Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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LES ARTS N° 108 Décembre 1910 --- PRINCE TURC Miniature persane. — xvie siècle (Collection de M. J. Doucet. — Paris) EXPOSITION DES ARTS MUSULMANS A MUNICH

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Photo Bruckmann (Munich). MINIATURE École arabe de Mésopotamie. — XIIIe siècle (Collection de M. Martin. — Stockholm) EXPOSITION DES ARTS MUSULMANS A Munich Quoi de plus tentant que d’organiser une Exposition des Arts de l’Islam, car il n’en est pas dont l’effet décoratif soit plus certain, et dont la richesse et la couleur soient des sources plus inépuisables d’enchantements pour les yeux? Il est des arts qui éveillent en nous des émotions plus fortes, car celui-ci est bien rarement expressif de profondes impressions, Photo Bruckmann (Munich). PLATEAU D’ARGENT Art sassanide. — IIIe ou IVe siècle (Musée de l’Ermitage. — Saint-Petersbourg) PLATEAU D’ARGENT Art sassanide. — V° ou VI° siècle (Musée de l’Ermitage. — Saint-Petersbourg)

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EXPOSITION DES ARTS MUSULMANS A MUNICH si ce n'est parfois dans quel- ques dessins ou miniatures de livres. Il n'offre presque jamais les prodigieuses réali- sations techniques des arts de l'Extrême-Orient, dont les aspects de matières ont si souvent une beauté souve- raine et absolue. Dans l'art musulman, ce sont des dé- cors, mais d'une telle splen- deur, que l'œil en est ravi et comme extasié; ils éveillent en nous des joies lyriques, des idées de spectacles et de fêtes; nous associons ces choses aux passés légendaires, aux souvenirs fabuleux de ces civilisations à jamais enseve- lies sous les sables des plaines asiatiques. Et ce sont encore les Russes, ces demi-Orien- taux, qui ont le mieux su res- susciter ces prestigieux as- pects, quand ils vinrent nous donner ces spectacles de danses dont nos yeux sont demeurés éblouis et nos sens enivrés. L'Allemagne a donc voulu organiser une énorme Expo- sition des Arts musulmans. L'initiative en partit de Mu- nich, et du palais même de la Résidence, où venaient d'être découverts, roulés dans un appartement, de splen- dides tapis de Perse demeu- rés ignorés depuis les deux à trois siècles qu'ils y avaient été laissés en don par une ambassade orientale. L'appel du Prince Régent ne pouvait manquer d'être écouté des souverains mêmes auxquels il s'adressait; le gouverne- ment égyptien y demeurait insensible, mais le Sultan répondait qu'il enverrait les armes historiques du vieux sérail de Constantinople; l'empereur d'Autriche les ta- pis fameux et jamais exposés du château de Schoenbrunn, ainsi que les verres émaillés merveilleux de la cathédrale Saint-Étienne de Vienne; le Czar, les armes du Kremlin de Moscou, et les orfèvreries et cuivres sassanides trouvés en Sibérie et au Caucase, qui sont une des richesses du musée de l'Ermitage; les églises d'Allemagne se dé- pouillaient toutes des tissus précieux byzantins, sassanides

