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ART et Décoration Revue mensuelle d'Art Moderne Sommaire - Les Arts appliqués aux Salons - M. P.-VERNEUIL - Planche bors-texte : - Panneau décoratif - BACARD Juin 1904 --- LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS 13, RUE LA FAYETTE PARIS Prix de la Livraison : 2 fr. 8e Année, N° 6.

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Art et Décoration Revue Mensuelle d'Art Moderne COMITÉ DE DIRECTION : MM. VAUDREMER, GRASSET, JEAN-PAUL LAURENS, FREMIET, ROTY, LUCIEN MAGNE, LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX, DAMPT --- Abonnement annuel : PARIS & DÉPARTEMENTS . . . . . . . . . . . . . . . . 20 fr. ÉTRANGER . . . 25 fr. Prix de la Livraison : 2 francs L’Année parue ...

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--- Les Arts appliqués aux Salons --- Z VANT d'étudier en détail les œuvres exposées cette année dans les sections d'Art décoratif des deux Salons, il convient de chercher à retirer un enseignement de cette exposition dans son ensemble. Car la question de l'art décoratif moderne est plus que jamais une question d'actualité, et la crise que traverse l'évolution artistique doit nous intéresser au plus haut point. Il est indéniable qu'il y a crise, et l'on doit le constater plus que le contester. D'où vient cette crise? D'où vient que le public ne répond pas, ainsi que le désirent les artistes, ainsi qu'il devrait le faire, aux avances que lui font ceux-ci? Les artistes vous diront trop facilement : la faute en est au public seul, qui se désintéresse de nos efforts, et ceux-ci demeurent stériles par sa faute. Nous piétinons, et n'avançons pas. Ayons la franchise de le dire, seule cette dernière phrase est vraie. Nous n'avançons pas. Mais est-ce vraiment par la seule faute du public, et les artistes eux-mêmes ne sont-ils pas, en partie tout au moins, les artisans de leurs déboires ? Cette sorte de défaveur, passagère du reste, ne provient-elle pas d'un faux départ, et du manque d'esprit pratique dont nous avons fait preuve en la circonstance ? Car voyez à l'étranger, en Allemagne sur- LALIQUE Bonbonnière

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Art et Décoration tout, et aussi en Autriche. Là, les formes nouvelles progressent sûrement, pour plusieurs causes. Dans le premier de ces pays, le désir de se créer un style national, n'empruntant rien avons vu aussi ces artistes, qui devraient vivre de leur production, se condamner à tuer celle-ci en entrant en antagonisme avec les fabricants. Un mouvement d'art ainsi dirigé doit être stérile, forcément. A quoi doit viser l'artiste qui crée un meuble? A créer une forme qui réponde bien au besoin que ce meuble doit satisfaire, en même temps qu'aux exigences de la matière qui doit servir à l'exécuter. Mais aussi, il doit penser à l'édition pratique de son meuble; il doit songer au prix qu'il en devra demander au public, à l'acheteur éventuel. Or, que se produit-il presque inévitablement? L'artiste a rejeté bien loin une entente avec un fabricant. Il fabrique lui-même. Or, il n'a pas d'ouvriers, pas d'ateliers, pas de capitaux. Ce sont donc des façonniers qui travaillent pour lui; il ne peut qu'exercer une surveillance inefficace sur leur travail, et il est grugé aussi bien sur la qualité que sur la quantité de celui-ci. Donc, élévation du prix de revient. D'autre part, manquant de capitaux, ce n'est pas une LALIQUE Bonbonnière aux styles étrangers, aux styles français surtout, aide fortement à la diffusion de l'art moderne. Mais aussi, et surtout peut-être, l'esprit y est pratique; et l'entente d'artistes et de fabricants permet d'établir et de vendre à des prix raisonnables, quoique rémunérateurs; par là même, cela permet au public de suivre le mouvement et de s'y intéresser autrement que d'une façon purement platonique. Que voyons-nous, et qu'avons-nous vu jusqu'ici chez nous? Rien de semblable. Nous avons vu les artistes faire des efforts considérables, cela est incontestable. Mais nous LALIQUE

