Excerpt
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ART et Décoration
Revue mensuelle d'Art Moderne
JANVIER 1904
LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS
13. RUE LAFOYETTE PARIS
Prix de la Livraison : 2 fr.
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Sommaire
- L'Insecte
M. P.-VERNEUIL
- Auguste Lepère
LÉONCE BÉNÉDITE
- Concours de Sculpture
LUCIEN MAGNE
- Planches hors-texte :
- Pécheuses de Coquillages
LEPÈRE
- Mante Religieuse
VERNEUIL
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8° Année, N° 1.
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Art et Décoration
Revue Mensuelle d'Art Moderne
COMITÉ DE DIRECTION :
MM. VAUDREMER, GRASSET,
JEAN-PAUL LAURENS, FREMIET, ROTY,
LUCIEN MAGNE, LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX, DAMPT
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Abonnement annuel :
PARIS & DÉPARTEMENTS . . . . . . . . . . . . . . . . 20 fr.
ÉTRANGER . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25 fr.
Prix de la Livraison : 2 francs
L’Année parue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24 francs
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Concours mensuels
I. La Revue « Art et Décoration » ouvre, chaque mois, un concours d’Art décoratif entre tous ses lecteurs français ou étrangers.
II. Les projets devront parvenir affranchis à la « Librairie centrale des Beaux-Arts » 13, rue Lafayette, Paris. Ils ne seront pas signés, mais porteront un pseudonyme ou un signe quelconque, répété sur une enveloppe fermée contenant le nom et l’adresse du concurrent.
III. Le nombre d’envois pour un même concurrent n’est pas limité.
IV. Des prix en argent seront décernés pour chaque concours. Le jury se réserve cependant le droit de supprimer ceux-ci en partie ou en totalité en cas d’insuffisance notoire des projets soumis.
V. Les projets primés appartiennent à la Revue et pourront y être reproduits.
VI. Les projets non primés pourront également être reproduits s’ils sont l’objet d’une mention de la part du Jury. Ils devront être réclamés dans la semaine suivant la publication du jugement dans la Revue. Les demandes d’envoi par la poste devront contenir un affranchissement suffisant pour en couvrir les frais.
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L’Administration de la Revue décline toute responsabilité quant aux projets non retirés un mois après la publication du jugement.
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L'INSECTE
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urour de l'artiste abondent les sujets d'étude ; mais si certains de ces sujets tentent le décorateur, tel le monde des plantes, d'autres semblent presque être ignorés de lui. Le monde des insectes est decenombre
Certains, cependant, se sont laissé séduire par ces formes tour à tour frêles ou robustes, par ces colorations douces ou éclatantes. Mais combien à peine ont été effleurées les ressources infinies que l'étude bien ordonnée de l'insecte apporterait à l'art ornemental ! Nous parlions de ceux qui s'en sont préoccupés déjà ; voyez l'heureux parti qu'ils ont su tirer de quelques espèces : la sauterelle, la libellule, les papillons surtout. Car pour le décorateur, qui dit insecte dit papillon, le plus souvent. Quelle erreur! et combien seraient surpris ceux-là, s'ils se donnaient la peine de regarder autour d'eux, d'étudier avec amour notre éternelle inspiratrice, la nature! Quelles merveilles en réserve, quelles richesses inexplorées!
« Les Arts proprement dits, les Beaux-Arts, profiteraient encore plus que l'industrie de l'étude des insectes, dit Michelet. L'orfèvre, le lapidaire feront bien de leur demander des modèles et des leçons. Les insectes mous, les mouches, ont spécialement dans leurs yeux des iris vraiment magiques, près desquels aucun écrin ne soutient la comparaison. Ce sont, toujours en passant d'une espèce à l'autre, et même, si je ne me trompe, de l'individu à l'autre, des combinaisons nouvelles Notez que les mouches aux ailes brillantes, ne sont pas toujours les plus avantageuses du côté des yeux. Prenez la mouche aux chevaux, terne, grise, poudreuse, odieuse, qui ne vit que de sang chaud : son œil, au verre grossissant, offre la magie étrange d'une mosaïque de pierreries, telle qu'à peine l'eût trouvée tout l'art de Froment-Meurice. »
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Art et Décoration
Ailes repliées sur le dos, les ailes étendues
Etude de Cigale
Ainsi s'exprimait, en 1857, Michelet dans son beau livre sur l'insecte. Avec quel amour il y décrit les spectacles inattendus qui lui furent révélés !
