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ART et Décoration Revue mensuelle d'Art Moderne --- Sommaire - Quelques Mots sur l'Exposition de Céramique, Émile Molinier. - Théo Van Hoytema, Bullée. - Un Maître Affichiste, Steinlen, H. Fiërens-Gevaert. - Ilsée, Princesse de Tripoli, Gustave Soulier. - Nos Concours, E. Grasset. - Planche hors texte: Papier de garde, Joanny Coquillat. --- JUILLET 1897 --- LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS 13, Rue Lafayette Paris Prix de la Livraison : 2 fr. N° 7

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Envoi franco du Catalogue Spécialités de matériels SOIGNÉS et GARANTIS et TOUTES FOURNITURES pour la Photographie d'Amateur Renseignements et Conseils gratuits à tout acheteur d'un Appareil insgn'à RÉUSSITE COMPLÈTE Appareils d'excursions — Détectives Photo-Jumelles, etc. Charles MENDEL Fournisseur des Ministères PARIS — 118 et 118 bis., rue d'Assas — PARIS Traité pratique de Photographie, un vol. broché : 1 fr. Photo-Revue, Journal des Amateurs, Un franc par an. --- LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS 13, rue Lafayette, PARIS Vient de paraître : LA PLANTE et ses Applications ornementales Publiée sous la direction de M. E. GRASSET L'ouvrage complet se compose de 72 Planches coloriées à la main avec le plus grand soin. Il est accompagné d'une préface de M. E. GRASSET. PRIX, en carton : 120 fr. Prospectus illustré envoyé sur demande. Imp. de Vaugirard, G. de Malherbe & Cie, 15e, rue de Vaugirard, Paris. ÉMILE LÉVY, Éditeur-gérant.

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Art et Décoration Quelques Mots sur l'Exposition de Céramique n éprouve quelque em- barras à parler encore de céramique au lende- main des salons dans lesquels cet art était très honorablement repré- senté. Mais l'intention qui a guidé ceux qui ont organisé cette exposi- tion est trop louable pour que la manifestation qu'ils ont provoquée soit passée sous silence. Frappés sans doute de l'épanouissement de la céramique moderne, qui, à de nombreux points de vue est en progrès, frappés surtout de la supériorité des résultats obtenus, grâce à de longues et courageuses tentatives, cou- ronnées d'un succès plus certain que maint effort tenté de notre temps pour régénérer d'autres branches de l'art décoratif, ils n'ont pas craint de provoquer une manifestation nouvelle tout proche de cette exposition de 1900 pour laquelle on nous promet des mer- veilles. Cette exposition, un peu improvisée, ne pouvait être complète; en fait, elle ne l'est ni au point de vue rétrospectif, ni au point de vue moderne, le seul dont je veuille dire quelques mots ici. Mais telle qu'elle est ce- pendant, elle est fort intéressante, contient plus d'un enseignement et prête à plus d'une remarque. Qu'on ne s'attende point à trouver ici un compte rendu de cette exposition sur la- quelle il faudrait écrire de longues pages; je voudrais seulement signaler quelques œuvres qui m'ont paru caractéristiques, si- non de l'exposition même, du moins de notre époque. J'en omettrai d'importantes, j'en suis sûr, et j'en demande pardon d'avance à tous ceux que j'oublierai. Ils peuvent me pardonner, car aucune de mes omissions n'est de parti pris. Mais, que voulez-vous? Je suis bien obligé de parler de ceux qui font du nouveau, aux dépens de ceux qui nous chantent un air déjà trop connu. Deux établissements ayant un caractère offi- ciel, d'âge et de renommée fort différents, ont exposé au Champ-de-Mars : Sèvres et Co- penhague. Les porcelaines dures de Copenha- gue furent, à l'exposition de 1889, une sorte de révélation; tout le monde voulut posséder quelque échantillon de ces charmants bibelots au décor bleu, gris ou violacé appliqué d'une façon magistrale sur une admirable matière. Paysages ou animaux, personnages ou simples plantes, délicatement tracés sur l'adorable Vase porcelaine (Copenhague). M. Mortensen. gemme, inscrits au fond de quelque plat ou d'une assiette, ou épousant la forme harmo-

