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ART et Décoration Revue mensuelle d'Art Moderne --- Sommaire - Notes sur l'Étain, ÉMILE MOLINIER. - Meubles Nouveaux, GUSTAVE SOULIER. - Arnold Boecklin, WILLIAM RITTER. - Un Vitrail d'appartement, FELIX GAUDIN. - Concours pour un Chemin de table, ERNEST LEFÉBURE. - Concours de Décembre, E. GRASSET. --- OCTOBRE 1897 --- LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS 13, RUE LAFAYETTE PARIS Prix de la Livraison : 2 fr. N° 10

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Art et Décoration Revue Mensuelle d'Art Moderne COMITÉ DE DIRECTION : MM. PUVIS DE CHAVANNES, VAUDREMER, GRASSET, JEAN-PAUL LAURENS, CAZIN, L.O. MERSON, FRÉMIET, ROTY. LUCIEN MAGNE. --- Directeur : THIÉBAULT-SISSON --- Abonnement Annuel : PARIS & DÉPARTEMENTS . . . . . . . . . . . . . . . 20 fr. ÉTRANGER . . . . . . 25 fr. Prix de la Livraison : 2 francs --- Concours mensuels I. La Revue « Art et Décoration » ouvre, chaque mois, un concours d’Art décoratif entre tous ses lecteurs français ou étrangers. II. Chaque concours est annoncé dans la Revue au moins deux mois avant la date fixée pour l’envoi des projets. III. Ceux-ci devront parvenir affranchis à la « Librairie centrale des Beaux-Arts », 13, rue Lafayette, Paris, au plus tard, le 25 du mois désigné pour le concours. IV. Ils ne seront pas signés, mais porteront un pseudonyme ou un signe quelconque, répétés sur une enveloppe fermée contenant le nom et l’adresse du concurrent. V. Le nombre d’envois pour un même concurrent n’est pas limité. VI. Des prix en argent seront décernés pour chaque concours. Le jury se réserve cependant le droit de supprimer ceux-ci en partie ou en totalité au cas d’insuffisance notoire des projets soumis. VII. Les projets primés appartiennent à la Revue et pourront y être reproduits. VIII. Les projets non primés devront être réclamés dans la semaine suivant la publication du jugement dans la Revue. Les demandes d’envoi par la poste devront contenir un affranchissement suffisant pour en couvrir les frais. IX. Seront exclus les dessins reproduisant des modèles déjà existants. Par contre les idées neuves et originales seront de préférence bien accueillies.

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Art et Décoration NOTES SUR L'ÉTAIN (Suite et fin) Nous disions plus haut que la renaissance de l'art de l'étain à notre époque ne nous paraissait pas absolument légitime. L'examen d'un très grand nombre d'œuvres qui ont vu le jour dans ces dernières années me paraît de nature à confirmer cette manière de voir. Nous écarterons, si vous le voulez bien, dès l'abord, la question de la valeur du métal employé : en un moment où le prix de l'argent est tout à fait avili, il ne peut venir à l'esprit de personne l'idée de le remplacer par un autre métal. Or, presque tous les monuments d'étain nouvellement créés eussent été plus beaux exécutés en argent. D'ailleurs, aucun pour ainsi dire des objets d'art enfantés en ce moment par des artistes voués aux arts industriels n'a été répété à des centaines d'exemplaires : cet état de chose, je le déplore, mais je le dois constater. Il s'ensuit que, en ces questions, pour le moment tout au moins, le métal employé est de minime importance. Si on en excepte l'or, qui conserve sa valeur, qu'un monument soit d'étain, de bronze ou d'argent, le prix qu'on en demandera en espèces ne correspondra toujours que très imparfaitement à sa valeur en matière : partant la matière n'est rien, l'art est tout. Je ne crois pas que les artistes puissent se plaindre de cette situation. Donc je persiste dans mon opinion, et à mon avis on ne saurait trop le répéter : la renaissance de l'étain est injustifiée. Ceux-là mêmes qui s'y appliquent et dont bon nombre, (ce en quoi je les approuve fort) sont opposés à toute réminiscence de l'art du passé, subissent inconsciemment l'influence de ce même passé qu'ils voudraient abolir jusque dans son souvenir ; les étains d'un Briot ou d'un Enderlein, les gobelets ou les écuelles du XVIIe et du XVIIIe siècle, créés à une époque où l'étain tenait son rang auprès de l'argenterie trop chère pour les petites bourses, hantent leur cerveau. Aujourd'hui, il ne s'agit plus de BRATEAU.