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Les Arts appliqués aux Salons 167 série du même modèle, six, douze, qu'il fait exécuter à la fois, mais bien une pièce isolée. Or, seule la fabrication en série pourrait lui permettre de lutter contre la fabrication à la grosse des chambres à coucher Louis XVI ou des salles à manger Henri II. D'autre part, le manque de capitaux l'oblige à négliger les corrections successives que doit subir un modèle pour être au point. C'est donc un modèle incomplet, exécuté dans des conditions déplorables, aussi bien chaque meuble isolé ne lui coûtera pas le prix d'un mobilier complet. Qui a raison de l'artiste ou du public? Et cet esprit est tel chez nous, esprit d'in-dépendance diront fièrement les artistes, que nous voyons ceux-ci créer une vaste Société dont l'un des buts, sinon le principal aux yeux de beaucoup de ses membres, est la lutte contre le fabricant! Et pendant ce temps, en Autriche, en Allemagne, des associations se fondent, des ateliers sont créés, où pratiquement sont établis et bien LALIQUE Pendentifs au point de vue artistique qu'au point de vue commercial, qu'il présente au public. Et, surtout si le meuble est, malgré tout, bien établi, le prix de revient est tellement élevé que même en supprimant tout bénéfice pour lui, l'artiste est forcé d'en demander un tel prix qu'il met en fuite l'amateur sans espoir de retour. L'artiste criera bien qu'il n'y gagne rien, qu'il a fait des sacrifices énormes; ce sera vrai, mais cela n'empêchera pas l'acheteur d'aller chez le fabricant et d'y acquérir pour une somme raisonnable un mobilier bien établi, qui répondra moins bien à ses aspirations artistiques, sans doute, mais où, du moins, établis des modèles nouveaux. Et avant longtemps, au lieu de la suprématie française à laquelle croient encore ceux qui restent chez eux, nous aurons l'invasion des étrangers. Et ce sera nous qui l'aurons voulu. Que ne voyagent-ils un peu, ceux qui ne veulent pas voir. Que ne vont-ils aux expositions de Dresde, de Berlin, de Vienne, d'ailleurs. Ils y trouveraient des exemples profitables à plusieurs points de vue. Croient-ils donc que les artistes y font abandon de leurs justes droits? Non pas. Mais par une entente raisonnable, ils s'unissent aux fabricants, produisent, vendent, et y trouvent leur bénéfice.

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Art et Décoration GAILLARD Boucle Chez nous, l'art moderne, à part de trop rares exceptions, est resté l'art de la pièce unique, l'art du bibelot. La céramique s'attache à ne produire que des pièces de musée; l'orfèvrerie de même; tous les arts appliqués sont dans la même erreur! Ne vaudrait-il pas mieux créer des modèles pratiques et les éditer à des prix raisonnables? On verrait alors progresser cet art si décrié. Et le public, l'acheteur en un mot, entraînerait fatalement la masse des fabricants, réfractaires maintenant, mais qui entreraient bien vite dans le mouvement au lieu de l'entraver si leur intérêt véritable les y poussait. Ce ne sont pas les artistes qui manquent, c'est le sens pratique, on ne saurait assez le répéter. Ainsi, voyez ce que sont nos expositions d'art décoratif, et si vous avez tant soit peu voyagé, voyez ce qu'elles sont à l'étranger, voyons surtout ce qu'elles devraient être! Prenez la Sécession de Vienne, par exemple. Ce ne sont pas uniquement des expositions GAILLARD Loupe que le public viendra (acheteurs occasionnels) d'autant plus facilement que le spectacle sera pour lui plus varié chaque fois. Et la pratique donne raison à la théorie. N'allez pas croire cependant que ce soient des installations horriblement coûteuses; pas du tout. Avec des moyens simples, des matériaux modestes, mais avec beaucoup de sens artistique, des ensembles charmants et harmonieux sont créés. GAILLARD Boucle d'art appliqué qui s'y font, mais de nombreux exemples nous y ont été donnés. Là, jamais deux expositions semblables. Le décor, la disposition des pièces y sont incessamment renouvelés. Les organisateurs comprennent admirablement que la présentation même des œuvres exposées doit être l'objet de tous leurs soucis; --- Art et Décoration

