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ART et Décoration Revue Mensuelle d'Art Moderne SEPTEMBRE 1903 LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS 13, RUE LA FAYETTE PARIS Prix de la Livraison : 2 fr. 7e Année, N° 9. --- Sommaire - Jules Dalou - PAUL VITRY - Madame de Rudder brodeuse - M. P.-VERNEUIL - Th. Spicer-Simson - HENRI FRANTZ - Documents décoratifs par A.-M. Mucha - Planche hors texte « Pénélope » Panneau décoratif Mme DE RUDDER

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Art et Décoration Revue Mensuelle d'Art Moderne COMITÉ DE DIRECTION : MM. VAUDREMER, GRASSET, JEAN-PAUL LAURENS, FREMIET, ROTY, LUCIEN MAGNE, LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX, DAMPT --- Abonnement annuel : PARIS & DÉPARTEMENTS . . . . . . . . . . . . . . . . 20 fr. ÉTRANGER . . . 25 fr. Prix de la Livraison : 2 francs L’Année parue ...

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Modèles de statues pour le soubassement du Monument aux Ouvriers (plâtre) Jules Dalou 1838-1902 Tout homme en mourant laisse évidemment derrière lui quelque chose d'inachevé et d'incomplet. Quel artiste surtout arrive jamais à réaliser tout ce qu'il rêvait, toute que son tempérament lui permettait d'atteindre? Malgré sa laborieuse et féconde carrière, Dalou a dû, plus que quiconque, sentir au dernier point cette sensation amère de mourir à la tâche, inassouvi de travail et de production. Non seulement, en effet, la maladie était venue le frapper, puis le terrasser, en pleine activité; mais les circonstances de sa carrière, les nécessités de la vie, l'entraînement de certains grands travaux officiels, l'entraînement aussi de certaines formules esthétiques acceptées naguère avec joie et subies ensuite avec lassitude, avaient retardé la formation et l'écllosion de son rêve définitif. L'œuvre qu'il voulait faire sienne par-dessus toutes, il y avait à peine une douzaine d'années qu'il la rêvait et la mûrissait en silence, presque en secret, mais avec une joie et une ardeur grandissantes, à mesure sans doute qu'il devenait plus conscient de l'idéal d'art poursuivi et du tempérament propre dont la nature l'avait doué. Nous n'avons l'intention ni le loisir de donner ici une étude biographique complète sur Dalou, ou une énumération totale de son œuvre considérable. On trouvera l'une et l'autre dans le beau livre, exact et pieux, que M. Maurice Dreyfous a consacré récemment à la mémoire de l'artiste. M. Dreyfous avait pénétré, fortune assez rare, dans l'intimité de Dalou. Il s'est entouré des témoignages et des souvenirs les plus véridiques, et de son livre très documenté et très consciencieux, se dégage avec une intensité singulière la figure du grand laborieux que fut Dalou. Modeste et réservé comme il l'était, celui-ci aurait apprécié sévèrement sans doute ces révélations; bon ouvrier avant tout, il aurait eu peut-être aussi pour nos analyses un sourire légèrement ironique et eût répondu comme Houdon à propos de son Molière: «qu'il acceptait la louange sur la ressemblance et sur le travail, mais non pas

