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LES ARTS N° 109 Janvier 1911 ---
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
LES ARTS N° 109 Janvier 1911 ---
DÉTAIL DU FRONTON ANTÉRIEUR SARCOPHAGE D'ALEXANDRE LE SARCOPHAGE D'ALEXANDRE Au Musée Impérial de Constantinople Nous recevons de M. Thalasso communication des admirables documents reproduisant l'un des sarcophages trouvés en 1887 aux environs de Saïda et nous sommes heureux de les publier, en laissant à M. Thalasso la responsabilité de ses appréciations soit dans l'attribution que nous savons contestée du sarcophage, soit dans les explications qui accompagnent son étude. N. D. L. D. A SON EXCELLENCE LE MINISTRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE DE L'EMPIRE OTTOMAN EXCELLENCE, la suite de diverses études parues de moi sur la Turquie artistique, O. Hamdy Bey, le très regretté directeur du Musée Impérial Ottoman, m'écrivait de Constantinople, en juillet 1908: » Mon grand désir « serait de vous voir arriver ici pour faire « un grand travail d'ensemble sur mon « Musée, qui est devenu aujourd'hui un des plus importants « et des plus riches musées du monde. Je pense à un travail « tout artistique, qui ferait connaître le Musée dans ce qu'il « a de plus beau au point de vue de l'art antique, en laissant « de côté toute la partie purement archéologique. Ainsi, les « sarcophages sont connus déjà par mon grand ouvrage (1), « mais celui-ci est fait surtout pour les archéologues. Il « faut les vulgariser un peu. Dans l'espoir que ce désir (1) Une Nécropole royale à Sidon, fouilles de Hamdy Bey, publiées par Hamdy Bey, directeur du Musée Impérial Ottoman, et Théodore Reinach. — Leroux, éditeur. « intime et vif pourra un jour être réalisé, je vous prie, très « cher Monsieur, de vouloir bien agréer l'expression de « mes sentiments bien dévoués. — Signé : O. HAMDY. » C'est cette vulgarisation des merveilles du Musée Ottoman que je commence avec la monographie du Sarcophage d'Alexandre. Laisvant de côté tout ce qui a trait à l'archéologie pure, je n'ai tenté, dans mon travail, que de dégager l'esthétique beauté du marbre et la philosophie de son art. Je ne me flatte pas d'y avoir réussi. Conscient, toutefois, de l'effort voué au service du chef-d'œuvre, je me permets de mettre cette étude sous votre haut patronage. Que veuille Votre Excellence en agréer la dédicace et croire à l'expression de mon plus respectueux dévouement. ADOLPHE THALASSO. Paris, le 5 janvier 1911. UN TRIPLE CHEF-D'ŒUVRE Merveille de sculpture, merveille d'architecture, merveille de polychromie, le Sarcophage d'Alexandre, qui se trouve à Constantinople, au Musée Impérial Ottoman, est, sans conteste possible, le plus grand des chefs-d'œuvre que l'art antique nous ait légués. Chef-d'œuvre du ciseau, chef-
PETITE FACE POSTÉRIEURE. — LA CHASSE À LA PANTHÈRE PETITE FACE ANTÉRIEURE. — BATAILLE ENTRE GRECS ET PERSSES (SARCOPHAGE D'ALEXANDRÉ. — Musée Imperial de Constantinople)
LES ARTS DÉTAIL DU FRONTON POSTÉRIEUR SARCOPHAGE D'ALEXANDRE --- d'œuvre du compas, chef-d'œuvre de la palette, il procède d'une trinité d'art qui forme un tout unique, complet, aussi pur, aussi beau dans son ensemble que dans ses moindres détails, grâce à la fusion des trois arts unis pour l'immortaliser, et au concours particulier que chacun d'eux apporte à sa perfection. Quoiqu'en toute œuvre de génie rayonne une beauté absolue qui n'admet pas la comparaison avec la beauté d'une autre œuvre de génie, celle, multiple, du mausolée resplendit avec tant d'éclat que nous n'hésitons pas à croire qu'un jury international d'artistes éminents, obligé de se prononcer sur le plus beau marbre du monde ancien, ne décerne, unanimement, la palme au sarcophage. Ce marbre réalise de façon si concrète la pensée sublime de son créateur qu'on le croirait conscient de cette pensée. Et c'est là son inappréciable mérite. Sans la moindre défaillance, sans l'ombre d'une trahison, il porte entièrement en lui le souffle d'immortalité qui lui a donné la vie. Si, renouvelant, sans se lasser, la joie de ses yeux, le spectateur ébloui se délecte dans une admiration de plus en