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Les Arts appliqués aux Salons Quelle différence avec les salles d'art décoratif, aussi bien à la Société Nationale qu'à la Société des Artistes français! Triste déballage, où voisinent les œuvres les plus dissemblables, sans qu'aucun effort de présentation, de mise en valeur, soit tenté! Que manque-t-il, cependant? A coup sûr ce ne sont pas les artistes. C'est donc, une fois encore, l'esprit pratique. Que l'on ne vienne pas me dire que les peintres et les sculpteurs craignent la concurrence. Qu'ils ferment dans ce cas leurs expositions aux arts appliqués. Mais s'ils les admettent, leur intérêt n'est-il pas d'y attirer le plus de visiteurs possible? Ne bénéficieront-ils pas eux-mêmes de cette affluence? Que, chaque année, deux, trois, quatre artistes soient désignés pour décorer les salles d'exposition. Il s'en trouvera d'assez peu intéressés pour tenter la chose. Des fabricants de bonne volonté se joindront à eux, pour qui ce sera de bonne publicité. Et dans ce décor, chaque année nouveau, dans des dispositions chaque année nouvelles, venez grouper de façon artistique les œuvres exposées. Quelle différence avec le bazar actuel! Des frais minimes sinon nuls, un intérêt artistique certain, une meilleure présentation des œuvres, un effort d'art, y a-t-il là de quoi effrayer des artistes? Maintenantsurtout, il est d'un intérêt capital d'intéresser, d'attirer le public. Ce ne sont pas de vaines récriminationsqui seront utiles, mais des actes. Plusieurs artistes cherchent une productionrationnelle; puisse leur exemple être profitable. Nous n'aurons malheureusement, du reste, que peu de ces exemples encore à constater. L'art du bijou est parmi les arts ornementaux celui dont le renouvellement a donné les résultats les plus complets; et chaque année, on prend plaisir à en admirer les productions nouvelles. Lalique, disons-le de suite, y conserve son incontestable supériorité. Cette année comme les autres, Lalique se distingue par la belle tenue de son exposition en même temps que par une heureuse application de son art à la toilette féminine. Il nous montre, en effet, des colerettes, des cols plutôt, broderies et orfèvrerie, d'un effet charmant et nouveau tout à la fois. L'un de ces cols est orné de deux têtes de coqs affrontées, formant fermoir d'argent et vigoureusement modelées. De ces têtes partent GAILLARD Vase

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Art et Décoration Théière en argent des plumes en broderie d'argent largement dessinées et constituant le corps de la colle- rette. L'ensemble est tout de distinction et d'élégance, d'un effet nouveau et fort riche, quoique sobre cependant. La composition est un exemple de cette juste mesure qui distingue les œuvres de Lalique, pleines de richesse sans surcharge, pleines de sobriété sans pauvreté. Une autre collerette a le paon pour motif. Le même principe est adopté pour le fermoir. Cependant, les aigrettes d'argent des têtes des deux oiseaux ne seraient-elles pas bien dures et ne blesseraient-elles pas le cou qu'elles doi- vent orner? Les plumes sont bien traitées en une composition ajourée plus légère que la précédente; mais mes préférences vont à la première, cependant, plus caractérisée suivant moi. A côté, un beau fermoir est orné de pierres taillées, où des cavaliers combattent un dragon dont la tête forme le motif central de la com- position. Celle-ci est très belle, et très belle aussi est la matière de la pierre, aux tons vio- lets et verts chatoyants. Autre agrafe, formée de deux gros insectes d'argent affrontés et saisissant dans leurs fortes pattes une pierre rouge. D'autres pierres d'un rose laiteux forment une floraison s'harmoni- sant finement avec l'argent des insectes. Une autre agrafe encore est formée par une grosse pierre jaune, topaze sans doute, d'où partent des tiges de monnayère. Les disques blancs de la monnaie du pape sont de nacre cernée d'un or jaune émaillé de brun par places. L'effet est très fin, quoique l'ensemble soit un peu raide. Deux pendants sont charmants : dans l'un une grosse perle foncée est surmontée de trois insectes au corps de nacre taillée, aux pattes émaillées. La composition, régulière, est légère, gracieuse, et pleine d'harmonie. C'est une perle aussi qui forme le centre de l'autre, et de cette perle partent cinq branches aux feuillages finement émaillés et aux fleurs de nacre. L'harmonie gris fin et vert est déli- cieuse, relevée par le ton jaune de l'or qui y apparaît. Deux peignes bas, d'ivoire et de nacre, sont d'une belle composition en même temps que d'une belle harmonie. Enfin deux bonbon- nières émaillées sont d'une coloration fine et d'une composition charmante. Cette année encore Lalique sait nous séduire par les ressources sans cesse renouvelées de son art merveilleux. M. Lucien Gaillard a, lui aussi, une exposi- Pendentif

