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LES ARTS N° 92 PARIS — LONDRES — NEW-YORK Août 1909 LA COLLECTION DE M. PIET-LATAUDRIE --- PLAT EN ÉTAIN Art français. — Fin du xvie siècle (Collection de M. Piet-Lataudrie)
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LES ARTS N° 92 PARIS — LONDRES — NEW-YORK Août 1909 LA COLLECTION DE M. PIET-LATAUDRIE --- PLAT EN ÉTAIN Art français. — Fin du xvie siècle (Collection de M. Piet-Lataudrie)
Collection de M. PIET-LATAUDRIE La mameur! Comme ce mot a perdu de sa signification, et le personnage, dans vingt ans, existera-t-il encore? Comment d'ailleurs actuellement pourrait-il continuer à exercer son flair, à satisfaire sa curiosité? Il avait jadis des loisirs et de l'activité, et connaissait admirablement les régions diverses de ce Paris spécial, où il était assuré de lever presque quotidiennement son gibier. Il ne rentrait alors jamais bredouille, après avoir vu la pièce prise au collet du braconnier. Aujourd'hui, comme les carabiniers, il arrive toujours trop tard; le petit antiquaire, visité sans relâche par les rabatteurs du puissant marchand, réservera toujours à ce dernier la bonne pièce dont la valeur, en quelques heures, aura décuplé, centuplé, quand elle aura été présentée dans un somptueux salon à la grossière envie d'un étranger. L'achat d'un bibelot de prix, cela fait partie des plaisirs d'un voyage à Paris, et dans les halls des grands hôtels cosmopolites rôdent d'élégants et inquiétants intermédiaires. Les objets d'art ont leurs cotes à Paris, avec d'extraordinaires variations, selon la tête des preneurs. M. Piet-Lataudrie, pendant trente ans, s'était beaucoup amusé à faire sa collection; et quelle consolation elle lui fut pendant les derniers mois de sa vie, quand sa santé si touchée le retenait éloigné de ses amis et du milieu où il aimait tant vivre. Depuis quinze ans, d'ailleurs, il n'était peut-être pas entré un objet de prix dans cette collection si variée, tellement l'amateur fut rebuté par le maquignonnage des objets d'art auquel il assistait; et vivant des souvenirs que chaque objet lui rappelait, en sentant intimement l'intérêt, parfois une tristesse lui venait à l'idée qu'ils seraient dispersés un jour, et passeraient probablement entre des mains avides et indifférentes à leur beauté. Avec quelle rapidité des collections de ce genre se font et se défont à l'heure actuelle! De toutes celles que depuis tant d'années nous avons déjà étudiées ici, que restera-t-il dans dix ans? Quelques-unes, toutes formées et telles qu'elles se comportent, sans épuration, seront passées en bloc au pays des dollars. Elles y constitueront les cadres précieux des grands musées du Nouveau Monde, qui n'auront pas connu les débuts modestes, les accroissements lents de collections où chaque objet pourrait dire l'examen critique, la négociation laborieuse de ceux qui ont apporté le meilleur d'eux-mêmes à les former. Cela a commencé par la collection de l'expert M. Ch. Mannheim, par celle du baron Oppenheim, de Cologne, par les séries de céramique italienne de M. Gavet; les collections de M. Hentschell ont commencé à prendre le même chemin que suivront celles de M. Sigismund Bardac. Le Metropolitan Museum of New-York ferait œuvre pie en dressant dans son grand vestibule une plaque de marbre où seraient inscrits en lettres d'or les noms des amateurs étrangers au goût desquels il devra d'avoir accaparé, en dix ans, Terre cuite. — Ateliers de Tanagra. — IIIe siècle av. J.-C. (Collection de M. Piet-Lataudrie)
