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LES ARTS N° 146 Février 1914 --- INSTITUT DE FRANCE MUSÉE JACQUEMART-ANDRÉ Photo J.-E. Bollet. --- N° 188. — E. HÉBERT. — PORTRAIT DE Mme ÉDOUARD ANDRÉ (Musée Jacquemart-André. — Institut de France)
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
LES ARTS N° 146 Février 1914 --- INSTITUT DE FRANCE MUSÉE JACQUEMART-ANDRÉ Photo J.-E. Bollet. --- N° 188. — E. HÉBERT. — PORTRAIT DE Mme ÉDOUARD ANDRÉ (Musée Jacquemart-André. — Institut de France)
Photo J.-E. Dullaz. N° 1038. — PAOLO DONI dit UCCELLO. — SAINT GEORGES TUANT LE DRAGON (1) INSTITUT DE FRANCE MUSÉE JACQUEMART-ANDRÉ Les Peintures l'occasion de l'Exposition universelle de 1867, un groupe d'érudits et d'artistes rédigea un charmant et volumineux ouvrage intitulé Paris-Guide où, après de longs chapitres sur les monuments, les musées, les églises et les théâtres, se trouvaient quelques pages excellentes sur les collections particulières, rédigées par un éminent critique, Thoré-Burger. La liste qu'il publia, à cette occasion, des amateurs parisiens, est pour le lecteur moderne, d'une désespérante tristesse : sur les cent collections qu'il énumère, à peine en citerait-on une ou deux, qui ne soient aujourd'hui dispersées. Les trésors de la galerie Hertford sont partis à Londres : le cabinet Basilewski est à Saint-Pétersbourg. Celui de La Caze est par bonheur au Louvre, mais vingt autres n'existent plus que dans le souvenir de quelques vieillards et dans les catalogues des commissaires-priseurs : c'est ainsi que se sont éparpillés les tableaux des Pereire, des Schneider et des Seillière, les bibelots du baron Double et du comte d'Armaillé, les manuscrits d'Ambroise Firmin-Didot, les médailles de Ponton-d'Amécourt, et tant d'autres collections illustres. Ne sont demeurés intacts, ou à peu près, que les galeries des Rothschild et le double musée que Madame Édouard André vient de léguer à l'Institut de France, le faisant bénéficier ainsi d'une libéralité qui, si elle ne saurait se comparer à celle dont cette compagnie a profité par le testament du duc d'Aumale, n'en est pas moins considérable. Dans la liste déjà si longue des bienfaiteurs de nos Musées, le nom de Madame André vient s'inscrire au premier rang, à côté de celui des frères Dutuit, de Chau-chard et de Camondo, pour ne citer que les plus récents en date. Édouard André commença à collectionner vers 1865. En cette année, on vit disperser à Paris trois collections de premier ordre : celle du baron de Brienen, celle du duc de Morny, et celle du comte de Pourtalès. L'occasion était bonne pour commencer la formation d'un cabinet : Édouard André débuta par un coup d'éclat en se faisant adjuger, à la première de ces ventes, un Rembrandt de vingt-six mille francs. Il ne s'arrêta pas en si beau chemin : à la vente Salamanca, il acquit un grand Van Dyck et, à la dispersion des collections de San Donato, il acheta un Delacroix (1) Les légendes des tableaux reproduits sont celles données par le CATALOGUE ITINÉRAIRE, dressé par M. BERTAUX, directeur du Musée JACQUEMART-ANDRÉ. Les numéros renvoient à ce catalogue. (N. D. L. R.)
INSTITUT DE FRANCE. — MUSÉE JACQUEMART-ANDRÉ Photo J.-F. Ballois. N° 1028. — ALESSIO BALDOVINETTI. — LA VIERGE ET L'ENFANT
LES ARTS N° 1020. — MANTEGNA. — LA VIERGE ET L'ENFANT, ENTRE SAINT JÉROME ET SAINT LOUIS DE TOULOUSE Photo J.-E. Ballot.
INSTITUT DE FRANCE. — MUSÉE JACQUEMART-ANDRÉ CRVCIFIGE EVM TOLE EVM. CRVCIFIGE CRVO CRVCIFIGE EVM CRVCIFIGE TOLE EV CRVCIFIGE Photo J.-E. Ballot. N° 1045. — MANTEGNA. — LE CHRIST AUX OUTRAGES
LES ARTS N° 1019. — FIORENZO DI LORENZO. — LA VIERGE AU LIVRE ET L'ENFANT AU CHARDONNERET Photo J.-E. Beller.
