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ART et Décoration
Revue mensuelle d'Art Moderne
Sommaire
- Adolphe Giraldon
M. P.-VERNEUIL
- Les Tissus Musulmans
J.-L. VAUDOYER
- La Maison des Dames des Postes
M. P.-VERNEUIL
- Les Céramiques de Grand Feu :
La Porcelaine dure et le Grès-Cérame (fin)
TAXILE DOAT
- Planche hors texte :
Esclave d'Amour et Lumière des Yeux
E. DINET
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FÉVRIER
1907
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LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS
13, RUE LA FAYETTE PARIS
Prix de la Livraison : 2 fr. — Étranger : 2 fr. 50
11e Année, N° 2
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Art et Décoration
Revue Mensuelle d'Art Moderne
COMITÉ DE DIRECTION :
MM. VAUDREMER, GRASSET, LUCIEN MAGNE,
JEAN-PAUL LAURENS, FREMIET, ROTY,
LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX, DAMPT
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ABONNEMENT ANNUEL
PARIS & DÉPARTEMENTS . . . . . . . . . . . . . . . 20 francs
ÉTRANGER . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25 francs
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L’Année parue ...
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ADOLPHE GIRALDON
Lorsqu'à la vitrine d'un libraire nous voyons exposées des couvertures de livres sobres et harmonieuses, de tonalités douces, où la lettre est bien lisible, et l'ornementation élégante, il est certain, presque, que Giraldon en est l'auteur responsable. Aussi bien, notre artiste, nous le verrons tout à l'heure, est-il presque un spécialiste en la matière, par le nombre considérable de volumes qu'il a ainsi élégamment habillés.
Il ne faudrait pas croire cependant que Giraldon borne à cela son activité, qui est grande. Combien ce serait peu le connaître : sans doute, c'est là une partie importante de son œuvre. Mais, esprit curieux, il prend le plus grand plaisir à toucher à tout, à tous les procédés et à toutes les matières.
Débutant dans la carrière artistique vers quinze ans, comme apprenti peintre décorateur, il suit cette voie pendant sept ou huit années. Mais bientôt il se sent attiré vers le livre, vers l'ornementation typographique, où il doit se faire une place prépondérante ; et en 1879, il débute avec des lettres ornées dans le Livre, la belle revue que dirigeait Octave Uzanne. Il avait dès lors trouvé sa voie
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Art et Décoration
Projet d'assiettes destinées à l'Elysée.
MANUFACTURE DE SÈVRES
véritable. Dans le livre, il a touché à tout, et toujours avec un égal bonheur. Nous avons déjà mentionné ses couvertures; il en a fait à l'heure actuelle plus de quatre cents, pour les éditeurs les plus divers. Ce nombre, plus que tous les commentaires, prouve la fécondité de l'artiste, son imagination inépuisable, les ressources infinies qu'il sait découvrir en son art, lui permettant toujours de se diversifier, de renouveler ses motifs et leurs combinaisons.
Toujours habillant le livre, nous le voyons encore composer de nombreux fers à dorer pour les éditeurs, et des reliures d'amateurs, en cuirs mosaïques et dorés.
Le corps même du livre ne devait pas lui rester plus étranger que son ornementation extérieure. Depuis peu, un mois à peine, un alphabet composé par lui est édité par le fon- deur Deberny. Il y a désormais le caractère Giraldon, comme il y avait le caractère Grasset et le caractère Auriol. L'aspect des lettres de son alpha- bet se différencie nettement de celui des lettres des deux précédents. Il est plus clas- sique, en quelque sorte. Non pas que j'entende dire ici qu'il n'apporte pas de franche modernité dans sa composition. Mais sa beauté est calme et noble; moins gras que le caractère Grasset, et moins fantaisiste que le caractère Auriol.
Par une fortune rare, Giraldon put, grâce à ce caractère nouveau, mettre au jour un livre, livre d'amateurs malheureusement di- rons-nous, où tout est de lui : caractères composant le texte, et illustrations accompagnant ou encadrant celui-ci. Nous aurons
Col brodé.