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LES ARTS ou musulmans qui s'y trouvent en si grand nombre. Enfin, les grandes collections privées de France, de Russie et d'Allemagne s'étaient très volontiers prêtées au dépôt de leurs plus beaux objets. Ce n'est pas la première fois qu'on tentait une Exposition des Arts de l'Islam. Très incomplètes à Paris en 1878 et en 1893, parce que ces arts y étaient encore mal connus ; déjà remarquables en 1885 et en 1906, pour la céramique seule, au Burlington Club de Londres, et en 1890 pour les tapis à Vienne, des expositions de ce genre, limitées, en 1897 et en 1899, aux collections privées de M. Martin à Stockholm et de M. Sarre au musée de Berlin, trouvèrent, je pense, leur plus parfaite expression dans l'Exposition que le Musée des Arts décoratifs de Paris avait organisée en 1903 (Les Arts, avril 1903). Serait-il bienséant de comparer ici les deux tentatives qui se produisirent à ce sujet à sept ans d'intervalle? L'Exposition de Munich a eu à sa tête des organisateurs éminents : sous la haute direction de M. de Tschudi, les premières recherches, confiées au début à M. Martin et à M. Sarre, se trouvèrent très vite dévolues uniquement à M. F. Sarre, et il n'était pas possible de trouver en Allemagne un homme qui en fût plus digne. C'est lui qui a déterminé dans ce pays le grand mouvement d'intérêt à ces arts, par sa propagande si intelligente, ses voyages en Asie (Perse et Mésopotamie), les admirables publications qui en résultèrent, les collections qu'il forma et qui constituent actuellement le premier noyau du Musée d'art musulman de Berlin. Il a su réunir à Munich des choses admirables, dont beaucoup sont et seront toujours difficiles à revoir; avec un parfait sens éducatif, une petite bibliothèque et une belle collection de photographies encadrées augmentaient singulièrement l'intérêt des visites. Le rôle de M. Sarre et de ses collaborateurs (M. Kuhnel entre autres) s'est arrêté là. Pourquoi faut-il que de si courageux efforts et tant de merveilleux éléments aient été com- AQUAMANILE EN GUIVRE Asie centrale. — Moyen âge (Collection du conte Bohrinski, — Saint-Pétersbourg)

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EXPOSITION DES ARTS MUSULMANS A MUNICH TAPIS TISSÉ D'ARGENT Art persan. — xvie siècle (A S. M. l'Empereur d'Autriche)

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LES ARTS --- TAPIS DE LAINE Art arménien. — XVIIe siècle (Collection de M. Lamm, de Nasby) --- TAPIS DE LAINE Art persan. — XVIe siècle (Collection de M. F. Sarre, de Berlin) --- apparaissait, c'était pour aboutir à montrer d'extraordi- naires verreries émaillées, ces objets si précieux, dans un renfoncement de mur, dans une cage dont les montants avaient été sciés dans des planches de caisses d'emballage (comme fond, le mur crépi à la chaux), et flanquée de deux pauvres petits arbres verts taillés en cyprès pour rappeler les délices du généralife de Grenade. J'ai entendu dire « qu'on n'avait pas voulu faire Mille et une Nuits »... Oh! non! qu'ils n'en aient crainte. La simplicité à ce point tendue et volontaire aboutit à la plus offensante prétention, et seule la suprême beauté des choses qui s'offraient aux regards peut faire pardonner aux artistes décorateurs muni-chois leur inaptitude absolue à créer une harmonie autour d'elles. promis par la plus parfaite incohérence et par le plus fâcheux manque de goût à les mettre en œuvre et à les présenter? Je ne dirai rien du local — qui était imposé et qui tenait du hangar et du caravansérail; — une absence totale de plan logique préalable, des salles tantôt démesurées et tantôt rétrécies et étranglées. Les objets dispersés au hasard, sans groupements médités, ne pouvant se prêter à aucune étude comparative, et sans qu'on puisse objecter les nécessités d'arrangements ingénieux, car ils étaient jetés pèle-mêle dans des boîtes informes auxquelles on n'aurait su appliquer les noms de vitrines; et quand une recherche

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TAPIS DE LAINE Art persan. — xvie siècle (Collection de M. le comte Buquoy, de Rosemberg)

