Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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PLAISIR de FRANCE IMAGES de FRANCE OCTOBRE 1939 LE NUMÉRO : 8 F750 13, RUE S'GEORGES.PARIS

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A nos Lecteurs, LA FRANCE est en état de guerre. Mais un devoir certain s'impose à notre revue comme à toutes les autres formes de l'activité nationale : continuer, malgré les événements et malgré les difficultés. La vie d'un grand pays ne peut s'arrêter ; vie économique, vie intellectuelle ou artistique reprennent déjà avec cet accent de sereine gravité qu'y imprime la guerre. C'est l'image de cette France que nous continuerons à montrer ici. Les restrictions qui nous sont imposées par l'autorité supérieure nous obligent à diminuer le nombre de nos pages, mais nous nous attacherons à conserver l'élégance de leur présentation. Notre titre cependant ne convient plus dans les circonstances actuelles. En attendant que notre pays n'offre de nouveau que le visage de la paix, PLAISIR de FRANCE momentanément devient IMAGES DE FRANCE --- OCTOBRE 1939 — N° 61 "IMAGES de FRANCE", REVUE MENSUELLE 13, RUE SAINT-GEORGES, PARIS-9e Téléphone : Trudaine 82-54 Chèques postaux : Paris 178.705 R. C. : Paris 261.513 B (Seine) TARIF DES ABONNEMENTS VALABLE DEPUIS LE 1er JANVIER 1939 A) FRANCE, COLONIES FRANÇAISES et MONACO --- F. F. --- un an89 » --- 6 mois48 » --- B) ÉTRANGER --- I. Suisse --- F. S.F. F. --- 15 »120 » --- 8 »65 » --- II. Pays accordant une réduction d'affranchissement : --- Afrique du Sud (Union), Albanie, Argentine, Belgique et Colonies belges, Brésil, Bulgarie, Canada, Chili, Colombie, Costa Rica, Cuba, République Dominicaine, Egypte, Equateur, Espagne et Colonies espagnoles, Estonie, Finlande, Grèce, Guatemala, Haïti, Hedjaz, Hollande et Guyane hollandaise, Honduras, Hongrie, Irak, Iran, Italie et Colonies italiennes, Lettonie, Libéria, Lituanie, Luxembourg, Mexique, Nicaragua, Panama, Paraguay, Pérou, Pologne, Portugal et Colonies portugaises, Roumanie, Salvador, Terre-Neuve, Turquie, U.R.S.S., Uruguay, Vatican (Cité du), Venezuela, Yougoslavie. --- III. Pays exigeant le plein tarif d'affranchissement. Tous les pays ne figurant pas ci-dessus. --- F. F. --- 160 » --- 87 » --- ABONNEMENTS-POSTE. — L'administration des postes de certains pays accepte des abonnements aux tarifs français majorés d'une taxe variable dans chaque pays. Tous renseignements complémentaires sont fournis gratuitement par les bureaux de poste. Les abonnements-poste peuvent être également souscrits aux mêmes conditions chez les libraires de ces pays. CHANGEMENT D’ADRESSE. — Les demandes de changement d’adresse doivent être accompagnées d’une bande et de la somme de DEUX francs en timbres-poste. ÉTATS-UNIS. — «Entered as second-class matter November 4, 1936, at the post-office at New York, N.Y., under the Act of March 3, 1879 (Sec. 523 P. L. and R.).» Nous prions nos abonnés et lecteurs d’exercer le retard avec lequel paraît ce numéro. Il est dû aux événements et en particulier au rappel sous les drapeaux d’un grand nombre de nos collaborateurs.

