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ART et Décoration
Revue mensuelle d'Art Moderne
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Sommaire
- L'Œuvre d'Étienne Dinet
Léonce Bénédite
- Une Maison de Campagne
Gabriel Mourey
- Paul Jouve, Animalier
R. Binet
- Un Cours d'Art appliqué aux Métiers
Adrien Brunneau
- Planches hors texte :
Joseph et la femme de Putiphar
E. Dinet
- Maison de Campagne
MM. Lavergière et Monod
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OCTOBRE
1903
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LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS
13, Rue Lafayette Paris
Prix de la Livraison : 2 fr.
7e Année, N° 10.
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The illustration depicts a floral arrangement with various flowers and leaves, symbolizing nature and artistry. The background features a textured pattern that adds depth to the composition.
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Art et Décoration
Revue Mensuelle d'Art Moderne
COMITÉ DE DIRECTION :
MM. VAUDREMER, GRASSET,
JEAN-PAUL LAURENS, FREMIET, ROTY,
LUCIEN MAGNE, LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX, DAMPT
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L’Année parue ...
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ART ET ORIENT
L'OEuvre d'Étienne Dinet
Nous sommes dans le coin le plus touffu, le plus serré et le plus mystérieux d'une oasis. Autour d'une étroite clairière les dattiers éclancent d'un jet droit, ou incliné en une courbe élégante, leurs troncs hérisssés symétriquement des côtes régulières qui indiquent leur âge. De leur sommet évasé s'épanouissent les bouquets des palmes, faisant voûte. C'est la nuit, la nuit claire, la nuit bleue, la nuit transparente des cieux africains, mais enténébrée par l'entrecroisement des palmes.
En cercle, éclairées vivement par la clarté brusque d'un foyer invisible, une quinzaine de jeunes femmes sont assises, les jambes repliées, ou demi-couchées. Leurs corps bruns, jeunes, minces et fermes sont vêtus de robes éclatantes ou fleuries, chargés de colliers, de pendeloques, de broches, de fibules, d'agrafes reliées par des chaînes, de ceintures aux plaques massives d'argent découpé; leurs visages de jolies bêtes farouches aux grands yeux mobiles et expressifs sont encadrés par les lourdes nattes relevées, noires et luisantes, coiffées de foulards de soie vive ou de voiles pailletés, et ils sont ornés, comme des autels, d'une profusion de bijoux sonores : larges pendants d'oreilles, amulettes, couronnes de sequins, diadèmes à facettes articulées. Leurs bras et leurs jambes, nus, aux poignets étroits, aux fines chevilles, dans la gesticulation de leur mimique vive et hardie, font tinter de lourds bracelets ornés de gros clous d'argent qui sonnent comme des clochettes.
Tout au fond sur les tapis étendus, à travers la vapeur légère de l'encens et du nard qui fument dans une cassolette, une de ces jolies créatures, assise de face, se presse contre un beau jeune homme. Celui-ci détourne son regard chargé de tristesse et d'ennui et repousse, avec une réserve distraite, les avances de la jeune femme qui semble le montrer à ses compagnes avec un sourire amer et un regard passionné. Tout au fond, à travers les colonnes rugueuses des dattiers, brillent les grands yeux enfantins toujours étonnés de servantes négresses. C'est le spectacle le plus surprenant, le plus étrange, le plus attirant et le plus inoubliable qu'il nous ait été donné de voir. Cette assemblée de petites idoles vivantes et animées laisse bien loin derrière elle les créations imaginaires des écrivains ou des artistes qui ont épuisé les caprices de leur fantaisie sur les figures légendaires ou fabuleuses des Salomé et des Salammbô. Car il n'y a que la réalité, pour donner ainsi une telle puissance, un spectacle aussi imprévu, dépaysant, et attachant de poésie et de beauté.
