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ART et Décoration Revue mensuelle d'Art Moderne --- Sommaire 1. Quelques Œuvres de Victor Prouvé, par GEORGES DUCROCQ. 2. Le Vitrail, (Suite) par LUCIEN MAGNE. 3. L'Art décoratif en Belgique, par THIEBAULT-SISSON. 4. Notre Concours de Couverture, 5. Une Décoration d'intérieur, par THIEBAULT-SISSON. 6. Chronique 7. Concours mensuels, --- FÉVRIER 1897 --- LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS 13, RUE LA FAYETTE PARIS Prix de la Livraison : 2 fr. N° 2.

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A meublement moderne Maurice Coblence 18 rue Caumartin. Ateliers: 11 rue de l'Aqueduc

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Art et Décoration QUELQUES ŒUVRES DE VICTOR PROUVÉ Les vieillards qui vécurent les yeux fixés sur leur rêve des jours fiévreux et magnifiques dans l'exaltation de la pensée ou l'enivrement de l'action, s'aperçoivent un jour que les chambres sont nues et les murs tristes où leur vie s'est écoulée. Cette heure de clairvoyance et de repentir a-t-elle sonné pour notre siècle? A considérer la voie nouvelle où s'engage depuis quelques années notre art décoratif, l'espoir nous en est permis. L'élite croit chaque jour des novateurs hardis qui se font, comme au moyen âge, ouvriers et artisans. L'imbécile division des arts aristocratiques et des arts de roture tend à disparaître et l'artiste peut désormais sans déchoir, ciseler un vase, gaufrer un cuir ou sertir des pierres fines, manier le burin, la gouge ou le brunissoir : Victor Prouvé fut l'un de ces avant-coureurs et de ces héraults. En 1893, à la vitrine d'un papetier nancéen, le peintre exposa en collaboration avec Camille Martin, des reliures d'une technique nouvelle, dont le principe était la mosaïque de cuirs teintés, gaufrés et pyrogravés. L'apprenti s'affirmait du coup technicien subtil, rompu aux finesses de la matière — et poète. La reliure qui décorait les Symbolistes d'Albert Aurier était une symphonie en deux tons, blanc et noir. L'ombre et la lumière y luttent leur vieux combat. Dans un cadre fantastique de nuages funèbres, une fumée de ténèbres, de longs fûts de cyprès mortuaires, dressant leur deuil, et dans l'écartement des nues, parmi les trônes de cendre, un lac mélancolique que cerne une montagne obscure. Mais voici les clartés triomphantes. Des taches vives trouvent l'ombre épaisse : cygne qui vogue, les ailes éployées comme des étendards, mirant dans l'eau son col de neige; buisson touffu de lys fleuris, dressés comme un bouquet de cierges immaculés; vol de colombes, les plumes effarouchées, blanche avalanche qui traverse le ciel; pie vierge, aiguille de neige dont les micas scintillent sous leur fourrure de nuages. Le dessin très serré, très vigoureux, simplifie les formes, abrège les détails du mouvement, le rythme seul est indiqué. Mais cette simplicité est éloquente. Les lignes vibrent, palpitantes d'idée, fléchissantes d'émotion, et l'on sent, sous chaque trait, le frémissement d'un cerveau. Prenons-y garde. Nous touchons ici à l'essentielle originalité de Les Symbolistes. (Reliure.)

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Art et Décoration Prouvé. Ce souci inquiet de l'idée, cette volonté formelle d'animer la matière et de lui souffler une beauté intellectuelle lui sont propres. L'élégance pratique n'est pas l'unique idéal qu'il poursuit et parce qu'il est plus qu'un décorateur, parce que, prodigue d'idées et d'images nouvelles, il n'est point, comme tant d'autres, stérilisé par des procédés d'école et des routines liturgiques, il stimule les lignes, réveille les formes assoupies, ressuscite un art en léthargie. Ainsi faisaient les artisans gothiques, aussi robustes croyants qu'habiles praticiens. Penser une ligne demeure toujours le plus sûr moyen de la faire éloquente et belle. Dans toute l'œuvre de Prouvé nous retrouverons ce caractère. La décoration d'un livre n'est pas pour lui l'illustration banale, le dessin littéraire précisant le texte : les mots n'ont besoin d'aucune explication plastique. Ce qu'il faut au seuil du livre, c'est le phant. Des lignes et des nuances, une émotion nouvelle alors jaillira, d'un charme parallèle qui ne sera « ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre ». Prouvé n'illustre pas, il évoque. Tout le Japon tient sur l'étroite couverture de l'Art Japonais de Gonse. Debout, sous un pêcher, voici la femme aux gestes menus, la poupée caline et chantante, que gardent comme un bibelot fragile les Samouraïs dans leurs maisons de laque et d'osier. Sous le kirimôn de soie mauve, broché de feuilles, le corps frêle et fin transparaît. Le bras nu, accoudé, berce l'éventail bleu. Sur le nimbe des pétales roses, la chevelure d'ébène s'incise, sombre et profonde. Là-bas, parmi les branches, miroite la rivière en fête : des jonques fuient au fil de l'eau, fleuries de femmes parées et qui chantent. Des lanternes tapageuses dansent au bout des perches; une fusée s'épar- visage de l'œuvre, sa couleur, flamboyante ou voilée, son parfum mièvre ou triompile en poussière d'étoiles et le Fusi-Hama dresse sur l'horizon sa face de vieillard indul-