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Echod et Informations COUTURE ET HAUTE COUTURE Adrienne ThieLLAY, 51, rue Le Peletier (Tru.: 24-00) reste à la disposition de la clientèle pour l'exécution de tous travaux de couture (transformations, réparations). DESSINS CRÉATIONS HAUTE COUTURE Léo Tissandé prendrait quelques élèves ayant notion dessin, douées de goût et d'imagination. Prix à forfait, 48, rue d'Orsel, Paris (18e). Mont. 67-58. APPEL DE LA CROIX-ROUGE La Croix-Rouge française met actuellement à la disposition de la défense nationale un nombre considérable d'infirmières diplômées qu'elle a instruites ; elle organise de nombreux hôpitaux auxiliaires qui pourraient être ouverts en quelques jours en cas de nécessité. La Croix-Rouge a besoin de réunir d'urgence des ressources considérables pour porter ses moyens au niveau des dépenses auxquelles elle peut être appelée à faire face demain ; elle demande aux Français et aux Françaises de lui venir en aide. Adresse les envois à l'une des trois sociétés qui composent la Croix-Rouge : Société de Secours aux Blessés militaires, 21, rue François-Ier (chèques postaux : Paris 17-62); Union des Femmes de France, 102, boulevard Malesherbes (chèques postaux : Paris 879-39); Association des Dames Françaises, 16, boulevard Raspail (chèques postaux : Paris 429-30). --- MUSCAT DE FRONTIGNAN DE LA COOPÉRATIVE Expéditions caisses : - 2 bouteilles, 40 francs ; - 3 bouteilles, 60 francs ; - 6 bouteilles, 108 francs ; franco à domicile contre versement compte chèque postal : Montpellier 38-65. Echantillons gratuits. COOPÉRATIVE O.S MUSCATS DE FRONTIGNAN (Mérault). Agents sérieux demandés. --- M. ED. ALOPHE "AU DIRECTOIRE" 46, RUE DU BAC, 46 a réuni une véritable collection de Meubles des Époques DIRECTOIRE et EMPIRE très à la mode pour les intérieurs modernes --- REOUVERTURE DE LA SAISON "Les Huîtres" TRAKTIR 16 avenue Victor-Hugo PARIS Restaurant et Dégustation ouverts jusqu'à 23 heures Livre dans tout Paris et Neuilly MÊMES MAISONS : PRUNIER 9 rue Duphot Expédie partout. 72st St James's Street, London --- RELIURE DE LA COLLECTION DE PLAISIR de FRANCE Les ateliers de reliure de L'ILLUSTRATION se chargent de la reliure de la collection de PLAISIR de FRANCE. Les 12 fascicules annuels sont rassemblés en un volume, sans les annonces, mais, au gré de l'acheteur, avec la première page de couverture. Exceptionnellement, le premier volume pourra comporter les 15 fascicules parus d'octobre 1934 à fin décembre 1935. Le modèle de reliure offert à la clientèle se présente sous un luxueux aspect : dos et coins en cuir bleu, plats en toile ivoire. Titres et filets frappés or. Sur demande, la reliure peut être exécutée avec le dos et les coins en cuir rouge ou vert. PRIX DE LA RELIURE : 60 FRANCS LE VOLUME Les fascicules devront être adressés, solidement emballés, aux frais de l'envoyeur, au Service de la Reliure de L'ILLUSTRATION, 13, rue Saint-Georges, Paris (9e). Les volumes une fois reliés seront réexpédiés en boîte, les frais de port et d'emballage à la charge du client. Une boîte pour 1 à 3 volumes sera comptée 4 francs. Une boîte pour 4 à 6 volumes sera comptée 5 francs. Pour les Colonies et l'Etranger, les réexpéditions seront faites en caisse. --- IMAGES DE FRANCE

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ROSE VALOIS 18, rue Royale Salons ouverts de 11 heures à 17 heures. JEAN PIERRE 10, rue Duphot, Paris. Hôtel ROYAL, LA BAULE-SUR-MER informe son aimable clientèle qu'il est actuellement à sa disposition. --- Un Régime ! Mais non... du RIZ! L'aliment qui nourrit sans alourdir LE RIZ D'INDOCHINE PRODUIT DE L'EMPIRE FRANÇAIS BUREAU DE PROPAGANDE : 20, rue La Boétie - Paris A.3 --- LOTTERIE NATIONALE 21% de gagnants! Year --- Total Amount --- % of Winners --- 1953 --- 200,000 billion --- 10% --- 202,436 billion --- 1954 --- 1,000,000 billion --- 11% --- 111,411 billion --- 1957 --- 1,500,000 billion --- 12% --- 183,840 billion --- 1958 --- 1,500,000 billion --- 13% --- 199,686 billion --- 1959 --- 1,500,000 billion --- 21% --- 316,713 billion --- Soit 21% de gagnants sur 5 --- IMAGES DE FRANCE

