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ART et Décoration Revue mensuelle d'Art Moderne --- Sommaire - René Ménard. - GASTON MIGEON. - Le Salon des Boursiers de Voyage. - ARMAND DAYOT. - Une petite Maison à Loyer. - FRANTZ JOURDAIN. - Concours de Dessus de Table à Ouvrage. - E. GRASSET. - Planche hors texte : - Cadix: - LÉVY DHURMER. --- AVRIL 1902 --- LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS 13, RUE LAFADETTE PARIS Prix de la Livraison : 2 f. 6e Année, N° 4

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TÉLÉPHONE 928.83 L'Intérieur Moderne Meubles, Menuiserie, Décoration ANCIENNE MAISON PAUL BEC Paul Bec & Diot, Successeurs *** ATELIERS & MAGASINS 10, rue de Chaligny (Métropolitain station Reuilly, à 50 mètres) Ci-devant, 75, rue Crozatier, PARIS *** Exécution sur Plans et Devis --- Affiches artistiques Albums et Illustrés Catalogues 12, Passage des Favorites --- G. de Malherbe Imprimeur de la Revue ART et DÉCORATION 271, rue de Vaugirard Travaux d'Art pour l'Industrie et la Publicité Spécialité d'impressions en couleurs xxx --- SOURCE BADOIT Etablissement de S'Galmier Loire l'eau de Table sans rivale la plus limpide Exiger le cachet vert et la signature A. Badoit

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Appartient à M. Holzter. RENÉ MÉNARD E la jeune génération d'artistes qui vers 1882 ou 1883 entrait dans la carrière, et allait avec des fortunes diverses tenter l'aventure des salons annuels, se détachait un groupe de peintres que la vie ne devait pas désunir, et qui malgré des destinées inégales, devait conserver un lien sinon d'aspirations communes, du moins d'affectueuse camaraderie et d'étroite solidarité : Etienne Dinet, Georges Cresson, René Ménard, Lucien Simon, Georges Desvallières, René Prinet. Ce n'est que quelques années plus tard que quelques-uns d'entre eux allaient attirer Charles Cottet et le retenir. La personnalité de chacun d'eux se dégagea plus ou moins lentement, entravée par l'influence que quelques maîtres en faveur ne manquent jamais d'exercer sur de jeunes talents en formation. Pour les uns c'était Bastien-Lepage, pour un autre Roll, pour un autre Gustave Moreau. Mais presque tous ne devaient pas tarder à s'en affranchir, et René Ménard fut un de ceux dont l'émancipation fut la plus rapide et la plus sûrement orientée vers les voies du salut. Vingt ans écoulés autorisent à jeter un premier coup d'œil d'ensemble sur l'œuvre d'un artiste, et celle-ci est assez variée pour qu'on puisse essayer d'en déterminer les tendances, et d'en préciser les caractères. Ce qui frappe tout d'abord chez Ménard, c'est que sur lui, l'influence de Bastien Lepage fut brève, et que dès son second salon, en 1884, il s'en trouvait déjà libéré. Avec une décision tout à fait rare, il avait compris qu'on avait vraiment abusé, sous prétexte d'analyse, de la peinture documentaire et souvent aussi fragmentaire, de ces morceaux ou études de nature, d'où toute idée de composition, toute émotion

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Art et Décoration d'art étaient absentes. Par un retour très significatif à la synthèse, il revenait par delà l'Ecole de 1830 pour laquelle il ne cessa de professer une admiration profonde, à la conception du paysage héroïque un peu tel que l'avait conçu heure déterminée, et dans un effet nécessaire. L'effet arrive ainsi à son maximum d'unité et de puissance, et la beauté de quelques-uns de ces paysages, d'une poésie si profonde, est encore exaltée par la rigueur de cette volonté Appartient à M. Swan. Poussin, mais avec des procédés et une forme de sensibilité bien modernes. Ce que René Ménard a apporté de nouveau et d'original dans cette conception d'art, c'est la recherche de l'unité totale dans la composition, et de son caractère intégral. Les éléments du paysage que sa mémoire a liés, que son imagination a coordonnés, sont nécessités les uns par les autres, en ce sens qu'un certain arbre ne peut être que dans un certain paysage, à une logique. Tant il est vrai que le style consiste à choisir, à coordonner dans une œuvre les choses qui sont le mieux en harmonie entre elles. Ceci bien établi, nul mieux que René Ménard n'a mis en pratique instinctivement et bien qu'il ne l'ait pas connu, les excellents préceptes que Lecoq de Boisbaudran, qui fut le maître de Roty, de Cazin, de Lhermitte et de Fantin, donnait à ses élèves, « l'éducation de

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René Ménard la mémoire pittoresque ». La nécessité d'emmagasiner des formes et des couleurs, de les incuber pendant un temps plus ou moins long, pour qu'un jour, la mémoire excitée par l'imagination, les restitue en un ensemble lié, fut toujours pour lui la loi même de son art. Qu'il ait puisé si souvent les sujets de ses tableaux dans l'Antiquité, il n'y a rien là de surprenant, son enfance et sa jeunesse ayant été bercées aux chants de cet aède, de ce païen mystique, son oncle, le philosophe Louis Ménard; et que de fois il a fait revivre à nos yeux ces visions antiques sifraîches et sipures des formes nues s'épanouissant librement à la lumière! Pour Ménard comme pour Corot, situer une figure nue dans un paysage, c'est bien plutôt chercher les relations de valeurs d'une carnation avec l'enveloppe atmosphérique que le dessin impeccable de ses formes. Et c'est là ce qui le différencie d'Henner pour lequel la recherche d'un beau modelé en soi est le but et la fin même de son art. Mais René Ménard a trop aimé la nature, tout bétement, il a trop aimé les grands paysa- Musee du Luxembourg. gistes de 1830, contemporains et amis de son père, les grands aieux qui ont promené dans la forêt de Fontainebleau et dans la plaine de Barbizon des rêves qu'il a poursuivis après eux, pour ne pas revenir souvent au paysage pur, cherchant comme eux à y mettre toute son âme. Il a cherché à exprimer plus particulièrement comment s'empourprent les glorieux couchants ou défaillent les crépuscules. Les phénomènes de la nature l'ont intéressé, les

