Extrait

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LES ARTS N° 143 Novembre 1913 --- BENVENUTO DI GIOVANNI. — LA VIERGE SAINTE CATHERINE D'ALEXANDRIE ET L'ARCHANGE MICHEL, UN SAINT ÉVÊQUE ET SAINTE LUCIE (1475) (Galerie des Beaux-Arts de Sienne)

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LA GALERIE DES BEAUX-ARTS DE SIENNE D epuis quelques années, en Italie, on réorganise les galeries avec beaucoup de savoir et de goût. La galerie de Sienne attend encore son tour. Ses locaux sont insuffisants, les œuvres, mal groupées, les attributions, souvent fausses; des tableaux exquis sont invisibles faute de lumière; d'autres, médiocres ou franchement mauvais, ont une exposition excellente. Combien de touristes et de connaisseurs même traversent ces salles désorientés, un peu ennuyés, sans se douter de toutes les beautés qu'elles contiennent et qui ne sont pas mises en valeur. Et pourtant la galerie de Sienne est de celles qui contiennent une des séries les plus complètes de peintres régionaux. Les grands maîtres de l'école y sont tous représentés sauf Simone Martini. On peut y suivre presque pas à pas pendant près de trois siècles l'histoire de l'art siennois. Si elle est moins brillante que celle de l'art florentin, elle présente cependant un rare intérêt. Résumons-la en l'illustrant par quelques-unes des œuvres les plus significatives de la collection. Des tableaux byzantins et italo-byzantins d'abord: corps immobiles et raidis, draperies aux plis durs et cassants, visages hébétés et inexpressifs, architectures bizarres, disproportionnées, rouges, vertes, bleues, tout en façade et qui semblent de carton découpé! Parmi ces tableaux, l'un est daté de 1215. Je suppose qu'en leur temps même ils ne passaient pas pour des chefs-d'œuvre. Mais tels qu'ils sont, ils servent du moins à faire comprendre l'importance de la révolution artistique qui se prépara vers la fin du siècle. Un grand maître, Duccio di Buoninsegna, créa une esthétique PIETRO LORENZETTI. — LE PAPE HONORIUS IV APPROUVE LA RÈGLE DES CARMÉLITES (1329)

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LA GALERIE DES BEAUX-ARTS DE SIENNE Photo Anderson (flame). VECCHIETTA. — VOLET D'UNE ARMOIRE A RELIQUES (1445)

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LES ARTS nouvelle, l'opposé même de la byzantine; il introduisit dans l'art les principes modernes, le goût de l'observation et de la vérité, la beauté des lignes et de la couleur. J'ai eu l'occasion de parler de Duccio dans cette revue (1), à propos de sa grande Maestà du Musée de l'œuvre du Dôme et j'ai essayé de montrer le rôle immense qu'il a joué dans l'école siennoise, un rôle analogue à celui de Giotto à Florence. Moins psychologue, moins dramatique, moins puissant que le maître florentin, c'est un poète lyrique; dans toutes ses œuvres il se reprend à chanter les mêmes sentiments de tendresse fine et gracieuse, de dévotion trempée de volupté et de douceur, que tous les peintres siennois chantèrent à leur tour sous des formes différentes. C'est un penseur moins profond que Giotto; c'est peut-être un plus grand peintre, au sens restreint du mot. Je veux dire que pour le dessin, le modèle, la couleur, il arrive à des effets que les trécentistes florentins n'ont jamais obtenus. Sur les sept ou huit tableaux que le catalogue de la galerie met sous son nom, deux seuls sont d'une attribution indiscutée, une petite Madone (n° 20), une Vierge avec des saints et des patriarches (n° 47); la critique hérite pour le triptyque représentant la Vierge et des scènes de la Passion (n° 35) qui, à mon avis, est bien de la main du maître; pour les autres, ce (1) L'Opera del Duomo à Sienne, dans les Arts, avril 1913. Photo Anderson (Borne). FRANCESCO DI GIORGIO. — L'ANNONCIATION sont des travaux d'école ou de « bottega ». Si l'on se reporte aux tableaux byzantinisants dont j'ai précédemment parlé, si l'on regarde ensuite ces trois panneaux dessinés, malgré les ignorances forcées d'un primitif, avec tant de décision, coloriées avec tant de chaleur et d'harmonie, — le polyptyque de la Vierge et les saints est peut-être, comme facture, son œuvre la plus parfaite, — on comprend le pas immense que Duccio accomplit. On ne peut point juger toutefois à la galerie des Beaux-Arts de toute sa valeur qui ne se révèle complètement que dans la grande Maestà du Musée de l'œuvre du Dôme, d'une émotion si pénétrante et si délicate. Les maîtres trécentistes à Sienne dépendent étroitement de Duccio, dont ils sont de simples imitateurs ou de géniaux disciples. Bien que la galerie possède d'eux de nombreux tableaux, on ne peut pas dire qu'ils y soient bien représentés. On se ferait une idée fort insuffisante de l'école siennoise du xive siècle si l'on ne l'étudiait ailleurs. Aucune œuvre de Simone Martini, dont la gloire, en son temps, égala presque celle de Giotto. De Lippo Memmi, son aide et son beau-frère, la galerie possède un saint François et un saint Louis de Toulouse (nos 48 et 49), un peu noir-cis mais fins et charmants (ils ne sont pas mis sous son nom, tandis que le catalogue lui donne deux tableaux qui ne sont manifestement pas de sa main). Les deux frères Lorenzetti, Pietro et Ambrogio, FRANCESCO DI GIORGIO. — L'ANNONCIATION