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Adolphe Giraldon
Couvertures de livres.
CH MALO
CHAMPS-BATAILLES DE FRANCE
HACHETTE & CO.
d'ailleurs à revenir sur cette belle édition des Eglogues de Virgile.
Les ornementsations du livre abondent dans l'œuvre de Giraldon : lettres ornées, titres, faux titres et culs de lampe, encadrements de pages, feuilles de garde, tout a été touché par lui, avec une fantaisie toujours nouvelle, et une égale maîtrise. Entre temps, il donnait à Hachette Tolla et le Trenle et Quarante ; à des Sociétés de Bibliophiles: Aspasie, Cléopâtre et Théodora, en même temps qu'un Chansonnier normand. Enfin,
D'PAUL RICHER DE L'ACADÉMIE DE MÉDECINE
L'ART ET LA MÉDECINE
SOCIÉTÉ D'ÉDITION ARTISTIQUE
BANCLON DE HANNONNE
RUE LOUIS LE GRAND 98-9, 34 PARIS
LES MUSÉES D'EUROPE
LE MUSÉE DU LOUVRE
ARCHÉOLOGIE, OCEPTURE
OBJETS D'ART
PASCICULE N°
J. SERVIER
LES MEMOIRES DU SIEUR DE PONTIS
FABRICATEUR
Société d'Édition Artistique, Greig Hachette, Plon, Nourrit, édit.
il composait pour l'éditeur Plon les Eglogues. On voit qu'il sait se plier à tous les genres, apportant chaque fois une note charmante, une petite trouvaille; c'est ainsi que dans le chansonnier normand, il prend prétexte des titres pour y introduire une pittoresque histoire de la coiffe normande.
Et c'est là l'intérêt des œuvres de Giraldon, qu'il fait dire à chaque dessin quelque chose. Ce n'est pas seulement l'ornementation seule, qu'il nous offre,
L'ART EN FRANCE 1895
PAR CHARLES YRIARTE
C.N CRELOCI
MEMOIRES DU GENERAL BARON DE MARBOT
L'INSTANTANE
ALBUM PHOTOGRAPHIQUE... L'ACTUALITÉ SUPPLÉMENTAIRE REVUE HEBDOMADAIRE
LIBRAIRIES PLAN
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Il convient de mentionner encore une édition des Pastels de Bourget pour l'éditeur Conquet, et un Missel pour Mame.
On le voit par cette rapide énumération, la contribution de Giraldon à l'ornementation du livre depuis vingt ans est énorme, et suffirait au bagage artistique de beaucoup. Que de choses n'a-t-il pas faites encore, cependant !
Parmi ses étoffes tissées, soies, velours, où peut se développer à son aise l'élégance de ses lignes, nous citerons une étoffe conçue pour l'ornementation des intérieurs officiels, où des montants de laurier enserront en leurs feuillages des cartouches portant les initiales nationales. C'était là une bonne occasion de renouveler et de rendre plus intéressante l'ornementation murale de nos édifices officiels. Est-il besoin de dire que quoique l'étoffe existe, quoiqu'elle soit belle d'aspect, on n'a pu encore arriver à lui ouvrir même les portes d'une maigre préfecture, sinon de l'Elysée ou d'un ministère?
C'est qu' aussi l'art officiel semble essentiellement réfractaire à toute tentative de nouveauté.
Ne serait-ce pas à lui, pourtant, de donner au mouvement moderne l'appui qui lui manque? Et sans se précipiter à la suite de novateurs imprudents et trop hardis, sortir pourtant des ornières habituelles, et penser qu'il peut exister de belles choses en dehors des styles surannés.
Et pendant longtemps encore, nous serons appelés à y voir des tentures banales; et les jours de fêtes des étoffes quelconques y seront apposées pour la circonstance par un entrepreneur attitré.
Des faïences ont été plus heureuses. Un grand panneau enseigne orne même la devanture d'une boulangerie, place Clichy, qui attire l'attention par ses dimensions inusitées.