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Art et Décoration celle sur les intentions qu'on lui prêtait. » Et cependant, mort, Dalou appartient à la postérité, qui a le droit de chercher à le connaître, à pénétrer autant que possible la Statuette (terre cuite) genèse de son talent et de son caractère d'artiste, qui a le droit aussi de chercher à démêler dans son œuvre les divers éléments dont elle se compose : influences reçues, esthétique ambiante, tempérament personnel. C'est cette dernière tâche que nous voudrions essayer d'aborder ici, sans nous dissimuler, du reste, les difficultés qu'elle comporte. L'œuvre, en effet, est assez complexe et l'unité n'en apparaît pas au premier abord. De plus, malgré les apparences, bien que les grandes œuvres de Dalou, le Triomphe de la République, le Silène, le Mirabeau, le Delacroix, l'Alphand, soient dans nos jardins, dans nos palais, sur nos places publiques, bien que la plupart de ses bustes aient figuré à nos expositions, nombre d'éléments nous manquent pour apprécier certains côtés de son talent. C'est d'abord la production presque tout entière de ces dix ans passés en Angleterre après les événements de 1871, en pleine maturité, dix ans pendant lesquels le génie instinctif de Dalou se développa librement et sans contrainte. C'est, d'autre part, à côté des grandes œuvres officielles de 1880 à 1902, les expliquant et les contredisant parfois, cette série d'études, d'esquisses, d'ébauches, de projets dont la conscience difficile du maître a fait disparaître encore un grand nombre jugés insuffisants ou mal venus par le critique rigoureux qu'il portait en lui-même. Cette série, qui comprend en particulier les études de toute nature pour le Monument aux Ouvriers qu'il rêvait depuis 1889, il se la réservait jalousement pour lui-même. Ses intimes même ne la connaissaient que partiellement. Le Grand Paysan que l'on a vu au Salon de l'an passé fut découvert après sa mort par ses amis, derrière une toile, dans un Statuette (terre cuite) coin de l'atelier de l'impasse du Maine, en même temps que s'ouvrait l'armoire de bois blanc où vivait obscurément, dans la terre ou le plâtre des esquisses, tout un peuple de tra-

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Jules Dalou 275 vailleurs, d'artisans minuscules animés d'une vie grandiose. M. Dreyfous, par les descriptions et les illustrations de son livre, a jeté déjà quelque lumière sur ces deux séries si importantes dans l'œuvre de Dalou. Nous avons eu pour nous, à plusieurs reprises, grâce à l'extrême obligeance des amis etdes exécuteurs testamentaires de Dalou, le bonheur de voir s'ouvrir à notre étude la fameuse armoire aux esquisses, restée rigoureusement close du vivantdu maître, qui, lorsqu'on lui parlait de ses travaux et de ses projets, restait muet sur ceux qui lui tenaient le plus au cœur. Peu d'ensembles d'art nous ont procuré une émotion comparable à celle que nous avons éprouvée devant ces figurines en-tassées pèle-mêle et sans art, témoins d'un labeur si prodigieux, d'un sens de la vie si intense, et qui auraient peut-être servi d'éléments, si la mort n'étaitvenue frapper le vaillant artiste, à l'un des ensembles monumentaux les plus grandioses et les plus modernes qui aient été conçus. Les exécuteurs testamentaires du maître, laissantdecôté les scrupulesdeleuramiqu hésitait toujours à abandonner son œuvre à Statuette (terre cuite) mage à rendre à la mémoire d'un artiste que de mettre l'admiration de ses œuvres à la portée d'un plus grand nombre. Mais ce que nous attendons d'eux encore, c'est l'exposition complète et logiquement ordonnée de toute cette série, inédite, qui sera une véritable révélation pour la plupart, etàlaquelle pourront se joindre quelques moulages et esquisses d'œuvres plus anciennes et également inconnues, conservées dans l'atelier, peut-être aussi certains des originaux que gardent les collections anglaises. Espérons enfin que nos musées recueilleront quelques-uns de ces témoignages siprécieuxpour l'histoire de notre sculpture française dans la seconde moitié du xixe siècle et que Dalou sera un jour dignement représenté au Louvre, à la suite de Rude et de Carpeaux. La filiation légitime qui existe entre ces'artistes de génie apparaîtra clairement, en effet ce jour-là, en même temps que l'on verra se dégager le caractère propre du tempérament de Dalou et son rôle dans l'évolution Statuette (terre cuite) l'édition industrielle, ont confié certains de ces morceaux, soit à la Manufacture de Sèvres, soit à quelques-uns de nos plus habiles bron-ziers : il ne saurait y avoir de plus bel hom-

