Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

Page 1

LES ECHOS DES INDUSTRIES D'ART BUFFET PROVENÇAL MODERNE PAR DAVID FRÈRES À MARSEILLE ACHETÉ PAR LA VILLE DE MARSEILLE POUR SON MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS N° 10 MAI 1926

Page 2

F. BARBEDIENNE G. LEBLANC-BARBEDIENNE, Successeur LE GRANIT DANS TOUTES SES APPLICATIONS MONUMENTS PUBLICS — DEVANTURES MONUMENTS FUNÉRAIRES, REVÊTEMENTS DÉCORATION GÉNÉRALE --- USINE à CROSNE (S.-et-O.) 61, Avenue de la République Mr PERRIN, Directe technique REG. DU COMMERCE 147.111 SIÈGE SOCIAL 30, Boulevard Poissonnière PARIS (IXe) TÉLÉPH : GUTENBERG 17.51 --- HENIN & CIE ORFEVRERIE D'ARGENT 77 rue des Archives PARIS - IIIe TEL ARCHIVES 32-40 ADRESSE TELEGRAPHIQUE ORFENINO-PARIS --- Les Papiers Peints Les Lavables “SANA” M.D. Paul Gruin MAURICE GRUIN FILS, SUCCESSEUR Exposition des Arts Décoratifs et Industriels Modernes 1925 Membre du Jury Hors Concours Services Administratifs et Commerciaux: 50, Boulevard de Reuilly 4, Place Daumesnil, 4 Services Techniques: 76, Rue de Reuilly — PARIS — ---

Page 3

V. J. DUCHESNE & P. BINET 27 RUE DES JEÛNEURS PARIS - TÉL. GUTENBERG 29-97 & 70-38 (2e ARRT) - ADR. TÉLÉGR DUCBIN-PARIS --- TISSUS D'AMEUBLEMENT & TAPIS CRETONNES TOILES DE JOUY VELOURS, ETC --- SUCCURSALE À PARIS : 39 bis, Rue du Faubourg Saint-Antoine. — Téléphone : Diderot 05.46 *

Page 4

LES ÉCHOS DES INDUSTRIES D'ART REVUE MENSUELLE SONT ENCARTEES GRATUITEMENT DANS LES ÉCHOS LA GRANDE REVUE COMMERCIALE FRANÇAISE PARAISSANT T. LES MERCREDIS --- LES ECHOS DES INDUSTRIES D'ART 24 & 4, RUE MARTEL, PARIS-10° TÉL. BERG. 04-04 ET LA SUITE --- L'ABONNEMENT AUX ÉCHOS DONNE DROIT AU SERV. GRATUIT DES ÉCHOS DES INDUSTRIES D'ART PRIX DE L'ABONNEMENT FRANCE, BELGIQUE, UN AN, 80 F. ÉTRANGER, 6 DOLLARS OU L'EQUIVALENT AU COURS DU JOUR. — PRIX DU NUMÉRO : 5 FRANCS. — VENDU EXCLUSIVEMENT AUX ABONNÉS. --- SOMMAIRE LA CÉRAMIQUE D'ART, par René CHAVANCE... --- PAGE --- LA CÉRAMIQUE DANOISE --- UN INTÉRIEUR MODERNE --- LA DÉCORATION MODERNE AU THÉÂTRE ET AU CINÉMA --- PAGE --- LA PROPRIÉTÉ ARTISTIQUE EN ITALIE --- CARDEIL HAC ORFÈVRE 24 - PLACE VENDÔME PARIS ORFÈVRERIE COUTELLERIE FINE OBJETS D'ART BIBELOTS --- SOCIÉTÉ ANONYME DES ANCIENS ÉTABLISSEMENTS F. BORDEREL & ROBERT FERRONNERIE D'ART 151, RUE DAMRÉMONT, 151 CRÉATION DE RAYMOND SUBES, DIRECTEUR ARTISTIQUE

Page 5

LES ECHOS DES INDUSTRIES D'ART La Céramique d'Art par RENE CHAVANCE AUCUN bibelot ne s'adapte mieux à notre goût moderne qu'une belle pièce de céramique. À la fois sobre et précieuse, elle trouve admirablement sa place dans un intérieur d'aujourd'hui. Elle s'accorde avec la simple harmonie des meubles que nous aimons, avec le raffinement des tonalités auxquels se plaisent nos yeux. Elle met de la lumière et de la joie dans la maison. C'est ce qui explique l'ardente floraison actuelle des arts du feu. Nulle part elle ne se manifeste avec plus d'intensité que chez nous, où d'ailleurs la céramique est de tradition nationale. Si ses fruits sont d'inégale qualité, on y voit naître, sous l'inspiration de nos artistes, quelques-uns des plus beaux qui soient. Les dimensions d'un article ne permettent pas de préciser une aussi vaste production. Il faut nous borner à en donner un rapide aperçu. Comme nous l'avons fait pour le décor de la table, c'est à Sèvres tout d'abord que nous irons prendre des exemples, Sèvres qui par sa destination première est le conservatoire, le laboratoire des arts céramiques. Tandis que sous l'active direction artistique, instaurée par M. Lechevallier-Chevignard, on s'attachait à renouveler les modèles, pour enrichir les ressources (Collection Rouard)