COLLECTION DE M. PIET-LATAUDRIE tant de belles choses qu'en d'autres temps la durée de plusieurs générations de conservateurs de musées ne suffisait pas à rassembler. Ce goût de collectionner de vieilles choses n'aura d'ailleurs bientôt plus à se satisfaire. Quel sera l'aliment offert désormais à l'appétit de l'amateur? L'objet ancien est devenu rare. Même de moyen intérêt, il atteint des prix considérables: de tout premier ordre, il équivaut à une fortune. N'a-t-on pas vu récemment un objet merveilleux trouver preneur à un quart de million? Et plus l'objet est cher, plus le coup est tentant; le domaine de la curiosité est devenu une Bourse comme toutes les autres, avec ses mouvements passionnants. Ce n'est plus l'objet en lui-même qui sera possédé passionnément par celui qui en jouissait pour sa beauté: c'est comme objet de spéculation, avec les risques qu'il offre, et l'agio qui s'organise autour de lui. Et dans ce jeu, d'ail- Statuette de terre cuite. — Ateliers de Tanagra IIIe-IVe siècle av. J.-C. (Collection de M. Piet-Lataudrie) leurs un peu trop facile, où l'un des joueurs apporte si peu de résistance à être blousé, Statuette bronze. — Art gréco-romain quel curieux champ d'observation pour celui qui voudrait écrire le roman de l'Amateur au XXe siècle. Balzac, revenu parmi nous, n'y manquerait pas, et nous donnerait un digne pendant au Cousin Pons : mais comme les personnages seraient autres! Il nous dévoilerait le mécanisme de ces syndicats cosmopolites qui manœuvrent d'une façon assez pareille à ceux des sucres ou des farines, et l'on verrait passer à l'arrière-plan certaines figures mystérieuses et voilées, voilées des nuages de poussière que soulèvent sur les grandes routes leurs rapides automobiles. La collection de M. Piet-Lataudrie, dans son étonnante variété qui indique une si grande Art grec. — VIe siècle av. J.-C. (Collection de M. Piet-Lataudrie) Statuette bronze. — Art romain
LES ARTS --- SAINT JEAN Plaque d'ivoire. — Art allemand. — x° siècle (Collection de M. Piet-Lataudrie) largeur de goût, peut se diviser, pour l'étude, en trois parties inégales, que nous passerons en revue successivement : les Antiques, — le Moyen Age et la Renaissance — et l'Orient musulman. I. — Les Antiques Sans être très nombreuse, la charmante collection d'an- tiques, terres cuites, céramiques et bronzes, formée par M. Piet-Lataudrie est très choisie : elle fut faite il y a très longtemps, amoureusement sélectionnée par un homme qui avait connu les plus charmantes œuvres des musées d'Athènes et du Louvre, et qui, loin de rechercher les sujets exceptionnels et rares (le plus grand danger que courent les amateurs de ces fragiles objets !), n'a demandé aux charmantes statuettes de Tanagra ou de Myrrhina qu'il réunissait, que de lui apporter un peu de la grâce et du charme qui toujours émanent d'elles. Le vif plaisir que donne une petite réunion bien composée de ce genre, c'est le reflet qu'elle apporte de la grande statuaire, dont elle n'est qu'une application directe et industrielle. — Car ces coroplastes ne cherchaient, en les modelant, ni gloire, ni grand profit : établis dans de petites boutiques, sur l'Agora, et aux abords des cime- tières, ils façonnaient à la grosse, dans leurs moules, ces petites poupées que les passants achetaient et portaient tout de suite aux tombeaux des leurs, ou posaient dans leurs foyers auprès des dieux protecteurs. Comme l'a si bien dit M. Heuzey, certaines de ces figurines perpétuaient dans le tombeau comme une ombre de la vie terrestre et de ses amusements, le mort par delà la vie devant continuer à réjouir ses yeux de la vue de ces femmes char- mantes, assises, représentées avec le miroir ou le coffret de toilette, ou debout et noblement drapées. C'était, selon un mot heureux, « l'escorte et la compagnie dans le tombeau ». Et, d'un autre côté, si les sujets amusants, grotesques et même obscènes ne faisaient pas défaut, ils