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Art et Décoration de notre art moderne vers l'étude plus directe et plus passionnée de la nature et de la vie. Vers 1852, Dalou, élève de la Petite Ecole de la rue de l'Ecole de Médecine, connut tout jeune encore Carpeaux qui en sortait aussi ; celui-ci le fit travailler avec lui et le poussa vers l'Ecole des Beaux-Arts. Mais Dalou réussit assez peu rue Bonaparte et garda toujours un souvenir médiocre de l'enseignement qu'il y avait reçu. Il n'allait pas à Rome et passa à Paris une dizaine d'années un peu indécises, obligé pour vivre à des besognes bizarres (il fut employé chez un empailleur), ou à des travaux de décoration banale, dans le vague style Renaissance, qui florissait sous le second Empire. Quelques-uns de ces travaux subsistent à l'hôtel Paiva, à l'hôtel André, rue de la Paix ou rue Lafayette. Mais Dalou dans son âge mûr évitait volontiers de les voir et même d'en parler. Il sentait bien qu'il n'y avait presque rien de lui dans ces besognes imposées. Dès cette époque cependant, quelques-uns de ses travaux personnels, de ses envois au Salon notamment, indiquent des tendances plus originales. En 1862, un Jeune garçon remettant sa chaussette après le bain devait être (nous ne l'avons pas conservé) cousin germain des Petits Pêcheurs de Carpeaux et de Rude. Un peu plus tard, un bas-relief placé sur une sépulture du cimetière d'Auteuil, fut conçu sur une donnée entièrement réaliste : il représente une religieuse enseignant des jeunes filles. Son mariage, qui eut lieu en 1866, ne fit qu'accroître pour lui la nécessité du gagne-pain quotidien. Il avait renoncé à toute ambi-tion d'école et s'était mis à travailler de son métier de sculpteur chez des orfèvres ou chez des entrepreneurs de décoration, travaux impersonnels comme conception où s'affirmait seulement de plus en plus sa maîtrise d'exécutant. De ce temps, cependant, un Amour et Psyché (dont nous n'avons plus qu'un croquis) nous le montre insinuant dans une donnée banale des trésors de vie et de passion vraie, et, d'autre part, la Brodeuse du Salon de 1870, entame une série où, sans intermédiaire quelconque, l'inspiration lui viendra directement des spectacles infiniment touchants et séduisants que lui offre à son foyer même une jeune femme, bientôt une jeune mère. C'est le début d'une dualité que nous allons voir se poursuivre tout à l'heure. Surviennent les événements tragiques de 1870 et de 1871. On adit ailleurs la part que prit Dalou aux émotions et aux passions de ce temps. Constatons simplement ici que les années d'exil et de dur labeur en Angleterre, conséquence de son rôle pendant la Commune, eurent plutôt sur le développement de son talent une action salulaire en l'arrachant à ce milieu d'art conventionnel dont il aurait eu tant de peine à s'abstraire en France, au « goût » moyen et à la critique. Là-bas, grâce à Alphonse Legros, son camarade de la Petite Ecole qu'il y avait retrouvé, grâce aux protections puissantes et efficaces que l'amitié de celui-ci lui procura, il put vivre et travailler librement, isolément. L'influence qui s'exerça sur lui fut non pas une influence d'école, d'esthétique courante, mais une influence de saine logique et de simple raison, Paysan Statuettes (terre cuite) Statuettes (terre cuite)

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Jules Dalou Monument d'Eugène Delacroix celle de sa femme, assure-t-on; grâce à elle, une statue de Junon allaitant Hercule se transforma en une paysanne de France alla- tant son enfant, souvenir d'un type familier du pays lointain, figure puissante dans sa réa- lité gracieuse. Une série de statues et de sta- tuettes prirent naissance alors, parmi lesquelles quelques-unes sont des portraits comme celui de Lady Carlisle, d'autres des types familiers, des jeunes femmes lisant, allaitant, amusant