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LA GALERIE DES BEAUX-ARTS DE SIENNE furent surtout de merveilleux fresquistes et la galerie ne possède d'eux que des tableaux sur bois à fond d'or. C'est à Assise, à la basilique inférieure de Saint-François que la grandeur de Pietro Lorenzetti apparaît, dans les scènes de la Passion d'un tragique intense et poignant. Les madones et les saints que possède la galerie de Sienne ne donnent qu'un reflet de son sombre génie. Un fragment de prédelle que nous reproduisons, le Pape Honorius IV, Photo Anderson (Bosse). NEROCCIO. — LA VIERGE SAINT PIERRE, SAINT SÉBASTIEN, SAINT JEAN-BAPTISTE, SAINT LOUIS ROI, SAINT BERNARDIN ET SAINT PAUL (1492) approuvant la règle des carmélites (n° 89), est une œuvre plus significative, malgré ses petites dimensions. La composition, beaucoup plus réaliste qu'on ne l'aurait conçue à Florence à la même époque, — le tableau est daté de 1329, — est l'apport des traditions locales et l'héritage de Duccio ; le sérieux un peu farouche, la majesté de la scène sont la marque propre

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LES ARTS de Pietro Lorenzetti, un des rares maîtres siennois qui n'aient point sacrifié à la volupté et à la grâce. On ne peut guère comprendre non plus à la galerie le haut mérite d'Ambrogio Lorenzetti. Les Madones, l'Annonciation qu'on y conserve de lui ne laissent pas deviner la liberté de son talent, quel que soit leur charme. Il faut mentionner toutefois une petite Madone entourée de saints et d'anges (n° 65), d'une richesse de couleurs toute siennoise; c'est une des œuvres les plus délicieuses de l'école; le catalogue, qui joue de malheur, l'attribue à la manière d'Ambrogio seulement, quand la critique est unanime à y reconnaître la main du maître. La galerie possède des œuvres de la plupart des peintres siennois connus de la seconde moitié du xive siècle, Bartolo di Fredi, Paolo di Giovanni Fei, Martino di Bartolommeo, Luca di Tommè, Andrea Vanni, Taddeo di Bar- .] MATTEO DI GIOVANNI. — LA VIERGE ET L'ENFANT SAINT SÉBASTIEN, SAINT CÔME, SAINT DAMIEN AGENOUILLÉS, ET SAINT GALGANUS tolo. Ils ne sont pas sans mérite. Que dire d'eux cependant sinon qu'ils répétèrent ce que les grands maîtres, Duccio, Martini, les Lorenzetti leur enseignèrent? L'école trécentiste se perdit dans les formules, oubliant qu'elle n'avait dû son éclat, au commencement du siècle, qu'à son goût de l'observation, de la vérité et de la vie. Il fallait y revenir, et les premiers en date des quattrocentistes siennois ne se distinguent pas dans leur but essentiel de leurs rivaux florentins. Par réaction contre les byzan-tins, les trécentistes s'étaient faits réalistes à leur manière; ils avaient voulu la sincérité de l'expression, le naturel dans les attitudes; mais, comme il est impossible de saisir et de rendre la vérité tout entière, ils ne s'étaient point élevés pour le dessin au-dessus d'une synthèse rapide et empirique. C'est sur ce point que diffèrent les réformateurs quattrocentistes ; ils s'efforcèrent d'arriver à l'analyse et apprirent la perspective ; ils voulurent faire du dessin une science. Les précurseurs du mouvement furent Masolino à