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Pières A Lire L'ATTENTION des lettrés avait été fort attirée, il y a environ trois ans, par un roman de M. Pierre Audiat qui s'appelait : la Porte du fond, et qui était une étude, extrêmement poussée, sur le double plan psychologique et lyrique, d'un certain cas de folie. Le même auteur nous donne aujourd'hui un livre d'une envergure beaucoup plus vaste et qui le porte d'un seul coup, me semble-t-il, au premier rang : la Haute Nuit (1). Laurent aime Gisèle et l'épouse. Mais des trois maîtresses qu'il abandonne pour elle, l'une, Denise (qui est sa secrétaire), ne pardonne pas. Au cours d'une scène violente d'explication, elle l'assomme avec une statuette de bronze. Crime qui d'ailleurs ne sera jamais découvert. Gisèle, malgré l'enfant qu'elle met au monde, ne désarme pas la haine jalouse que lui voue sa belle-mère. Elle élève son fils, qui porte aussi le nom de Laurent, elle se consacre tellement à son éducation qu'elle en refuse de se remarier. Les années passent... Elle s'aperçoit que Laurent lui échappe et elle ne tarde pas à éprouver pour Junie, la jeune fille qu'a choisie le jeune homme, la même aversion que jadis sa belle-mère avait pour elle. Cette Junie, une merveille de douceur, de charme et de beauté, semble concentrer sur elle la haine et la rancune de toutes ces femmes dont sa chance accuse en quelque sorte l'échec : Denise surtout, la très ténébreuse, qui n'est demeurée au service de la maison des Laurent que, dirait-on, pour attendre l'heure de la vengeance. L'accouchement de Junie est si malheureux que l'enfant meurt et qu'elle est condamnée à n'en plus avoir. Et les Parques de se réjouir. Rien n'est plus infidèle qu'un tel résumé (nécessaire pourtant) pour donner l'impression de ce roman. Car, même s'il était beaucoup plus détaillé, il ne saurait rendre ce qui est essentiel ici : l'atmosphère, la vérité et la vie des personnages. M. Pierre Audiat est mieux qu'un parfait psychologue : c'est un artiste sûr de tous ses moyens et un artiste classique. Son roman est composé avec une sobriété à laquelle nous ne sommes plus guère habitués depuis la vague imbécile des romans-fleuves, mais aussi avec une plénitude et une richesse que nous chercherions en vain dans la plupart des ouvrages à la mode. Chacun des personnages est nettement déterminé et son relief se marque d'autant plus vivement à chaque contact avec les autres. La connaissance de l'âme féminine est surprenante, et l'intrigue dans laquelle sont engagées ces créatures est menée avec une autorité souveraine et qui n'est telle que parce qu'elle imite exactement celle du Destin. Oui, M. Pierre Audiat, auteur ultra-moderne, a le sens du Fatum aussi vif, aussi exact, aussi authentique que celui des Tragiques de l'antiquité. Et c'est cela qui donne à son livre (dont le sujet est après tout emprunté à la vie la plus courante) ce caractère de gravité presque religieuse dont seuls les maîtres d'autrefois avaient le secret. Il est d'une audace psychique et sexuelle absolument complète, il ignore toute fausse pudeur, il fouille (notamment dans ses terribles dialogues entre femmes) l'âme humaine jusqu'en ses replis les plus cachés, il démasque les intentions à demi conscientes, les velléités, il débusque toutes les larves de la malveillance, de la haine, de l'humiliation. Et néanmoins tout cela reste pur, détaché, empreint de je ne sais quelle auguste sérénité qui inclut une pitié supérieure. Je défie qui que ce soit de ne pas adorer cette douce Junie quand elle apparaît dans le livre, pure, saine, droite