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Art et Décoration ou éduquant une fillette, pour lesquelles la femme même de l'artiste était toujours disposée à servir de modèle; ce sont aussi des évocations de types plus généraux comme ces Boulonnaises assises ou agenouillées, drapées dans leurs grands manteaux aux plis sévères et presque gothiques. C'était la Brodeuse de 1870 qui se continuait avec plus de science et d'habileté, plus de charme parfois ou plus de style. Ces œuvres toutes personnelles et spontanées, dont certains de nos artistes contemporains semblent essayer de retrouver l'inspiration, eurent dès l'abord un très grand succès auprès du public anglais (1); mais elles ne sont guère représentées en France que par les rares esquisses ou moulages rapportés par Dalou et par une répétition d'une Boulonnaise, que M. Cresson eut l'idée de demander à l'artiste pendant qu'il faisait son buste, en 1895. C'est une œuvre amoureusement reprise, d'un charme simple et profond et d'une science parfaite. Pendant ce séjour à Londres, Dalou exécuta un certain nombre de portraits (celui de son ami Legros en particulier); de même que dans les œuvres précédentes, il y affirmait son énergique tempérament réaliste et sa passion pour la vérité et la nature toute simple. Pourtant, à côté de cette tendance profonde et essentielle de son génie, qui se développait ainsi en toute liberté, quelque chose d'assez différent et d'assez notable apparaissait spontanément, dès le séjour à Londres, dans l'œuvre de Dalou; c'est le principe de cet art mouvementé, décoratif, pompeux même, antique dans ses thèmes, mais naturaliste dans son détail, qui s'épanouira plus tard dans ses grandes œuvres officielles. C'est en Angleterre en effet que fut conçue la Bacchanale, dont le plâtre original est au South Kensington, et qui fut reprise et modifiée plus tard pour la fontaine du Fleuriste de la Ville de Paris. Souvenirs de son éducation classique; souvenirs surtout des débauches de formes mouvementées chères à Carpeaux; impression très vive produite par l'art exubérant, classique et naturaliste à la fois de Rubens et de Jordaens, découverts pendant un voyage en Belgique en 1875, impression d'autant plus vive que la mémoire de l'artiste est moins chargée de formes diverses, que son classicisme n'a pas été chercher, jadis, son inspiration plus loin que le Louvre et que Versailles; reflet de la sculpture du XVIIIe siècle français, étudiée avec prédilection dans l'œuvre abondante et facile, vivante et un peu tourmentée d'un Français qui avait travaillé à Londres au siècle précédent, Roubillac : Voilà ce qui apparaît à notre avis dans la Bacchanale. On y sent aussi la science peut-être légèrement exagérée du professeur qui enseignait au Kensington, l'harmonie et la pondération, héritées peut-être des grands décorateurs français de l'époque classique, cette conscience implacable enfin qui laisse notre artiste de sang-froid, mesurant, calculant, se reprenant, au milieu des exubérances les plus fantastiques (1) La Paysanne allaitant fut exposée à la Royal Academy où les amateurs anglais se la disputèrent. Elle fut acquise par Sir Coutts Lindsey. Le duc de Westminster possède encore le beau groupe de la Mère et la Fille, que nous reproduisons ici, de même que la Berceuse ou le Rocking-chair, qui n'est guère qu'un portrait de Mme Dalou. Modèle du Monument de Jean Leclaire (plâtre)

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Jules Dalou en apparence, et qui, elle, est un héritage de ses maîtres immédiats, de Carpeaux et de Rude. Au milieu de tous ces éléments qui semblent se contredire, au sein des conceptions classiques, allégoriques ou mythologiques, en plein art savant et mesuré, le tempérament naturaliste dont nous parlions tout à l'heure persiste néanmoins et c'est, à ce qu'il nous semble, cet assemblage particulier de qualités presque adverses, mélangées, suivant les cas, à doses inégales, qui fait le propre du caractère de l'œuvre de Dalou. Remarquons bien, du reste, que cette sorte d'idéal nouveau n'est pas uniquement le résultat d'une contrainte; il apparaît en plein développement libre de l'artiste, il répond à certains besoins de son esprit, qui s'en empare avec ardeur et joie. Mais l'artiste en sentira la gêne plus tard, trop tard hélas! car, d'une part, les nécessités de l'esthétique officielle continueront à le lui imposer, alors qu'il voudrait s'en affranchir et, d'autre part, il n'aura pas le temps d'aller jusqu'au bout de l'effort qu'il a tenté pour se ressaisir, pour rester entièrement et uniquement lui-même, dans une œuvre qu'il voulait toute personnelle et toute moderne. C'est à Londres encore, quelques jours avant l'amnistie qui allait lui permettre de rentrer en France, que Dalou conçut le projet de son Triomphe de la République destiné au concours ouvert au printemps de 1879 par le Conseil Municipal de Paris; c'est toujours à Londres, dans les derniers temps de son séjour, qu'il eut l'idée du grand haut-relief de la Fraternité et du groupe colossal du Silène où se développait avec insistance le thème de la Bacchanale un peu antérieure. Le Triomphe, avec les mille difficultés de son exécution, a attendu vingt ans son achèvement définitif; le marbre de la Fraternité dont le plâtre a figuré au Salon de 1883, est encore sur le chantier: le Silène qui était conçu pour le marbre et fut exposé en 1885 attendit jusqu'en 1893 son exécution... en bronze. Mais il faut bien noter la date originelle de ces trois œuvres considérables qui mirent plus ou moins longtemps à se réaliser, étant donnée leur importance même, mais qui sont nées au même moment du développement esthétique et moral de leur auteur. Les deux premières œuvres sont issues de l'enthousiasme républicain de l'artiste et célèbrent le triomphe de ses espoirs et de ses idées démocratiques et pacifiques, au moment où la patrie apaisée et renaissante va lui rouvrir ses portes; il eut encore, le livre de M. Dreyfous nous l'a révélé, d'autres raisons de bonheur intime vers cette époque; de fait, nous constatons là comme une explosion de vitalité, de joie, qui, non contente de s'exprimer dans les allégories mouvementées des deux monuments officiels, déborde dans cette orgie débridée et éclatante du Silène. La simplicité des motifs familiers, l'austérité des figures réalistes ne suffisent plus à l'imagination endiablée et à la verve fougueuse du sculpteur: il lui faut la débauche magnifique des Paysanne Statuette (terre cuite)