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LA GALERIE DES BEAUX-ARTS DE SIENNE GIROLAMO DI BENVENUTO LA VIERGE, SAINT DOMINIQUE ET SAINT JÉRÔME, SAINTE CATHERINE D'ALEXANDRIE ET SAINTE CATHERINE DE SIENNE MATTEO DI GIOVANNI. — L'ADORATION DES BERGERS

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8 LES ARTS Photo: Anderson (Borne). PACCHIAROTTI. — LA VISITATION, SAINT MICHEL ET SAINT FRANÇOIS Florence, Gentile da Fabiano en Ombrie, Sassetta à Sienne. On n’a rendu que depuis peu d’années à Sassetta la grande place qu’il mérite; M. Bérenson le découvrit presque ou du moins en montra la rare valeur. Son activité commença à se manifester vers 1420. Par une bonne fortune qui, il faut l’espérer, ne sera pas passagère, c’est la France qui possède son œuvre la plus exquise, ces Scènes de la vie de saint François que se partagent le musée de Chantilly, les collections de M. Chalandon à Paris et du comte de Martel à Cheverny : toute la poésie tendre et naïve du saint assisiate, avec la facture la plus fine, la plus exquise, que le xve siècle italien tout entier ait peut-être produite. La galerie des Beaux-Arts est moins heureuse; on n’y trouve que des fragments qui sont une joie pour le connaisseur, mais qui donnent toutefois une idée fort restreinte de son talent; cette fois encore, une œuvre authentique du maître est indiquée dans le catalogue comme étant de sa manière seulement, un petit triptyque où est peinte la Vierge avec des saints (n° 177); sainte Catherine d’Alexandrie, vêtue d’un manteau vert olive, est une merveille de délicatesse; le triptyque est placé parmi d’excrables peintures de Gio- vanni di Paolo; il échappe ainsi presque toujours à l’admiration des visiteurs. De Domenico di Bartolo, la galerie ne possède qu’une Madone à tempera (n° 164), bien insuffisante pour faire comprendre le peintre qui couvrit de fresques la salle du Pèlerinage de l’hôpital. Mais c’est la dernière fois que nous aurons à nous plaindre d’un semblable état de choses. Les quattrocentistes siennois sont pour la plupart fort bien représentés à la galerie, par des œuvres qui permettent de les bien voir dans leurs traits essentiels. Sienne, au xve siècle, avait perdu de son importance; elle n’était plus assez riche pour occuper ses artistes à de vastes travaux. Les peintures murales sont rares. Point de grandes compositions à nombreux personnages comme à Florence. Des tableaux d’autel seulement qui se ressentent même un peu de cette activité diminuée; les grands problèmes qui passionnèrent les maîtres florentins ne sont point abordés par les Siennois. Ayant à peindre le plus souvent des figures isolées, ils ne recherchent ni le mouvement, ni la grande expression; ils se contentent de dessiner avec correction et finesse, decolorier avec de jolis tons harmonisés; presque toujours ils se servent de fonds d’or, selon la tradition ancienne. Quand