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Victor Prouvé gent aux folies humaines. Entre les nerfs du livre, des masques ricanent. D'autres reliures suivirent, et dans toutes une idée rayonnait, dominatrice de la forme : l'Art décoratif d'Arsène Alexandre, curieuse synthèse des courbes éternelles, femme, oiseau, arbre ou vague, de grâce inépuisable, que la nature offre au décorateur ; — l'Estampe originale : une presse en taille douce, ses leviers en croix, comme de gigantesques ailes de moulin, couvre le revêtement, simplement décoré de feuilles de platanes et de courges; — les Symphonies de Beethoven : dans un étang se mire une femme pensive, et ses tresses se nouent dans l'eau aux tresses de la face infléchie. Aux eaux profondes des symphonies, que de tristesses déjà se sont mirées et reconnues ! Une reliure étrange illustrait les Aveugles de Mæterlinck, imprécise et troublante comme le drame : profils d'arbres fantomatiques, silhouettes inquiétantes de sapins chevelus, broussailles et ténèbres, où des étoiles clignotent, lointaines, et qui vacillent comme des yeux sous des paupières. Des reliures d'albums évoquaient au contraire des visions de soleil, de vergers empourprés, de cerises sanglantes et de femmes rieuses. Enfin dans Salammbô le Zaïmph éblouissant, constellé d'arabesques, d'étoiles et de pierreries, enrobe le livre de ses plis étalés, s'agrafant aux nerfs du dos. Sous la transparence de l'étoffe, le corps s'ébauche de Tanit, la déesse mystérieuse. Voici Moloch, le dieu dévoretur, et voici Salammbô. Devant les cassolettes fumantes, la vierge est debout, torse cambré, tête renversée, chevelure au vent, « sa chevelure poudrée de sable violet ». Le serpent fatidique s'enroule autour du corps, et la bouche de la femme et la gueule de la bête s'unissent en un baiser frigide et monstrueux. II Les épopees héroïques de vie intense et magnifique tentaient Prouvé. Leconte de Lisle et ses Poèmes barbares le fascinaient. Mais à ce cerveau bouillonnant, la reliure devenait un champ trop bref : l'espace man- quait pour dire la marée d'images que soulevait en lui le poème écrit ; à sa verve débordante il fallait l'ampleur du bronze. Le livre se doubla d'un pupitre triomphal et l'hommage se haussa jusqu'à l'apothéose. Un sapin courbé par la tempête, battant l'air de ses bras fous, dessine l'ossature du meuble. D'un hallier une femme surgit, chasseresse alerte et musclée, les yeux fauves, tendus vers une proie, d'une main rejetant sa chevelure emmêlée et crispant son poing droit aux crins rudes d'un loup qui l'entraîne. Dans les hautes herbes d'une jungle, parmi des lianes, des jonces, des débris d'idoles hindoues, un tigre rode, et, dominant la femme, l'arbre et les fauves, par dessus la tempête et les nuages zébrés d'éclairs, ses larges ailes étendues, le condor plane. Dans ce fracas, le livre repose sous son armure de métal rigide. Les plats, vêtus de plaques de cuivre repoussé, évoquent des formes d'oiseaux, d'hommes et de bêtes, qu'on dirait empruntées à des cuirasses gauloises ou scandinaves. Les chasses du livre et le fermail sont armés de bronze ouvrage. Sur le cuir, d'un bleu mat, vision évocatrice d'incendies et de massacres, une flamme écarlate crépite et flamboie. Mais ce que les mots misérables ne