Page 6

offertes aux créateurs, on multipliait les essais de fabrication, on remettait en honneur les méthodes tombées en désuétude. La tendance est à la couleur. Aussi pour la porcelaine, notamment, a-t-on restauré tous les procédés qui lui donnent plus d'éclat et de variété. Le grand feu assure au décor sous couverte une intime et précieuse cohésion avec le support, mais il décompose les tons; le travail est minutieux de l'ornemaniste qui doit prévoir ces modifications. On utilise donc le décor sous couverte et le décor sous glaçure qui se cuisent à de plus basses températures et gardent toute la fraîcheur de leurs tons. D'autre part on revient volontiers à la pâte tendre, la pâte siliceuse qui permet d'obtenir des tonalités irréalisables sur la pâte dure. De là cette diversité d'effets que des artistes comme M.M. Bonfils, Claude, Patou, Thomas, Gauvenet, Depoorter, Leduc, Boisgegrain, Mme Lalique, Mlle Fontaine, parviennent à réussir sur leurs vases, leurs coupes, leurs boîtes que tantôt ils couvrent d'abondantes compositions empruntées à la flore, à la faune, voire à la figure humaine, ou tantôt encore ils se contentent de tracer de légers motifs qui laissent à la transparente matière toute sa rare qualité. Les figurines en biscuit dont la Manufacture, depuis sa fondation, a produit de si agréables modèles et où s'expriment encore des sculpteurs comme M.M. de Monard, Comtesse ont été l'occasion, elles aussi, de GRES DE SERRE (Collection Rouard)

Page 7

GRÈS DE DECŒUR tentatives nouvelles. A côté du biscuit blanc on fait maintenant du biscuit coloré. Sur ses reflets de terre cuite la lumière se joue avec plus de douceur et fait valoir les inventions de M. Pompon, de M. Dalou, de M. Guino. Mais ce n'est pas tout. Dans des ateliers, créés depuis quelque dix-huit mois, on travaille et cuit de la faïence, support plus fruste, moins fragile, mais qui se prête avec plus de souplesse à la fantaisie des artistes. Les pièces exécutées de la sorte et qui constituent, cette année, toute la participation de Sèvres au Salon des Artistes décorateurs, ont un éclat, une saveur où s'affirment avec originalité les dons de M. Gensoli, de M. Guino. Enfin la Manufacture a développé sa fabrication de vases et de figures de grès. MM. Rapin, Gebloux, Mlle Gouin, M. Le Bourgeois composent ainsi des morceaux qui rivalisent non sans succès avec l'admirable production des ateliers privés. Pour n'avoir fait chez nous dans la série des céramiques d'art qu'une apparition tardive, le grès n'y a pas moins pris de nos jours une place importante, la première peut-être. C'est à la poterie populaire que des artistes comme Deck, Chaplet, Carriès, empruntèrent, vers le dernier quart du précédent siècle, cette matière qu'ils perfectionnèrent en lui appliquant les procédés reconquis de la Chine et de la Perse. D'expérience en expérience, ils s'employèrent à l'affiner. A l'argile que les artisans rustiques emploient GRÈS DE SIMMEN FAIENCES DE MAYODON (Collection Rouard)