Cette jeune femme, c'est Zoulkha et ce beau
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jeune homme c'est le serviteur de son mari, après environ deux ou trois douzaines d'heures c'est Yousouf. Zoulkha se mourait de passion en bateau ou en chemin de fer. Mais c'est non partagée, de langueur et de mélancolie; ses surtout que le pinceau de ce peintre a une compagnes n'y pouvaient rien comprendre. faculté tout à fait rare de créer l'illusion de la « Quand vous aurez vu l'objet de cet amour vie. Ces petits corps féminins de beau bronze malheureux, leur dit-elle, vous me com- doré, fermes et ronds, moites comme des prendrez. » Et elle les réunit en les priant amphores poreuses, ces petits corps tout frémissants, élégants, souples, félins et agiles, d'user de leurs moyens de persuasion pour qui font penser à je ne sais quels animaux tâcher de l'amener vers elle. Et sous les voûtes gracieux, doux et farouches, il en connaît de ce palais à la fois naturel et féerique, la toutes les poses alanguies, câlines et impa-jolie troupe agitée de petites reines s'empresse
autour de Yousout pour lui offrir des fruits, tientes, toute la mimique parlante et caracté- des pastèques et des oranges. Mais elles sont tistique, toute l'âme ardente et enfantine, aux prises d'un tel saisissement à la vue de sa jalousies de petites bêtes gâtées, aux beauté virile et douce, qu'en épluchant les convoi- beaux fruits d'or, les couteaux distraits en- tises de jeunes singes; cette âme candide et taillent toutes les petites mains. primitive, qui se traduit dans les brusques variations des physionomies expressives, et C'est tout. Et vous vous demandez si c'est dans les accents d'une voix qui prend tantôt une réalité ou si c'est un rêve. Et, maintenant les inflexions les plus fluides du chant des que le tableau est soustrait à vos regards, oiseaux et tantôt les fureurs et les aboiements l'impression qui en reste est si profonde que rauques de jeunes chacals. Il semble même vous jureriez que vous avez été un des témoins qu'il nous fasse sentir l'odeur fauve et mus- cachés.Sans doute,vous reconnaissez ces êtres, quée de ces jeunes chairs sauvages. Et il les rend dans la mobilité et dans l'action avec c le cela existe, figures, accessoires et décors, dans relief franc des formes pleines à travers les un pays qui, moralement peut-être, est au jeux les plus inattendus de la lumière natu- bout du monde, mais qui est cependant situé relle ou artificielle, avec une puissance de dans une province française et qu'on atteint clair obscur qui fait saillir les figures de la
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profondeur mystérieuse des fonds. Et quel charme dans le paysage, quel attrait dans ces harmonies locales dont il a lesens si pénétrant, quel accord simultané entre tous les éléments qui concourent à ce spectacle! On oublie vraiment ici l'ouvrier devant l'œuvre. On est seul en face de sa vision.
Le secret de cette puissance expressive, de un haut esprit de conduite qui ont fait de lui, dans la plus noble acception du mot, un homme et un artiste. Dans le petit cercle d'amis de choix, dont il recherche la compagnie, aucun n'a montré plus de modestie, plus d'effacement, et aussi aucun n'a été entouré du plus tendre respect. Vous connaissez, ou plutôt vous ne devez guère connaître — car le voit-
ces facultés si complètes et si étroitement unies de narrateur, de poète et de peintre; le secret de cette force communicative, réside ici comme partout, comme toujours, dans le caractère propre de l'homme. C'est sa conviction, sa foi, sa probité, l'amour ardent de son art et des sujets qu'il s'est donné mission de peindre qui ont fait de Dinet une figure personnelle et exceptionnelle.
A aucun moment il n'a cherché ni le succès, ni le profit. Il a porté dans son art comme dans sa vie un désintéressement, une dignité,
on à Paris, hors de son atelier? — son visage aux traits fins et nerveux de grand chef arabe. Sur son front et dans son regard on lit l'intelligence, l'énergie, la décision et en même temps je ne sais quoi de souriant, de caressant et d'un peu farouche. Et c'est bien l'expression vraie de sa nature, droite et résolue, mais aussi timide et bonne. On sait quel incomparable ami il fut pour ces deux malheureux camarades qui dorment l'un sous les sables du Harrar, l'autre dans un lit de cendres refroidies, au pied des volcans de Java: Mau-
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rice Potter et Marius Perret, si fiers l'un et l'autre de le considérer comme leur initiateur et leur maître. L'ami qui, depuis tant d'années, l'a suivi de près dans sa vie et dans son œuvre, peut écrire publiquement ici, sans embarras, ce qui est l'expression de la pensée de tous. Il ne trouvera de protestation et de mécontentement que d'un côté et on le devine.
Une particularité du caractère de Dinet,
phénomènes lumineux, soit dans leurs effets directs les plus intenses, soit dans leur action indirecte la plus subtile. Après Belly, après Guillaumet, après Fromentin lui-même, qui les note surtout dans ses écrits, il abordait sous un ciel dont la splendeur torride donnait à ces problèmes une portée exceptionnelle, l'étude méthodique, raisonnée, on irait jusqu'à dire scientifique, de toutes les grandes ques-
Jeunes filles dansant et chantant
c'est que lorsqu'il a conçu quelque entreprise, il faut qu'il la conduise jusqu'au bout. Nul conseil, nul obstacle ne pourrait l'en détourner. S'il s'est trompé, tant pis ! il se trompera, mais du moins il en aura le cœur net, il saura pourquoi et il n'en connaîtra que mieux ce qu'il convient exactement de faire. C'est ce qui explique certaines contradictions apparentes que l'on peut trouver entre ses principes au cours de sa carrière. Il avait commencé au début par des études analytiques et il a poussé jusqu'au degré le plus aigu ou le plus délicat l'observation et la notation des tions physiques de l'éclairage des corps dans l'espace sous les rayons du soleil, avec la répercussion lumineuse du sol et de tous les autres accidents environnants, l'interposition de l'atmosphère, et leurs corollaires, de la décoloration des tons dans la clarté ou de la coloration des ombres, problèmes qui, sous le ciel de France, avaient passionné des maîtres tels que Rousseau et Corot, Daubigny et Troyon, Millet et Manet et ont eu une influence si profonde sur les destinées de l'art contemporain.