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Art et Décoration peuvent dire, c'est l'impression de force, de grâce brutale et de grandeur qui se dégage la toison nocturne, semée d'étoiles. Un croissant de lune et des pavots s'y mêlent harmonieusement. Sous les cheveux, et comme écrasés par leur ombre, se dressent des groupes allégoriques: corps enlacés d'une furieuse étroite, agonisants tordus dans un râle, amants crispés, vierge endormie, malades et vicieux, miséreux et désespérés, tout un monde grimaçant, turbulent et dramatique qui dit l'éternité de la douleur humaine. Des faces ricanent, convulsées de désirs, des yeux flambent, des mains s'agitent, tremblantes et mauvaises, un bras armé jaillit de l'ombre et frappe. Tout ce que cache l'horreur des ténèbres, la Misère, la Faim le Viol, l'Assassinat et le Désespoir, tous les désirs brutaux qui naissent au crépuscule, toutes les passions de nuit, les tourments et les fièvres qui mènent l'humanité, s'incarnent en ce tumulte de corps enchevêtrés. L'Effroi les guette. Et c'est comme un sanglot tragique et de souffrance aiguë qui monte vers la voûte taciturne, fleurie d'astres, et qui s'y brise. Mais, sans pitié pour l'humanité chétive qui pleure sous ses lourds cheveux, sourde aux lamentations comme aux colères, sur les mains Hôtel de ville de Nancy. MARS de l'œuvre. Devant le brusque élan des corps lancés, la fougue de l'instinct qui se rue, on demeure surpris, terrassé. L'âpre grandeur des palingénésies, le charme obscur des époques animales, l'amour du sang et la volupté du carnage, tous les appétits furieux de la bête humaine débridée sont fixés ici dans leur beauté farouche : c'est « le rugissement de la vie éternelle ». L'œuvre fut exposée au salon du Champ de Mars en 1896. Elle surprit. La critique moderne n'a point d'étalon pour ces œuvres géantes, et l'effort courageux de l'artiste ne fut compris, mais passionnément, que de quelques-uns. Une coupe figurait au salon de 1893, la Nuit, œuvre imprévvue, originale et de somptueuse beauté. — Un visage de femme figurant le Silence, le front hautain, les paupières closes, la bouche sereine, d'un vol placide, majestueux et lent, sur les ténèbres glisse. Les traits sont calmes, d'une gravité surnaturelle, et le masque paisible évoque le mystère inoubliable de certaines nuits pacifiques et voilées. La chevelure flotte, soulevée et gonflée par le vent et s'incurve en carène. Des oiseaux funèbres, chauves-souris, chats-huants, sont nichés dans Hôtel de ville de Nancy. JANVIER qui supplient et sur les poings tendus, sur les fronts en sueur, sur les plaies et sur les larmes,

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Victor Prouvé coule, impassible et radieuse, la face de silence. Aux plis profonds du manteau vespéral, les clameurs s'éteignent, les plaintes meurent, les fureurs s'assoupissent. Elle est la mer magnifique et profonde et l'océan d'oubli où tous les fleuves de la tristesse humaine viennent s'évanouir. Au Salon de 1894, au Champ de Mars, Prouvé exposait un coiffret curieux dédié à la Parure. Droite et nue, une femme la symbolise, le corps souple dressé nerveusement sur les pieds tendus, nonchalante et superbe, elle joue avec sa chevelure dénouée. Les mains lentes glissent dans la soie fraîche, les bras s'étirent dans une orgueilleuse détente et sous le casque lourd de la coiffe, le profil s'enlève, fin, dédaigneux, triomphateur. Le geste et le regard sont d'une impératrice qui sait sa puissance terrible et qu'au moindre appel de ses lèvres souveraines, des hommes s'en iront, au péril de leur vie, cueillir au fond des océans, dans les forêts de madrépores, la perle qu'Elle convoite. Aux pieds de la femme, une chi- Chaque face du coiffret est vêtue d'émaux cloisonnés qui sont l'œuvre de C. Martin La Nuit. BRONZE La Nuit. (Coupe.) BRONZE mère de bronze, les ailes étalées, étreint dans sa gueule une améthyste que cisela Gallé. et l'armature est faite de tiges recourbées où grimpent et s'enroulent des passiflores.