Que de choses a citer encore! Des broderies et des vitraux; des mosaïques, aussi. Des intérieurs, même; l'un, le dernier, chez M.T., comprend l'ornementation complète et le mobilier d'un studio bibliothèque ainsi que d'une salle de réunion pour le personnel; car
mais encore quelque chose de plus, qui ajoute à l'œuvre un intérêt nouveau.
Prenons la couverture composée pour les Mémoires du général Marbot. Sur un fond de grenades enflammées s'enlève un laurier dont les rameaux croissent en couronnes, symbole de gloire. Si c'est là du symbolisme, encore est-il de bon aloi, car l'idée en est simple, quoique ingénieuse; et l'intérêt de la couverture n'est diminué en rien si, en éliminant la signification conventionnelle du laurier et des couronnes, on ne conserve que la disposition ornementale du feuillage.
Et puis, est-il besoin d'une signification précise à une ornementation ? La couverture de l'Art en France est-elle moins bonne parce qu'elle s'orne simplement d'une touffe de laurier-rose faisant fond à un cartouche et à un médaillon?
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Adolphe Giraldon
Marques, Ex-Libris et Programmes
nous sommes chez un industriel.
Puis, une riche décoration murale pour le vestibule de l'hôtel de M. D., consistant en de gracieuses arabesques d'or courant à même la pierre blanche.
Sommes-nous au bout? Non pas; car voici d'innombrables bijoux, de nombreuses pièces d'orfèvrerie composées pour Froment Meurice; voici des médailles, même; et encore des appareils d'éclairage pour l'éditeur Beau; et des fers forgés; et de nombreux modèles de lincrusta; enfin, reliant le tout, la foule des programmes, officiels ou non, des menus, des marques d'éditeurs, des ex libris, des cartes d'invitation.
Et pour se délasser de
ce labeur, notre artiste se livre aux joies de la peinture; paysages de Bretagne ou de Provence, portraits aussi.
Nous nous trouvons, on le voit, et cette sèche énumération suffit à le prouver, en face d'un travailleur acharné et d'un œuvre considérable. Et on ne saurait trop admirer la fécondité de notre artiste, renouvelant sans cesse son ornementation, sans cependant cesser d'être lui-même.
Il tient tout entier, d'ailleurs dans son livre dernier, dans ces Eglogues de Virgile que nous mentionnions déjà plus haut.
Nous ne saurions mieux faire ici que de céder la parole à M. Paul Rouaix, latiniste distingué, qui parle savamment de ce
EX-LIBRIS
JOHN SWINERTON
PHILLIMORE
ORTEM POSCE ANIMUM
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Art et Décoration
livre et de sa présentation nouvelle.
« Giraldon a à illustrer les Églogues de Virgile. Va-t-il prendre les anecdotes, les faits divers minuscules qui constituent les sujets de chacun de ces petits poèmes ? Il sera alors obligé d'ajouter à Virgile. peut-être en le faussant, car le poète ne dit pas tout. Et puis est-ce l'important? N'a-t-il pas plutôt voulu étudier l'âme des hommes dans ces bergers, âme plus ouverte dans cette naïveté, dans cette sincérité rustique ? D'ailleurs, entre ces dix églogues, il y a quelque chose de commun qui domine et plane, si bien que, tout en ne se continuant pas et sans lien, ces pages sont pourtant les parties d'un tout. Les personnages changent, tous ne sont pas des bergers. Ici, il s'agit
de la naissance d'un enfant qui amènera une ère nouvelle. Là, c'est Gallus que l'on console et Gallus n'est pas un berger. Tout cela se perd, se noie, se fond dans l'âme de Virgile ou plutôt c'est l'âme de Virgile qui se répand dans les parties diverses de ce tout et y met l'unité. C'est cette âme de Virgile que
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Adolphe Giraldon
Frontispices pour les Capitales du monde. (Hachette, édit)
VIENNE
ROME
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Giraldon cherche d'abord, écoute en fermant yeux. Il s'imprègne de la sensation dominante qui lui dicte, dans les formes dessinées et colorées, la traduction de cette sensation. Une unité s'impose à lui, sans qu'il le veuille ou sache, lui commande sa tonalité générale, cette tonalité douce, apaisée, blonde presque, que je retrouve partout et qui, à son tour, commande au reste ses réticences, ses demi-silences.