plus grande de ce tout prestigieux et de chacune de ses merveilleuses parties, c'est qu'une union de plus en plus étroite, par l'entremise de la vue, s'établit dans le cerveau entre la beauté du monument funéraire et l'idéal de perfection — plus ou moins développé — que chacun de nous porte, foncièrement, en soi. Plus une œuvre est belle et plus intime devient cette communion. La concordance parfaite entre la vision extérieure et la vision intérieure produit la jouissance artistique. Cette jouissance, toutefois, n'atteint son summum d'intensité qu'à la seconde précise — que seule détermine en notre entendement la beauté de l'œuvre — où, par un effet d'illusion réflexe, la forme concrète qui se trouve en notre présence semble n'être plus que l'expression absolue de notre propre concept. A ce point sincère et prenant est ce leurre que l'esprit sent, réellement, passer en lui, dans l'espace de cette seconde, la force créatrice qui a réalisé le chef d'œuvre. C'est le coup de foudre de l'art. A son éclair d'idéal se reconnaissent les productions du génie. Devant le sarcophage d'Alexandre, la jouissance artistique atteint sa limite extrême, et la plénitude de cette impression émotive consacre l'excellence du chef d'œuvre. Quel est le nom du sculpteur qui, comme Zeus créant Athénâ, fit sortir de son cerveau cette huitième merveille? Quel qu'il soit, ce nom, l'artiste qui a conçu création pareille peut prétendre, à juste titre, à la plus haute place parmi les génies de la glorieuse époque. Il a su, avec une maitrise incomparable, fondre en une seule œuvre tous les efforts tentés jusqu'à lui par la sculpture, l'architecture et la polychromie. Riche des trouvailles léguées et de la science acquise, il a fait siennes ces trouvailles, il s'est approprié cette science et, grâce à un pouvoir créateur personnel dont il reste le seul exemple, il a produit un chef-d'œuvre qui laisse loin derrière lui tout ce qui nous est connu d'une période pourtant si fertile en chefs-d'œuvre. ... O marbre, qui proclames haut l'essence divine de la Beauté et devant lequel dévotement on doit plier en esprit le genou, tu représentes, en ton bloc de pierre, un reflet de la Splendeur éternelle! Tu atteins la plus haute cime de l'Art, porté par le coup d'aile de ton génial créateur et les essors qui battent en toi de deux siècles vers la perfection ! Apogée d'une apogée, tu brilles, au firmament de l’Idéal, comme un soleil éblouissant de magnificence et de sublimité! ... Et pour que cet enthousiasme ne paraisse pas exagéré, voici comment, parmi les très rares critiques qui ont parlé du sarcophage, M. H. Barth s'exprime à son sujet, en la page trop courte, malheureusement, qu'il lui consacre dans Constantinople : « C'est le plus magnifique de tous les sarcophages, d'une beauté indescriptible, chef-d'œuvre unique de sculpture antique. Même le profane qui est demeuré dans l'ignorance des choses de l'antiquité et de l'histoire de
2ème DÉTAIL : COMBATS D'UN HOPLITE ET D'UN PERSE, D'UN ARCHER PERSE ET D'UN CAVALIER GREC SARCOPHAGE D'ALEXANDRE. — Grande face de la bataille
LES ARTS l'art peut à peine demeurer maître de lui et commander à ses sentiments devant cette œuvre magistrale. » DÉCOUVERTE DU SARCOPHAGE Une fois de plus, une des moralités éternellement vraies du grand fabuliste a trouvé une application assez inattendue. Déjà, en 1820, en remuant son champ, un laboureur grec de Kastro, petit village de Milo, avait mis au jour un trésor : la niche renfermant la célèbre Venus. C'est également en remuant son champ qu'un laboureur turc d'Ayaa, petit vil- lage aux environs de Saida, — l'ancienne Sidon, — mit au jour, en 1887, un autre trésor : l'hypogée renfermant le Sarcophage d'Alexandre. Étrange destinée, non exempte d'ironie, que celle qui a voulu que sur les cinq plus grands chefs-d'œuvre de sculpture parvenus jusqu'à nous, les deux soient dus au coup de pelle d'ignares paysans. Bénis soient ces coups de pelle et bénis ces paysans ! Grâce à eux, la Turquie est sortie de sa torpeur artistique séculaire. Elle s'est décidée enfin, — sur l'initiative de Hamdy Bey, esprit libéral, exempt des préjugés