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LA GALERIE DES BEAUX-ARTS DE SIENNE on compare certains tableaux datés avec d'autres contemporains de Florence, on s'étonne que deux villes si voisines aient pu avoir des idées et des goûts aussi différents, l'une marchant à grands pas vers l'art complet de la Renaissance, l'autre se complaisant à épuiser les ressources d'un art primitif. Qu'importe d'ailleurs? puisque Sienne aussi créa de la beauté. De la grâce plus que de la beauté; de la finesse élégante, de la douceur, de la volupté voilée! On parle toujours du mysticisme siennois. Ah! les étranges mystiques! comme ils se laissaient aller volontiers à la langueur et à la sensualité! Quelles saintes ne savaient-ils point peindre, d'une troublante douceur et d'une simplicité exquise, plus dangereuse que la coquetterie! Pour un Sassetta ou un Vecchietta sincèrement religieux, combien de peintres païens qui n'ont pris du christianisme qu'un peu de dévotion sans sérieux! Nous reproduisons du Vecchietta un Volet d'armoire à religues (n° 204), autrefois dans la sacristie de l'église de l'hôpital: en haut, la vêture d'une des sœurs de l'hôpital; .](page_187_356_1029_356.png) PACCHIAROTTI. — LA VIERGE ENTRE SAINT ONUPHIRE ET SAINT BARTHÉLEMY deux frères de l'hôpital dans leur vêtement de bure brune; en bas à droite, saint Galganus, un saint siennois, en man-teau rouge pâle, tunique grise et chausses bleu ardoise. Le fond d'or est finement travaillé au burin. Les proportions ne sont pas parfaites; les mains sont trop petites et mal construites. Quel charme cependant! Un charme tout siennois, un peu mièvre, caressant, presque féminin. C'est le sentiment qu'exprimera sans cesse toute l'école. Il amollit les âmes, les trempe de tendresse. Mais si Vecchietta les tourne encore vers la piété, les autres peintres les entraînent doucement vers les rêveries sentimentales, délicates et finement sensuelles, aussi troublantes en vérité que les triomphes charnels des maîtres de Venise. Voyez l'Annonciation de Francesco di Giorgio (n° 277), bien abimée, hélas! et d'une perspective singulièrement maladroite: un rameau d'olivier dans la main gauche, la main droite levée, les lèvres souriantes, l'ange semble déclamer un sonnet précieux comme les aimait tant les Italiens d'alors. Et que trouverait-on de religieux dans l'émot de la Vierge si l'on ne savait que le sujet du tableau est emprunté à l'histoire sacrée? Voyez encore la Vierge trônante (n° 278) de Neroccio, que nous reproduisons comme l'œuvre précédente: l'Enfant est vif et gai, la Vierge est perdue dans une songerie lointaine; saint Sébastien et saint Louis roi ont un sourire désabusé, presque doulou-

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LES ARTS reux, un peu hautain; ce sont des esprits trop fins que tout blesse. On pense à un Botticelli plus immatériel encore. Neroccio sans doute est moins parfait et moins habile que le maître florentin: on relève chez lui des erreurs et des ignorances. Quel peintre délicieux toutefois! Avec une délicatesse infinie, il harmonise l'expression, le dessin, la couleur. Le dessin est souple et léger; la couleur est toute en nuances passées qui sont exquises, garance pâle, gris ardoise, outremer éteint. Neroccio était peintre et sculpteur; Francesco di Gior- PINTURICCHIO. — SAINTE FAMILLE gio fit lui aussi des tableaux et des statues, et s'acquit un grand renom comme architecte. Les autres peintres siennais quattrocentistes furent peintres exclusivement. Laissons de côté dans cette revue rapide ceux qui sont médiocres ou franchement mauvais pour ne nous occuper que de trois maitres excellents, Matteo di Giovanni, Benvenuto di Giovanni et Girolamo di Benvenuto. Nous reproduisons deux œuvres de Matteo ai Giovanni: la Vierge et l'Enfant, avec saint Sébastien, saint Côme et saint Damien agenouillés, et saint Galganus (n° 432), et une

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LA GALERIE DES BEAUX-ARTS DE SIENNE LE SODOMA. — LA DESCENTE DE CROIX