On n'a pas oublié cette première série à laquelle appartient le petit chef-d'œuvre des
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Le fils d'un saint marabout porté en triomphe par la foule
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Terrasses de Laghouat du Luxembourg et dont l'expression la plus excessive fut cette toile intitulée : Midi en juillet à Bou Saada, semblant ainsi réunir tous les superlatifs de la lumière et de la chaleur.
Avons-nous discuté, alors, sur ces questions de la lumière solaire, soit qu'elle est vue par un spectateur placé dans l'ombre, soit par un observateur placé lui-même dans la région éclairée; de la lumière diffuse; de la composition lumineuse du tableau, toute différente sous les cieux africains de nos cieux septentrionaux et à propos de laquelle Fromentin émettait des observations si curieuses et si justes! On était dans le plein épanouissement de l'impressionnisme. L'orientalisme, moins suspect, pouvait, grâce à son étiquette exotique, faire accepter un certain nombre de nouveautés que l'on jugeait, ailleurs, par trop téméraires. C'était l'orientalisme compris dans l'esprit de la grande tradition.
Nous étions très intéressés par toutes ces préoccupations pittoresques et nous nous en entretenions longuement avec Paul Leroy, un des plus vieux « Biskris », et notre cher et malheureux Marius Perret. Ce fut l'origine de notre Société des Orientalistes. Perret en avait été, si l'on peut dire, la conscience; Dinet en fut l'esprit et le souffle. Mais, en retour, il en subit lui-même l'influence. Elle l'attacha plus étroitement encore, s'il était possible, à ce pays, à cette race, à ces mœurs qui lui étaient très chers, malgré les découragements qu'on essayait vainement de faire naître en lui dans certains milieux, malgré le dédain manifesté, pour ces sujets orientaux, par des confrères qui criaient à la mascarade et qui, de leur côté, allaient chercher leurs tableaux dans les pages mortes des livres, déguisant leurs personnages avec tous les oripeaux des théâtres, des écoles et des académies.
Mais sous cette forme analytique, Dinet était allé jusqu'au bout de son idée. Ne pouvant pousser plus loin, il n'était pas homme à se cantonner éternellement dans le même cercle de notations, d'observations, de descriptions ou de portraits, dût-il en sortir des chefs-d'œuvre. Il ne s'était pas, inutilement, d'ailleurs, attaché au pays et aux indigènes. Cette race africaine du Nord, si mêlée qu'elle soit parendroits, après tant de mouvements produits par le passage sur les anciens fonds autochtones, des Romains, des Phéniciens, des Goths, des Vandales, des Arabes et le recul des Maures d'Espagne, garde, toutefois, surtout dans le Sud, une pureté relative, et, dans tous les cas, une grande allure d'humanité primitive, fière, virile, imposante et ce haut caractère à la fois héroïque et familier qui distinguait les populations humaines des temps anciens. Que ceux qui n'ont pas été en Algérie lisent ce qu'ont écrit Delacroix, Chassériau, Fromentin et Guillaumet, au cours de leurs voyages et en dehors du point de vue professionnel ! C'est un enthousiasme égal chez tous et qui s'exalte de jour en jour chez ceux qui y sont le plus souvent retournés. Fromentin voit partout la féodalité chevaleresque du temps d'Omar, Guillaumet cite à tout propos la Bible. Et ce n'est ni chez l'un ni chez l'autre l'emploi de termes convenus de comparaison littéraire, mais l'expression exacte d'un état réel, par la subsistance intégrale, ici et là, de ces deux anciennes formes de sociétés. Dinet, moins que tout autre, devait demeurer insensible à ce milieu.
Justement vers cette époque un petit événementdevaitlui fournir le moyen de pénétrer plus profondément encore dans l'intimité la plus secrète de la vie et de l'âme arabes et le retenir à jamais fixé à une forme d'art qui, sans perdre aucune parcelle de sa forte saveur locale, le ramenait chaque jour vers deplus hautes généralités humaines. C'est, en effet, à ce moment, il y a une douzaine d'années environ, que Dinet connut Si Sliman ben Ibrahim Bâmer, l'auteur littéraire du Printemps des cœurs. Sliman, mon ami Sliman, car c'est aussi mon ami, et c'est une amitié que je n'estime point banale, Sliman mérite quelques lignes de biographie. C'est en effet, une figure originale. Ce n'est pas qu'il soit une exception sensible dans le monde arabe, ni qu'il appartienne à cette catégorie, généralement peu intéressante, de prétendus assimilés. Non, assurément, et son propre mérite est qu'il est resté pleinement arabe.