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Art et Décoration nieuse de quelque vase, tout cela, depuis 1889, extreme, d'une incomparable saveur pour les délicats. Acceptons Copenhague comme d'autres aiment la porcelaine de Saxe mais, pour Dieu, qu'on ne me change ni les beaux vases où serpentent de délicats feuillages, ni les petits poissons si reluisants, qu'on les dirait sortant de l'eau. « Ne forçons point notre talent... »; tout l'art réside dans ce vieil axiome. La courtoisie me forçait à parler de Copenhague: les artistes français ne trouveront point mauvais que je dise maintenant, avant de parler d'eux, quelques mots de notre Manufacture nationale, à laquelle, en somme,—on l'oublie trop souvent—ils doivent beaucoup, au point de vue technique surtout. Je n'ai point l'intention, d'ailleurs, de m'étendre longue-ment sur l'Exposition de Sèvres. J'imagine que ses vitrines, en 1900, nous montreront des efforts bien autrement significatifs. Comme toute manufacture nationale, en France, Sèvres se trouve dans une position difficile; il a un passé et surtout une réputation écrasante. Mais, si on remet les choses au point, si on parcourt le Musée de la Manufacture, dans lequel se trouve un très grand nombre d'échantillons des œuvres produites dans notre siècle, on peut s'assurer, facilement combien, au fond, la Manufacture s'est tenue au courant de la mode de tel ou tel moment; ce n'est pas que, par instant, cett Vase porcelaine (Copenhague). M. LÜSBERG. est devenu, en quelque sorte, classique; et la porcelaine de Copenhague sera une des belles pages de l'histoire céramique du xixe siècle. On oublie trop, en face de ces objets d'étagère, les créations plus pratiques, les services de table qui, eux aussi, sont tout à fait des œuvres recommandables. Il est évident que dans cet ensemble d'une harmonie parfaite, il y a une trouvaille, un accord complet que je serais désolé de voir troubler par de soi-disants perfectionnements que je prévois, que je vois poindre déjà à l'horizon. Je sais bien que des esprits chagrins diront que la manufacture de Copenhague joue toujours le même air; qu'elle ne sort ni du gris, ni du bleu, ni du violet. Tant mieux, l'air est joli, pourquoi en chercher un autre qui nous bouleverserait toute cette harmonie; car, dès lors, la technique, la chimie implacable entrerait en scène et nous gâterait toute cette vision artistique, d'une finesse Bol de grand feu sur couverte (Sèvres). M. LASERRE. constatation soit, au point de vue artistique, très

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Quelques Mots sur l'Exposition de Ceramique consolante; mais cela prouve au moins que la Manufacture n'a pas été aussi arriérée qu'on le dit parfois. Pour tout ce qui est technique, elle a presque toujours été à la tête du mouvement céramique, et ce n'est pas sa faute, si le niveau de l'art industriel a parfois baissé de plusieurs degrés. Il n'en est pas moins vrai que la Manufacture a rendu, dans ce siècle, de signalés services à l'art céramique, et qu'on doit beaucoup aux savantes et patientes, autant qu'obscures recherches, de ses laboratoires. On l'oublie trop souvent, même parmi les céramistes de profession, qui devraient être les derniers à manifester une pareille ingratitude. Cet hommage rendu aux incontestables services, je le répète, qu'a rendus la Manufacture de Sèvres, je serai plus libre pour dire mon avis sur l'exposition actuelle. Elle témoigne de beaucoup d'efforts, c'est incontestable, efforts qu'on peut juger diversement, suivant l'idée qu'on se fait de ce que doit être la Manufacture. Si ce doit être un endroit où l'on ne créera que des produits parfaits—et les produits du XVIIIe siècle, pour leur époque, avaient cette qualité—je ne crois pas que, présentement, ce résultat soit atteint; si, au contraire, on comprend la Manufacture Nationale—and c'est l'opinion qui semble dominer aujourd'hui—comme un laboratoire où doivent se créer des procédés de décoration nouveaux, s'essayer des découvertes récentes, ou être remises en pratique, des conquêtes déjà anciennes de la chimie, j'imagine