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Art et Décoration cela, et fabriquer de la vaisselle d'étain desti- née aux usages journaliers, chercher à la faire adopter, c'est une entreprise aussi déraisonnable que d'essayer de faire voyager dans des pataches des hommes de la fin du xixe siècle. BRATEAU. Quel est l'amateur qui, ayant acheté une écuelle à Brateau ou à Baffier, y mangera son potage? Quel est celui qui, goûtant un vin généreux, aimera à le déguster dans un métal où il retrouvera toujours au fond de son gobelet le goût du vin bu la veille? Non; l'étain est un métal qui décidément ne mérite pas l'intérêt qu'on lui a porté dans ces dernières années. Il a donné lieu à de curieuses recherches au point de vue de la technique, mais j'estime qu'il serait plus sage de s'en tenir là. Si quelques curieux aiment à garnir leurs étagères de bibelots en étain, libre à eux; mais pourquoi avoir recours à l'étain pour la vaisselle quand on a à sa disposition un métal comme l'argent ou une aussi admirable matière que la porcelaine? Au fond, les premières créations de ceux auxquels est due la renaissance de cet art me donnent raison: Brateau, quand il créait son beau plateau et sa belle aiguière de style Renaissance, pensait à ces pièces qui, au xvie siècle, ne descendaient jamais des dressoirs qu'elles étaient destinées à décorer; il ne songeait pas à faire un monument d'usage; et il avait raison, car vraiment je ne sais à quel usage bassin et aiguière serviraient aujourd'hui. Dans cette pièce où des figures de femmes symbolisent les arts libéraux, il faut louer assurément une impeccable exécution qui égale et surpasse parfois l'habileté des orfèvres du xvi° siècle. Mais j'avoue que la partition du champ du bassin, obtenue au moyen de pilastres ou de colonnettes, système qui se retrouve sur la panse de l'aiguière, est loin de valoir la partition au moyen de cartouches qu'a adoptée Briot. Je sais bien que Brateau pourrait m'objecter que pareil parti pris a été embrassé par maint orfèvre du xvi° siècle: mais tout archéologue que je sois, la raison me paraîtrait peu valable; pourquoi emprunter aux œuvres du passé précisément leurs petits côtés, leurs faiblesses, les points où on sent que l'exécutant a eu quelque mal à rassembler et à former un tout des détails décoratifs qui lui étaient fournis par les livres de modèles? Ces réserves faites, je ne vois pas de difficulté à reconnaître que le galbe de son aiguière est très élégant et que l'anse même, formée d'une figure de la Vérité à laquelle je préférerais une anse véritable, est d'une exécution précieuse qui défie la critique. Ces motifs irrationnels, ces débauches de forme souvent plus amusantes que réellement belles, nous les rencontrons dans des œuvres de la Renaissance que nous admirons. Mais n'oublions pas que nous devons, autant que faire se peut dans une vieille civilisation, être originaux si nous voulons être vivants, et qu'au surplus, dans cette admiration des œuvres du passé, entrent pour beaucoup une question historique et une question archéologique qui n'ont rien à faire avec l'art proprement dit. Que les archéologues tombent