Page 8

à l'état brut, ils ajoutèrent des éléments siliceux ; la composition des émaux colorés par des oxydes métalliques fut l'objet d'améliorations incessantes. Surtout, dans la délicate opération de la cuisson, dans le maniement de leur redoutable collaborateur, le feu, ils acquirent peu à peu une singulière maîtrise. Mais de ces artistes qui, pour la plupart, conduisent eux-mêmes chaque pièce de l'informe état d'une boule de terre à sa beauté définitive, les gestes ressemblent à s'y méprendre à ceux des potiers d'autrefois et dans leurs ateliers qui ont généralement gardé une austérité antique les outils n'ont point varié. A côté du four, ce sont encore les accessoires rudimentaires du potier : des spatules, des burins. Sans doute doit-on à cette simplicité de moyens le caractère très pur des ouvrages qui sortent de leurs mains, et aussi à leur profonde connaissance de la technique. La science, la sûreté de métier des actuels céramistes est telle qu'ils n'ont plus guère à craindre de surprises et qu'ils sont capables d'escompter à l'avance, non seulement les rétractations inévitables des pièces mais encore les plus subtiles nuances de leurs colorations. Ainsi chacun de leurs ouvrages apparaît-il en quelque sorte comme la solution logique d'un problème. La forme, qui vaut surtout par l'harmonie des proportions commande le décor et l'un et l'autre sont conditionnés par la matière transmuée, sous l'action impérieuse du grand feu, qui marie intimement les émaux et la terre, en une substance nouvelle. Toutefois entre ces rigoureuses données, il y a place pour l'invention et les différents artistes qui se consacrent au grès marquent leurs pièces d'un solide accent personnel. M. Delaherche, l'un de ceux qui montrèrent la voie, guidé tout jeune vers les arts de la terre par l'ambiance même de son Beauvaisis natal, n'a cessé au cours de sa féconde carrière, au village de l'Italienne, puis à Paris dans l'atelier qu'il tenait de Chaplet, enfin à la Chapelle-aux-Pots, d'épurer sa manière. Si son imagination se manifeste ardente dans ses imposants morceaux de céramique décorative, délicatement fantaisiste dans les coupes de porcelaine ajourée qu'il exécute depuis quelque temps, elle s'en tient à de plus sobres effets dans ses vases et dans ses plats de grès. Sur leur galbe élégant, il se contente de répandre des couleurs d'émaux qui se dégradent en nuances subtiles. Mais quel charme, quelle variété dans ces nuances et quel attrait dans ces pièces presque aussi délectables au toucher qu'aux regards. L'art de M. Decœur est plus sévère encore, sa palette plus discrète. Plus que tout autre, il est subordonné à la technique. Il est volontaire et réfléchi. Une œuvre de M. Decœur dont tous les éléments sont équilibrés, la forme, les proportions, le coloris avec une surprenante mesure, ne livre pas du premier coup tous ses mérites. Elle est comme un ami un peu distant. Il faut la regarder longuement, l'étudier, la con- "BAIGNEUSE" Biscuit de M. Contesse LES DERNIÈRES CRÉATIONS DE LA MANUFACTURE NATIONALE DE SÈVRES À gauche : porcelaine dure nouvelle, décor en gravure et pâte colorée, composition et exécution par Mlle Fontaine. Au milieu : pâte siliceuse, décor en sous-glaçure, composition de M. Boisgegrain, exécution par Mlle Peluche. À droite : faïence stannifère, composition de M. Beaumont, exécution par M. Walter

Page 9

sulter. Seulement quand on la connaît bien, on s'y attache passionnément. Ces deux artistes ont pris surtout leur inspiration dans la tradition populaire. M. Lenoble la cherche de préférence dans les très anciens ouvrages chinois et il ne dédaigne pas non plus les motifs de l'antiquité méditerranéenne. Ses vases généralement de dimension importante, dont les amples courbes s'arrondissent parfois au-dessus d'un pied solide, s'or- nent d'habitude sous la demi-matité de l'émail aux teintes gris de perle, safrané, noir tête de nègre, blanc crème, d'arabesques gravées en lignes régulières, géométriques. Ils ont le style dépouillé, la grave eurythmie d'un poème classique. Lui aussi M. Simmen laisse voir dans ses œuvres son goût pour l'art extrême-oriental. Les pièces qu'il compose en gardent l'élégance, la fantaisie. Volontiers leurs formes présentent un dessin inusité et leur matière raffinée s'habille de tonalités de rêve, des roses, des verts tendres. Pourtant elles n'ont rien de mièvre, seulement un peu de préciosité. Quant à M. Mayodon, il affectionne l'éclatante richesse qu'on voit aux poteries de la Renaissance. Des personnages, des stylisations d'animaux, de fleurs et de plantes accordent aux flancs de ses amphores et de ses coupes des tons chaleureux qui brillent comme des joyaux. Il faut dire un mot aussi d'un nouveau venu, M. Serré, dont les décors simplifiés sur des formes harmo- "FEMME AUX PIGEONS" PAR GUÉRAUD-RIVIÈRE édité par André Fau, céramiste d'art nieuses, montrent de séduisantes finesse de coloris. Et l'on ne saurait négliger l'effort ni les réussites d'excellents praticiens du grès, comme M. et Mme Massoul, dont les couvertes d'un bleu velouté ou d'un vert émeraude ont tant d'attrait, de M. Rumèbe, de M. Raoul Lachenal, de M. Jean Besnard, qui réalisent eux aussi de plaisants ouvrages. N'oublions point non plus les charmants résultats obtenus par Mme Ariès-Thiébaut, spécialiste du biscuit émaillé. Bien que la matière qu'il emploie touche au verre plus encore qu'à la céramique, M. Décorchemont se rapproche assez des potiers pour qu'on puisse légitimement le citer en même temps qu'eux. Au reste cette matière toute moderne, la pâte de verre, dans les premiers essais qu'en firent le sculpteur Henri Cros, à la Manufacture de Sèvres, puis le savant céramiste Dam-mouse, parallèlement à ses travaux de grès, ressemblait par plus d'un point à la porcelaine tendre. Elle s'y apparentait encore, quand M. Décorchemont en composa ses premières coupelles, menues et fragiles. Mais elle en différera de plus en plus par la consistance et par l'aspect au cours des continuelles études de l'artiste. Elle a maintenant son caractère propre, son individualité. M. Décorchemont en prépare lui-même les éléments. Il broie dans un creuset les blocs de verre qu'il a précédemment colorés en les fondant avec des oxydes PATE DE VERRE DE DECORCHEMONT (Collection Rouard)