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Les Arts appliqués aux Salons BOUTET DE MONVEL Collier tion intéressante, quoique présentant beaucoup moins d'unité, de cohésion. Ses bibelots et ses bijoux sont d'une heureuse inspiration et d'une belle exécution. Je ne vois guère à reprocher à M. Gaillard qu'une faiblesse, qui surprend chez lui : pourquoi cette concession au goût de certain public ? Pourquoi ces petits nœuds de diamants qui viennent orner plusieurs pièces, nœuds qui n’ajoutent aucun intérêt à la composition, qui la déparent même. Et cela surprend à côté des hardiesses souvent heureuses que nous nous plaisons à constater dans les pièces voisines. Parmi ces dernières, plusieurs sont à citer : une belle série de peignes en corne et une autre série de bibelots d’une matière admirable. Un peigne très simple et fort bien traité est formé de deux œillets. Un autre orné de free-sie est moins heureux de lignes. Mais un pei-

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Art et Décoration Gallerey Cuivre repoussé gne haut, composé de chardons et de bourdons est d'une bonne composition en même temps que d'une exécution irréprochable. Un autre orné de chrysanthèmes, puis un autre encore orné de fleurs de pommier sont très heureux. Je ne parle pas ici de ceux où des violettes, des muguetts, des myosotis sont liés par les petits nœuds dont il fut question plus haut. J'aime mieux signaler celui où deux libellules enserront un saphir. La composition en est curieuse et l'exécution supérieure. La corne amincie est une matière employée fort heureusement pour les ailes. Mais le bijou serait-il propre à être porté ? C'est cependant surtout à un peigne diadème, orné, lui aussi, de deux libellules, que ce reproche devrait être adressé. Ce sont de beaux bibelots, mais je crains bien que cela ne puisse pas être des bijoux. Parmi les objets en métal, il faut signaler deux boucles de ceinture, d'une composition très japonaise, moins charmantes cependant, l'une ornée de pin, l'autre de fleurs de sagittaires. Une troisième, plus importante, est formée de deux serpents mordant une pierre jaune. Belle composition pleine de caractère. Puis, à côté des bijoux, plusieurs vases fort beaux de matière, et de composition heureuse ; tel celui orné de deux sauterelles. Et cependant, je lui préfère un autre, sans aucune ornementation, mais d'une couleur admirable, aux tons chatoyants passant de la sépia chaude à des rouges laqués et presque orangés parfois. Enfin, une loupe utilise les antennes d'un insecte de curieuse façon. L'envoi de M. Gaillard, considérable et parfois très intéressant, manque Bocquet Coupe en argent repoussé

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Les Arts appliqués aux Salons Page 173 d'unité cependant, et certaines pièces fort réussies qui y figurent ne peuvent que nous le faire regretter. A la Société Nationale, l'art du bijou est moins cultivé, et l'en- voi le plus important est celui de M. Boutet de Monvel. L'artiste est en incontestable progrès. Il cherche davantage la forme, la ligne ; et ses bijoux ont un aspect moins barbare qu'autrefois ; sont plus harmonieux. Mais c'est surtout vers l'harmonie des lignes que M. Boutet de Monvel doit pour- suivre son effort, en même temps que vers la simplicité. Son collier dont les motifs sont tirés du lichen, est curieux, agréable même, mais bien compliqué. M. Rivaud semble plus en possession de lui-même et de son art. Ses bagues sont fort intéressantes, avec des recherches heureuses de matières et d'harmonies : certaines, aux anneaux de corne ou d'ivoire ; d'autres tout en métal, ornées de pierres aux tons fins et bien employés. Des colliers simples et bien composés ont beaucoup de caractère. M. Bocquet nous montre, lui aussi, des bagues, mais conçues et exécutées de façon différente. Les insectes, avec leurs formes curieuses, lui servent d'éléments ornementaux ; le repoussé en est bien traité et l'ensemble ne manque pas de caractère. A côté de lui, M. Monod expose des broches et des boutons, ornés de lignes conventionnelles, bien équilibrées. L'ensemble est d'un bon effet, simple et distingué. De M. Hamm, des peignes en corne d'un travail intéressant et d'une composition parfois curieuse. Revenant à la Société des Artistes français, nous y trouvons M. Le Couteux, et ses bijoux où la nacre très colorée est heureusement employée. Un pendentif, en or et nacre, où un DE WAROQUIER Peignes HOFFMANN Légumier