« Le hanneton, rude et prosaïque au premier aspect, promet peu. Cependant son aile écailleuse, mise au foyer du microscope, bien éclairée en dessous du petit miroir, et vue ainsi par transparence, offre une noble étoffe d'hiver, feuille morte, où serpentent des veines d'un très beau brun. Et le soir, c'est bien autre chose : plus de brun, la partie jaunâtre de l'écaillle a
Peigne en corne:
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L'Insecte
Vue antérieure
Les clytres levés, laissant voir les ailes
Batte agrandie montrant l'articulation.
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Etude d'Hercule
E. BÉNÉDICTUS
pris le dessus ; elle paraît, seule à la lumière, un or (triste comparaison !), un or étrange, magique, or de paradis, comme on le rêve pour les murs de la Jérusalem céleste et pour les vêtements de lumière que les âmes portent devant Dieu. Soleil plus doux que le soleil, et qui, on ne sait pourquoi, charme et attendrit le cœur.
« Mirage étrange ! et qu'ai-je dit! Toute cette fête de lumière, c'était l'aile d'un hanneton! »
Savoir voir, savoir comprendre la nature, tout est là. L'aimer d'un amour profond, en étudier les productions même les plus infimes, quelles joies se réserve ainsi l'artiste, largement payé de ses peines. Tout le chapitre de Michelet sur la rénovation de nos arts par l'étude de l'insecte serait à citer ici. Bornons-nous à en extraire encore quelques passages.
« Pour revenir aux insectes, la beauté abonde
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Agrafe de Mantau en corne patinée:
E. BÉNÉDICTUS
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Art et Décoration
en eux, au dehors et au dedans. Il n'est nullement nécessaire de fouiller loin pour la trouver. Prenons un insecte fort peu rare, que je trouve à chaque instant sur le sable de Fontainebleau, dans les endroits ensoleillés. Prenons, non sans précaution, car elle est fort bien armée, la brillante cicindèle. Très agréable à l'œil nu, elle apparaît au microscope le plus riche objet peut-être, le plus varié que l'art puisse étudier...
« Sur les ailes, un semis varié d'yeux de paon. Au corselet, des vermicels diversement et doucement noués serpentent sur un fond sombre. Le ventre, les jambes, sont glacés dans des tons si riches qu'aucun émail ne soutiendrait la comparaison; l'œil à peine en supporte la vivacité. L'étrange, c'est que, près des émaux vous trouvez les tons mats des fleurs et de l'aile du papillon. A tous ces éléments divers, ajoutez des singularités qu'on croirait de l'art humain, dans les genres orientaux, persan, turc, ou du châle indien, où les couleurs, un peu éteintes, ont pris une basse admirable; le temps, à leur harmonie, a mis peu à peu la sourdine.
ORAZI
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L'Insecte
Longicornes
ORAZI
> « Franchement, quoi de semblable, ou qui approche de loin, dans nos arts? Combien ils auraient besoin, fatigués qu'ils semblent, alanguis, de reprendre à ces sources vives!
>
> « En général, au lieu d'aller directement à la nature, à l'intarissable fontaine de beauté et d'invention, ils ont demandé secours à l'érudition, aux arts d'autrefois, au passé de l'homme. »
>
> N'est-ce pas tout le procès de l'art ornemental fait, il y a cinquante ans, par le génial auteur de l'Insecte et de l'Oiseau. Reconnaissons cependant que nous avons marché depuis. On est enfin sorti, quoique bien peu, des copies et des redites éternelles. Mais quel chemin à faire encore! On est retourné à la nature, mais que de richesses inexplorées, qui permettraient de renouveler et de varier sans cesse les sources d'inspiration.
>
> « Est-ce à dire qu'il faille copier? Point du tout. Ces êtres vivants,
et dans leur robe d'amour, par cela seul ont une grâce, je dirai une auréole animée, qu'on ne traduit pas. Il faut les aimer seulement, s'en
Longicornes
ORAZI
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Art et Décoration
Étude de Longicorne
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Étude de Guêpe
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inspirer, en tirer des formes idéales, et des iris tout nouveaux, de surprenants bouquets de fleurs. Ainsi transformés, ils seront, non pas tels que dans la nature, mais fantastiques et merveilleux, comme l'enfant qui les désire les vit en dormant, ou la fille amoureuse d'une belle parure...