INSTITUT DE FRANCE. — MUSÉE JACQUEMART-ANDRÉ Photo J.-F. Bollez N° 657. — PONTORMO (Attribué à Jacopo CARRUCCI, dit). — portrait d'un jeune joueur de LUTH
LES ARTS célèbre. Entre temps, il avait recueilli quelques beaux bibelots : un bronze antique du cabinet Pourtalès, les deux grands portraits en émail de Limoges de la vente Germeau, des porcelaines de Chine, quelques Sèvres et deux lampes de mosquée. De 1870 à 1880, il continua à collectionner « selon la formule », suivant religieusement le goût du jour et des grands amateurs dont il était l'émule, calquant son cabinet sur ceux des Rothschild, de Richard Wallace et du baron Seillière, sur celui enfin du duc d'Aumale. C'est, je crois, entre 1880 et 1885 qu'Édouard André comprit l'intérêt puissant que pouvait présenter une collection formée suivant d'autres principes et dont le possesseur s'inspirerait, non d'une mode tyrannique et égalitaire qui dicte en même temps aux amateurs la hauteur de leurs faux cols et le contenu de leurs vitrines, mais du goût qu'il aurait pour telle ou telle époque de l'art, pour tel ou tel aspect de la haute curiosité. Ce fut sans doute sous l'influence de Madame André, admiratrice passionnée de l'art italien de la Renaissance, que notre amateur s'engagea résolument dans une voie qu'avaient illustrée avant lui les Campana et les Timbal. Brûlant ce qu'il avait adoré, il se défît de la plupart de ses tableaux modernes; par l'intermédiaire d'un grand marchand parisien, il se débarrassa et de son beau Delacroix: Christophe Colomb à la Rabida, passé ensuite chez Secretan, et de son Combat d'Arabes, par le même peintre, et de N° 10. — A. CANALETTO. — LE RIALTO son Daubigny et de ses deux Decamps (dont le Singe peintre du duc de Morny) et de ses quatre Diaz et de ses Chèvres de Prosper Marilhat et de ses deux Théodore Rousseau (encore un beau tableau de la galerie Morny : « Les Gros Chênes de Fontainebleau ») et de ses trois Troyon et, enfin, de l'inévitable Liseur du non moins inévitable Meissonier. Profitant de voyages répétés en Italie, en relations assidues avec les grands antiquaires de Venise et de Florence, il se forma en quelques années un véritable musée de peintures et surtout de sculptures italiennes. Sur ce dernier terrain il n'avait comme rivaux que les musées de Kensington et de Berlin; mais quelle que fût l'activité de Sir Charles Robinson et du docteur Bode, ils avaient bien du mal à gagner de vitesse cet amateur généreux qui n'hésitait jamais quand on lui présentait un beau buste ou un bronze de choix. Pendant plus de dix ans, il accumula ainsi les merveilles, achetant à tour de bras, tant à l'amiable qu'en vente publique, écrémant les ventes parisiennes et florentines, plaçant les Anges de la vente Piot à côté de l'Euri-pide de la collection Rusca, recevant continuellement des envois de Naples et de Venise, de Milan et de Florence, léguant enfin, en 1894, à sa veuve, les incomparables trésors d'art qui remplissaient son bel hôtel du boulevard Haussmann. Ce serait bien mal connaître celle qui avait été Nélie Jacquemart que de la croire un instant capable de s'être endormie sur ses richesses. La portraitiste de tous les grands
INSTITUT DE FRANCE. — MUSÉE JACQUEMART-ANDRÉ Photo J.-E. Bollot. No 227. — FRANCESCO GUARDI. — VUE D'UN PORTIQUE ET D'UNE PETITE PLACE (A VENISE ?)
LES ARTS N° 725. — TIEPOLO. — HENRI III REÇU PAR FEDERIGO CONTARINI À L'ENTRÉE DE LA VILLA DE MIRA hommes de la troisième République naissante était beaucoup mieux qu'une élève de Léon Cogniet : si sa propre peinture prêtait parfois à la critique, elle savait fort bien apprécier celle des autres, et la justesse de son coup d'œil a fait bien des jaloux dans les rangs des experts les plus diplômés. Seule, parmi d'éminents connaisseurs, elle démasqua comme une œuvre moderne certain portrait de femme qui, sous le nom de Léonard, brille encore dans une grande galerie américaine ; seule parmi les collectionneurs parisiens, elle osa acheter des objets d'art, non sur leur réputation, mais sur leur mérite. Il lui arriva, comme à tout le monde, de commettre quelques erreurs : la plus grave, à mon sens, fut de se croire infaillible et de vouloir à tout prix étiqueter Raphaël des peintures qu'elle avait payées trois ou quatre mille francs. Peut-être, à la fin de sa vie, eut-elle aussi le tort de préférer la quantité à la qualité; on ne peut pas exiger d'une femme qui ne demandait de conseils à personne, de collectionner avec l'autorité et avec l'exclusivisme d'un Richard Wallace ou d'un Alphonse de Rothschild. Dans ces dernières années, elle joua à la châtelaine et meubla Chaâlis avec une fantaisie experte, reconstituant, tour à tour, l'austère et gothique réfectoire des moines et la pimpante intimité d'une chambre à coucher Louis XVI. Elle nourrissait encore de nombreux projets dans son cerveau actif et d'une nervosité qui ignorait la fatigue, quand une mort sans souffrance vint terminer la carrière bien remplie de cette femme remarquable qui unissait dans sa personne, à des dons tout à fait exceptionnels, des défauts qu'elle ne cherchait pas à cacher aux rares familiers de sa somptueuse demeure. * La collection de Madame André est donc l'œuvre de près d'un demi-siècle de persévérance. N° 726 et 727. — TIEPOLO. — DAMES VÉNITIENNES AU BALCON