nationaux qui, depuis la conquête, avaient empêché 1er DÉTAIL : ALEXANDRE DÉSARCONNANT UN GÉNÉRAL PERSE SARCOPHAGE D'ALEXANDRE. — Grande face de la bataille l'écllosion des arts en Turquie, — à fouiller son sol resté de tous temps vierge, et à en exhumer les merveilles d'art qui, accumulées en ces vingt dernières années, font aujourd'hui du Musée Ottoman l'un des premiers et des plus riches musées de l'Europe. Cet ignare laboureur turc s'appelait Mehmet Chérif. Son nom, inséparable de la découverte d'Ayaa, a droit à une mention dans l'histoire de l'art, à côté de celui de Hamdy Bey, à qui revient l'honneur d'avoir déterré le mausolée. A la vue du trou béant ouvert tout à coup sous ses pieds, comme si sa bêche eût éventré la terre, Mehmet Chérif pense tout de suite, avec l'ardente imagination des Orien- taux, à l'histoire d'Ali-Baba. « C'est là, sûrement, un re- paire de voleurs, et sans nul doute un trésor est caché dedans. » Certain de recevoir récompense honnête, Chérif avise les autorités. Le Caimacan de l'endroit descend dans le trou. Ce n'est pas sans un désappointement profond qu'il constate qu'en fait de trésor le puits ne renferme que des tombeaux. Avis télégraphique est adressé à Constantinople, à Hamdy Bey, qui a pris la succession de P. Déthier aux Beaux-Arts (!) et qui, depuis 1883, dirige un musée d'an- tiques grand comme un mouchoir de poche et largement contenu dans ce chef-d'œuvre de l'architecture ottomane, le Pavillon de Tchinili-Kiosk. Hamdy Bey se rend sur les
3rd Détail : Lutte entre un cavalier perisé et un fantassin grec Sarcophage d'Alexandre - Grande face de la bataille
LES ARTS lieux. Ayant fait à Paris des études complètes d'archéologie, il n'est pas long à se rendre compte que la crypte, dans laquelle il est descendu, se trouve être la nécropole royale de l'ancienne Sidon (iv° siècle avant J.-C.). Sept chambres composaient le caveau. L'hypogée, toutefois, avait été violé. Pour dérober, sans doute, les objets précieux renfermés dans les tombes, des mains sacrilèges avaient, à coups de marteau, brisé les monuments. Un angle du couvercle et l'angle correspondant de la cuve du sarcophage d'Alexandre portaient les traces de l'effraction. Comme des éclabous- sures de marbre, trois cents petits morceaux avaient jailli des angles entamés. Ils furent dévotement recueillis et servirent à la restauration des coins brisés. Moins favorable fut la chance pour les deux têtes manquant aux faces principales et pour celles enlevées à l'architecture du toit, qui ne furent jamais retrouvées. Ces quelques brisures à part, le marbre se présentait dans un état de merveilleuse conservation. Encouragé par une découverte aussi inespérée, Hamdy Bey ordonna de nouvelles fouilles autour de la nécropole. Il eut la chance de découvrir un deuxième hypogée, inviolé celui-là, ayant, antérieurement au premier, servi de sépulture royale (au vi° siècle avant J.-C.). Quelque grand que soit mon désir d'entrer dans le détail des vingt-six sarcophages retirés des deux hypogées, dont cinq, de parfaite beauté, représentent à eux seuls l'évolution complète à travers les siècles, du monument funéraire ancien, depuis sa forme anthropoïde, originaire de l'Égypte, jusqu'à sa forme de temple, originaire de la Grèce, je dois ici le réprimer et m'en tenir, faute de place, au seul sarcophage d'Alexandre. III L'ARCHITECTURE DU SARCOPHAGE Si, de son origine à son apogée, l'architecture grecque n'a d'autre histoire que celle de ses temples, le temple que nous présente, en des proportions de monument funéraire, l'architecture du sarcophage forme une des plus belles pages de cette histoire. Comme tous les arts de cette époque, l'architecture a lentement évolué. Notre éducation artistique, raffinée d'emblée par la connaissance globale du passé, ne peut se rendre compte, à distance, du patient labeur qui, enrichissant
