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LES ARTS N° 95 PARIS — LONDRES — NEW-YORK Novembre 1909 CHINARD. — L'IMPÉRATRICE JOSÉPHINE (MILAN, AN XIII) Marbre (Collection de M. le Comte de Penha Longa)
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LES ARTS N° 95 PARIS — LONDRES — NEW-YORK Novembre 1909 CHINARD. — L'IMPÉRATRICE JOSÉPHINE (MILAN, AN XIII) Marbre (Collection de M. le Comte de Penha Longa)
CHINARD. — CILLARE ET HYLONOME Terre cuite LA COLLECTION DE M. LE COMTE DE PENHA LONGA Bustes, Médaillons et Statuettes de Chinard CHINARD. — TÊTE DE MÉDUSE D’APRÈS L’ANTIQUE Plâtre (Collection de M. le Comte de Penha Longa) L a période ouverte le 14 juillet 1789 et close le 5 mai 1821 a été féconde en artistes de toute valeur qui ont entrepris de fixer sur la toile, sur le cuivre ou sur l’ivoire, dans le bronze, la terre cuite ou le marbre les traits des innombrables personnages, — premiers rôles ou comparses, — dont l’Histoire a tour à tour enregistré les noms ; mais, ainsi qu’il arrive d’ordinaire, ce sont surtout les peintres qui ont bénéficié de cette émulation, et si David, Gros, Guérin, Girodet, Isabey, sont connus de tous, les sculpteurs attendent encore la gloire qu’ils ont méritée aux mêmes titres ; le plus notable exemple de cette injustice traditionnelle en France est assurément le cas de Joseph Chinard, et l’occasion nous est bonne de chercher aujourd’hui, dans la mesure de nos forces, à tirer ce méconnu de l’oubli où l’indifférence de ses compatriotes, au moins autant que celle de ses contemporains et les injustices de la mode, l’ont trop longtemps retenu. Une collection véritablement unique par le choix et le nombre de pièces qui la composent, celle de M. le comte de Penha Longa, nous permet d’embrasser d’un coup d’œil toutes les phases du talent de Chinard et de donner aux lecteurs la reproduction de la plupart des œuvres très diverses où ce talent s’est affirmé ; mais ces œuvres mêmes trouvent leur raison d’être ou leur commentaire dans la vie agitée de l’artiste, et l’on ne peut en saisir l’enchaînement et la chronologie si l’on ne sait point dans quelles circonstances la plupart d’entre elles furent composées.
LA COLLECTION DE M. LE COMTE DE PENHA LONGA CHINARD. — L'IMPÉRATRICE JOSÉPHINE (MILAN, AN XIII) Terre cuite. — Étude pour le buste en marbre (Collection de M. le Comte de Penha Longa)
LES ARTS Il y a quelques années à peine, ces éclaircissements offraient de singulières lacunes, et actuellement encore, si les dates principales de l'existence de Chinard sont enfin fixées, le catalogue de ses bustes et de ses médaillons exigerait des recherches et des identifications que le hasard seul peut favoriser. Chinard était Lyonnais et c'est à Lyon qu'il a passé la majeure partie de sa vie; la fierté que lui inspirait cette origine, constatée par lui au pied de la plupart de ses œuvres et de presque toutes ses lettres, n'a guère été payée de retour, car sa ville natale l'a longtemps dédaigné et son musée ne peut guère montrer que des dons posthumes de l'artiste, auxquels sont venus s'ajouter de loin en loin quelques legs d'amateurs et, pendant longtemps, de trop parcimonieuses acquisitions. Toutefois, un érudit local, M. Salomon de La Chapelle, a rassemblé dans la Revue du Lyonnais (1896-1897) les éléments d'une notice et l'ébauche d'un catalogue, qui ont l'une et l'autre suppléé à l'insuffisance des premiers témoignages dus aux amis ou aux élèves du sculpteur; c'est jusqu'à présent la source la plus abondante et la plus sûre à laquelle il soit possible de puiser. Joseph Chinard était né à Lyon le 13 juillet 1756, d'Étienne Chinard, « marchand sur la rivière », et de Benoîte Lapierre. Ses parents le destinaient à l'état ecclésiastique, mais ses premières velléités de statuaire se manifestèrent de bonne heure et frappèrent un artiste resté obscur, comme c'est assez souvent le cas de ceux qui débrouillent les vocations hésitantes, et, en conséquence, qualifié de « médiocre » par les répertoires biographiques qui ont daigné le mentionner. En fait, Barthélémy Blaise n'était point si médiocre qu'ils veulent bien le dire, et ceux qui ont vu son Berger au musée de Dijon, ou son Saint Jean-Baptiste et son Saint Étienne, de la cathédrale de Lyon, seront certainement d'un avis contraire. Chinard suivait aussi les cours de l'École gratuite de dessin de Lyon, dirigée par le peintre Nonnotte, et y remportait plusieurs prix. En 1784, ayant à peine vingt-quatre ans, il se vit chargé par le chapitre de l'église Saint-Paul d'exécuter pour les pendentifs les statues de saint Paul et de saint Sacerdos. Rien ne subsiste de ces premiers travaux, que les bombes CHINARD. — SA STATUE PAR LUI-MÊME Esquisse de la statue destinée à son tombeau à Lyon Plâtre (Collection de M. le Comte de Penha Longa)