souvent dans ce travers, qui consiste à admirer toute œuvre qui est ancienne ou réputée telle, rien de mieux: question de profession et d'habitude. Mais que nos artistes modernes aient le même défaut, ils seront inexcusables quand ils cherchent à faire œuvre originale. Si nous imitons le passé, prenons bien ses qualités, mais gardons-nous de ses défauts. Brateau, j'en suis certain, ne m'en voudra pas, si je dis que son bassin et son aiguière sont des œuvres très importantes sans doute, pleines de qualités, admirables par la conscience de l'exécution, mais inférieures par la conception à ce qu'il exécute depuis,

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Notes sur l'Étain surtout à ces étains qui ne font plus songer que de très loin aux pièces anciennes. Un moment il a été attiré par l'art allemand, et le résultat de ce goût a été la création d'une canette que je n'aime pas beaucoup, je le dis franchement, car sous prétexte de style allemand, elle côtoie de très près un style gothique qui fut à la mode chez nous, il y a quelque cinquante ans, et qui est, Dieu merci, fort oublié et très justement, et le sera vraisemblablement jusqu'au jour où quelque snob le remettra à la mode. Mieux inspiré il fut très certainement, le jour où il modela délicatement une petite salière dans le style de la Renaissance française, dont l'architecture rappelle ces énigmatiques faïences auxquelles successivement ont été imposés les noms les plus divers. Henri II, Diane de Poitiers, Oiron ou Saint Porchaire ont eu tour à tour l'honneur d'avoir protégé ou vu fabriquer ces délicates pièces de céramique, si françaises de style et de technique. Simple réminiscence du reste, car on ne trouverait pas dans toute la série de ces charmantes faïences une seule pièce dont celle-ci pût passer pour être la copie : nulle part on ne rencontre ces fines cariatides ailées, qui semblent empruntées à quelque estampe d'An- drouet du Cerceau, ou ces petites figurines qu'abritent des arcades surbaissées dans le style de la Renaissance française. Les mascarons seuls, qui forment, à la base du petit monument, de véritables patins, sont bien des créations du potier qui travailla à l'époque des derniers princes de la maison de Valois. Une assiette aux bords contournés, suivant le profil qu'affectionna chez nous le style rocaille, montre sur son marli toute une série de divinités marines, nérides et tritons qui se jouent sur les flots, tandis qu'au milieu de ce cadre charmant s'épanouit le chiffre du Roi, deux L entre-lacés sur un champ fleurdelisé. Mon Dieu, je sais bien que rien là-dedans n'est d'une originalité flagrante, que les nérides, aux formes nourries et aux minois fripons, sont proches parentes des nymphes peu farouches d'un Clodion ou même d'un Marin; que le chiffre de Louis XV est emprunté presque trait pour trait à une composition du siècle dernier; mais, néanmoins, l'arrangement est si heureux, le style si délicat, que je ne puis m'empêcher de louer une pièce dans laquelle quelques-uns sans doute trouveront trop de réminiscences du passé. Que si ces monuments paraissaient trop pleins d'art Vase. (Musée Galliera). BAFFIER.