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LES ARTS Ceci dit, il serait ridicule de s'attarder à des critiques de cette sorte devant les chefs-d'œuvre révélés. Je laisserai de côté les tissus de soie, sassanides et byzantins, des églises d'Allemagne, qui n'étaient là que comme branche annexe de l'exposition, mais on ne saurait passer, sans y attirer l'attention, sur les orfèvreries et les cuivres sassanides, qui provenaient tous de collections publiques et privées de Russie. L'histoire de l'art sassanide, encore peu étudié et connu, est pleine d'intérêt, sinon par la beauté des monuments qu'il a produits, du moins par toutes les influences légues et reçues des vieilles civilisations helléniques ou assyriennes, qui fécondèrent cet art dégénéré mais puissant encore de la Perse antique, et par lui influencèrent si bien l'art croissant en noblesse de la Byzance impériale et toutes les floraisons artistiques qui allaient s'épanouir dans les immenses domaines conquis par les armes arabes. Les tissus de soie sassanides exposés auprès des tissus de soie byzan-tins sont là pour le démontrer avec abondance, — moins connus étaient jusqu'ici les orfèvreries et les cuivres. Notre Cabinet des Médailles de la Bibliothèque nationale possède quelques spécimens d'orfèvrerie et de glyptique sassanides, tels que la coupe en sardoine du Trésor de Saint-Denis, dite de Ptolémée; celle au médaillon de cristal de roche de Chosroès II ; la belle coupe en argent doré avec la figure de la déesse Anaitis; la coupe en argent doré avec le roi Chosroès II chassant à cheval; une autre avec un tigre marchant au milieu des lotus d'un fleuve, et la splendide aiguère avec les deux lions dressés. — L'Exposition de Munich nous a révélé les pièces célèbres du Musée de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg, les plats décorés en argent repoussé sur fond vermeil, de tigres de chaque côté du hom symbolique, de souverains sassanides chassant le lion, — ou d'une tour fortifiée attaquée par des cavaliers. Bien intéressant était aussi le beau coffret du Musée Czartoryski de Cracovie, aux plaques d'argent repoussé, renfermant, en compartiments réguliers, des griffons, des bêtes s'attaquant, des oiseaux à figures humaines ailées d'un si beau caractère, formes qu'on retrouvera dans des coffrets d'ivoire byzantins ou siciliens, et jusque dans des objets d'art carolingien et roman. Toute une série de cuivres sassanides n'était pas d'un moindre intérêt. C'étaient des aiguières de cuivre gravé et repoussé, d'époques assez différentes, toutes prêtées par la Russie, le Musée de l'Ermitage, le comte Bobrinsky et M. Polovtzoff, en formes d'animaux ou de vases à becs et anses. Le décor, sur ces derniers, très largement indiqué en motifs floraux de faible relief, ne négligeait pas de répartir sur les anses ou les cols de petits animaux en ronde bosse tels qu'on les retrouvera sur les cuivres .] TISSU DE SOIE A INSCRIPTIONS AU NOM DE NASR-ED-DIN (1293-1341) Imitation par un artiste chinois d'un tissu musulman (Marienkirche, — Dantzig)

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Photo Bruckmann (Monich). TAPIS DE LAINE Art hindou. — xviiie siècle (Musée des Arts industriels. — Vienne)