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Art et Décoration Le corps, radieux de force élégante et de grâce, est d'une ampleur et d'une magnificence dans la coquetterie, qui ne sont ni d'un moderne ni d'un classique. Cette vierge, d'impudeur hautaine, ce n'est ni la femme d'aujourd'hui ni l'Aphrodite grecque, c'est plutôt l'Artémis farouche des religions primitives. De cette œuvre décorative, commencée il y a quatre ans à peine et déjà abondante, il faut citer encore les bijoux dont aucun ne fut exposé et quelques statuettes dont je veux détacher, pour l'exalter, la fine et délicate Floramye, la petite Fille-Fleur qui, jaillie du calice étrange d'un orchis, les doigts fins unis sur les lèvres, tend vers quelque Parsifal la grâce troublante de sa taille flexible, de ses hanches musicales, de ses seins légers. C'est une fièvre contagieuse que celle du résolument moderne que celle de Prouvé, sans nulle tare d'archéologie ni de pastiche, détonne étrangement. L'éclatante jeunesse de l'objet semble exilée. Il faudrait, pour l'en-cadrer, des murs, des parquets et des plafonds vêtus de mêmes nuances, des meubles et des étoffes appareillées. Par une pente insensible et fatale, l'artiste est donc conduit à l'étude du bois, des tissus, du papier, de tout ce qui pare de beauté nos chambres familières, et pour loger un vase, il construit une maison. Ainsi, Prouvé, renouant la tradition brisée des maîtres espagnols, exposait au dernier Salon un panneau de cuir ciselé et repoussé où il tirait de la matière, sans lui donner pourtant le relief du bois ni la patine de la cire, des effets ornementaux d'une finesse et d'une intensité inconnues à Cordoue. Dans la ramure épanouie d'un pommier, une fille, les paupières plissées et rieuses, la bouche humide, décor. Dans nos maisons, encombrées comme des musées d'art rétrospectif, une coupe aussi dans la chair d'un fruit mûr, mord à pleines dents, voluptueuse. La face gourmande est

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Victor Prouvé encadrée de mèches frisées où des verdures s'entrelacent. Par dessus l'épaule nue, coule un regard de malice espiègle et de joie sensuelle. La flamme des yeux, l'éclair des lèvres, les joues pleines, creusées de fossettes, laissent une impression d'estivale splendeur et de chair fraîche. Ainsi que dans tout l'œuvre de Prouvé, la femme se révèle un être de vigueur et d'équilibre autant que de grâce. La vie coule en sèves chaudes sous la peau fleurie, la force éclate en gestes déliés, la joie ruisselle. N'y cherchez pas pourtant les festins de chair croulante où s'égaiaient les peintres de kermesses. La sensualité du Lorrain est d'une qualité plus fine que la flamande et se prête mal au lyrisme exubérant des formes. Il y a dans sa jovialité moins d'instinct et plus de raffinement, plus de malice et d'ironie aussi, et le sourire narquois s'y mouille parfois de tendresse et de maternité couveuse. Ce n'est pas le moindre charme de l'art de Prouvé que d'y trouver, réfléchies, ces nuances de l'âme lorraine. De sa peinture décorative, de ses plafonds ensoleillés, des médaillons vigoureux et rustiques de l'Hôtel de Ville de Nancy ou des fresques d'amour et de sérénité destinées à décorer l'Hôtel de Ville d'Issy, je ne pourrais parler sans aborder l'ensemble de son œuvre picturale. Une même pensée s'y affirme, différenciée seulement par les exigences de la décoration, et c'est dans les tableaux de chevalet comme dans les peintures murales la même qualité d'art : ampleur de l'idée, vigueur expressive du dessin, intensité de l'émotion toujours fougueuse, discrète et refoulée, mais indiquée avec force et d'un geste sobre, comme il sied au Lorrain. Et pour que cette nomenclature fût complète, il faudrait dire la beauté sculpturale du monument de Nancy dédié au président Carnot par la Lorraine. Au pied de l'olivier dont la ramure encadre le masque du mort, deux femmes, la Paix et la Force, s'avancent l'une vers l'autre. Les mains s'unissent et les visages échangent de silencieuses promesses. Allégorie sans doute, mais rafraîchie et vivifiée par un flot d'émotion si puissant qu'elle en devient émouvante. Elles proclament, ces images éloquentes, la joie du travail, la grandeur des besognes pacifiques et fécondes et l'orgueil de la Force mise au service de la Justice et de l'Humanité. Il convenait, sur l'une des places publiques de la capitale lorraine, devant la porte de Metz et les plaines soumises, où se dressent mal, en trophées attestant la victoire brutale, ces lions de granit rouge aux griffes sanglantes, il convenait que ce monument s'élevât, cri superbe d'une conscience nationale qui, devant l'injustice accomplie, se cabre encore inconsolée; la vigueur de l'idée et la simplicité des lignes qui l'expriment la font accessible à tous. Devant la noblesse des corps et la loyauté des gestes, des yeux s'attendriront et s'ouvriront à la bonté ; un éclair de beauté luira dans les cervelles fumeuses ; des colères, des haines s'apaiseront ; un songe de vie simple, juste et joyeuse envirera les âmes frustes et stimulera en elles le goût de la vie. L'exemple est donc ici éclatant d'un art vraiment populaire, fondé sur une exacte psychologie des foules et capable, par sa simplicité, d'émouvoir les plus pauvres d'esprit. Dans cette trop brève revue de quelques œuvres de Victor Prouvé, j'ai dit l'artiste et le poète; j'ai négligé, de parti pris, la technique savante de l'ouvrier. Qu'il sache la matière et ses lois, son degré de résistance ou de souplesse, la finesse du grain et la mesure de ses