INSTITUT DE FRANCE. — MUSÉE JACQUEMART-ANDRÉ rance : le résultat est des plus remarquables. Depuis le marquis Campana, aucun particulier n'a possédé une réunion aussi importante de peintures et de sculptures italiennes. Ces dernières surtout sont extraordinaires : seuls deux ou trois grands musées en possèdent l'équivalent et il sera désormais impossible d'écrire l'histoire de l'art italien sans avoir recours aux trésors si multiples et si variés que renferme l'hôtel du boulevard Haussmann. J'ai eu un jour la curiosité de compter toutes les peintures italiennes de la collection André ; j'en ai trouvé environ quatre-vingt-dix (et je n'ai pas tout vu) presque toutes antérieures au milieu du xvie siècle. Ce qui m'a frappé surtout dans cet ensemble si considérable, c'est le petit nombre d'œuvres connues : presque tout est inédit, et l'auteur du catalogue aurait eu fort à faire pour mettre un peu d'ordre dans toutes ces œuvres anonymes, si l'éminent spécialiste qu'est M. Berenson ne les avait dès longtemps en grande partie classées dans les listes critiques qu'il a publiées à plusieurs reprises. Madame André, en effet, avait l'étiquette facile, et prononçait presque sans hésitation devant plus d'un de ses tableaux les plus grands noms de la Renaissance. Que les amis des arts s'y résignent : il faut bien avouer que malgré l'envie qu'elle en eût, elle ne possédait ni Raphaël, ni Léonard, ni Titien. Elle avait, par contre, recueilli trois Mantegna authentiques, et ce n'est pas là pour un collectionneur un exploit banal, à une époque où nous avons vu adjuger pour près de sept cent cinquante mille francs la Madone de ce maître qui faisait partie de la collection Weber. Tout d'abord, c'est chez Madame André qu'avait trouvé asile, en 1890, la Madone entre trois saints personnages, vue jadis par Caval-caselle dans la collection Reiset et qui appartint ensuite au vicomte de Tauzia, puis à M. de Rumford. C'est une peinture fatiguée, mais, à notre avis, parfaitement authentique, datant des dernières années de la vie du peintre, et fort analogue, tant au tableau Weber qu'au prototype encore inconnu dela Madone du Musée civique de Vérone. L'année suivante, Madame André acquit de M. Bardini, de Florence, un très précieux Christ à mi-corps qui est une page unique dans l'œuvre du maître. M. Bertaux a remarqué que la tête du personnage de droite se retrouve en contre-partie sur un dessin du Musée Boymans de Rotterdam. Nous croyons cette peinture à peine postérieure au grand retable de Saint-Zénon de Vérone (vers 1460). Non moins ancienne est une Madone entre saint Jérôme et saint Louis de Toulouse, découverte à Venise, en 1887, par Madame André, et qui, bien que défigurée par des repeints, est une œuvre très caractéristique de la première manière de notre artiste. La tête de l'enfant rappelle d'une manière frappante un tableau du Musée Carrara à Bergame et le saint Jérôme, ainsi que le saint Louis, semblent détachés de l'autel de Saint-Luc, à la Brera de Milan. Madame André possédait également, réunies en un triptyque, trois réductions, admirablement exécutées, des fresques célèbres des Eremitani de Padoue; les critiques modernes ne veulent pas admettre un instant que ces peintures, dont le dessin est par endroits assez faible, puissent être de Mantegna; quelle séduisante hypothèse, pourtant, que d'y reconnaître un tableau vu en 1543 à Venise, chez Michel Contarini, par l'Anonyme de Morelli, qui le décrit en ces termes : uno ritratto colorito piccolo della storia di S. Cristoforo, che fece il Mantegna a Padova in li Eremitani, de man del detto Mantegna, molto bella operetta. Les Collections nationales étaient déjà fort riches en œuvres de Mantegna. Combien ne devons-nous pas être reconnaissants à Madame André d'avoir ajouté à nos trésors une foule de peintures par des artistes qu'il fallait jusqu'ici aller étudier hors de France! Quoi de plus précieux pour les historiens de l'art que ce grand Saint Sébastien signé de Girolamo Vicentino, que cette bannière florentine datée de 1444 et portant le nom de Pietro di Giovanni d'Ambrogio de Sienne, que cette Madone de Domenico Morone, que cette Sainte Ursule

Cet ouvrage, numéro 146 de la collection « Les Arts », présente une partie des collections du Musée Jacquemart-André, léguées à l'Institut de France. Il met en lumière des peintures et sculptures italiennes de la Renaissance, ainsi que des œuvres d'artistes français et espagnols. Le texte détaille la formation de la collection par Édouard André et Nélie Jacquemart, soulignant leur goût pour l'art et leur acquisition d'œuvres majeures.