que le juge le plus prévenu doit être assez content du résultat. Non seulement la Manufacture expose des œuvres qui rentrent dans ses traditions anciennes, mais encore de très nombreux essais, tels que ses pièces de porcelaine dure, à couverte calcaire, à décor au grand feu de couvertes juxtaposées; des porcelaines tendres décorées d'émaux cloisonnés par M. Thesmar, ou d'émaux cernés d'or par M. Fournier; des grès ou des pâtes de verre. Je ne puis apprécier, en ces notes rapides, ni les formes, ni le décor, auxquels — la perfection n'étant point de ce monde,—on trouverait peut-être quelques reproches à faire, notamment pour les pièces à décor givré, qui peuvent constituer, au point de vue chimique, une conquête, mais qui donnent à une admirable matière, l'aspect du zinc verni. Tout ce que je tiens à constater ici, c'est que la Manufacture de Sèvres n'est point stationnaire; elle bouge, elle marche et j'imagine qu'elle est encore destinée à rendre de très grands services à la céramique. Me sera-t-il permis de formuler une très humble requête: depuis quelque temps on s'est très heureusement remis à la fabrication d'un certain nombre d'adorables biscuits, dont les modèles, datant du XVIIIe siècle, avaient été trop longtemps laissés dans l'ombre; pourquoi, par la même occasion, ne reprendrait-on pas, pour la fabrication courante des pièces de porcelaine, quelques modèles de la même époque qui remplaceraient, avec avantage, certaines notables horreurs qui datent, des règnes de Louis XVIII ou de Louis-Philippe? Porcelaine (Copenhague). Plat porcelaine (Copenhague). M. SAINT-USSING.

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Art et Décoration Il n'est pas défendu de faire du nouveau, loin assez variée et il y a là, une tentative, une évolution dans la fabrication de la porcelaine, qui portera, sans doute, un jour, ses fruits, malgré l'augmentation, légère d'ailleurs, du prix de revient des produits, ainsi fabriqués, sur les prix ordinaires. On retrouve ici beaucoup d'artistes que l'on a déjà eu l'occasion de nommer au Champ de Mars : depuis M. Lerche, qui, décidément, abuse un peu du serpent dans la décoration et a transformé la couleuvre de Palissy en un boa, qu'accompagnent un tas de monstruosités qui font beaucoup de tort à quelques tonalités heureuses; jusqu'aux émailleurs, en passant par les verriers et les artistes en grès, et les inévitables fabricants de reflets métalliques. A propos de ces derniers, je me bornerai à faire une remarque que j'ai déjà faite, je crois, c'est qu'on ne sait plus du tout ce qu'ils fabriquent, ni au juste quel effet ils veulent produire : c'est un chaos de reflets qui s'éclairent mal sur des pièces dont la forme est mal choisie; ou bien, ils appliquent sur toute la surface de la pièce des teintes mordorées ou violacées, qui enlèvent absolument au monument, son caractère céramique : imiter du bronze à la perfection, cela me paraît un résultat qui n'est pas autrement souhaitable. Comme dans toutes nos expositions, ici c'est le grès qui, surtout, a attiré les recherches des céramistes ; et je le répète encore, ces recherches me paraissent avoir été dans une très large mesure couronnées de succès : Delaherche, Lachenal, Bigot, Dalpeyrat, Porcelaine (Copenhague). de là; mais il n'est pas défendu non plus, de refaire quelques porcelaines qui rappellent le temps de la Pompadour ou de Mme Du Barry. C'était le bon temps, pour la porcelaine de Sèvres, du moins. Puisque je dis un mot de la porcelaine, je ne voudrais pas la quitter, sans signaler les travaux de M. Peyrusson, de Limoges, et ses essais de décoration de porcelaine dure au feu de four; les échantillons qu'il expose, faits dans la fabrique Boisbertrand et Theillon, à Limoges, ne sont pas tous très concluants : un certain nombre de couleurs obtenues sont très lourdes de tons; mais, néanmoins, la palette est déjà Muller, Milet, d'autres encore, exposent une Cache-pot porcelaine, décoration en couvertes colorées juxtaposées (Sèvres) PROJET DE Mme BOGUREAU EXÉCUTION PAR M. JARDEL.