Sliman ben Ibrahim est né vers 1870 à Bou Saada. Il est d'une famille mzabite et l'on sait que cette race de réformistes austères, qui sont comme les protestants de l'islamisme, est remarquable par son intelligence, son activité commerciale et que sa probité était jadis passée en proverbe. Sliman a hérité de leur sens droit et de leur intelligence ouverte et juste. Dans une circonstance dont le détail serait trop long à conter et n'offre aucun intérêt ici, au milieu d'une querelle entre deux partis dans l'un desquels Dinet se trouvait engagé malgré lui par des relations qui, en ces pays où l'on
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Esclave de la passion et Lumière des yeux
retourne à des conceptions politiques assez simplistes, vous classent dans un camp ou dans l'autre. Sliman, au péril de la sienne, sauva la vie à celui qu'il suivait déjà comme son maître. Dès lors des liens plus étroits se formèrent entre les deux compagnons de route. Sliman n'attendit plus Dinet, chaque été aux portes du désert, mais il l'accompagna l'hiver à Paris. Or l'Arabe s'était attaché avec un enthousiasme ardent à l'œuvre du peintre qui exaltait son pays et sa
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race. Chez ce musulman pratiquant et fidèle, rigoureux observateur des lois du Prophète et, qui plus est, chez ce mzabitequi nous paraîtrait devoir professer la plus sainte horreur des images, le sens des arts, de nos arts à nous, de notre art même le plus occidental et le plus moderne : la peinture, s'est développé avec un sentiment très intense et un esprit critique très avisé dont la droiture et la sûreté ne sont plus dans une évolution nouvelle, de représen- tations synthétiques de la vie arabe. Ce n'était alors que le début encore incertain dans sa direction, de la série dont le portrait même de Sliman inaugure la deuxième période.
Il abandonne à ce point sa méthode antérieure — pour y revenir plus tard, il est vrai— qu'il renonce à peindre ses sujets directement sur nature et les compose sur des études
Frère et Sœur
chose commune parmi nous. Hôte assidu de nos expositions et de nos musées, mais l'œil et l'esprit formés, en dehors de nos habi- tudes invétérées d'atelier, d'académies ou d'écoles, habitudes qui sont non seulement perpétuées dans l'enseignement, mais consa- crées par les musées, Sliman ben Ibrahim témoignait souvent de sa stupeur devant telle gesticulation dont il essayait en vain de deviner les raisons, devant telle action qui n'était reconnaissable que pour les initiés à ce misérable vocabulaire. Or Dinet, changeant de route, s'était lancé en plein à cette heure sans doute solidement établies, mais en laissant plus de liberté à l'imagination par le jeu du souvenir. Cette époque commence à peu près avec le Charmeur de vipères du Salon de 1890 et comprend le Jeu de la poudre, le Soir du Rhamadan, « L'air était embrasé.... » la Courtisane, etc. Vous savez combien Dinet est sensible à la pantomime. Il excelle à rendre la physionomie et l'action, il a le don de la mobilité et de la vie. On pense si cette question du « geste » a pu le préoccuper, cette question du geste vrai, du geste naturel, simple et expressif, infiniment pittoresque et varié que
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fournit incessamment la vie, le geste, dénaturé chez nous par les grands décorateurs italiens qui, dès le xvie siècle, imposèrent sur notre école cette lourde domination dont tout l'effort de misères et de labours, l'être humain qui travaille, le seul dont l'action semble intéressante à l'art d'aujourd'hui, est usé, déprimé, parfois dégradé, dans tous les cas, modifié par
du siècle ne nous a pas encore affranchis. A ces observations formulées déjà par tant de maîtres, à commencer par David lui-même, Dinet joignait une remarque personnelle.
Cette existence partagée entre deux mondes si divers, les lui faisait mieux connaître, l'un et l'autre, par l'exercice d'une perpétuelle comparaison. Dinet notait donc combien dans notre civilisation chrétienne et septentrionale, où le progrès continu est fait de luttes ardentes,
l'effort accoutumé, le contact de la machine, la division du travail, sans parler d'autres facteurs secondaires tels que le théâtre, les réunions publiques, la caserne, les cabarets, tous ces milieux où chacun des individus qui forment la foule est acteur, figurant ou spectateur porté à l'imitation. Dans les populations sahariennes, au contraire, où l'existence patriarcale s'est continuée sans interruption, comme si le temps s'était arrêté tout net, les mêmes atti-