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LES ARTS de la Mésopotamie arabe aux xiiie et xiiiie siècles. Les nobles pièces en formes de bêtes, cheval, lion, coq, légèrement gravées de rinceaux et d'ornements linéaires, très stylisées et grandioses d'effets, se montraient là les prototypes certains des aquamaniles arabes tels que le cerf du Musée bavarois de Munich ou le lion du Musée de Cassel, — et des pièces de dinanderie de notre moyen âge qui toutes sortirent de tels modèles orientaux. De si instructives démonstrations d'influences pouvaient encore s'instituer devant les tissus. Ce fut là sans doute la série la plus riche qui s'était trouvée formée à cette exposition. On ne saurait oublier de longtemps les tapis qu'on y put admirer. C'est encore une question très obscure que celle des dates les plus anciennes à donner aux tapis qui nous sont actuellement connus; et s'il est vrai que la mosquée de Konich, en Asie Mineure, possède encore un tapis que des inscriptions permettraient de dater, selon M. Martin, du xiiiie siècle, il est très probable que nous ne vîmes à Munich aucun tapis qu'on puisse croire antérieur au xve siècle, et ceux-là même y étaient bien rares de ce type de décor très stylisé, très déformé, où la fleur n'a plus rien de réel, mais affecte des aspects rigides et durs, et dont le très bon spécimen est le tapis que le Musée Frédéric de Berlin acquérait, il y a quelques années, de la collection Graf de Vienne. Les tapis du temps des séfévides persans (xvi-xviiie siècles) à décors de prairies fleuries, parcs ou réserves de chasse animés de galops de cavaliers poursuivant les gibiers, de combats d'animaux, de fuites de bêtes ou de vols d'oiseaux, étaient très nombreux et en exemplaires d'une beauté rare. — Tapis du Musée des Arts industriels de Berlin (à animaux se terrassant), au prince Schwarzenberg de Vienne (avec ses arbres en fleurs, ses oiseaux et ses fauves sur un fond noir), au Dr Sarre (avec ses combats de bêtes), au Musée Czartoryski de Cracovie. Mais de tous, celui des collections de l'empereur d'Autriche au château de Schönbrunn retenait la plus vive attention. C'est un immense tapis dont le fond de nuances changeantes, vert mousse et abricot, avec un grand médaillon central vert pâle, porte un décor très touffu de cavaliers à larges turbans chassant les guépards, les biches, les lions et les sangliers au milieu d'un parc foisonnant d'arbustes et de fleurs. Une large bordure rouge porte des génies ailés coiffés de mitres et tenant des coupes de fruits. C'est un tapis non plus de laine comme les précédents, mais tissé de soies et d'argent, que le czar Pierre le Photo Bruckmann [Munich]. TISSU DE SOIE Art arabe syrien. — xive siecle (Marienkirche. — Dantzig)

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EXPOSITION DES ARTS MUSULMANS A MUNICH Grand offrit jadis à la maison d'Autriche, et qui n'est pas unique, puisqu'il appartient à cette série dont font partie le tapis du palais de Stockholm, offert sans doute en 1639 au duc Frédéric III de Gottorp, et que le roi Charles X Gustave reçut sans doute avec la dot de la princesse Hedwige-Éléonore de Gottorp, — et le tapis merveilleux dont le jeune baron Maurice de Rothschild a hérité avec les extraordinaires collections de sa tante la baronne Adolphe de Rothschild. Une autre admirable suite de tapis était celle où le décor dispose une vaste jonchée de palmes et de fleurs autour de vases et de lampes suspendus par des chaînettes. Je ne crois pas qu'il y en eût de plus beaux que ceux du Musée de Constantinople ou de M. William de Norristown, avec sa large bordure de grands bandeaux entrelacés. Deux autres séries y étaient encore bien intéressantes à étudier : celle de l'Inde, tantôt d'une composition bizarre composée de grands rinceaux se terminant par des têtes d'animaux fantastiques (collections Roden, de Francfort, et Art de l'Allemagne du sud. — XIe siècle (imitation de tissus orientaux) (Dôme de Bamberg) Jeuniette, de Paris), tantôt d'une composition destinée à être vue verticalement comme un tableau, avec des arbres où perchent des oiseaux, sous lesquels picorent des échassiers ou des faisans, ou bien avec une immense gerbe de fleurs minutieusement traitées dans le détail, sous une forme architectonique de Mirhab (les deux superbes tapis du Musée Industriel de Vienne). — La série des tapis sans doute syriens, crus longtemps espagnols, se rapprocherait, par un décor géométrique où dominent les rouges et les jaunes clairs sur un fond vert mousse, des décors de revêtements céramiques des murs. Que dire des tissus de soie et des velours? C'était une féerie inoubliable, et, dans certains morceaux de velours persans, le décor à grands personnages atteint une grandeur saisissante (collections Tschukin, de Moscou, Figdor, de Vienne, Jeuniette et Bacri, de Paris). Mais ne pouvant tout