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Art et Décoration ancien et condamnables à ce titre, il en faudrait encore retenir une notion précieuse pour connaître le tempérament de l'artiste dont la souplesse a su à la fois s'assimiler le style de la Renaissance et ce je ne sais quoi de captivant et de fugitif qu'a le style français du XVIIIe siècle. Mais voici une série d'œuvres beaucoup plus personnelles et pleines de charme, une série de gobelets dont la Revue a déjà publié quelques spécimens et dont on retrouvera ici des variantes. Sur des galbes très simples et d'ailleurs très bien dessinés, l'artiste a appliqué, en relief généralement peu accentué, une décoration végétale : trèfle en fleurs, épis ou gui dont les feuilles grasses et lancéolées alternent avec les baies caractéristiques; puis, vers les lèvres du vase, sur une frise circulaire, se déroule généralement une devise qui concourt elle-même à la décoration. Le gobelet, qu'il soit légèrement resserré à sa base pour former un rudiment de pied, ou qu'il soit coupé carrément, est bien en main, simple de forme et agréable au toucher, toutes qualités que requiert tout vase à boire. Ce rajeunissement du gobelet, de la timbale, pour l'appeler par son nom, est un des résultats les mieux venus et les plus heureux des efforts de Brateau. J'imagine que la plupart de ces pièces feraient très bonne figure en argent et que, de ci de là, quelques notes d'or réveilleraient très heureusement la monotonie du métal. Je ne sais si ces modèles ont été exécutés en une autre matière qu'en étain ; en tout cas, c'est un essai à tenter. Un charmant petit pot de grès ou de faïence, — je ne sais plus lequel au juste, mais peu importe — a reçu de la main de l'artiste une monture en étain. Passe encore pour le couvercle et, dans ce cas, l'emploi de ce métal n'a rien que de très légitime; mais le cercle très ouvrage qui entoure le pied, pourquoi le faire de ce métal qui, par son oxydation rapide, ne produira plus avec les couleurs de la céramique les oppositions de tons qu'on a cherché à provoquer? Cet exemple montre mieux que tout autre, je crois, l'erreur que nous commettons en employant un métal dépourvu de beaucoup de qualités qui se rencontrent, au contraire, nombreuses et durables en d'autres matières. Les deux salières de Brateau, ces corbeilles soutenues par un triton et une sirène, sont infiniment mieux en argent. Et en l'espèce, je le répète, qu'on ne me vienne point objecter le prix de ces objets. Ce serait là une raison puérile. Sans doute, les exemplaires en argent, qui nécessitent un travail assez long de ciselle, coûtent plus cher que les exemplaires en étain; mais nous ne considérons ici que des objets de grand luxe, et, dans l'espèce, le prix est chose secondaire: l'essentiel est de bien faire. Et ces charmantes figurines ne sont point nées pour être traduites en un vil métal. Comme une véritable pièce d'orfèvrerie d'argent, par le martelage et le repoussage, est fabriqué un plateau circulaire, très simple de profil, dont le marli est décoré de perles grosses et petites alternant, tandis qu'au fond, autour d'un ombilic chargé de motifs en forme de lettres S, s'étalent des godrons disposés en spirales. Toute simple qu'elle est, cette pièce dont la décoration rappelle certaines orfevreries du trésor de Mycènes, me paraît d'une conception très noble et d'une exécution très large. C'est de plus une innovation très heureuse dans l'art de l'étain où la minutie dans l'exécution tient trop souvent plus de place que de raison. Je trouve ce monument beau, non pas en raison des souvenirs archéologiques qu'il peut éveiller dans mon esprit,