étaient placés là dans un but de protection et de conjuration, pour occuper les morts, les divertir, de manière à désarmer leur colère et à rompre les influences néfastes du tombeau. Et aujourd'hui, ces petites sculptures innombrables se présentent à nous avec un caractère précieux et rare, et leurs possesseurs s'enorgueillissent d'en posséder quelques spécimens dans leur vitrine. Elles y apportent le sens merveil- leusement plastique d'une belle attitude et d'un beau drapé, comme cette jolie statuette de femme debout, dont la main --- SAINT LUC Plaque d'ivoire. — Art allemand. — x° siècle (Collection de M. Piet-Lataudrie)
COLLECTION DE M. PIET-LATAUDRIE droite relève jusqu'à sa poitrine les plis de son manteau ; image d'une suprême élégance où le coroplaste de Tanagra mettait tout son sentiment du rythme et de la beauté. C'est là un des deux types généraux qui se rencontrent le plus souvent dans les tombeaux tanagréens, le type de la femme drapée et le type de la femme voilée, et la figure qui nous occupe montre bien que, dans ce genre, les coroplastes ont apporté une singulière fantaisie à se libérer du caractère traditionnel. Faut-il y voir une représentation bien particulière de la Ménade, à en juger par les pampres qui ornent sa coiffure ? Mais alors, vierge bachique, apaisée, mélanco-lique, s'abandonnant à son rêve. De plus pénétrant sentiment est cette belle statuette de Penseur, qui rappelle un peu une figure tout analogue du musée du Louvre : assis sur un banc, les jambes croisées supportant son coude, il songe, le menton sur son poing, adossé à un terme que surmonte une figure de Bacchus. Il est coiffé de cette couronne en bourrelet que portent tant d'Éros ; œuvre exquise, d'une poésie et d'un charme très prenants, pour laquelle on consulterait avec intérêt le travail de M. Cartault, Terres cuites grecques (pl. V). Puis voici les charmantes fantaisies d'un art populaire qui prend ses sujets dans la vie qui l'entoure : une jeune femme, un genou posé sur le sol, a rendu libre son bras gauche, et apparaît ainsi demi-nue, épaule et poitrine, avec une largeur de modelé d'une extraordinaire beauté. Les modelleurs grecs ont tiré de cette pose différents motifs toujours élégants, qui permettent de voir, dans les unes, des cueilleuses de fleurs d'après le mythe de Demeter et de Coré, cueillant des fleurs dans la prairie avant son enlèvement par Hadès ; et, dans les autres, des joueuses d'osselets. Cette série de figurines a été fort bien classée et étudiée par M. Heuzey dans un mémoire Des Monuments grecs en 1876 ; — un petit Amour marche dans la naïve impudeur qui lui fait entr'ouvrir tout son manteau, type charmant de ces petits Éros, comme Ed. Pottier en trouva tant à la nécropole de Myrrhina, et dont le musée du Louvre possède de jolis exemplaires — deux petites filles se portent, en jouant, dans un de ces mouvements dont l'étude peut être cherchée dans le Dictionnaire des antiquités de Saglio au mot « Ephedrismos ». M. Heuzey avait pensé voir Demeter rapportant des enfers sa fille Coré, mais M. S. Reinach préfère y voir, avec beaucoup d'autres archéologues, une scène familière dont on n'a retrouvé aucun prototype dans la grande sculpture. Puis voici deux pièces où, dans de petites dimensions, on Plaque d'Ivoire. — Art allemand. — x° siècle (Collection de M. Piet-Lataudrie) Plaque d'Ivoire. — Art allemand. — x° siècle (Collection de M. Piet-Lataudrie)