comme une colonne dorique, mystérieuse comme une divinité. On dirait une héroïne de Sophocle, tout espoir est en elle ; et, cependant, comme une héroïne de Sophocle, l'Ananké la guette et s'abat sur elle. C'est la marque des grands artistes qu'ils reconnaissent dans la vie contemporaine (où les autres ne voient qu'anecdote) les lignes générales, les lois toujours identiques, l'intervention des Euménides, la présence muette des « Mères ». M. Pierre Audiat sait évoquer par le seul développement de l'intrigue et la seule pénétration des secrets psychiques ces réalités secrètes et grandioses. Ce n'est pas en lisant la Haute Nuit que ces conclusions s'imposent, c'est après, quand, échappé à l'emprise romanesque, on juge l'ouvrage sur le plan esthétique. Alors on s'aperçoit de l'art subtil et puissant avec lequel est menée cette intrigue et notamment de la signification que possède le personnage central, cette Gisèle, passionnée, incohérente et misérable, condamnée à subir en son cœur le supplice d'envie infligé à sa belle-mère dans des circonstances analogues, comme si chaque génération devait infailliblement repasser par les chemins où elle avait ri de voir s'embourber la précédente, et à n'avoir, dans ce cycle effrayant de déceptions et de chagrins, que quelques heures d'intensité dans la « haute nuit »... FRANCIS DE MIOMANDRE. --- (1) Les Éditions de France. IMAGES DE FRANCE

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IMAGES de FRANCE PLAISIR de FRANCE N° 61 6e ANNÉE — 1939 SOMMAIRE D'OCTOBRE Olivier QUÉANT, Directeur; Roger BASCHET, Rédacteur en Chef; Anne PIERRY (Mme MERCIERIONDEL), Secrétaire de la Rédaction. | Pages | |-------| | PRIÈRES... par MARCEL LASSEAUX.. .. .. | 2 | | ALGER, DIXIÈME ÉTAGE .. .. .. .. .. | 7 | | LE CHÂTEAU DE CABRIÈRES, par P.-E. CADILHAC .. .. .. .. .. | 11 | | FEMMES DE THÉATRE CHEZ ELLES : I. PAULETTE PAX, par JACQUES DE MONTALAIS .. .. .. .. .. | 14 | | II. LYS GAUTY .. .. .. .. .. | 16 | | III. SUZY SOLIDOR, par MARINA PAUL-BOUSQUET.. .. .. .. .. | 18 | | JARDINS DE PROVENCE, par ERNEST DE GANAY .. .. .. .. .. | 21 | | LA MODE .. .. .. .. .. .. | 26 | | IMAGES DE PARIS : SEPTEMBRE 1939 .. | 38 | Droits réservés pour tous les articles de ce numéro (texte et gravures). Copyright by « Images de France », 1939. Les manuscrits, insérés ou non, ne sont jamais rendus et ne peuvent en aucun cas faire l'objet d'une réclamation. Phot. G. de Miré

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Le halo mouvant des herses chargées de cire... Chaque flamme est une prière. PRIÈRES par MARCEL LASSEAUX. C’EST fait : la force du mal est déchaînée! La bille sanglante tourne de plus en plus vite dans la roulette du destin; chacun de ses rebondissements saccadés écrase des êtres et broie des cœurs; et nul ne sait quand cela finira. Pourtant voici que se gonfle, profonde et mystérieuse comme la mer, en face de cette force brute la vague de fond d’une autre force : la prière. Cette prière, elle revêt des aspects multiples et émouvants : émouvants, parce qu’elle est la contribution spontanée et pressante des femmes, des faibles, des deshérités de la force qui veulent servir quand même l’œuvre commune de la défense du sol et de la race; multiple, parce qu’elle va de l’invocation collective, majestueuse et vibrante, à l’humble supplique solitaire, murmurée à lèvres presque closes cœur à cœur avec l’infini. Entrez dans l’un ou l’autre des sanctuaires que vous offre Paris, basilique centenaire ou chapelle aux plâtres encore frais; ne choisissez pas, peu importe : le cadre change, l’âme est unique, car c’est celle du peuple même de France qui ne connaît plus de haines, ni de castes, ni de classes, ni de jalousies, ni de mesquines querelles, ni de petitesesses d’aucune sorte, telle en un mot qu’elle devrait toujours être. Il n’y a plus dans l’ombre de ces