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Notes sur l'Étain mais parce qu'il témoigne d'un talent robuste, capable de se transformer et de s'élever au-dessus de l'ornière des traditions. Un artiste, travailleur convaincu, Baffier, a été, lui aussi, et depuis de longues années, tenté par l'étain. Il exposait, il y a plusieurs années déjà, un groupe, espèce de surtout de table ou de corbeille soutenue par deux robustes figures de paysannes. Cette création avait incontestablement des qualités sculpturales; mais ses formes un peu massives me parurent peu propres au but que poursuivait l'auteur. Les personnages étaient vraiment trop solidement charpentés pour prendre place sur une table au milieu des cristaux, et d'une foule de choses d'aspect léger et un peu papillotant. Un peu plus de grâce ne messied pas en semblable circonstance, sans que pour cela on soit tenu de tomber dans la mièvrerie et le maniériste. Mais voici que Baffier, sans renoncer à son projet d'un grand surtout de table qu'il exécutera, je l'espère, quand il en aura le loisir et en aura la commande — ce que je lui souhaite de tout mon cœur — s'est mis à fabriquer des Drageoir. BAFFIER. vases et des coupes en étain. Les deux pièces ici reproduites, drageoirs ou sucriers — la désignation importe peu — sont des œuvres simples de forme, savantes de modelé, empruntant leur galbe à des fruits. Ces étains réunissent Sucrier. BAFFIER. les conditions nécessaires pour en faire des objets d'usage et il en faut être très reconnaissant à l'artiste. C'est une bonne leçon qu'il donne à ceux que nous créent éternellement des bibelots de vitrine. Ainsi compris, sans que j'aie à abdiquer aucune des idées que j'ai émises au courant de ces notes au sujet de l'emploi de ce métal, l'étain peut, dans une certaine mesure, reprendre chez nous la place qu'il occupait autrefois dans le même mobilier familial. Ce sont des objets bien assis, doux au toucher, bien dessinés et, de plus, qualité rare presque toujours en art et surtout aujourd'hui, fort simples. Inspirés directement par l'étude de la nature, ils en ont la solidité, l'aspect honnête et absent de toute fioriture inutile. Les anses, qu'elles soient composées seulement de tiges repliées ou de figures de femmes en gaines, sortes d'insectes à tête humaine, sont bien attachées et font bien corps avec le vase dont elles doivent faciliter l'usage. Les boutons des couvercles, lézards gracieusement repliés, lézard faisant la cour à une grenouille, sont habilement traités sans petitesse. D'autres vases, aiguière, pot à vin, etc., sont actuellement en cours d'exécution et compléteront un ensemble de vaisselle d'étain d'un aspect très original et très personnel. Une tasse à vin, sur laquelle

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Art et Décoration se développent des scènes de vendange en très mince relief, accompagnée d'une anse faite BRATEAU. d'un sarment de vigne, peut prendre place dans cette série qui fait grand honneur à l'artiste. Il y a là une tentative très heureuse pour faire quelque chose de nouveau, de bien conforme à la destination des objets et dont le ton de simplicité convient tout à fait au métal mis en œuvre. Encore un peu, et Baffier nous réconcilierait tout à fait avec la vaisselle d'étain. C'est un artiste qui n'aime guère les sentiers battus, qui voudrait dégager entièrement notre art de l'imitation de modèles anciens et qui applique, à lui-même, la méthode de travail qu'il préconise. Il y a là une tentative, que dis-je, une réussite qu'il importe d'encourager efficacement. Le jour où on voudra bien remeubler nos palais nationaux avec autre chose que des pièces de Musée qui s'y détruisent sans profit pour personne, et au détriment du développement du mouvement artistique actuel, Baffier est de ceux au concours desquels il faudra faire appel : j'imagine qu'il ferait très bien un feu pour une cheminée monumentale et mille autres ustensiles de bronze concourant à une décoration d'ensemble d'un style vrai- ment moderne. Et puis il aime son métier et ne pense pas qu'une semblable besogne soit au-dessous d'un sculpteur. Mais ce sont-là des souhaits qui, je le crains, sont purement platoniques et, tout au moins, d'une réalisation difficile. Et c'est dommage. Car si l'Etat encourage les arts dans une certaine mesure, en achetant bon nombre d'œuvres créées pour les placer dans les Musées, il ne serait pas mauvais, au point de vue des arts industriels, qu'il jouât un peu le rôle que remplissait autrefois le souverain. Il lui faudrait faire plus de commandes qu'il n'en fait en ce genre : ce serait