalité qui se révèle et aussi l'acheminement vers les sources généreuses où allait bientôt s'alimenter, exclusivement presque, le génie d'Émile Gallé. Sans contredit l'œuvre du verrier n'aurait pu atteindre immédiatement à l'originalité si le champ ne lui avait pas été ouvert par les travaux qu'expose l'œuvre du céramiste — dans sa première partie du moins, car, à partir de 1880, les regards hors de France et les ressouvenirs n'interviennent plus qu'à l'état d'exception. Vers le même instant Émile Gallé prend une part grandissante aux travaux de la Société Lorraine d'horticulture; il accepte d'être le principal rédacteur de son bulletin; il s'y fait le héraut de ces artistes nancéens de la flore, les Lemoine et les Crousse, qui ont bien droit à notre reconnaissance, car leurs trouvailles incessantes n'ont pas manqué d'engager l'École de Nancy dans les voies glorieuses qu'elle suit aujourd'hui. Émile Gallé aime vivre dans le commerce de ces horticulteurs fameux. Il trouve son plaisir à chanter en poète le charme de leurs bégonias et de leurs glaïeuls, à moins qu'il ne disserte, avec l'autorité d'un savant, sur l'acclimatation en Lorraine de l'hamamelis arborea «une des espèces les plus curieuses de celles qui existent au Japon.»
La nature devient de plus en plus l'unique objet de sa dévotion. Voyons comment Émile Gallé entend ce culte et quelle est, d'après lui, sa
ceur de coloris, leurs suavité, au grain mat des biscuits teintés par les oxydes et aux effets transparents de glaçures colorées; il se consacre à la recherche de teintes rompues, à la superposition d'émaux de teintes et d'opacités différentes, à la création d'émaux translucides appliqués sur excipient métallique et d'émaux stannifères colorés par les oxydes; il applique à la céramique les divers procédés de la gravure: l'impression sur terre molle à l'aide de bois, de fers, la gravure à la pointe dans la terre molle, dans la terre sèche, la gravure à l'acide fluorydrique et enfin la taille à la meule et la gravure au diamant.
Vase en cristal à deux couches.