voûtes, qui pour la plupart virent passer tant d’agonies morales, comme dans le halo mouvant des herses chargées de cires de riches ou de pauvres, de puissants ou de misérables : il n’y a que des êtres pliés par un destin commun, qui souffrent pareillement dans leur chair, dans leur âme; tous, bourgeois ou gens du peuple sentent peser sur leurs épaules une menace identique et leur peine est la même, car la douleur ne distingue pas entre les fortunes; et tous apportent en offrande le meilleur d’eux-mêmes pour le salut de l’absent et le triomphe d’une cause juste. Ici commence l’égalité dans l’épreuve et la prière comme elle l’est au front devant la mort et le devoir. De l’aube à la nuit, le courant des âmes en quête « Il n’y a plus dans l’ombre de ces voûtes de puissants ou de désérités... il n’y a que des êtres pliés par un destin commun... »

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...Seulement, de temps à autre, un bruit nouveau dans le sanctuaire : le choc métallique d'un étui de masque à gaz contre le bois dur d'un prie-Dieu... d'espoir et de consolation glisse silencieusement entre les piliers trapus ou élancés, massifs ou aériens ; le flot se gonfle et s'agglutine aux heures des offices pour s'écouler ensuite et comme à regret, mais pour se renouveler sans cesse comme une source qui n'aurait pas de fin. Atmosphère prodigieuse que celle de nos églises de guerre ! Plus de pompes, plus de faste, mais la liturgie simple et nue, silencieuse, encore plus recueillie et comme repliée dans la concentration de son adoration; plus d'orgues majestueuses, mais sou- dain le chant combien émouvant de milliers de poitrines unies dans une même ardeur d'invocation; plus de bruits, plus de chaises qui grincent, plus de talons qui claquent sur les dalles, mais un silence imposant et tout chargé de sens ; seulement, de temps à autre, un bruit nouveau dans le sanctuaire : le choc métallique d'un étui de masque à gaz contre le bois dur d'un prie-Dieu, rappel brutal de la férocité des hommes. Parmi ceux qui passent, sta- L'invocation collective majesteuse et vibrante... : une messe présidée par S. Em. le cardinal Verdier à Notre-Dame-des-Victoires. Cette prière, elle revêt des aspects multiples et émouvants... elle est la contribution spontanée et pres- sante des femmes, des faibles... qui veulent servir quand même...

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tionnent et silencieusement font place à ceux qui viennent sans relâche, il y en a, on le sent, qui ont depuis longtemps désappris le chemin qui mène ici. Certains de ces anonymes sont visiblement dépayssés, embarrassés, mal à l'aise; d'autres affectent une assurance trop dégagée pour être solide; d'autres encore se glissent, se font petits; ceux-là sont les « pauvres honteux » de la prière et ceux-là sont touchants. Ils jettent des coups d’œil furtifs sur leurs voisins, prompts à calquer leurs mouvements, leur attitude sur les leurs avec une bonne volonté qui émeut profondément. Cependant, très vite l’ambiance, le recueillement, l’ardeur muette de cette foule à genoux, la solidarité étroite dans la souffrance et dans l’espoir agissent sur ceux qui viennent parfois de loin, du fond de tout un passé, pour demander le salut d’un être cher ou seulement la force de le quitter. Bientôt saisis, enveloppés, soulevés au-dessus d’eux-mêmes par le souffle qui passe ils se fondent, « farauds » et « honteux », dans la masse qui les agrège, et si la prière qu’à leur tour ils murmurent dans la pleine liberté de leur conscience est maladroite ou peu protocolaire, je suis prêt à gager ma tête qu’elle n’est pas la moins émouvante et, à coup sûr, la moins puissante. C’est ainsi, c’est dans ce coude à coude fraternel où se resserrent tous les liens de la nation, que se forge cette armure mystique que la France s’est toujours donnée