LA COLLECTION DE M. LE COMTE DE PENHA LONGA CHINARD. — INCONNU (1789) Terre cuite (Collection de M. le Comte de Penha Longa)
LES ARTS et la pioche ont réduits en cailloux pendant ou après le siège de 1793; mais ils avaient attiré l'attention d'un amateur, comme la ville en comptait alors beaucoup, M. de La Font de Juys, ancien procureur au bureau des finances, qui encouragea ses débuts et lui fournit les moyens de se rendre à Rome. Comme il n'avait point passé par l'enseignement officiel de Paris, il ne pouvait se réclamer de l'Académie de France et se fit inscrire parmi les pensionnaires de l'Académie italienne de Saint-Luc. En 1786, le sujet du concours était Persée délivrant Andromède, et le lauréat du premier prix fut le sculpteur lyonnais, solennellement proclamé le 12 juin, après une épreuve éliminatoire (le modelage en deux heures d'un sujet désigné par le sort), dont il se tira brillamment : c'était, depuis plus de soixante ans, la première fois qu'un Français l'emportait sur ses rivaux et pareil honneur n'était point échu à Houdon, à Allegrain, à Mouchy, qui n'avaient obtenu que le second prix. Aussi rien ne manqua au triomphe de Chinard, pas même l'honneur d'être conduit au Capitole dans la voiture et aux côtés du cardinal de Bernis, ministre du roi de France près du Saint-Siège. Le séjour de l'artiste à Rome lui permit d'exécuter soit des copies d'après l'antique, soit des œuvres originales qui allèrent décorer l'hôtel de M.deJuys, rue du Plat, devenu de nos jours le siège des facultés catholiques. En 1788, il revint à Lyon, précédé d'une notoriété à laquelle il dut des commandes d'œuvres très variées et que les circonstances ne lui permirent pas d'exécuter toutes : M. Gabriel Cortois de Quincey, évêque de Belley, lui demandait une Vierge en marbre blanc, existant encore aujourd'hui dans la cathédrale de la ville ; les États du Dauphiné passaient marché avec lui pour une statue de Bayard, dont les maquettes et les dessins ont disparu pendant la Révolution; Madame Van Rysambourg, femme d'un négociant de Lyon, lui proposait une de ces gracieuses devinettes morales comme le XVIIIe siècle les aimait tant et dont le mot, en l'occurrence, était à la fois un hommage à la bonté paternelle et une leçon de prudence à l'égard de l'Amour. Bientôt la verve créatrice de Chinard eut à s'exercer sur des sujets plus vastes et fort différents : la statue colossale de la Liberté, érigée pour la fête de la Fédération, CHINARD. — ESQUISSE DÉDIÉE A J.-B. DUMAS SECRÉTAIRE DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES, BELLES-LETTRES ET ARTS DE LYON (1801). — Plâtre (Collection de M. le Comte de Penha Longa)
CHINARD. — LE GENIE DE LA LIBERTE Terre cuite (Collection de M. le Comte de Penha Longa)
LES ARTS CHINARD. — LE GÉNÉRAL DUHESME, COMMANDANT LA 19e DIVISION A LYON (AN XI) Terre cuite (Collection de M. le Comte de Penha Longa) célébrée dans la plaine des Brotteaux le 30 mai 1790, n'a point laissé de traces, mais il convient de la rappeler, parce qu'elle marque une date dans la carrière de Chinard et dans l'orientation de son talent. J'ignore pour quel motif il revint néanmoins à Rome vers la fin de 1791. Il s'y montra chaud partisan des idées nouvelles et y travailla même à deux modèles de candélabres que lui avait demandés ou peut-être indiqués M. Van Rysambourg : Jupiter foudroyant l'Aristocratie et le Génie de la Révolution foulant aux pieds le Despotisme et la Superstition : singulières allégories à traiter, on l'avouera, dans la Ville éternelle, au vu et au su des visiteurs de son atelier et notamment de certains Abbati, qui s'empressèrent de le dénoncer. Arrêté en septembre 1792 et conduit au château Saint-Ange avec son camarade, l'architecte Ratter, il y subit une captivité relativement assez douce et qui prit fin le 12 novembre suivant, après une correspondance officielle et diplomatique, où Madame Roland tint la plume pour le Conseil exécutif provisoire, dont son mari faisait partie, et qui eut pour conséquences le massacre de Bassville et l'ex- CHINARD. — CLAUDE BOURGELAT (1787) Plâtre (Collection de M. le Comte de Penha Longa) CHINARD. — C. F. M. PRIMAT, ÉVÊQUE DE RHONE-ET-LOIRE Terre cuite CHINARD. — INCONNU (10 PLUVIOSE AN X) Terre cuite CLAUDE BOURGELAT