LES ARTS peut goûter tout l'art décoratif si pur des peintres de vases : l'un est un vase blanc à figures noires, de la fin du vii^e siècle ou du commencement du viii^e, sur la panse duquel, avec une très grande liberté, sont représentés des hommes marchant au stade, précédés du moniteur qui tient sa baguette, le rabdophore, représentation qu'a fort bien étudiée M. Fougères dans l'excellent article Gymnasium, qu'il a donné au Dictionnaire des antiquités de Saglio. — L'autre est un scyphos bas à deux anses horizontales, du milieu du ve siècle, d'un atelier travaillant d'après le grand peintre Douris, sur lequel sont représentés une femme et un éphèbe en rouge surfond noir, et où se retrouve le goût du maître pour les scènes familières, pour l'étude des types humains qui l'en-touraient, et dont il cherchait avant tout à rendre les formes vivantes et les mouvements d'un pinceau agile et sûr, qui n'indiquait que l'essentiel, spirituellement. Enfin, deux jolies statuettes de bronze complètent ce bel ensemble : l'une, provenant de l'ancienne collection Castellani, représente le dieu Mars Italiote, dans le mouvement de la marche, à rapprocher du Mars étrurien de Todi, qui, avec la Minerve d'Arezzo, est à peu près la seule image divine étrusque de grande sculpture qui ait échappé aux ruines des sanctuaires qui les renfermaient. Mais si l'on suit ces types divins dans les figurines, on voit dans quel sens se sont transformés à travers les âges les types religieux de l'Étrurie, successivement conçus à l'image des types orientaux, puis des types helléniques. Le Mars de Todi a été publié par M. Martha, dans son Art étrusque, fig. 210. Une charmante statuette de bronze, qui fut jadis dans la collection Lafaulotte après être passée par les mains de Piot, représente un mime qui marche en sautillant, vêtu seulement d'un ridicule petit manteau qui n'arrive pas seulement aux genoux et laisse les jambes nues. Sa grosse tête à barbe frisée, d'une dignité un peu grotesque, le relie étroitement à cet autre bronze célèbre et bien souvent publié d'acteur qu'est dans la collection Dutuit. M. Boissier a bien su nous initier à ce monde duthéâtre romain, où le mime était bien souvent un pitre toujours prêt à encaisser des coups de poing et des coups de pied, à moins qu'accompagnant l'acteur principal, il ne fût sa doublure comique, arrachant le rire en copiant ses gestes, et en parlant comme lui. II. — LE MOYEN ÂGE ET LA RENAISSANCE De cette nombreuse collection d'objets d'art du moyen âge et de la Renaissance, où presque toutes les séries sont représentées plus ou moins abondamment, nous ne serons retenus que peu d'instant devant trois charmantes petites sculptures flamandes que les huchiers flamands du début du xvi^e siècle enrichissaient de cette riche --- SCÈNES DE LA VIE ET DU MARTYRE DE SAINTE CATHERINE Diptyque d'ivoire. — Art français. — xve siècle (Collection de M. Piet-Lataudrie) --- LE CHEVALIER AUX ÉPÉES Plaque de coffret en ivoire. — Art français. — xiv^e siècle (Collection de M. Piet-Lataudrie) --- LA VIERGE ENTRE SAINT JEAN ET SAINTE CATHERINE Volet de diptyque en ivoire. — Art français Fin du xive siècle (Collection de M. Piet-Lataudrie) --- MASSACRE DES INNOCENTS Fragment de retable en ivoire. — Art français. — Fin du xive siècle (Collection de M. Piet-Lataudrie) --- SUJETS CIVILS Plaque de coffret en ivoire. — Art français. — xiv^e siècle (Collection de M. Piet-Lataudrie)
COLLECTION DE M. PIET-LATAUDRIE polychromie dont brillaient les beaux retables brabançons. Un petit groupe de trois figures, dans lequel la Vierge s'affaisse dans les beaux plis harmonieux de sa cape, entre les bras de ses deux fidèles, saint Jean et sainte Madeleine, est d'un charmant sentiment dans la spontanéité et la cordialité du geste avec lequel l'une et l'autre cherchent à réconforter et à relever la Mère de leur divin Maître. — Et tout à côté, les deux fidèles amis de Jésus nous réapparaissent debout, dans l'attitude des mains jointes, où ils devaient se trouver de chaque côté de