Magique évocation d'un monde trop peu connu des artistes! Puisse-t-elle mettre au cœur de quelques-uns le désir de voir, la volonté de connaître.
Ce monde, nous avons résolu non de le révéler, tâche immense, mais bien d'indiquer quelques-unes de ses ressources; d'autres, nous l'espérons, en approfondissant le sujet, en tirent des enseignements
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L'Insecte
précieux dont ils sauront faire profiter l'art ornemental, pour le plus grand bien de son renouvellement dans les formes et dans les harmonies.
« Il y a un monde sous ce monde, dessus, dedans, tout autour, dont nous ne nous doutons pas. A peine, par moments, l'entendons-nous quelque peu murmurer, bruire, et sur cela nous disons : c'est peu de chose, ce n'est rien. Mais ce rien est l'infini. »
Par ces belles paroles, Michelet évoque le monde des insectes, monde mystérieux, monde inconnu.
Qu'en connaissons-nous en effet? Les seuls représentants que notre peu d'attention daigne apercevoir : les papillons, les libellules, les abeilles, les mouches. Sans doute, ils sont parmi les plus intéressants, mais non les plus intéressants pris dans les familles innombrables. D'autres existent, que nous ne connaissons pas, que nous ne connaîtrons jamais, à moins que
l'amour de l'étude nous poussant, nous ne nous passionnions à leur recherche et à l'étude de leurs formes et de leurs moeurs. Etudes attachantes s'il en fût, attachantes pour l'artiste aussi bien que pour l'homme de science. Mais reste le premier pas à faire, le plus difficile, celui qui coûte surtout.
Faisons-le donc ensemble ici.
Le monde des insectes est innombrable, aussi bien dans la foule de ses familles diverses que dans la multitude de ses individus. Mais qu'est-ce qu'un insecte, scientifiquement?
On appelle insecte un animal dont la peau cornée constitue un squelette externe, dépourvu de squelette interne, par conséquent; à corps symétrique, armé de trois paires de pattes et d'appendices articulés. Ces dernières circonstances les distinguent des crustacés avec lesquels ils ont plusieurs points communs.
Où se trouvent les insectes? Partout. Dans
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Art et Décoration
Cigale d'Afrique
Papiers de Garde
- Guipure
- Ombrelle
- Flacon
- Vignette
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l'air et dans l'eau, sur terre et sous terre. Les légions en sont immenses, et certaines espèces rendent à l'homme des services précieux. D'autres au contraire lui sont nuisibles.
Quant à leurs formes extérieures, elles sont bizarres quelquefois, étranges souvent, intéressantes toujours. Michelet les décrit bien lorsqu'il dit : « L'appareil d'armes bizarres qu'a le plus souvent l'insecte semble une menace à l'homme. Vivant dans un monde de combat, l'insecte avait grand besoin de naître armé de toutes pièces. Ceux des tropiques surtout sont souvent terribles à voir.
« Cependant une bonne partie des armes qui nous effrayent, pinces, tenailles, scies, broches, tarières, filières, laminoirs, et dents dentelées, ce formidable arsenal avec lequel ils ont l'air de vieux guerriers allant en guerre, sont souvent, à bien regarder, les pacifiques outils qui leur servent à gagner leur vie, les instruments de leur métier. »
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M. Duprène
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Cigale d'Afrique
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L'Insecte
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Chaîne et Montre Bouton. Galon pochoir. Bague Epingle de chapeau
Punaise de Madagascar
M. DUPRÈNE
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Un dur labeur en effet leur est imposé souvent. Pour construire leurs demeures ou les berceaux où reposeront les œufs des mères, d'inconcevables travaux sont nécessaires et ces travaux déroutent l'esprit par la perfection et la sûreté des moyens employés, l'habileté mise en œuvre. Forage des bois les plus durs et des terres calcinées; broyage et gâchage de mortiers, édification de palais aériens ou de souterrains immenses, tout semble un jeu pour ces frêles organismes, remédiant à leur faiblesse par la perfection de leurs outils et par leur acharnement à l'accomplissement du travail qu'ils s'imposent.
L'aspect étrange des insectes tient non seulement aux outils, aux accessoires dont ils sont hérisssés, mais encore à leur physionomie immobile, à l'absence de toute expression animant leur face. Ce sont des chevaliers bardés de fer, la visière constamment baissée. Mais ces chevaliers ont revêtu les plus riches parures. Rien n'est
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M. DUPRÈNE