LA COLLECTION DE M. LE COMTE DE PENHA LONGA CHINARD. — SON MÉDAILLON PAR LUI MÊME Terre non cuite (Collection de M. le Comte de Penha Longa)
LES ARTS pulsion des derniers pensionnaires de l'Académie de France. Revenu à Lyon, non sans difficultés et sans dangers, Chinard s'affilia au Club central, organe de la faction jacobine, et fit montre des sentiments les plus exaltés, mais cet enthousiasme, peut-être alors sincère, rencontra des incrédules, ou plutôt les travaux qu'il lui valut exciterent des jalousies et, par suite, de nouvelles dénonciations. La statue de la Liberté, destinée à remplacer celle de Louis XIV par Chabry au fronton de l'hôtel de ville, tenait en arrière de la main droite une couronne; aussitôt Dorfeuille prétendit que ce geste était équivoque et trahissait une intention satirique à l'égard de la nouvelle déesse; les ornements indiqués dans un projet de monument funéraire ressemblaient, à en croire les mêmes patriotes, à des fleurs de lis déguisées; les lions, emblèmes consacrés de la ville, que Chinard avait dressés à la barrière d'octroi de Saint-Clair, repliaient leur queue au lieu de la déployer en signe de triomphe, et deux statues sur le pont voisin de ces barrières, la Renommée et la Victoire, ne furent pas mieux accueillies: la Renommée, tournant sa trompette vers la frontière suisse, ne semblait-elle pas faire appel aux émigrés? Ces imaginations, grotesques en d'autres temps, étaient alors aussi redoutables qu'un peu plus tard les accusations de fédéralisme ou de modérantisme: Chinard l'apprit à ses dépens. Malgré les efforts du représentant du peuple Boisset, qui l'avait vu à l'œuvre, Chinard fut enfermé dans la « mauvaise cave », dont les vieux Lyonnais conservaient naguère, par tradition, un souvenir d'épouvante, et il eût suivi sur l'échafaud tant d'autres victimes si son art même n'eût été sa sauvegarde. Avec quelques paquets de terre glaise que lui procura une main amie, il modela un groupe de l'Innocence se réfugiant dans le sein de la Justice et le fit déposer sur la table autour de laquelle se réunissait la commission révolutionnaire; l'un de ses membres les plus impitoyables était André Corchand, originaire du Rouergue et se donnant pour graveur. Alors se vérifia la fine remarque de Georges Pouchet que dans presque tous les révolutionnaires de l'an II il y avait deux hommes: l'un vraiment fils du XVIIIe siècle par ses aptitudes pour les arts, les lettres ou les sciences; l'autre prêt à noyer dans le sang tout ce qui, à ses yeux, signifiait contre-révolution. André Corchand, que l'histoire accuse d'avoir, quelques mois auparavant, brisé à coups de marteau les statues du porche de la cathédrale de Rodez, se sentit ému devant la composition ingénieuse née sous les doigts du prisonnier et par laquelle il avait symbolisé l'Innocence sous la forme d'une colombe s'envolant vers la Justice que caractérisent ses balances et son glaive. Cette esquisse, qui a passé en 1884 dans une vente à l'hôtel Drouot, est datée du 25 pluviose an II (13 février 1794). Le 10 ventose suivant (28 février), l'auteur fut, en compagnie de quatre-vingti- CHINARD — L'ARRÊE ROZIER, AUTEUR DU COURS D'Agriculture Esquisse en plâtre du buste élevé en 1812 dans le Jardin des Plantes à Lyon (Collection de M. le Comte de Penha Longa)
LA COLLECTION DE M. LE COMTE DE PENHA LONGA CHINARD. — INCONNUE Terre cuite (Collection de M. le Comte de Penha Longa)

Cet ouvrage est le numéro 95 de la collection "Les Arts", publié en novembre 1909. Il présente une collection d'œuvres du sculpteur Joseph Chinard, notamment des bustes, médaillons et statuettes, appartenant à M. le Comte de Penha Longa. L'article explore la vie et le talent de Chinard, un artiste lyonnais souvent méconnu, en s'appuyant sur cette collection pour illustrer les différentes phases de son œuvre.