la croix. Noblement drapés dans les souples et beaux plis de leurs vêtements, dominant la douleur concentrée qui les poigne, spectateurs muets d'un drame dont la figure du saint Jean apparaît plus particulièrement bouleversée, alors que la Madeleine se raidit dans sa douleur que la crispation de ses mains seule affirme. Charmantes sculptures d'un rythme calme, de nobles lignes, sur lesquelles le temps a doucement amorti l'éclat d'un or qui les enveloppe de ses doux reflets. Dans la série des ivoires, nous allons rencontrer quelques pièces, parmi beaucoup d'autres, tout à fait dignes de retenir notre attention : Sur quatre belles plaques d'ivoire sont représentés les Évangélistes, avec leurs symboles familiers. Ils sont assis sur des sièges bas et ajourés recouverts de coussins, les pieds sur des tabourets dont les formes sont une indéniable survivance de l'art byzantin. Drapés dans des manteaux aux amples plis qui se croisent, ils sont tournés vers le livre que présentent : l'aigle, à saint Jean; l'ange, à saint Mathieu; le bœuf, à saint Luc; le lion, à saint Marc. La rudesse de leurs visages, la disposition de leurs chevelures séparées par une raie au milieu du front et retombant en longues mèches derrière leurs oreilles, l'énorme disproportion de leurs MIROIN Ivoire. — Art français. — Début du xvie siècle (Collection de M. Piet-Lataudrie) mains et de leurs pieds, sont autant de signes qui les apparentent à d'assez nombreux monuments d'ivoire sortis des ateliers monastiques allemands du ixe ou du xe siècle, travaillant d'après des modèles byzantins. Ce sont des caractères que nous avions déjà eu l'occasion de constater en étudiant, ici même, une intéressante plaque d'ivoire, représentant le Christ et les douze Apôtres, faisant partie de la collection de M. Chalandon. Les ivoires gothiques français de la collection Piet-Lataudrie offrent une grande variété et montrent bien le développement de cet art, sinon depuis ses origines au xiiie siècle, du moins depuis le moment où les ivoiriens cherchent, au xive siècle, à rendre le pathétique dans les scènes de la vie du Christ et des Saints. Un des plus parfaits est ce petit fragment de retable de la fin du xive siècle, avec une scène du Massacre des Innocents, sujet très rare, dont on retrouverait l'analogie dans une plaque de la collection Homberg, appartenant à M. Mutiaux. — Un volet de diptyque, avec la Vierge entre saint Jean et sainte Catherine, même époque, est un rare spécimen de ces plaquettes ajourées, et très typique aussi de ces visages à nez pointus dont M. R. Koechlin a retrouvé les traces dans les vitraux, et que représente aussi le groupe du musée de Langres. Bien curieuse et rare encore est cette petite plaque de coffret représentant la pluie d'épées sur le chevalier endormi, sujet tiré de la légende médiévale de Lancelot, dont on retrouverait l'analogie dans la collection Spitzer, et qu'a étudiée M. Dalton dans un article du Burlington Magazine. — Une charmante plaque de coffret civil, avec quatre groupes d'amoureux se tenant embrassés sous des arcatures, nous rappelle un ivoire de l'ancienne collection Mannheim, aujourd'hui à M. Pierpont-Morgan. Avec le diptyque décoré de scènes de la vie et du martyre de sainte Catherine, nous nous trouvons UN PROPRIÉTÉ Plaque d'ivoire. — Art italien. — xve siècle (Collection de M. Piet-Lataudrie) SAINTE CATHERINE Plaque d'ivoire. — Art français. — xve siècle (Collection de M. Piet-Lataudrie)