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Art et Décoration complaisances, la chose éclate aux yeux les moins exercés. Dans chaque objet, l'intelligence et l'habileté des doigts de fer et de velours se révèlent, la maîtrise s'affirme et s'amplifie. Ce qu'il faut dire pourtant, c'est le J'ai préféré louer le principe de l'œuvre, j'ai voulu dire l'espoir joyeux qu'on pouvait concevoir devant les tendances de cet art nouveau venu de Moselle, qui d'un élan vigoureux, nous ramène à la nature, à la liberté et à la vie, dont Monument Carnot. NANCY labeur intrépide de l'artisan, qui, justement méfiant de la division du travail, la mort de l'art, comme les maîtres d'autrefois mène d'une main volontaire et joyeuse tout son ouvrage, du découpage initial jusqu'à l'affinement des gaufrures, mouille la peau, la bat, masse, frappe, polit, lamine, repousse, estampe et cisèle lui-même. les géomètres nous avaient désaccoutumés. Sur cet art en germination, l'heure n'est pas venue de tenter une synthèse. Si certaine et lourde d'épis que soit la moisson future, le critique, aujourd'hui, ne peut qu'exalter les semaines, qu'indiquer au public le geste des semeurs. GEORGES DUCROCQ.

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LE VITRAIL (Suite) L'exécution d'un vitrail comporte tout d'abord le choix des verres dont les colorations auront été déterminées d'avance par la maquette du peintre. C'est donc de cette maquette que dépend avant tout l'harmonie des tons. Il est absolument superflu, pour un vitrail ou pour une tapisserie, d'exécuter à grands frais une peinture qui générerait l'artiste chargé de l'exécution, en lui imposant une facture inapplicable au travail de la laine ou à celui du verre. Ce qu'il faut lui donner, c'est un dessin d'exécution très précis pour les contours, mais laissant une large part à son initiative dans l'interprétation. Pour le vitrail, il est indispensable que le peintre ait tenu compte, en dessinant, de la largeur des plombs qui doivent sertir et séparer les uns des autres les verres colorés. Le vitrail, comme toute œuvre décorative, exige dans l'agencement d'une scène comportant des figures et des fonds de paysage ou d'architecture, des simplifications de forme et de modèle qui sont l'une des conditions essentielles de son effet. Il ne saurait admettre, en aucun cas, ni la composition, ni l'exécution qui conviennent à un tableau, dont le but n'est pas de décorer une surface opaque ou translucide, mais de donner l'illusion d'un morceau de nature, pris d'un point de vue bien choisi et isolé dans un cadre. C'est faute d'avoir distingué le vitrail du tableau, que les peintres verriers du xvie siècle ont déterminé la décadence et la ruine d'un art qui avait brillé en France plus qu'en aucun autre pays. Il faut donc non seulement que le carton soit bien composé, mais encore que l'exécution soit faite suivant un sentiment vraiment décoratif et pour une destination spéciale. Du xiie au xive siècle, les peintres verriers ne s'écartaient pas, dans l'exécution, des procédés sommaires pour le modelé qui sont indiqués dans le traité de Théophile. Le modelé se réduisait à des demi-teintes, sur lesquelles le trait est généralement posé à cheval avec une incroyable dextérité. Mais c'est là un procédé archaïque qui convient à une interprétation décorative, mais naïve, des figures; et pareille naïveté ne serait pas de mise aujourd'hui. Exécution de LEBAYLE. Les maîtres de la Renaissance, en exaltant la beauté de la forme, en fixant les lois de