un moyen très efficace, non seulement d'encourager les artistes, mais de faire créer des modèles permettant véritablement à nos artistes de se développer. Chez nous, on est tellement habitué à la tutelle de l'Etat, que bien des modifications apportées dans notre mobilier par le style moderne, n'auraient véritablement quelque chance d'être adoptées par le grand public — qui peut faire vivre en définitive les artistes — que si ces modifications portaient, en quelque sorte, l'estampille de l'Etat. Question de budget, me répondra-t-on; d'accord. Mais, j'ai le grand tort de croire, sans doute, que c'est dans l'industrie artistique de grand luxe que notre pays peut conserver une supériorité ; c'est pourquoi ces BRATEAU. arguments budgétaires ne me convainquent nullement. L'argent consacré au développement de cette branche de notre industrie ne

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Notes sur l'Étain peut rentrer dans la classe des dépenses inutiles. Les étains de Desbois, de Ledru, de Larche, de Charpentier, nous ramènent à la sculpture en étain. Ici, nous sommes en face de beaux bibelots ou de majestueux monuments, auxquels j'ai peine à reconnaître une ombre de ce caractère utilitaire qu'on s'attend à trouver dans un objet d'art industriel. Nous sommes en présence de dilettantes de l'étain, non de potiers d'étain. Est-ce à dire que je condamne ces monuments en bloc? Nullement. Mais je ne comprends pas pourquoi ces œuvres sont exécutées en étain. Est-ce la couleur du métal qui a séduit les artistes? Je veux le croire. Mais on me permettra de faire remarquer que le bronze est susceptible, aujourd'hui que la chimie n'a plus de secrets, de recevoir toutes les patines qu'on désire, patines aussi variées de teintes qu'on peut le souhaiter. Est-ce la technique de l'étain qui a paru intéressante? Admettons - le, mais on me permettra de trouver que, l'œuvre terminée, je ne vois là rien de très différent du bronze, c'est-à-dire des morceaux de sculpture qui s'édition avec la même facilité que des œuvres de bronze. Suivant leurs diverses destinations, il eût, je crois, été préférable de choisir, pour l'exécution de ces différents morceaux, soit le bronze, soit l'argent, avec toutes les gammes de coloration que comportent ces métaux. Je sais bien qu'avec beaucoup de bonne volonté on pourrait trouver que l'étain a des reflets tout à fait particuliers, des finesse de tons qu'on ne retrouve pas ailleurs. Cette opinion-là, je la connais depuis longtemps : c'est de la littérature à propos de l'étain, littérature parfois fort agréable quand la plume est maniée par un maître écrivain. Mais, quand on y regarde de près, on sait ce qu'il faut penser de ces jugements littéraires formulés, trop souvent, par des gens qui, en art, ne voient que la petite bête, le petit côté des choses, l'amusant, le rare, le curieux, mais sont incapables de sentir l'harmonieuse simplicité d'une forme. C'est la même littérature qui a voulu mettre à la mode et nous faire admirer en bloc, sans faire le départ entre les choses vraiment belles et les chinoise-ries, les petitesesses de l'art japonais, qui n'est grand et ne peut nous paraître grand, en somme, tout snobisme mis à part, qu'en ce qui rappelle, plus ou moins, les conceptions artistiques propres à notre race. Tout ce bagage littéraire a perdu trop d'artistes et ne mérite pas d'être pris au sérieux. Et à ces braves gens, à ces névrosés qui ont l'air d'éprouver de petits frémissements dans le cou à la vue des tons plus ou moins gris, plus ou moins argentés de l'étain, il n'y a qu'une réponse à faire : à savoir que, neuf fois sur dix, les œuvres qu'ils admirent à cause de leur teinte, sont recouvertes de patines factices. Si on laissait à l'étain sa véritable couleur, son aspect blanc et froid, j'imagine que leurs sensations seraient tout autres. Qu'on ne vienne donc pas nous parler de l'étain et de la poésie de la gamme de ses tons argentins. Ces réserves faites à propos de la matière employée, il y a de très bonnes parties dans le surtout de table de Larche dont les sirènes sont très vivantes et gracieuses de silhouette; BRATEAU.