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Art et Décoration Appartient à M. Léon Chevrier. Crépuscule

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René Ménard Étude lourdes approches de l'orage, comme la fureur déchaînée du vent. Comme Hobbema, comme Ruysdael, comme Rousseau, il aime passionnément les arbres, les beaux arbres. Nul n'est plus respectueux et plus observateur de l'équilibre, des proportions et des suprêmes beautés du sujet. Il sait en établir nettement la physionomie; quand il isole un arbre dans une composition, il en fait vraiment un personnage important de la nature, il en fait sentir les profondes attaches à la terre, et le jet puissant vers l'infini. Que de régions il nous a déjà fait connaître en leurs aspects essentiels! la forêt de Fontainebleau si puissante et si colorée, la sauvage grandeur et les immenses horizons des Causses de la Lozère, la solide structure des montagnes de la Corse, le charme édénique et voluptueux de l'estuaire de l'Odet, et plus récemment la noblesse des temples de la Sicile, ou la fierté des remparts d'Aigues-Mortes, baignés dans la plus fine lumière! Pour caractériser enfin une des dernières faces du talent de René Ménard, et non la moindre, il nous faut parler de ses portraits qui sont parmi les plus émus, les plus éloquents qu'on ait faits de nos jours, parmi ceux où la vie intérieure vient comme une confidence affleurer aux visages. Ici, plus aucune trace de convention; cette gymnastique de la mémoire choisissant, éliminant, assemblant les éléments qu'elle a reconnus propres à exprimer le sujet, fait place au respect le plus fervent et le plus strict de la nature, à cette interrogation directe, à ce colloque émouvant où l'artiste n'a pas d'autres fins que de transcrire loyalement la figure humaine. Là encore René Ménard a marché sur les traces des plus grands, de ceux qui dans le portrait ont apporté plus ou moins, selon la délicatesse de leur âme, l'aveu de leur sympathie et de leur émotion. Vingt ans se sont donc écoulés depuis ses premiers débuts, et l'œuvre est assez considérable, et dans bien des parties assez digne de durer, pour qu'on puisse dès maintenant en dresser l'inventaire et le catalogue. J'essaierai donc succinctement d'en énumérer la suite: 1883. Le vieux pêcheur. Son premier salon, où il n'a pu encore se dégager de l'influence de Bastien Lepage. 1884. Les premiers astronomes (à un amateur de Boston). Ruth et Booz. L'artiste a vingt-et-un ans, et c'est déjà une transformation complète. Cette curiosité des choses de l'antiquité, qui l'a fait surnommer par un ironiste le peintre des archéologues, apparaît déjà, et le conduira à ces œuvres réfléchies où les figures et le paysage formeront des compositions d'une rare unité et d'une grande noblesse.

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Art et Décoration 1885. Homère chantant devant des bergers qui, couchés sur le sol à ses pieds, l'écoutent avidement. (A M. Michel, en Ecosse). 1887. L'Analyse (Mention au Salon). Deux médecins examinant attentivement une cornue dans un laboratoire. Sujet qui fut alors à la mode, et traité diversément par Gervex, par Brouillet, scènes d'hôpitaux ou de laboratoires avec des jours très clairs d'intérieurs. La liseuse (à Mme Galtier-Boissière). Jeune fille lisant dans un jardin, coiffée d'un grand chapeau de paille, la figure dans la pénombre éclairée par des reflets. 1889. Le printemps. De jeunes figures nues

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René Ménard L'Automne (paysage Corse) (1902).

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Art et Décoration dans un parc cueillant des fleurs, 1891. Portrait d'un homme à lunettes noires où se marque encore un certain (prélude à ces portraits d'intellec- Étude. sacrifice à des idées ayant cours. 1890. Portrait de femme (à Mme Agnellet) en satin blanc dans un salon — Excellent portrait, et de belle exécution. tuels que Ménard réussira si bien). Portrait de Delaherche en bras de chemise dans son atelier. Adam et Eve (à M. de Bormans) dans

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René Ménard un paysage d'éden très clair, aux frondaisons vives où les corps font des taches ambrées. Œuvre très significative de ce que l'artiste va poursuivre sans défaillance. 1892. Premières Étoiles (à M. Bertin) à la Société Internationale que venait de fonder Georges Petit. Réplique des premiers astronomes; deux hommes accoudés aux branches d'un grand pin sur une hauteur où ils se profilent sur le ciel. Harmonie du soir (à M. Errazuris). A l'aube. Des hommes des premiers âges endormis dans leurs capes de laine auprès d'un grand feu, sur les Causses déserts de la Lozère. 1893. Départ du troupeau (à l'Etat) sur un vaste plateau de montagne. Les défricheurs (à M. Jules Dietz) avec un vaste horizon de montagne. 1894. Portrait de Louis Ménard (Musée du Luxembourg), tête d'un profond intérêt, travaillée, creusée et comme consumée par la pensée, éclairée par deux yeux d'un bleu pâli, très dilatés, et pleins des au delà de sa méditation. A l'Exposition des Pastellistes : Anse de Kergos (à M. Bertin). Dessin pour l'automne (1897). Collection Desfossés.