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Quelques Mots sur l'Exposition de Céramique foule de vases, de sculptures ou de revêtements céramiques, dans lesquels il y a beaucoup par des lions de grès, me semblent d'un goût détestable et je souhaite vivement qu'ils ne fassent pas école : parce que le style empire, d'abord, qui n'est que la caricature du style Louis XVI, constitue un fort mauvais modèle, un mauvais pastiche de l'antiquité classique, à laquelle il serait plus simple de recourir directement; puis, parce que la céramique, malgré tout son mérite, ne me paraît pas destinée, par nature, à occuper cette place dans le mobilier. Ici encore nous retrouvons une cheminée en grès, très simple d'ailleurs, dont les montants et le linteau sont décorés au moyen de deux tiges végétales; elle a évidemment demandé moins d'efforts que la cheminée exposée par M. Bigot, mais elle est cependant plus pratique. Pratique aussi, un modèle de porte-parapluie en grès, décoré de feuillages et de baies de gui. Voilà des œuvres, sans grosses prétentions artistiques, à la création desquelles on ne peut qu'applaudir. Constatons enfin, une fois de plus, que l'application du grès à la sculpture, au groupe, à la figure, au buste, Vase couleurs de grand feu sur couverte (Sèvres). M. LASSERRE. à prendre et à apprendre. Bien que la matière employée soit la même, grâce à cette réunion nombreuse de spécimens, on perçoit mieux le style et les tendances de chacun, qu'on ne peut le faire au Salon. Tel artiste préfère des tens vigoureux et profonds, tel autre aimera mieux les nuances claires et fines, rappelant l'écorce de certains arbres, les nuances bleutées et comme givrées. Bref, le style de chacun se reconnaît, et c'est de bon augure. De plus en plus, du reste, le grès tient à prendre place dans l'architecture : chez Bigot, ce ne sont que plaques de revêtement ou frises lavées de bleu, de vert ou de gris, ou bien encore des cheminées décorées de hauts-reliefs. J'aime moins cette dernière manifestation de l'art du grès, que je trouve exagérée, et d'une architecture qui s'accordera assez mal avec une décoration intérieure raisonnable. Je n'aime point non plus les meubles exposés par M. Muller; cette banquette ou ce fauteuil de style néo-empire, supportés Vase cristal mauve, couverte brune et rose. M. LEVEILLE.

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Art et Décoration tend à devenir très générale : beaucoup de céramistes en exposent. Ne nous en plaignons pas, car, en dehors de quelques œuvres, par trop symbolistes et franchement médiocres, qu'il est regrettable de voir reproduire, le grès tend à répandre des œuvres de sculpture très charman- tes, auxquelles des tons roussis, bleuâtres ou verdâtres , donnent un charme de plus. Peu de choses à signaler dans la faïence proprement dite, et n'était que certains plats ou vases de grès exposés par Dammousse rappel- lent par leurs bran- chages, leurs tiges de fleurs éclatantes, les gaîtés qu'on aime- rait à voir traduites en faïence, on pour- rait croire que le cé- ramiste moderne a oublié complètement un genre de décoration dont il tira, autrefois, de beaux effets, et qui lui permettra de créer des merveilles, le jour où il voudra le remettre en hon- neur. Je sais bien qu'à l'Exposition fi- gurent un certain nombre d'œuvres en faïence : mais pour parfaites que soient quelques-unes d'entre elles, il n'y a rien là, qui ne soit connu depuis longtemps : et la faïence, traitée d'une façon absolument nouvelle et moderne, est encore à naître chez nous. Si la céramique est l'un des arts qui mon- trent un progrès incontestable, sur ce qu'on faisait chez nous, il y a quelque vingt-cinq ans, la verrerie a subi, également, des transformations, qu'à une époque, relativement récente, on n'aurait pas soupçonnées. Leveillé, Gallé, Reyen lui ont fait faire des progrès énormes ; et je ne doute point que ces œuvres ne soient, au siècle prochain, estimées au même degré que les œuvres d'un passé, déjà bien lointain. Ce sont de véritables merveilles qu'ils nous montrent, et leurs cris- taux à plusieurs couches, ou simplement teintés dans la masse, sont des morceaux tout à fait délicats, qui laissent, loin derrière eux, les misères de la verrerie vénitienne du xvi° et du xvii° siècle, ou les pauvretés décoratives, créées en Bohême. Je ne vois guère que les gemmes et les verreries anti- ques, puis les somptuosités de l'art arabe et de l'art vénitien de la prime Renaissance, qui puissent être comparées aux produits de la verrerie moderne. Rien n'y manque, ni les difficultés sans nombre vaincues, ni le goût dans le décor de cette belle matière. A force d'avoir vu, depuis quelques années, ces produits parfaits, on les oublie trop, on les passe volontiers sous silence, comme s'ils n'étaient pas, en réalité, un des plus beaux fleurons des arts appliqués de cette fin du xix° siècle. Il y a là une grande injustice, car, pour obtenir les beaux résultats qu'il nous est donné aujourd'hui de contempler, l'effort a été considérable; et c'est vraiment mal, de ne point adresser d'éloges à toute une branche si intéressante de l'art, sous le prétexte qu'elle va bien. Cela me fait toujours penser à ces charités dévoyées qui, de notre temps, s'appliquent plutôt au soulagement momentané de monstres Cornet couleurs de grand feu sur couverte (Sèvres). M. GEBLEUX.