Ces églogues, c'est l'âme chantante de la campagne, avec la même chanson chantée par les voix diverses des plantes, des animaux, de l'homme. Dans ces beaux paysages qui s'encadrent en frises dans le haut des premières pages, Giraldon fera régner les lignes larges, les masses, et cela dans des colorations dont la chaleur s'apaisera par des tendances au violacé. Pas de personnages.
Barrias, dans le joli Virgile de chez Didot, avait illustré d'une scène chaque idylle. Il se trouve que, chez Giraldon, le vide peuple plus que ne l'auraient fait les per-
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Programme
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Art et Décoration
sonnages. Il s'en exhale une impression de rêveuse et sereine mélancolie, soit que la buée voile de gris les arbres voisins du fleuve, soit que là-bas, loin du vallon où les ombres flottantes du crépuscule indécis endorment les couleurs, l'adieu du soleil, derrière la montagne violette, ensanglante le ciel des pourpres du couchant.
« Puis de petits riens, de petits détails, ingénieux, trouvés, fourmillent. Presque des sous-entendus, des allusions, les « traits » célèbres, les citations inoubliées, traduites par le crayon ; le glaive du barbare dans la gerbe de moisson qu'il aura, la haie conseillère de sommeil avec les abeilles murmurantes, et, à côté, la fumée droite, allongée, signe de paix et de calme, symbole de la décoration elle-même, cette décoration où Giraldon pour très remarquable collaborateur, a eu le talent du graveur Florian. »
Ce livre, nous le disions, résume bien l'art de Giraldon. Nous en reproduisons ici deux pages, à la tête et la fin de cet article. Les qualités y apparaissent nettement, comme aussi dans la moindre de ses compositions. Que nous prenions une couverture ou un programme, une étoffe ou un ex-libris, nous retrouvons l'artiste consciencieux et pondéré, ne laissant rien au hasard.
Sa composition est saine, logique, bien équilibrée, sans rien d'échevelé, ni rien de cette indépendance folle, qui souvent dans des productions similaires, touche de près à l'incohérence. Sa coloration est sobre
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Adolphe Giraldon
Fers de reliures. (Gaultier-Magnier, Larousse, édit.)
et harmonieuse sans audaces extrêmes, mais aussi toujours de bon goût. Et les qualités dominantes de l'art ornemental de Giraldon semblent être la clarté et l'élegance, la distinction et la logique.
Sans fuir l'allégorie et le symbole, il n'en fait cependant que la partie accessoire de sa composition. Et combien il a raison de ne pas tomber dans ce travers du symbolisme à outrance, qui fait que dans une composition, la plus simple soit-elle, tout a ou doit avoir un sens. On se trouve alors en présence d'un rébus plus que d'une œuvre d'ornementation, et une clef est nécessaire pour en pouvoir goûter la prétendue saveur. Les interprétations, d'ailleurs, peuvent, pour un même symbole, varier et même se contredire. Mais qu'im-
La Ville de Paris. Estampe. (Piazza, édit.)
porte! Et la beauté a-t-elle besoin de tant de significations! Une fleur est-elle belle parce que ses proportions sont agréables, ses lignes sveltes et pures, ses couleurs harmonieuses, ou bien parce qu'elle symbolise tel ou tel vague sentiment? L'un n'empêche pas l'autre, c'est entendu, et un motif peut être très agréable tout en symbolisant quelque chose. Mais, à mon avis, dans une ornementation, la beauté de la forme doit passer bien avant le symbole; car seule la forme nous est visible, et charme nos yeux, alors que le symbole n'est qu'une vague convention, souvent bien puérile, lorsqu'elle n'est pas, même, pour la plupart, incompréhensible. Mais revenons à notre artiste, et aux caractéristiques de son art.