LES ARTS --- au xve siècle, avec un art plus tourmenté, moins plastiquement pur, plus dramatisé de mouvements, plus maniére, et l'on peut le rapprocher d'un intéressant coffret du musée du Louvre, d'un diptyque de l'ancienne collection Spitzer et de deux plaques ajourées de l'ancienne collection Oppenheim — toutes pièces où se révèlent des modifications profondes dans le style, et une sculpture plus réaliste, mais aussi plus maniérée, d'un genre différent de ce qu'avait créé le xive siècle — comme la charmante plaque d'une Annonciation sous une arcature trilobée — ou celle ajourée d'un Prophète assis dans une chaire devant un pupitre supporté par une colonne sous une élégante arcature trilobée, dans cette attitude recueillie et attentive que les sculpteurs, cent cinquante ans plus tôt, avaient déjà cherchée dans des représentations analogues. Charmant enfin, le délicieux miroir à main en ivoire du xvie siècle, décoré d'un buste de personnage dans un encadrement de couronne, à rapprocher d'un charmant ivoire semblable, de la collection de M. Paul Garnier. L'ancienne forme des boites de miroir composées de deux valves était alors tombée en désuétude : on les avait remplacées par ces petits miroirs munis d'un manche, sculptés sur leur revers et enfermés dans un étui de cuir ouvrage. Orfèvrerie et Émaillerie. De l'importante série de l'orfèvrerie et de l'émaillerie se détache tout d'abord une petite plaque de grande rareté, en émail champlévée, d'un atelier rhénan de la deuxième moitié du xive siècle, où se trouve représentée une des vertus théologales, la Prudence, sous la forme d'un personnage nimbé, agenouillé, tenant entre ses mains un serpent à tête de chien; on retrouve dans cette petite plaque les colorations d'un vert si particulier, et de bleu rompu de blanc, spéciales à ces ateliers de l'Est qui dès le xive siècle rivalisaient avec les ateliers limousins et les ont même souvent dépassés par la beauté de leur gamme d'émaux colorés. De beaux produits des ateliers limousins se présentent --- SAINTE MADELEINE statuette en bois doré Art flamand. — Commencement du xviie siècle LA VIERGE S'ÉVANOUSSANT DANS LES BRAS DE SAINT JEAN ET DE LA MADELEINE groupe en bois doré Art flamand. — Commencement du xvie siècle (Collection de M. Piet-Lataudrie) SAINT JEAN statuette en bois doré Art flamand. — Commencement du xvie siècle
COLLECTION DE M. PIET-LATAUDRIE ici à nous : ce sont d'abord deux petites châsses en émail champlévé. L'une, de forme très habituelle d'édifice à toit élevé avec deux rampants très inclinés, est décorée de personnages réservés et gravés, avec les têtes rapportées en relief; très fine de gravure, très belle de couleur. — L'autre est de forme plus rare, rectangulaire, portée sur quatre pieds droits assez élevés, avec couvercle dont des basilics forment les arêtes, décorée de deux médaillons circulaires où des anges se détachent à mi-corps, réservés et gravés sur un fond émaillé de rinceaux, tandis que de l'autre côté sont fixés, au milieu de cabochons retenus dans des bâtes, trois figures en relief, raides poupées dénuées d'art qu'on expédiait par grosses aux ateliers d'orfèvres, qui les fixaient au moment où le travail d'émaillerie des plaques était terminé. Mais ces figures d'applique, de pratique toute commerciale, qui étaient d'utilisation courante dans les ateliers d'orfèvrerie limousine durant toute l'époque gothique, étaient parfois d'un plus beau caractère quand l'orfèvre qui les repoussait était plus pénétré et plus conscient du grand art de la statuaire dont se fleurissaient les belles églises du centre de la France. C'est ainsi que M. Jean Marquet de Vasselot avait cru retrouver, dans certaines figures de ce genre en bronze doré de la collection de M. Martin Le Roy, comme un reflet du style des statues du portail de l'église de Carennac, dans le Lot. Quatre figurines d'applique, sans doute quatre Apôtres, que nous rencontrons ici, très dignes dans leurs tuniques courtes qui s'arrêtent à leurs