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Quelques Mots sur l'Exposition de Céramique nés non viables, qu’au relèvement d’êtres sains qui pourraient rendre, à la société, de véritables ces mêmes éloges, je les adresserai à Reyen, dans la vitrine duquel nous trouvons des vases et des coupes, où des plantes s’enlèvent en teintes foncées, sur des fonds teintés de bleu et de brun, d’une exquise harmonie. Dans cette vitrine, on voit des pièces montées en bronze. Je regrette de n’en pas voir davantage; il est évident que ces morceaux précieux appellent l’art de l’orfèvre, et les traditions de l’art français sont loin de répugner à ce mariage, profitable aux uns et aux autres. Qu’on se rappelle ce que les artistes du XVIIIe siècle, par le même procédé, ont su faire de ces vases de porcelaine de Chine, bien souvent d’une faiblesse notoire au point de vue décoratif. Notre époque peut produire, dans un autre style, bien entendu, des merveilles tout à fait comparables aux céladons, montés par un Cafféri ou un Gouthière. J’ai eu l’occasion de dire, ailleurs, tout le bien que je pense des émailleurs modernes, qui, selon moi, n’ont rien à envier aux émailleurs anciens, qui sont l’une des gloires de l’art français. Des mêmes procédés, de la même technique, ils ont tiré des effets différents; tant mieux, car cela prouve que cet art, anémique chez nous, dès le commencement du XVIIe siècle, était susceptible d’une évolution complète et de recommencer une seconde vie, non moins brillante que la première. Nous n’en avons, à l’Exposition de céramique, qu’un Porte-parapluies en grès. ÉMILE MULLER. services. Sans doute, les branches de l’industrie artistique qui ne sont pas encore au point, méritent toute notre sollicitude, mais ce n’est pas une raison, pour marchander les encouragements à celles qui, après maints efforts, ont atteint le but, le relèvement de la fabrication et son entrée dans une voie tout à fait nouvelle, propre à faire honneur à notre époque. C’est, pour ma part, avec un grand intérêt que je me suis arrêté devant les vitrines de Leveillé où scintillent les vases de cristal, gravés à plusieurs couches, les cristaux fumés ou gravés, ou ces vases, ou les paillettes d’or, noyées dans la masse, se marient à des tons roses, qui font penser aux nuages teintés par une fraîche aurore ou un beau coucher du soleil. Les formes, pour être simples, sont généralement bonnes. Et Cheminée en grès. ÉMILE MULLER. nombre d’échantillons fort restreint, ce qui est regrettable, puisque l’Exposition, de par son titre, comprenait tous les arts du feu. Mais

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Art et Décoration des échantillons, tels que ceux qu'exposent Grandhomme avec sa Vierge au coussin vert, d'après Solari, montrent à quel point nos émaillleurs modernes sont maîtres de la technique; Georges-Jean, avec son Saint Georges, d'après Vit-tore Carpaccio, ses vases à fond sombre ou à fond blanc, sur lequel s'enlèvent des feuillages ou des fleurs, aux couleurs vives, cernés d'un trait d'or imitant le travail du cloisonnage, montre encore une grande maîtrise, un sens très vif de la décoration émaillée, l'alliance des tons chauds du métal et des émaux aux teintes chatoyantes. Quand un art compte de tels artistes, pour ne nommer que ceux-là, puisque ceux-là, seuls, ont exposé, on ne peut vraiment dire qu'il est bien malade. Thesmar n'a point exposé, et je le regrette, parce qu'il représente à un degré tout à fait éminent, non seulement