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Art et Décoration formes nues et des mouvements violents. Nous ne décrirons pas ici une fois de plus le monument de la place de la Nation. On sait quelle est son allure magistrale, quelle sève abondante y circule. On sait la pompe un peu trop classique et théâtrale de son agencement celle-ci nous permet de saisir sur le fait la réapparition chez Dalou, au milieu des pompes classiques, du tempérament naturaliste essentiel. Nous n'avons pour cela qu'à la rapprocher de cette admirable étude de torse, d'où elle est sortie, une des rares préparations que le mar- teau impitoyable de Dalou ait épargnées, l'œuvre faite; il nous disait lui-même là-de- vant, avec une sorte de frémissement rétro- spectif d'admiration, qu'il n'avait fait que copier scrupuleuse- ment, religieusement, ce que lui donnait la nature chez un incomparable modèle rencontré vers ce temps. Mais il faut du génie pour copier de la sorte, et ce torse merveilleux, joint aux diverses bai- gneuses et statuettes de femmes exécutées tant à Londres qu'à Paris (nous en reproduisons une ici qui est de premier ordre), met Dalou au rang des plus puis- sants parmi les interprètes réalistes du nu féminin, les Pigalle, les Allegrain, les Falconet, dont la tradition semble l'attirer quelque peu, mais dont il se rapproche surtout par un identique amour de la réalité et de la vie. La Fraternité est une composition tumultueuse et cependant ordonnée, où l'on voit des hommes nus, d'atti- tudes parfois un peu académiques, s'embrasser avec fureur, mêler leurs oriflammes, briser leurs armes, tandis qu'une mère prudente et féconde arrête un de ses enfants penché vers les pistolets et les tambours. Dans le ciel plane un trio de femmes nues, aux corps souples et pleins de sève. Liberté, Égalité, Fraternité, c'est l'apothéose republicaine et l'aurore du désarmement général. Œuvre Vérité méconnue (Plâtre) général, de son décor surtout ; on sait aussi quel souffle puissant anime chacune de ces figures, irréelles en soi, mais si vivantes cepen- dant et si épanouies en leur force expressive : la jeune et svelte République au geste modéra- teur, l'énergique Travail et l'ample Justice, allégorie réaliste digne de Rubens ou des Vénitiens, la saine et juvénile Abondance enfin, qui sème des fleurs derrière le char triomphal. Mieux qu'aucune autre peut-être,

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Jules Dalou Groupe (bronze) pleine de verve et de science, ce haut-reliet coloré et vibrant comme une composition de Puget, est peut-être de toutes les œuvres de Dalou celle où éclate le plus visiblement dans l'exécution cette recherche de la virtuosité stérile, de la fougue vaine et un peu déclamatoire qui s'insinue dans les œuvres de cette série. Le Silène n'en est pas exempt non plus et dans cette orgie d'apparence désordonnée, on saisit par instant, à côté de très beaux morceaux de nature, certains morceaux qui ne sont que « d'étude » et presque « d'école ».