genoux, et esquissant un beau geste symétrique, sont un bon spécimen de cet art des figures rapportées de la fin du xii^e siècle. — Et plus encore cette superbe figure d'apôtre, les pieds croisés sur l'étroit « suppedaneum », vêtu d'une sorte de jupon plissé par-dessus lequel retombent les plis de sa tunique, et qui, tenant le livre de la main gauche, tient levée, d'un beau geste, sa main droite; figure qui se trouve dissociée de ses deux frères, actuellement dans la collection de M. Martin Le Roy. Deux superbes plaques provenant d'une croix, décorées d'un ange et d'un aigle les ailes éployées, se détachant en émaux champlevés d'une splendide profondeur sur un fond riche de bronze doré, indiquent assez quelle grandeur de dessin et quelle rigueur de style les artisans français de MONSTRANCE CUIVRE DORÉ ET ÉMAILLÉ Art italien. — Fin du xiv^e siècle MONSTRANCE EN FORME DE CYLINDRE Art français. — xiv^e siècle (Collection de M. Piet-Lataudrie) CIBOIRE EN CUIVRE DORÉ, DÉCORÉ D'ÉMAUX CHAMPLEVÉS Art limousin. — xiii^e siècle
LES ARTS l'époque romane savaient apporter à la décoration des objets d'orfèvrerie qui leur étaient confiés. Et quand l'orfèvre et l'émaillleur ne faisaient qu'un, il savait trouver les belles proportions et la svelte élégance de formes, comme dans ce beau ciboire où les émaux bleus, gris et rouges s'harmonisent si bien, et dont le fût interrompu d'un nœud vigoureux, pose sur un pied hexagonal coloré de doux émaux. Jusqu'à ces dernières années, il était admis d'attribuer aux ateliers français (quelques-uns avaient pensé, sans preuves directes d'ailleurs, à quelques ateliers siennois) un certain nombre de petits monuments d'émaillerie champ- levée où dominaient des rouges d'un éclat et d'une qualité bien particuliers. Mais le beau travail récent que l'éminent archéologue allemand M. Otto von Falke a consacré à l'Émaillerie champlevée des ateliers de l'Est, autorise à supposer tous ces émaux sortis d'un atelier de Vienne, en Autriche. Il ne faut donc pas chercher une autre origine à cette curieuse et rare Boîte aux Saintes Huiles, qu'un Arménien apporta jadis à M. Piet-Lataudrie du Bazar de Constantinople, amusant retour d'une pièce qui avait voyagé. De forme rectangulaire, de robustes contreforts séparent sur chaque face trois plaques où, sous de charmantes brindilles, des Saints sont assis sur des bancs, se détachant sur des fonds alternativement bleus ou rouges piquetés de bleu; — ces beaux émaux d'un rouge profond se retrouvent sur le couvercle. Très précieux et rare monument dont je ne trouverai à rapprocher, à Paris, qu'une charmante boîte ronde de même famille, faisant partie des collections de la marquise Arconati-Visconti, et une autre petite boîte aux saintes huiles qui est passée récemment de la collection de la comtesse de Béarn dans celle de M. Martin Le Roy. Au xive siècle, à un moment où l'émaillerie champlevée allait agoniser en France, ce procédé y fut peut-être encore pratiqué dans des travaux d'ordre civil, mais le fut certainement d'une façon plus courante en Espagne; je veux parler de tous ces petits objets d'usage, mors de chapes, bossettes ou pièces de harnachement de cheval, souvent d'un goût exquis. Ce qui a caractérisé l'orfèvrerie des divers pays d'Europe depuis le xiii^e siècle jusqu'à la Renaissance, c'est l'application des formes architectoniques à toutes ses parties. Tous les efforts de l'orfèvre tendent à imiter avec la plus scrupuleuse exactitude un monument en ses détails, au moins quand il doit exécuter une pièce religieuse. C'est ainsi que nous apparaissent ici trois monuments d'orfèvrerie importants : soit qu'il s'agisse de cette charmante petite monstrance du xive siècle, en forme de cylindre horizontal