l'art de l'émaillerie du xixe siècle, mais aussi l'alliance de l'émail avec la céramique. Ses applications d'émaux cloisonnés, sur la porcelaine tendre, n'ont pas dit encore leur dernier mot; et de la pièce, sortie de ses mains, qui figure dans l'Exposition officielle de la Manufacture de Sèvres, il faut rap- procher les objets exposés par M. Le Rosey. où, à côté de verres à deux couches, gravés, de la plus exquise technique, se trouvent aussi un certain nombre de porcelaines tendres, rehaussées de cloisons d'or, sertissant des images ou des plantes, aux tons brillants et délicats à la fois. Le même artiste nous montre d'autres pièces de porcelaine, de style Louis XVI, d'un goût parfait, que quelques-uns blâmeront, sans doute, parce qu'elles évoquent le souvenir d'un passé artistique écrasant, mais que je saluerai pourtant au passage, comme un point de comparaison entre une époque où l'art français sut acquérir une gloire incomparable et un avenir, qui n'est peut-être pas aussi noir qu'on le croit généralement, si du moins l'artiste français veut se borner à faire de l'art, et non pas de l'industrie. Dans l'art, s'il s'en veut donner la peine, il ne trouvera point, pour l'instant, tout au moins, de rivaux; dans l'industrie, pour des causes que tout le monde devine et qu'il serait trop long d'exposer ici, il est écrasé d'avance. C'est un sort auquel il faut, dès maintenant, se résigner. EMILE MOLINIER. Vase émaux cloisonnés sur pâte tendre. M. LE ROSEY. Souris porcelaine (Sèvres). M. GARDET.

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Un Illustrateur Hollandais THEO VAN HOYTEMA Dans une vaste plaine, mollement ondulée, où quelques bouquets de bois survivent seuls de l'immense forêt qui, du temps des Romains, couvrait, de ses ombrages sacrés, le sol de la Hollande, se groupent, des deux côtés d'une modeste rivière, les coquettes maisons du petit village d'Hilversum. Il y a vingt ans à peine, ce village n'était qu'une retraite ignorée, perdue dans la lande du « Gooi ». Entièrement séparé du monde civilisé, il restait inconnu aux gens des grandes villes. Mais, depuis la construction du chemin de fer de l'Est, qui va d'Amsterdam à Utrecht, et l'établissement du canal (Gooische Voort), qui mène directement d'Amsterdam à Hilversum, la localité a changé d'aspect. Une fois retirés des affaires, les boutiquiers d'Amsterdam y sont venus installer confortablement leurs pénates. Autour du noyau désolé de l'ancienne bourgade, où une vieille église dresse sa façade insignifiante sur le « Brink », des quartiers nouveaux se sont formés, coupés de vastes avenues qui toutes rayonnent du centre, et que bordent de luxueuses villas, construites dans tous les styles. Entourées de jardins, de petits parcs, dont les futaies, fort heureusement pour les yeux, ensevelissent, sous le manteau éternellement frais de leur feuillée, les arrangements prétentieux autant qu'artificiels des bourgeois, ces villas, groupées en désordre, donnent, au village, un aspect délicieusement propre. Le calme absolu qui y règne en fait un lieu de repos vraiment unique, que les marchands de salaisons n'apprecient pas seuls, et qui plaît aux artistes comme aux poètes. Dans le voisinage, les beaux sites abondent et des routes admirablement entretenues, bordées de quatre rangs d'arbres, y conduisent. Les bicyclistes n'y foisonnent pas comme dans la banlieue de Paris et le paysage garde, encore intactes, sa noblesse et sa majesté. Un des plus jolis coins d'alentour est celui