SARCOPIAGE D'ALEXANDRE - Grande face de la chasse 1er détail : Archer persan et soldat grec à la chasse - Text Box: SARCOPIAGE D'ALEXANDRE - Grande face de la chasse - Image Description: The image depicts a detailed illustration of a person in traditional attire, possibly representing the Greek soldier and soldier. The figure is depicted with flowing garments, including a long robe and a head covering. There are also some objects on the ground, such as a bowl and a piece of food. - Additional Elements: - A small object on the ground near the bowl. - A textured surface on the left side of the image. - Layout: The text box is positioned to the right of the main image, indicating it is part of a larger document or collection. - Visual Elements: - The image has a high-contrast, black-and-white style. - The background appears to be plain white, suggesting it may be an old photograph or a scanned document. - Text Content: - "SARCOPIAGE D'ALEXANDRE - Grande face de la chasse" - "1er détail : Archer persan et soldier grec à la chasse" - Formatting: - Bold text for the title and subtitle. - Regular text for the description and additional elements. - Structure:
LES ARTS chaque jour davantage la science des lignes, ajoutait aux acquisitions d'un siècle les acquisitions d'un autre siècle. En possession de toutes ces trouvailles, l'architecture du sarcophage atteint l'idéal poursuivi par les v° et iv° siècles. Haut de 2 m. 12 sur une longueur, à la base, de 3 m. 46 et une largeur de 1 m. 95, à la base également, le mausolée est tout en marbre pentélique. Il se compose de quatre parties : le socle, la cuve, la corniche et l'entablement. Le soubassement — débordant de o m. 14 la cuve — comprend une large base agrémentée dans le haut d'un tore d'entrelacs auquel fait suite une moulure concave ou scottie, prise entre deux ourlets. Un nouveau tore d'entre-lacs et une rangée de rais de cœur séparés par un listel et surmontés d'un tondin de perles sont, de lumineuse façon, éclairés par la scottie sur laquelle ils reposent. La cuve est formée des quatre hauts-reliefs dont l'étude fait l'objet des quatre chapitres suivants. Exhaussée sur une baguette de perles et sur un rang d'oves formant échine, une grecque double ou méandre crénelé court sur une plate-bande qui constitue la corniche, en saillie de o m. 065 sur les façades. L'entablement comprend un socle formant architrave et un toit triangulaire. Une large plate-bande, déroulant en bas-reliefs des feuilles de vigne entremêlées, sert de motif principal au socle. Surmontée de denticules, d'un ourlet et d'une moulure d'oves, cette frise porte sur un mince réglet, un rang de rais de cœur renversés et une imperceptible baguette de perles. — Les deux parties du couvercle sont entièrement imbriquées. Quatre lions aux quatre coins, crocs menaçants, guettent, étendus. De chaque rebord des deux grands côtés émergent, formant gargouilles, douze têtes de bouc à trois cornes, qui alternent avec neuf têtes de femme auréolées de palmes, placées derrière la doucine. Sur le faite, en toute sa longueur, six autres têtes de femme, plus grandes que les premières, également auréolées de palmes, espacent symétriquement leur double face avec cinq couples d'aigles prêts à prendre leur vol, ainsi qu'en témoigne la pose des griffes, seul vestige aujourd'hui des doubles oiseaux de proie à jamais disparus. Dans un acrotère terminé par une palmette, deux sphinx, l'un en face de l'autre, couronnent le fronton de chacune des petites faces. Pour sommaire qu'elle soit, cette description suffit à l'étude du monument. Sur les planches de l'ensemble, le lecteur pourra se rendre un compte assez exact du sens génial qui a déterminé la souveraine proportion des lignes
SARCOPHAGE D'ALEXANDRE - Grande face de la chasse 2e détail : Alexandre accourant au secours du cavalier perçu attaqué par le lion SARCOPHAGE D'ALEXANDRE - Grande face de la chasse

Cet ouvrage, numéro 109 de la collection « Les Arts », présente une monographie détaillée du Sarcophage d'Alexandre, conservé au Musée Impérial de Constantinople. L'article explore la beauté esthétique du marbre, la philosophie de son art, et son importance en tant que chef-d'œuvre de la sculpture, de l'architecture et de la polychromie antiques. Il retrace également la découverte du sarcophage en 1887 près de Saïda par un laboureur turc et les fouilles subséquentes menées par Hamdy Bey.