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Art et Décoration les petites bonnes femmes de Ledru, perchées sur des coquilles, pour être peut-être d'un art moins noble, forment encore de charmants objets, très français d'aspect. La fontaine de Charpentier, d'une forme sévère qui rappelle certains monuments de l'époque de Louis XIV par la sobriété de ses lignes, — cela soit dit sans le moins du monde insinuer qu'il y a là l'ombre d'une imitation — est, sans contredit, une bonne chose, à laquelle on ne peut faire d'autre reproche que les griefs généraux que je formule contre l'étain. La sculpture décore la forme, la suit, se marie avec elle sans la déguiser. On ne peut rien demander de plus. J'avoue ne pas goûter au même degré toutes les compositions de Desbois dont bien des sujets ne sont peut-être pas fort clairs et dont certaines femmes sont tellement musclées, que n'étaient leurs cheveux, on pourrait les prendre pour des succédanés de l'Hercule Farnèse, vu de dos, bien entendu. L'anatomie de la femme, traitée de cette façon, n'est guère séduisante, et Michel-Ange lui-même, qui pourtant n'a point reculé devant la création de figures de femmes colossales, en a toujours enveloppé la forme; sous cette forme, on sent courir le sang, on pressent la force; mais nulle part ne s'étalent les montagnes et les vallées d'un système musculaire que quelques exceptions parmi les représentants du beau sexe, possèdent, mais qu'elles cachent sous une enveloppe charnue, aussi soigneusement que les chats déguisent leurs griffes. Ces notes rapides sur l'art de l'étain à notre époque, notes qui d'ailleurs pêchent beaucoup par omission, demanderaient, peut-être, une conclusion. Cette conclusion, j'ai quelque répugnance à la formuler ici, parce qu'elle pourra paraître brutale; néanmoins, comme cette conclusion découle logiquement des pages qui précèdent, je dois m'exécuter. A mon avis, l'étain ne peut jouer dans notre renaissance artistique qu'un rôle des plus effacés, et sauf pour un petit nombre d'objets, des bibelots ceux-là, destinés en quelque sorte à montrer que notre époque peut faire aussi bien que les siècles passés, l'emploi d'un métal de ce genre n'est commandé ni par les qualités du métal lui-même, ni par le prix élevé des matières qui le pourraient remplacer. L'étain, au point de vue pratique, a trop de défauts et pas assez de qualités. Revenons donc franchement à l'orfèvrerie; c'est une branche dans laquelle presque tous les artistes qui se sont adonnés à l'étain peuvent réussir; que si quelques-uns d'entre eux n'en connaissent pas tous les secrets, avec le concours d'excellents ciseleurs (et il n'en manque point chez nous) ils pourront renouveler complètement un art d'une incontestable utilité et dont les spécimens les plus courants aujourd'hui, anémiés et abâtardis, ne représentent ni une imitation intelligente de notre art ancien, ni les tendances nouvelles de l'art français. ÉMILE MOLINIER. BRATEAU.

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MEUBLES NOUVEAUX Nous examinerons aujourd'hui quelques meubles, et même un ensemble d'ameublement et de décoration, exécutés à Paris par d'importantes maisons industrielles. Le fait par lui-même est significatif, et prouve que le ce qu'il attend inconsciemment. Car il ne faut pas oublier que la majeure partie de la clientèle, même de la clientèle éclairée, ne formule guère ses désirs, et qu'elle se borne à choisir, parmi les modèles qu'on lui offre, celui qui lui mouvement de rénovation s'est propagé plus vite qu'on ne pouvait l'espérer il y a quelques mois encore. Il est bien certain que l'initiative industrielle, s'ajoutant aux essais personnels de quelques artistes, apporte une plus grande chance de triomphe aux tendances de nouveau style qui se sont fait jour dans l'art du meuble, en même temps qu'elle fournit une indication de ce qui se passe du côté du public, de ce qu'il demande déjà ou de plait davantage, ou plus souvent celui qui lui paraît le plus généralement estimé, le plus à la mode. Cette docilité même du goût public n'est-elle pas faite pour donner plus de courage aux fabricants? Et du jour où, dans les magasins, l'on mettra sous les yeux des acheteurs autre chose que des copies de styles passés, ou que l'imitation du meuble anglais dans ce qu'il a de plus « camelote », il y a fort à penser que leur choix saura s'adresser à des LE COEUR ET BIGAUX.