surmonté d'un toit à deux rampants interrompus en leur milieu par un véritable petit édicule en forme de tour carrée dont le sommet porte une croix ; — de cette jolie boîte aux saintes huiles en cuivre doré et gravé, au-dessus de laquelle se dresse cette véritable toiture quadrillée avec une crête ajourée ; — et mieux encore, CHASSE EN ÉMAILL CHAMPLEVÉ Atelier limousin. — 2e moitié du xim^e siècle CALICE CUIVRE DORÉ DÉCORÉ D'ÉMAUX PEINTS Art limousin, xv^e siècle (Collection de M. Piet-Lataudrie) BOÎTE AUX SAINTES HUILES, ÉMAUX CHAMPLEVÉS Atelier de Vienne (Autriche). — xiv^e siècle
COLLECTION DE M. PIET-LATAUDRIE de cette superbe monstrance tubulaire à couvercle en forme de coupole, à lanternon ajouré surmonté d'une croix, qui se trouve contrebutée de contreforts en cuivre doré, véritables membres d'architecture qui, tout autour du reliquaire, hérisse leurs pinacles sveltes et élancés. On ne saurait oublier, dans ce beau monument d'orfèvrerie, les petites plaques d'émaux peints italiens qui décorent le nœud hexagonal dont le pied se trouve enrichi. Un bien beau calice en cuivre doré, posant sur un pied d'une admirable forme polylobée, dont le nœud se trouve orné de petits médaillons d'émail peint, bien français ceux-ci, nous sera une heureuse transition pour passer à l'étude des objets de ce genre, où nous allons voir représentés les plus grands maîtres émaillleurs de Limoges aux xve et xvii siècles. Ces charmantes petites plaques, bien dignes de Jean II Pénicaud, sont de la plus riche couleur. Le calice même rappelle un bel objet de la même espèce que possède l'hôpital de Limoges. Les origines de l'Émaillerie peinte, aussi bien en France qu'en Allemagne, sont loin d'être connues avec une suffisante précision. Que les premières œuvres de cette nouvelle industrie aient été fortement influencées par les estampes dont les cahiers circulaient alors dans les ateliers, cela n'est pas contestable. C'est cette confrontation des premiers émaux peints avec les estampes (offrant des dates à peu près certaines) qui éclairera définitivement le sujet, et c'est ce beau travail que nous attendons de M. Jean Marquet de Vasselot, qui y attachera l'obstination de ses recherches. Jusqu'à ce que ces recherches nous aient apporté des résultats nouveaux, nous continuerons à considérer comme d'un primitif, et ses œuvres comme archaïques, les plaques d'émaux peints attribuées à ce mystérieux artiste désigné sous le nom de Monvaerni, dont on ignore tout. Et ce nom lui-même, qu'est-il ? Le nom de Monvae, sur un émail des collections de la princesse Dzialinska, au château de Goluchov, est-il une abréviation incorrecte de ce nom de Monvaerni trouvé sur un triptyque de la collection Ernest Odiot ? Mais les caractères un peu sauvages et d'une rare valeur de ces émaux, la tonalité si puissante de leurs couleurs, leur indéniable originalité, permettent aisément de grouper autour de ces deux monuments types tous ceux de la même espèce qui ont ainsi constitué, en tête de l'histoire pro- BAISERS DE PAIN ORNÉS D'ÉMAUX PEINTS Ateliers limousies. — Commencement du xvi siècle (Collection de M. Piet-Lataudrie)

Cet ouvrage présente la collection d'art de M. Piet-Lataudrie, un amateur ayant réuni des pièces sur trente ans. La collection est divisée en trois parties : les Antiques (terres cuites, céramiques, bronzes), le Moyen Âge et la Renaissance (sculptures flamandes, ivoires, orfèvrerie, émaillerie), et l'Orient musulman (céramiques persanes, damasquinées, faïences lustrées). L'article détaille la composition et l'intérêt de chaque section, mettant en lumière la diversité des objets et la richesse des matériaux, tout en évoquant l'évolution du marché de l'art et le rôle des collectionneurs.