Page 10

métalliques de son choix. La poudre ainsi obtenue, il la mélange avec un agglutinant pour en faire comme une pâte qu'il applique à la main sur un moule en terre réfractaire. Il en répartit les coloris à la manière d'une mosaïque et termine par le ton de fond sur lequel il pose un contre-moule. C'est cet appareil qu'il soumet au feu. La poussière vitreuse fond et s'amalgame. Les coloris s'entre-pénètrent, traçant de larges marbrures, d'indéfinissables nuées dans les parois translucides de ses vases et de ses coupes aux proportions exactement équilibrées où se lit un décor sobrement gravé, comptant juste comme il faut pour mettre tout le reste en valeur. Nous revenons à la faïence avec M. Avenard, qui orne ses pièces de motifs rustiques aux franches tonalités, très appropriées à la bonhomie de cette matière; avec M. René Buthaud qui fixe les siennes des figures largement interprétées; avec Mme Chauchet - Guilleré, Mlle Claude-Lévy, M. Oleziewicz, Mme Sougez qui, les uns en décorant des vases, les autres en modelant de spirituelles statuettes se montrent souvent très heureusement inspirés. Ces derniers appartiennent à «Primavera», l'atelier d'art du Printemps, qui fournit à la consommation courante des pièces dont la matière non plus que le caractère artistique ne sont de qualité négligeable. Par ses amples moyens de pénétration, il contribue puissamment, on doit le reconnaître, ainsi que la «Maîtrise» des Galeries Lafayette et leurs pareils des autres Grands Magasins, à répandre dans le public les formes nouvelles. À cette œuvre de diffusion collaborent certaines entreprises privées comme la Compagnie des Arts Français où MM. Sue et Mare créent d'élégants modèles, généralement exécutés en faïence toute blanche, comme les Ateliers de M. Fau, dont le directeur par sa personnelle invention et par celle des artistes auxquels il fait appel, MM. Lejan, Guéraud-Rivière, enrichit cette production, comme ceux de M. Achille Bloch qui mettent en œuvre les originales inspirations de MM. Sandoz, Tribout, de Mme Domergue. La céramique contemporaine trouve un appoint d'une autre sorte, mais non moins appréciable dans la renaissance du régionalisme. On dirait plus justement «trouverait», car jusqu'ici, cette renaissance ne s'est manifestée qu'assez timidement. Pourtant l'Exposition de 1925 nous a permis d'en voir quelques marques certaines. Tandis qu'en Alsace la production très frustrée et qui n'a point bougé depuis des siècles tend à être revivifiée par des artistes parisiens, de bons potiers s'affirment ça et là dans les centres provinciaux, tels les frères Mangin, à Lunéville ; M. Gacquin, à Annecy ; M. Augé-Laribé, en Provence, le pays des jarriers dont il renouvelle le métier savoureux avec d'intérê- GRÈS CRAQUELÉS DE TOURS, PAR MADELEINE SOUGEZ (ATELIERS PRIMAVERA) Photos Rep

Page 11

PORCELAINES BLANCHES DE PARIS EDITEES PAR ACHILLE BLOCH ET FILS A droite et à gauche : "Baigneuse" et "Femme au cornet" de Tribout ; au milieu "Chat" de Sandoz sants émules. A Quimper se dessine un mouvement d'une particulière activité, conduit par deux industriels avisés que secondent des artistes comme M.M. Meheut et Quillinie. On pourrait faire beaucoup plus. Surtout il faudrait rendre durables certaines tentatives qui menacent de n'avoir été que passagères. Il y a là une base de tradition solide sur quoi s'appuierait opportunément, ou trouverait peut-être la source de sa vitalité future, le vaste effort de rénovation que nous venons de résumer. René CHAVANCE. "Pigeon" Faïence par J. et J. Adnet VASES (MATIÈRE EMAIL) PAR ANDRÉ FAU